Collection Faucher de Saint-Maurice, t. IV, p
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Le Mi de Vaudreuil a été fort maltraité par les historiens français, tandis que les écrivains canadiens s'efforcent de prendre sa défense, parce qu'il était de leurs compatriotes, né sur le sol de la colonie. Il se peut que les Français, officiers de l’époque ou historiens d'aujourd'hui, ne lui aient pas rendu la stricte justice, qu'il est du reste impossible de rendre à personne. Mais, en lui accordant le bénéfice de loutes les excuses, en justifiant autant que possible sa faiblesse par son apitoiement naturel devant la détresse énorme du bas peuple, — détresse dont cette faiblesse même était cause par son indulgence en haut lieu, — l'impression qui se dégage de la lecture des documents lui est finalement défavorable, et ses amis eux-mêmes sont obligés de reconnaitre sa jalou: pétuelle ! et sa susceptibilité maladive. C'était un sot, convient . termes discrets l’abbé Casgrain?; mais il n’aimait point qu'on le lui dit. C’est assez l'ordinaire des sots, dont, au reste, on comprend en cette épreuve la mauvaise humeur, Mais ce n’est point une raison pour négliger de discuter leur sottise, dès que les intérêts de l'État sont en jeu. Le malheur est, pour Vaudreuil, que Montcalm n’était pas seul à le traiter avec colère ou dédain. Vaudreuil n'était pas encore débarqué au Canada, revenant du gouvernement de la Louisiane, que son prédécesseur, le Mis Duquesne, froissé jusqu'au vif par son manque de procédés, écrivait au ministre des lettres où la colère fait éclater toutes les convenances et formules officielles.
« Je ne puis vous taire, Monseigneur, que mon successeur, avec qui j'ai beaucoup vécu dans les deux cam *gnes que j'ai fait ici, a affecté d'écrire à des personnes qu’il n'a j \ vues ni connues pour leur apprendre sa nomination au gouve t du Canada, sans daigner m'en faire part. Cette indécence a tant eclaté dans cette colonie que je ne puis m'empêcher de vous prévenir que je recevrai ce gouverneur avec toute l'indifférence qu'il s’est attirée de ma part; mais je vous prie d'être bien persuadé que je l’instruirai avec patience et que le bien du service n’en souffrira point3, » — Et, trois jours après — : « Je grille d'envie qu'il arrive plus tôt que plus tard. J'ai bien à me plaindre de la persévérance de son silence; mais je me flatte que nous aurons si peu de temps à rester ensemble pour le mettre au fait de la colonie que je prendrai sur moi de modérer mon ressentiment pour son manque d’égard et de politessei. »