‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 32 sur 113 · Journal, 22 septembre · texte numérisé non relu

Journal, 22 septembre

2. Malartic, qui n'aime pas Montcalm et qui préfère le silence prudent, à la facon de Lévis, ne peut 3e retenir de glisser ici une allusion significative dans son journal, 3 novembre 1756.

3. « On aurait tort cependant de se faire illusion et de croire que la société entière était corrompue. Deux partis bien accentués se disputaient l'empire : la coterie Bigot, la corruption même, formée de « gens de rien, » comme on l'a vu; et le parti des honnêtes gens, dans lequel on comptait Montcalm, Bougainville, Taché, Bourlamaque, La Corne, de Beaujeu, de Léry et une foule d'autres ; presque toutes les anciennes familles du Canada appartenaient à ce dernier parti » (Le Moine, Album du touriste, p. 69). — La tactique de l'abbé Casgrain ne consiste pas seulement à remplacer dans cette liste le nom de Bougainville par celui de Lévis, dont Le Moine ne veut point, à cause de la liaison du Chevalier avec Mme Pénisseault, mais à concentrer surtout la vertu dans le peuple. « Après avoir contemplé ce sombre tableau, doit-on en conclure que le pays tout entier fût gangréné? Rien ne prouve mieux le contraire que l’étonnante vitalité et l’indomptable énergie que déployèrent les Canadiens dès l'ouverture du règne suivant. L’ouragan avait passé.…., etc. Il ne resta que les jeunes et vaillantes tiges, etc. » (Casgrain, 1, 324). Cette rhétorique n'a pas grande valeur, parce qu'il n'existe aucun rapport nécessaire entre l'énergie et la probité, comme le prouve l’histoire de beaucoup de soldats de la Révolution ou de l'Empire (Revue historique, mai 1894, p. 122). En tout cas, l'abbé Casgrain, déclarant à la fin de son livre que « la plupart des familles possédant encore quelques biens, surtout parmi la noblesse, » passèrent en France « en même temps que les ofliciers civils et l'armée » (II, 412), montre qu'à ses yeux elles représentaient l'élément vicieux emporté par l'orage. Par conséquent, la « société » n'était rien moins qu'indemne. On peut dire même qu'il la jette ouvertement par-dessus bord (I, 339).

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sont peu nombreuses, en même temps que la progéniture abonde, la population se trouve bientôt reliée toute par des liens de parenté ! ; et sur la parenté se greffe nécessairement une complicité. Voici comment les choses se passaient, en ce moment, à Garillon, sous la haute direction de l'ingénieur Lotbinière*?, proche parent du gouverneur.

8 octobre, — « Journée pluvieuse, travaux interrompus. Ils vont bien lentement ces travaux. Le soldat, corrompu par la quantité d'argent qu'il a ici, par l'exemple des sauvages et Canadiens, respirant un air imprégné d'indépendance, travaille mollement, L'ingénieur n’est presque jamais sur les travaux. Son intérêt n’est pas que le fort soit achevé promptement, Il a le privilège exclusif de vendre du vin (il se vend 55 8. la bouteille); et tout l'argent des travailleurs, la paye même des soldats, vont à sa cantine, Aussi a-t-il construit ce fort de pièces sur pièces dans un terrain où la pierre, la chaux et le sable se trouvaient en abondance; où, en tirant la pierre pour bâtir, le fossé se faisait en même temps; où il y a sans doute du bois, mais où les bras manquent pour le couper, l'équarrer, le charrier; où il n’y a ni voitures ni chevaux. Chose unique, cet ingénieur donne aux ouvriers des certificats ayant valeur d'argent, sans que personne soit commis pour les contrôler, et tous ces certificats lui reviennent 3...

11 octobre. — « M. de Bleury [qui était à la tête du service des transports] est arrivé à trois heures avec un convoi de trente-ciny bateaux. Il n’a point apporté de vin. L'armée est à l’eau et à la bière depuis quinze jours. Cette bière ou sapinette se fait avec de la mélasse ou lie de cassonnade et de la pruche, qui est une espèce de sapin 4, dont on

2. « Les ingénieurs qui devaient venir de France, » dit M. Gaffarel, « avaient été pris par les Anglais sur le Lys et l’Alcide. Lotbinière avait été improvisé ingénieur pour la circonstance » (Note sur Malartic, p. 97). En réalité, c'était un astronome. « Il se proposait de tracer une méridienne à Carillon, » écrit Bougainville deux ans plus lard; « car cet homme, grand ingénieur parmi les astronomes, n’est plus qu'astronome avec les ingénieurs, J'ai entre les mains une lettre de M. du Hamel, grand physicien et l'homme de l'Académie des sciences le plus habile pour la culture des arbres et des terres, lequel m'écrit que M. de Lotbinière est un fort bon ingénieur » (Journal, 14 au ?4 juillet 1758).

3. Cf. Lévis à Vaudreuil, 10 août 1756 : « J'ai été obligé de donner un ordre par écrit à M. de Lotbinière, dont je vous envoie la copie, pour l'empêcher de distraire les travailleurs...; ces messieurs peuvent avoir leurs raisons particulières pour ne point presser les travaux; pour moi, qui n'en ai pas d'autres que le bien du service, je les presse autant qu'il m'est possible... etc. » — Montcalm à Bourlamaque, 19 mars 1759 : « Lotbinière a l'air d'un conseiller d'Etat dont la faveur est traversée par celle de Le Mercier. Je crois que pour l'apaiser on ne lui rendra pas les fortifications de Çarillon, mais bien la canline. »

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