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Canada » après celui de Niagara, où l'on fut rejoint dans la nuit du 26 par un courrier apportant l'annonce de l'investissement de Louisbourg. Bougainville, qui résume évidemment les commentaires de son entourage, montre ici dans son journal, au nom de l'état-major dont il est l'interprète, une sagacité remarquable et prédit exactement ce qui va se passer; — comment Louisbourg sera rendu par la friponnerie, l’avidité de l'ordonnateur et comment les partisans canadiens du sieur de Boishébert, envoyés pour harceler de dos l'ennemi, seront à peu près inutiles,
« Je dis l’avidité de M. Prévost [l’ordonnateur], et voici de quelle facon, Les magasins du Roi sont derrière un des points d’attaque. On en transporte donc presque tous les effets dans les magasins des particuliers. On rend la place plus tôt, afin d'obtenir par la capitulation que les habitants conservent leurs effets et puissent ou les faire passer en France ou les vendre aux assiégeants. Le commissaire ne fait inventaire que de ce qui se trouve dans les magasins reconnus au Roi lors de la reddition et ne fait aucune mention des effets répandus dans la ville, lesquels tournent à son profit. Ainsi fit M. B. [Bigot] en 1745. Il avait engagé les habitants à présenter au commandant une requête pou: lui demander de se rendre; et le commandant se rendit en conséqrence, sous le prétexte de ne pouvoir contenir les habitants soulevés avec une garnison aussi révoltée. M. Prévost, élève de M. Bigot, marche à grands pas sur les traces de son maitre. »
Trente jours plus tard, Louisbourg se rendait, en effet, sur les réquisitions du sieur Prévost!.
logique parfaite. — Dans un autre passage (IE, 104), l'abbé veut encore opposer « la violence de paroles » de Montcalm à « la modération et la déférence que montrait Vaudreuil dans ses rapports » avec lui. Mais, outre que chacun suivait la pente de son caractère, — l’un indolent, l’autre impétueux, — on ne peut comparer ici l'allure quasi officielle des lettres échangées entre le gouverneur et le général avec le style relâché de la correspondance plus intime des trois commandants français entre eux. Aux lettres de Vaudreuil à Montcalm (19 et 22 juillet 1759), il faudrait opposer des réponses de Montcalm à Vaudreuil et non pas, comme le fait l'abbé, des lettres de Montcalm à Lévis (11 juillet 1759).
1. Ni le récit de Parkman ni celui de l’abbé Casgrain pour le siège de Louisbourg ne laissent entrevoir ce dessous des cartes. Aussi est-on surpris de lire dans les documents la colère du ministère de la guerre à la nouvelle de la reddition. Belle-Isle qualifie la capitulation de « honteuse » (4 Montcalm, 19 février 1759). Il se peut que le commandant, le Ch°' de Drucourt, honnête et courageux pour sa part, eût fait tout le possible; mais il est certain qu’en France on n'en croyait rien et pas davantage sans doute à l’armée du Canada (cf. Désandrouins, p. 151). Bougainville, se trouvant au milieu d’août en parlementaire chez les Anglais, avait parié contre le Cap° Abercromby que Louisbourg ne serait pas encore pris le 15 de ce mois (Désandrouins, p. 213, 219).
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