PRÉFACE
d'idées, qu'on a peine à croire si aisé et si rapide dans un esprit de la trempe de Calvin. Encore les biographes ne s'accordent-ils pas. Est-ce à Paris, à Orléans ou à Bourges que la conversion s'est opérée? La réponse varie suivant les auteurs.
Il a paru qu'un problème de cette importance méritait qu'on s*y appliquât et qu'il y aurait peut-être quelque chance de l'éclaircir en cherchant plus haut et plus loin dans la vie du réformateur. Nous voyons aujourd'hui très clairement par suite de quelles circonstances un Luther ou un Jean Huss ont été amenés à l'état d'esprit qui les conduisit naturellement aux idées de réforme. Pourquoi n'en pourrait-on faire de même touchant Calvin, d'autant plus qu'il n'est pas impossible d'arriver à reconstituer le milieu dans lequel sa jeunesse s'est écoulée? C'est là qu'est, suivant nous, tout le secret de son évolution. On en aperçoit nettement et les origines et les précédents. Quantité de petits faits, restés jusqu'ici ignorés ou inaperçus, permettent de reconstruire toute cette trame.
En retraçant les divers séjours du réformateur aux universités, une étude de ce genre permettra d'exposer assez exactement l'histoire de la formation littéraire de celui qui «écrivit aussi bien qu'homme de son siècle ^ » ; elle jettera aussi quelque jour sur son caractère, ses habitudes de vie, les amis nombreux et dévoués qui l'entourèrent. En essayant de faire revivre la société au milieu de laquelle sa jeunesse s'est écoulée, nous entrerons dans le détail de la vie intime et pour ainsi dire journalière des hommes du XVP siècle. Cette période forme en quelque sorte le premier acte d'un drame dont Genève verra le dénouement.
Ce qui ressort d'une étude attentive des faits, c'est que Calvin est sorti déjà protestant de sa ville natale. C'est dans ce centre
^ Bossuet.