‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 15 sur 113 · PANE DE · texte numérisé non relu

PANE DE

au commencement du xvire siècle. Ils appartenaient à cette « aristo= cratie » du négoce parisien, les marchands merciers, dont sortent, parait-il, nos grands magasins, et travaillaient à se créer une nouvelle forvane qui permit bientôt à leurs descendants de s'élever plus facilement en suivant les voies de la basoche. Bougainville était le quatrième enfant du notaire!, et, naturellement, après d’excellentes études, on n'avait cru mieux faire dans la famille que de le préparer au Droit. Il dut se faire recevoir avocat pour répondre au désir des siens. Mais, une fois certain d'une autre carrière, il ne devait pas tarder à faire « banqueroute à ce fatras de lois, » suivant le mot de Corneille ?. Toutefois, dans ses premiers essais d'indépendance et ses

1. Jal, qui a eu les actes de l’état civil sous les yeux, dit « le cinquième ; » mais nous ne connaissons à Pierre-Yves de B. que quatre enfants : une fille et trois fils, dont un, Pierre-Yves de Bougainville de Serainville, mort, en 1749, avant sa majorité,

2. Jal refusa d'admettre que Bougainville se soit fait inscrire au barreau. Mais ses raisons de douter nous paraissent insuffisantes : « Qu'on ouvre l’A/manach royal de 1751 ou 1752 et qu'on y lise la liste des avocats au Parlement depuis l’année 1719, on n’y trouvera point le nom de Louis-Antoine de Bougainville: Dans la liste des avocats au conseil, on lira le nom de Bougainville de Merville, cousin de Louis-Antoine, et pas un autre. M. de Merville avait été recu en 1742. Enfin, dans une lettre du 11 brumaire an X au ministre de la guerre, Bougainville, récapitulant les principales étapes de sa vie, ne fait aucune allusion sur son entrée au barreau, » 1l est facile de répondre, sur ce dernier point, que la lettre au ministre de la guerre a le caractère d'un état de services où le mathématicien peut figurer à côté du militaire, mais où l'avocat ferait un personnage assez déplacé. Quant à l'Almanach royal, il est bien vrai que M. de Nerville (et non Merville), après avoir appartenu à l’administration des domaines dans le Berry, est inscrit en 1742 parmi les secrétaires du roi (et non les avocats au conseil) et qu'il devait être l'oncle (et non le cousin) de Bougainville, car ii est mort en septembre 1762 (Bibl. nat., dossier Bougainville), ce qui ne permet point de le confondre avec celui de ses fils, cousin germain de Louis-Antoine, qui devint officier et gouverneur en 1764 des îles Maiouines, dont il avait préparé l'annexion. Mais on constate d'ailleurs facilement que l’Almanach royal n'était pas tenu très au courant, ou ne l'était qu'à deux années près, de sorte qu'un jeune avocat inscrit seulement quelques mois pouvait être passé sous silence. C’est ainsi que, de deux oncles ou grandsoncles de Louis-Antoine, tous deux procureurs, l’un disparaît de la liste de ses confrères pendant une dizaine d'années pour ne reparaître qu'avec son successeur (Bougainville le jeune, rue Geoffroy-l’Asnier); et les successeurs de l’autre (Bougainville l'aîné, quai Saint-Landry) s'arrêtent, croyons-nous, avant Ja Révolution. — Il nous semble plutôt que la tradition doit être vraie : 1° parce que Delambre la raconte dans son éloge de B. à l'Académie des sciences et qu’il devait la tenir du navigateur même; ?° parce que, dans son journal du Canada, discutant le cas des deux otages du fort Nécessité, Stobo et Vanbram (2 et 4 novembre 1756), B. argumente comme un juriste, invoquant le Droit romain et donnant tort au conseil de guerre avec la désinvolture d'un clerc de

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