‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 46 sur 113 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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mais il est obligé de convenir que les sauvages massacrèrent encore des malades dans les tentes du camp retranché, dès l'aurore du lendemain, alors que Bougainville se trouvait déjà loin sur le lac St-Sacrement, faisant route pour Montréal. Pourquoi ne met-il pas aussi ce massacre à la charge de Bougainville?

Donc, le 44, à quatre heures du soir, le jeune aide de camp débarque à Montréal.

« La nouvelle que j’apportais a fait une sensation d'autant plus agréable qu’un courrier, parti du fort G.-H. [Guillaume-Henry] trentesix heures avant moi et arrivé seulement trois heures devant, y avait jeté l'alarme en disant que l'ennemi se défendait : chose qui paraissait aux Canadiens extraordinaire et très inquiétante. Plusieurs, cependant, ont été peu flattés de la prise, parce que Îles Anglais n'étaient point prisonniers et qu’on n'avait point marché sur-le-champ au fort Lydius!. Ces mêmes gens avaient toutefois recommandé de ne point faire de prisonniers, la colonie étant hors d'état de les nourrir. Sans doute, il eût fallu du sang pour les contenter. Mais à Dieu ne plaise que des Français se prêtent à de pareils désirs! A l'égard de l’entreprise contre le fort Lydius, des obstacles invincibles nous ont empêchés d’y songer : le défaut de munitions de guerre et de bouche; la difficulté d’un portage de six lieues à faire sans bœufs ni chevaux, avec une armée épuisée presque par la fatigue et la mauvaise nourriture; le départ de tous les sauvages des pays d'en haut, auxquels 500 lieues à faire, sur des lacs et des rivières qui gèlent, ne permettaient pas de rester plus longtemps; la nécessité de renvoyer les Canadiens à des récoltes déjà mûres; 16,000 hommes rassemblés sous le fort dont on se figurait la conquête si facile; voilà ce qui a arrêté l’armée du Roi dans sa course. Si la recherche de grains pratiquée enfin avec succès au mois de juillet eût été ordonnée dès ie mois d'avril, ainsi que l'intérêt de la colonie l’exigeait, notre campagne eût commencé six semaines plus tôt; l'ennemi n’eût pas eu le temps de rendre sa défensive aussi forte; les difficultés ci-dessus exposées n'eussent pas existé, et j'ose dire qu'aujourd'hui le fort Lydius serait à nous. Mais cette recherche de grains était contraire aux intérêts du munitionnaire; et ce muuitionnaire n’est que le prêtenom de la grande société de laquelle est le gouverneur général luimême. C'est ainsi qu'on sert le roi dans cette colonie. »

À ce dernier égard, une fois encore, Bougainville se trompait, car le Mis de Vaudreuil ne bénéficiait point personnellement des fraudes commises durant son administration.

1, Ou fort Édouard.

2. Les raisons que Bougainville développe :ci üës son arrivée à Montréal, sont celles qu’indique aussi Désandrouins (p. Y-100); leur accord montre l’unanimité de vues qui régnait sur ce point dans l’armée française et que Vaudreuil avait tant de peine à accepter.

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Quelques jours plus tard éclate à Montréal la nouvelle du massacre. « Une partie du malheur que nous redoutions est arrivée. La capitulation est en apparence violée et l’Europe entière nous obligera de nous justifier'. » Bougainville résume alors les nouvelles sans y ajouter de détails que nous voulions relever ici. Il ne faut donc point s'étonner qu'après cette impression première Bougainville, revenant peu après sur celte criste scène, y ajoute un soupçon qui a déchainé contre lui la fureur des Canadiens patriotes. « Il accuse les interprètes d’avoir soudoyé les sauvages, contredisant ainsi les témoins oculaires les plus dignes de foi, acteurs eux-mêmes qui n’ont eu que des éloges à leur faire. Il s’en prend à Vaudreuil de ce qu’à Montréal les sauvages ont pris et mangé un de leurs prisonniers. Or, comme l’observe très bien Désandrouins, le gouverneur n'avait en ce moment à sa portée aucune troupe pour conduire ces barbares. La ville de Montréal était absolument à leur merci, et il n’y avait qu’une seule chose capable de les tenter et de leur arracher des prisonniers : c'était l’eaude-vie. Etait-il possible de leur en fournir sans qu’ils commissent des horreurs ? Il est même étonnant que, dans de telles conditions, ils n'aient fait qu'une victime?. » — Relisons le texte de Bougainville.

« Cependant, les sauvages arrivent en foule à Montréal, avec environ 200 Anglais. M. de Vaudreuil les grende d’avoir violé la capitulation; ils s’excusent et rejettent la faute sur les domiciliés. On leur annonce qu'il faut qu’ils rendent ces Anglais pris injustement et qu’on les leur paiera deux bariis d'eau-de-vie pièce. Mais ce rachat se fait nonchalamment. Les Canadiens leur achètent les dépouilles des Anglais. Pour de l’eaude-vie, ils font de très bons marchés; et cette liqueur, le dieu des sauvages, abonde dans leur camp. Ils se saoûlent, et les Anglais restés dans les cabanes meurent cent fois chaque jour. Le 15, à deux heures après midi, en présence de toute la ville, ils en tuent un, le mettent à la chaudière et forcent ses malheureux compatriotes à en manger. Je croyais qu'aussitô: à leur arrivée le gouverneur général leur aurait déclaré que, jusqu’à l'entière reddition des Anglais, ils n’auraient ni présents ni même de vivres; que, sous les peines les plus sévères, il eût défendu aux habitants de leur vendre ni donner de l'eau-de-vie; que lui-même aurait été visiter toutes les cabanes et en aurait arraché les Anglais. Je le croyais accoutumé, comme je le suis, à la façon de penser des Européens, J'ai vu le contraire, et mon âme a plus d'une fois frémi des spectacles dont mes yeux ont été les témoins#.

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