Cf, Montcalm, cité par Casgrain, I
3. 28 août 1756. — L'abbé Casgrain, qui avait cette lettre sous les yeux,
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La prise de Chouaguen fut le signal de la rivalité entre Vaudreuil et Montcalm. Chacun s’attribuait la victoire; Vaudreuil osa même écrire au ministre que, si les troupes de terre élaient généralement bonnes, jusqu’à présent elles ne s'étaient pas absolument signalées, et que l'ennemi ne leur avait pas « donné le temps d’opérer ni même de tirer un seul coup de fusil!. »
Les historiens canadiens, qui trouvent que l’on fait à Montcalm la part trop grande, se bornent à dire qu’il y eut des exagérations de part et d’autre?. Il est cependant permis de leur faire observer que l’on ne saurait se contenter de trancher ainsi le différend. Car, si, comme le prétend Vaudreuil, les troupes françaises n'ont pris aucune part à l'action, les Canadiens ont le droit et le devoir patriotique de le prouver, dans l'intérêt évident de leur pays; mais, au contraire, si Vaudreuil est seulement coupable d’exagération, cette vanterie extrême parait si ridicule, si monstrueuse que son auteur devient immédiatement suspect pour l'avenir et que les défenseurs de Montcalm n'ont pas tort de le croire capable de toutes les perfidies.
Quoi qu’il en soit, la guerre se poursuivit ientôt à coups d’épingle. Une note détachée de Bougainville, glissée dans les feuillets de son journal, nous donne l’amusant écho des récriminations qui s’échangeaient dans l'état-major français.
mais qui se ferait scrupule de laisser Bougainville en évidence, même dans les choses les plus insignifiantes, attribue l'inscription aux goûts classiques du général (I, 129-130). Parkman, ignorant ce passage, la met au compte de l'abbé Piquet (I, 414).
1. 23 octobre 1756. — La lettre est tout entière dans Dussieux (App., p. 212).
2. Cf. Garneau, II, 259. — Il n'est pas toujours facile de savoir le vrai, à cause de certaines réticences calculées. Par exemple, pour la construction de la batterie : « De suite, » raconte Montcalm à Lévis, « tous mes soldaîs traînent à bras d'hommes le canon ; et, sur vingt officiers ei dix-sept cents miliciens, cet exemple ne détermina que cent Canadiens et Montigny » (17 août 1756). Dans son journal, au contraire, d’après l'abbé Casgrain, il aurait écrit : « Si on n'employa pas un plus grand nombre de Canadiens à ces diverses opérations, c’est qu'ils étaient destinés à faire un mouvement dès la petite pointe du jour » (I, 126). La vérité doit être dans la lettre à Lévis, que le général croyait moins durable et qui seule explique en partie les récriminations ultérieures. On observera dès lors que, si Montcalm, ayant besoin d'un vigoureux et rapide coup de main pour établir sa batterie, épargna volontairement les Canadiens aux dépens des troupes de terre, il est faux de l’accuser, comme le fait sans cesse Vaudreuil, de réserver aux miliciens toules les corvées ; et que, si plutôt, comme Montcalm l’assure, il ne put trouver que cent miliciens pour l'aider en ce cas pressant, il était quelque peu fondé à se plaindre du mandement d'actions de grâces de l’évêque, qui avait distribué ses louanges « avec une rare impartialité entre les chefs et les soldats français et canadiens, » mandement qui « n'avait d'autre ridicule [aux yeux de Montcalm] que de ne pas réserver tout l'encens pour un seul » (Casgrain, I, 138). :
«a Les sauvages et les Canadiens seuls ayant pris Chouaguen. Facilité de cette expédition, suivant le peuple, le Mis de V. et l'évêque, qui l’eût repris, disait-il, avec son clergé! ; sans doute comme Josué prit Jéricho, en faisant deux fois le tour des murs?. Empressement des Canadiens pour partir sitôt l'expédition faite. Avec d’autres troupes et d'autres ordres de la cour, garnison laissée à Chouaguen; marche subite de l’armée au fort de Bull, qui en est à douze lieues, et au corps du colonel Bradstreet, qu’on eût peut-être rencontré en chemin3, Mauvaise administration pour les vivres; en donner au rabais l’entreprise à des compagnies ou particuliers qui se chargeront et des fournitures et du transport. Canadiens glorieux comme s'ils étaient gueux et désintéressés. V., quand il a conçu une idée, en devient amoureux, comme Pygmalion de sa statue. Je le pardonne à ce dernier, car elle était un chef-d'œuvre. »
La fin de la campagne se passa en observation sur les bords du lac Champlain. Bougainville, qui faisait route avec Bourlamaque pour se rendre à Carillon, note au passage tous les défauts qu'il rencontre dans les communications et la défense. Le fort de Saint-Jean est mal fait, quoiqu’il ait « coûté 96,000 fr.#. » Le fort de Saint-Frédéric « est très mal placé, ayant plusieurs hauteurs qui le commandent à portée de fusil. » Le fort de Carillon est dans une position bien choisie, mais « mal tourné et pas assez avancé à la pointe du nord sur le lac, ce qui oblige à faire une redoute à l'endroit où devait être le