août. Cf. Montcalm à Bourlamaque, 30 août
2. P. 211. — Les précédents gouverneurs étaient probablement moins timorés que Vaudreuil et moins pressés d'abreuver les sauvages de leur dangereuse liqueur favorite. En 1751, les Indiens de l'Acadie s'étant emparés d’un bateau anglais chargé d’eau-de-vie, de cidre, de bière et autres rafraichissements, les officiers accoururent, jetèrent plusieurs quarts d'eau-de-vie à la mer; et M. de S'-Ours, sur l'ordre du gouverneur, reprit aux sauvages leur butin, en échange, « au pis aller.., de quelques bagatelles, » pendant que M. de Bailleul délivrait l'équipage (La Jonquière au sinistre, 1° mai 1751, Arch. des colonies). — « Les sauvages, dans l'ivresse, tuent impunément, parce qu'ils en sont quittes pour dire qu’ils n'avaient point d'esprit. D''ilieurs, quand cette même ivresse est passée, ils savent fort bien se plaindre q:.2 l'on profite barbarement de leur faible, puisqu'on les met tout nus, ainsi que icurs femmes et leurs enfants » (Duquesne au ministre, 31 octobre 1753, ibid.). — C'était une règle élémentaire de les soustraire à la tentation ; et, en 1754, Villiers ne voulut point quitter le fort Nécessité, qu’il venait de prendre, avant d'avoir « cassé les futailles de boissons pour obvier aux désordres qui seraient infailliblement arrivés » (rapport de Villiers, dans le Précis des Faits. Impr. royale, 1756). Notons au surplus qu'une fois ivres les sauvages étaient les premiers à se méfier les uns des autres (Parkman, Conspiracy of Pontiac, I, 336).
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siens, comme le voyageur qui s'enfonce dans les solitudes du pôle, sans espoir de nouvelles jusqu'au retour du printemps. Gette fois encore, au travers des nouvelles qui se suivent à bâtons rompus, ses lettres s'imprègnent d’un sentiment d'affection vive et de cordialité naïve pour tous les siens. Dès le 49 août, il écrivait à Me Hérault :
« J'arrive de la guerre, ma chère maman, porteur de bonnes nouvelles et chargé par mon général, qui n’en a pas le temps, d’en écrire les détails aux ministres... Je souhaite de tout mon cœur que vous soyez contente de l’histoire et de l'historien. Je repars dans l'instant pour Jarillon et je suis en vérité très fatigué. J'ai assé vingt nuits sans me déshabiller, mal nourri, la terre pour lit. Je suis surpris d'avoir aussi bien supporté ces fatigues excessives : cela me donne de l’orgueil pour ma santé... M. de Montcalm, » dit-il encore, « a, pendant le siège, reçu le cordon rouge ; il semble que, depuis que M. de Moras est en place, M. le Mis de V. le traite avec plus de considération. Je ne parle que de l'extérieur, Puisse-t-il enfin le consulter et suivre ses avis. »
A son frère, il écrivait ce même jour : « Ma santé est robuste, puisque ces fatigues extrêmes ne l'ont pas trop dérangée, quoique le jour que nous fimes l'investissement de la place je sois trois fois tombé évanoui de lassitude. » Et, le chargeant de colporter ces nouvelles chez tous ses amis, il ajoute : « Car je n'écris à personne : en un mot, mon cher frère, faites-moi écrire partout. » Puis il passe à l’Académie des sciences, qu'il ne néglige ni de près ni de loin.
« J'oubliais de vous dire que j'ai reçu une lettre de Clairault, par iaquelle il me paraît qu'on aimerait mieux à l’Académie me voir demander une place d’associé libre qu’une d'associé ordinaire. De tout mon cœur, en vérité. L'idée d’une pension future ne me touche aucunement. Je re veux que l'honneur d’être d'un corps auquel j'ai consacré les premières années de ma vie. La carrière dans laquelle je suis aujourd’hui pourra peut-être me donner des occupations d’un genre tout différent des études académiques, et je serais peu en état de remplir des devoirs réels et auxquels je serais désespéré de manq'.er. »
En septembre !, il adresse à sa chère maman une seconde lettre, où il se plaint que la guerre le prive de ses nouvelles. « Les Anglais ont jusqu’à présent pris la moitié des vaisseaux destinés à ce continent. Encore s'ils rendaient les lettres! » Heureusement, il a des nouvelles plus directes, grâce à l'excellent capitaine de port de Québec, qui revient de France.
« J'ai enfin vu notre ami Pellegrin. Je dis notre, car il me semble
1. Par une distraction bizarre, la date est restée en blanc sur l'original, commencé sans doute plusieurs jours avant celui dr. départ,
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que ma chère maman a bien voulu le recevoir avec amitié. Aussi avezvous fait la conquête de ce bon Hyperboréen, Je crois, ma foi, qu’il laisserait sa femme pour vous. Il m'a dit d'abord qu'il avait pris Bonhomme! pour votre frère et que vous étiez bien belle, Vous jugez du plaisir que m'ont fait tous ces détails. Sur votre beauté, ils ne m'ont rien appris; mais j'ai vu par eux que vous vous portiez à merveille, Je n'ai encore vu Pellegrin que trois heures : ainsi je n'ai pas eu le temps de le questionner un centième? de ma curiosité...
« Le changement dans le ministère de la marine m'a procuré ici nombre de révérences auxquelles j'ai répondu par d’autres révérences. Je n’en suis cependant pas mieux avec M. le Mis de Vaudreuil. J'ignore ce qui l’a indisposé contre moi. Mais il l'est beaucoup. Est-ce parce que je vois trop clair, parce que les apparences ne m’éblouissent pas, parce que je commence à être un peu instruit ? Est-ce aussi parce que je suis attaché à mon général? Car il a trouvé mauvais cet attachement à une personne à laquelle mon devoir me lie. Dans tout cela, ma chère maman trouve-t-elle de quoi gronder son enfant? Je n'ai à me reprocher ni indiscrétion ni propos trop libre. Aussi ai-je bien vite pris mon parti sur ma disgrâce. se crois être obligé à m'instruire, autant qu'il sera en moi, de tout ce qui concerne cette colonie; M. de Moras en est le ministre, et je vous dois tout. Vous pouvez être sûre que tout ce que je dis et dirai sera la vérité. Si cette vérité offense quelques personnes, tant pis pour elles... »
Il revient ensuite sur l'affaire du fort Guillaume-Henry; mais il n’en parle qu’à mots couverts, sans entrer dans les détails, avec une réserve intentionnelle qui n’est point le fait d’un calomniateur; et pour expliquer son désir, —: que partageait du reste Montcalm, — de quitter au plus tôt le Canada.
« Croiriez-vons que cette abominable action des sauvages au fort Guillaume-Henry a des complices parmi des gens qui se disent originaires de France; que l’avidité du gair, la certitude de tirer de ces sauvages à très bas prix tout le pillage qu'ils auraient fait sont les premières causes d'une horreur que l'Angleterre ne manquera pas de nous reprocher longtemps ? Grâces au ciel, nos officiers sont sans tache à cet égard ; plusieurs ont risqué leur vie dans cette occasion ; ils ont partagé tout ce qu'ils avaient avec les malheureux Anglais, et ces derniers disent qu :, si jamais ils sont dans le cas de nous assiéger et prendre, il y aura deux capitulations : une pour les troupes françaises et l’autre pour les Canadiens3, Voilà d’affreuses vérités, ma chère maman. Mais que de