MARIAGE DE DEUX SOEURS AÎNÉES. — RETOUR AU COLLÈGE
le retournai à Dol, à mon irrand regret.
L'année suivante, il y eut un projet de descente à Jersey, et un camp s'établit auprès de Saint-Malo. Des troupes fuient cantonnées à (lombourçr: M. de Chateaubriand donna, par courtfii-if. successivement asile aux colonels des (régiments de Touraine h de < '.ont i : l'un était n «lue de Saint-Simon, et l'autre l«- marquis de Eausans. Vingl officiera étaient tous les jours ■nrités à la table de mon père. Les plaisantetrangers me déplaisaient : leurs promenades troublaienl la paix de mes bois. c'est pour .-non- vu le colonel en second du
régiment de Gonti, le marquis de Wignacourt, galoper sous des arbres, que des idées de voyage me passèrent pour la première fois par la tête.
Une chose me charmait pourtant : la parade. Tous les jours, la garde montante défilait, tambour et musique en tête, au pied du perron, dans la Cour Verte.
M. de Causans proposa de me montrer le camp de la côte : mon père y consentit.
Je fus conduit à Saint-Malo par M. de La Morandais, très bon gentilhomme, mais que la pauvreté avait réduit à être régisseur de la terre de Gombourg. Il portait un habit de camelot gris, avec un petit galon d'argent au collet, une têtière ou morion de feutre gris à oreilles, à une seule corne en avant. Il me mit à califourchon derrière lui, sur la croupe de sa jument Isabelle. Je me tenais au ceinturon de son couteau de chasse attaché par- dessus son habit : j'étais enchanté.
Lorsque Claude de Bullion et le père du président de Lamoignon, enfants, allaient en cam-
pagne, « on les portait tous les deux sur un même âne, dans des paniers, l'un d'un côté, l'autre de l'autre, et l'on mettait un pain du côté de Lamoignon, parce qu'il était plus léger que son camarade, pour faire le contrepoids » ( 1 ) . M. de La Morandais prit des chemins de traverse :
Moult volontiers, de grand'manière, Alloit en bois et en rivière; Car nulles gens ne vont en bois Moult volontiers comme François.
Nous nous arrêtâmes pour dîner à une abbaye de bénédictins qui, faute d'un nombre suffisant de moines, venait d'être réunie à un chef- lieu rie l'ordre. Nous n'y trouvâmes que le père procureur, chargé de la disposition des biens; meubles et de l'exploitation des futaies. Il nous lit servir un excellent dîner maigre, à l'ancienne bibliothèque du prieur : nous mangeâmes quantité d'œufs frais, avec des carpes et defl brochets énormes. A travers l'arcade
i Mémoire! <iw président de Lamoignon.
d'un cloître, je voyais de grands sycomores qui bordaient un étang. La cognée les frappait au pied, leur cime tremblait dans l'air, et ils tombaient pour nous servir de spectacle. Des charpentiers, venus de Saint-Malo, sciaient à terre des branches vertes comme on coupe une jeune chevelure, ou équarrissaient des troncs abattus. Mon cœur saignait, à la vue de ces forêts ébréchées et de ce monastère déshabité. Le sac générai des maisons religieuses m'a rappelé, depuis, le dépouillement de l'abbaye qui en fut pour moi le pronostic.
Arrivé à Saint-Malo, j'y trouvai le marquis de Gausans ; je parcourus, sous sa garde, les rues du camp. Les tentes, les faisceaux d'armes, les chevaux au piquet, formaient une belle scène avec la mer, les vaisseaux, les murailles et les clochers lointains de la ville.
Le prince de Garignan, venu au camp, épousa la fdle de M. de Boisgarin, un peu boiteuse, mais charmante : cela fit grand bruit, et donna matière à un pro<<>.
Mon frère était à Saint-Malo, lorsque M. de
La Morandais m'y déposa. Il me dit, un soir : « Je te mène au spectacle : prends ton chapeau. » Je perds la tète; je descends droit à ia cave pour chercher mon chapeau qui étail au grenier. Une troupe de comédiens ambulants venait de débarquer. J'avais rencontré des marionnettes; je supposais qu'on voyait, au théâtre, des polichinelles beaucoup plus beaux que ceux de la rue.
J'arrive. Le cœur palpitant, à une salle bâtie en bois, dans une rue déserte de la ville. J'entre, par des corridors noirs, non sans un certain mouvement de frayeur. On ouvre une petite porte, el me voilà, avec mon frère, dans une t moitié pleine.
Le rideau étail levé, [a pièce commencée : on jouait le Père de famille. J'aperçois deux hommes ■ai se promenaient sur le théâtre, en causant, ••i que tout le monde regardait. .!<' les pril pour les directeurs des marionnettes qui devisaient devanl la cahute de M Gigogne, en ailéndant l'arrivée du public : j'étais seulement étonné qu'ils parlassent si haut de leurs affaires
et qu'on les écoutât en silence. Mon ébahissèment redoubla lorsque d'autres personnages, arrivant sur la scène, se mirent à faire de grands bras, à larmoyer, et lorsque chacun se prit à pleurer par contagion. Le rideau tomba, sans que j'eusse rien compris à tout cela. Mon frère descendit au foyer, entre les deux pièces. Demeuré dans la loge, au milieu des étrangers dont ma timidité me faisait un supplice, j'aurais voulu être au fond de mon collège.
La troisième année de mon séjour à Dol fut marquée par le mariage de mes deux sœurs aînées : Marianne épousa le comte de Marigny, et Bénigne le comte de Québriac. Elles suivirent leurs maris à Fougères : signal de la dispersion d'une famille dont les membres devaient bientôt se séparer. Mes sœurs reçurent la bénédiction nuptiale à Combourg, le môme jour, à la môme heure, au môme autel, dans la chapelle du château. Elles pleuraient, ma mère pleurait; je fus étonné de cette douleur...
Lorsque le temps était beau, les pensionnaires
du collège sortaient le jeudi et le dimanche. On nous menait souvent au mont Dol, au sommet duquel se trouvaient quelques ruines galloromaines : du haut de ce tertre isolé, l'œil plane sur la mer et sur des marais où voltigent, pendant la nuit, des feux follets, lumière des sorciers qui brûle aujourd'hui dans nos lampes. Un autre but de nos promenades était les prés qui environnaient un séminaire d'Eudistes, d'Eudes, frère de l'historien Mézerai, fondateur de leur congrégation.
Un jour du mois de mai, l'abbé Égault, préfet de semaine, nous avait conduits à ce séminaire : on nous laissait une grande liberté de jeux, niais il était expressément défendu de monter sur les arbres. Le régent, après nous avoir établis dans un chemin herbu, s'éloigna pour dire son bréviaire.
Des ormes bordaient le chemin : tout à la âme du plus grand brillait un nid de pie : bous voila en admiration, nous montrant mutuellement la mère assise sur ses œufs, ci pressés du plus vif désir de saisir cette superbe
proie. Mais qui oserait tenter l'aventure? L'ordre était si sévère, le régent si près, l'arbre si haut ! Toutes les espérances se tournent vers moi: je grimpais comme un chat. J'hésite, puis la gloire l'emporte : je me dépouille de mon habit, j'embrasse l'orme et je commence à monter. Le tronc était sans branches, excepté aux deux tiers de sa crue, où se formait une fourche dont une des pointes portait le nid.
Mes camarades, assemblés sous l'arbre, applaudissaient à mes efforts, me regardant, regardant l'endroit d'où pouvait venir le préfet, trépignant de joie dans l'espoir des œufs, mourant de peur dans l'attente du châtiment. J'aborde au nid: la pie s'envole; je ravis les œufs, je les mets dans ma chemise et redescends. Malheureusement, je me laisse glisser entre les tiges jumelles et j'y reste à califourchon . L'arbre étant élagué, je ne pouvais appuyer mes pieds ni à droite ni à gauche pour me soulever et reprendre le limbe extérieur : je demeure suspendu en l'air, à cinquante pieds.
Tout à coup un cri : « Voici le préfet! » ot je
nie vois, incontinent, abandonné de mes amis, comme c'est l'usage. Un seul, appelé Le Gobbien, essaya de me porter secours, et l'ut obligé de renoncer à sa généreuse entreprise. Il n'y avait qu'un moyen de sortir de ma fâcheuse position, c'était de me suspendre en dehors, par les mains, à l'une des deux dents de la fourche, et de tacher de saisir avec mes pieds le tronc de l'arbre au-dessous de sa bifurcation, J'exécutai cette manœuvre, au péril de ma vie. Au milieu de mes tribulations, je n'avais pas lâché mon trésor; j'aurais pourtant mieux fait de le jeter, comme, depuis, j'en ai jeté tant d'autres. Kn dévalant le tronc, je m'écorchai les mains, H m'éraillai k*s jambes ai la poitrine, et j'écrasai lès œufî : oe fut ce qui me perdit. Le préfet ne m'avait point vu sur l'orme; j«i lui lâchai assez bien mon sang, mais il n'y eut pu moyen de lui dérober l'éclatante couleur l'or dont j'étais barbouillé, i Allons, me ditil, monsieur, vous aurez le fouet. »
Si cel homme m'eûl annoncé qu'il commuait bette peine en oejle de mort, j'aurais éprouvé
un mouvement de joie. L'idée de la honte n'avait point approché de mon éducation sauvage : à tous les âges de ma vie, il n'y a point de supplice que je n'eusse préféré, à l'horreur d'avoir à rougir devant une créature vivante. L'indignation s'éleva dans mon cœur; je répondis, à l'abbé Égault. avec l'accent, non d'un enfant, mais d'un homme, que jamais ni lui ni personne ne lèverait la main sur moi.
Cette réponse l'anima, il m'appela rebelle et promit de faire un exemple. « Nous verrons », répliquai-je, et je me mis à jouer à la balle, avec un sang-froid qui le confondit.
Nous retournâmes au collège; le régent me fit entrer chez lui et m'ordonna de me soumettre. Mes sentiments exaltés firent place à des torrents de larmes. Je représentai à l'abbé Égault qu'il m'avait appris le latin ; que j'étais son écolier, son disciple, son enfant; qu'il ne voudrait pas déshonorer son élève, et me rendre la vue de mes compagnons insupportable; qu'il pouvait me mettre en prison, au pain et à l'eau, me priver de mes récréations, me char-
ger de pensums: que je lui saurais gré de cette clémence et l'en aimerais davantage. Je tombai à ses genoux, je joignis les mains, je le suppliai, par Jésus-Christ, de m'épargner : il demeura sourd à mes prières. Je me levai, plein de rage, et lui lançai dans les jambes un coup de pied si rude qu'il en poussa un cri. Il court, en clochant, à la porte de sa chambre, la ferme à double tour et revient sur moi. Je me retranche derrière son lit ; il m'allonge, à travers le lit, des coups de férule. Je m'entortille dans la couverture, et, m'animant au combat, je m'écrie :
Macte animo, generose puer! (\)
( îette érudition de grimaud fit rire, malgré lui , mon ennemi: il parla d'armistice : nous conclûmes un traité; je convins de m'en rapporter a l'arbitrage du principal. Sans nie donner gain de cause, le principal me voulut bien soustraire à la punition que j'avais repoussée. Quand l'ex-
■nit.
cellent prêtre prononça mon acquittement, je baisai la manche de sa robe, avec une telle effusion de cœur et de reconnaissance, qu'il ne se put empêcher de me donner sa bénédiction. Ainsi se termina le premier combat qui me fit rendre cet honneur, devenu l'idole de ma vie, et auquel j'ai tant de fois sacrifié repos, plaisir et fortune.
Les vacances, où j'entrai dans ma douzième année, furent tristes; l'abbé Leprince m'accompagna à Com bourg. Je ne sortais qu'avec mon précepteur; nous faisions au hasard de longues promenades. 11 se mourait de la poitrine; il était mélancolique et silencieux; je n'étais guère plus gai. Nous marchions des heures entières, à la suite l'un de l'autre, sans prononcer une parole. Un jour, nous nous égarâmes dans les bois: M. Leprince se tourna vers moi et me dit : « Quel chemin faut-il prendre? » je répondis sans hésiter : « Le soleil se couche; il frappe à présent la fenêtre de la grosse tour : marchons par là. » M. Leprince raconta, le soir, la chose à mon père ; le futur voyageur
LA JEUNESSE DE CHATEAUBRIAND fO
se montra dans ce jugement. Maintes fois, en voyant le soleil se coucher dans les forêts d'Amérique, je me suis rappelé les bois de Combourg : mes souvenirs se font écho.
L'abbé Leprince désirait que l'on me donnât un cheval; mais, dans les idées de mon père, un officier de marine ne devait savoir manier que son vaisseau. J'étais réduit à monter, à la dérobée, deux gro-se> juments de carn»se ou un grand cheval pie. La Pie n'était pas, comme "lie de Turenne, un de ces destriers nommés par les Romains desuUorios equos et façonnés à >urir leur maître ; c'était un Pégase lunatique qui ferrait en trottant, et qui me mordait les jambes quand je le forçais à sauter des fosses. Je ne me 3uis jamais beaucoup soucié de chevaux, quoique j'aie mené la vie d'un Tartare, et, contre l'effet que ma première éducation
aurait dû produire*, je monte a elu-v-d a\.r plus
d'élégance que de solidité.
La fièvre tierce, dont j'avais apporté !<• germe des marais deDol, me débarrassa de M. Leprinos.
Un marchand d'orviétan passa dans le village, mon père, qui ne croyait point aux médecins, croyait aux charlatans : il envoya chercher l'empirique qui déclara me guérir en vingtquatre heures. Il revint le lendemain, habit vert galonné d'or, large tignasse poudrée, grandes manchettes de mousseline sale, faux brillants aux doigts, culotte de satin noir usé, bas de soie d'un blanc bleuâtre, et souliers avec des boucles énormes.
Il ouvre mes rideaux, me tàte le pouls, me fait tirer la langue, baragouine, avec un accent italien, quelques mots sur la nécessité de me purger, et me donne à manger un petit morceau de caramel. Mon père approuvait l'affaire, car il prétendait que toute maladie venait d'indigestion, et que, pour toute espèce de maux, il fallait purger son homme jusqu'au sang.
Une demi- heure après avoir avalé le caramel, je fus pris de vomissements effroyables; on avertit M. de Chateaubriand, qui voulait faire sauter le pauvre diable par la fenêtre de la tour.
Celui-ci, épouvanté, met habit bas, retrousse les manches de sa chemise en faisant les gestes les plus grotesques. A chaque mouvement, sa perruque tournait en tous sens; il répétait mes cris et ajoutait après : « Che? monsou Lavandier .' » Ce monsieur Lavandier était le pharmacien du village, qu'on avait appelé au secours. Je ne savais, au milieu de mes douleurs, si je mourrais des drogues de cet homme ou des éclats de rire qu'il m'arrachait.
On arrêta les effets de celte trop forte dose <!'< métique, et je fus remis sur pied.
I Mi me renvoya au collège à la fin de l'automne.
Les mathématiques, le grec et le latin occupèrent tout mon hiver, au collège. Ce qui n'était pas consacré à l'étude était donné a ces jeux du commencement de la vie pareils en tous lieux. Le petit Anglais, le petit Allemand, l<' petit Italien, le petit Espagnol, l<i petit Iroquois, lepetil Bédouin, roulent le cerceau »■! lancent la balle.
Un matin, j'éiai< très animé a une partie de
barres, dans la grande cour du collège, on me vint dire qu'on me demandait. Je suivis le domestique à la porte extérieure. Je trouve un gros homme, rouge de visage, les manières brusques et impatientes, le ton farouche, ayant un bâton à la main, portant une perruque noire mal frisée, une soutane déchirée retroussée dans ses poches, des souliers poudreux, des bas percés au talon : « Petit polisson, me dit-il, n'êtes-vous pas le chevalier de Chateaubriand de Combourg? — Oui, monsieur, répondis -je, tout étourdi de l'apostrophe. — Et moi. reprit-il presque écumant, je suis le dernier aîné de votre famille, je suis l'abbé de Chateaubriand de La Guérande : regardez-moi bien. » Le fier abbé met la main dans le gousset d'une vieille culotte de panne, prend un écu de six francs moisi, enveloppé dans un papier crasseux, me le jette au nez et continue à pied son voyage, en marmottant ses matines d'un air furibond.
J'ai su. depuis, que le prince de Condé avait fait offrir, à ce hobereau-vicaire, le précepto-
rat du duc de Bourbon. Le prêtre, outrecuidé, répondit que le prince, possesseur de la baronnie de Chateaubriand, devait savoir que les héritiers de cette baronnie pouvaient avoir des précepteurs, mais n'étaient les précepteurs de personne.
VH
PREMIERE COMMUNION. — CHATIADBRIAND QUITTE LE COLLÈGE DE DOL ET ENTRE A CELUI DE RENNES. — MARIAGE DE SA TROISIÈME SOEUR.
L'époque de ma première communion approchait, moment où Ton décidait, dans la famille, de l'état futur de l'enfant.
M de Chateaubriand était venue assister à la première communion d'un fds qui, après l'être uni à -on Dieu, allait se séparer de sa mère.
Ma piété était sincère, j'édifiais tout le coll<V<\ mai- une religion éclairée cherchai! à tempérer ma terreur qui paraissait un peu excessive.
J'avais, pour confesseur, le supérieur du séminaire des Eudisfc
Je devais recevoir l'absolution le mercredi
saint. Je passai la nuit du mardi au mercredi en prières. Le mercredi, à trois heures de l'après-midi, nous partîmes pour le séminaire, nos parents nous accompagnèrent.
En arrivant à l'église, je me prosternai devant le sanctuaire et j'y restai comme anéanti. Lorsque je me levai pour me rendre à la sacristie, où m'attendait le supérieur, mes genoux tremblaient sous moi. Je me jetai aux pieds du prêtre; ce ne fut que de la voix la plus altérée que je parvins à réciter mon Conftteor... Il prononça, en levant la main, la formule de l'absolution et fit descendre, sur ma tète, comme une rosée céleste; j'inclinai mon front pour la recevoir; ce que je sentais participait de la félicité des anges. Je m'allai précipiter dans le sein de ma mère qui m'attendait au pied de l'autel.
Le lendemain, jeudi saint, je fut admis à cette cérémonie touchante et sublime dont j'ai vainement essayé de tracer le tableau dans le Génie du Christianisme. J'y aurais pu retrouver mes petites humiliations accoutumées : mon
bouquet et mes habits étaient moins beaux que ceux de mes compagnons ; mais, ce jour-là, tout fut à Dieu et pour Dieu. Je sais parfaitement ce que c'est que la Foi : la présence réelle de la Victime, dans le saint sacrement de l'autel, m'était aussi sensible que la présence de ma mère à mes côtés. Quand l'hostie fut déposée sur mes lèvres, je me sentis comme tout éclairé en dedans. Je tremblais de respect et, la seule chose matérielle qui m'occupât, était la crainte de profaner le pain sacré.
Le pain que je vous propose Sei t aux anges d'aliment, Dieu lui-nu -me le compose
De la Ûeurdç son froment,
Racine.)
le conçus encore le courage des martyrs; j'aurjûs pu, dans <e moment, confesser le Christ iur le ehtvalel ou au milieu des lions.
J'aime a rappeler ces félicités <jui précédèrent de peu d'instants, dans mon âme, les tribulations du monde...
Trois semaines après ma première commu-
nion, je quittai le collège de Dol. Il me reste, de cette maison, un agréable souvenir. Je m'attendris, encore aujourd'hui, en songeant à la dispersion de mes premiers camarades et de mes premiers maîtres. L'abbé Leprince, nommé à un bénéfice auprès de Rouen, vécut peu ; l'abbé Egault obtint une cure dans le diocèse de Rennes, et j'ai vu mourir le bon principal, l'abbé Porcher, au commencement de la Révolution : il était instruit, doux et simple de cœur. La mémoire de cet obscur Rollin me sera toujours chère et vénérable.
Je trouvai, à Combourg, de quoi nourrir ma piétié, une mission; j'en suivis les exercices. Je reçus la confirmation sur le perron du manoir, avec les paysans et les paysannes, de la main de l'évêque de Saint-Malo. Après cela, on érigea une croix, j'aidai à la soutenir, tandis qu'on la fixait sur sa base. Elle existe encore : elle s'élève devant la tour où est mort mon père. Depuis trente années, elle n'a vu paraître personne aux fenêtres de cette tour; elle n'est plus saluée des enfants du château; chaque prin-
temps, elle les attend en vain ; elle ne voit revenir que les hirondelles, compagnes de mon enfance, plus fidèles à leur nid que l'homme à sa maison.
Je ne tardai pas à partir pour Rennes : j'y devais continuer mes éludes et clore mon cours de mathématiques, afin de subir ensuite, à Brest, l'examen de garde-marine.
M. de Fa voile était principal du collège de Rennes. On comptait, dans ce Juilly de la Bretagne, trois professeurs distingués : l'abbé de Chateaugiron pour la seconde, l'abbé Germé pour la rhétorique, l'abbé Marchand pour la physique. Le pensionnat et les externes étaient nombreux, les classes fortes. Dans les derniers temps, Geoffroy ë( Ginguené, sortis de ce collège, auraient fait honneur à Sainte-Barbe et au Plessis. Le chevalier de Parny avait aussi étudié à Rennes; j'héritai de son lit, dans la chambre qui me fui assignée.
Rennes me semblait une Babylone, le collège un monde. La multitude des maîtres <■( des écoliers, la grandeur des bâtiments, du jardin
et des cours, me paraissaient démesurées : je m'y habituai cependant.
A la fête du principal, nous avions des jours de congé ; nous chantions à tue-tête, à sa louange, de superbes couplets de notre façon, où nous disions :
0 Terpsichore. ô Polymnie.
Venez, venez remplir nos vœux ; La raison même vous convie.
Je pris sur mes nouveaux camarades l'ascendant que j'avais eu, à Dol, sur mes anciens compagnons : il m'en coûta quelques horions. Les babouins bretons sont d'une humeur hargneuse; on s'envoyait des cartels, pour les jours de promenade, dans les bosquets du jardin des Bénédictins appelé le Thabor : nous nous servions de compas de mathématiques attachés au bout d'une canne, ou nous en venions à une lutte corps à corps, plus ou moins félone ou courtoise, selon la gravité du défi. Il y avait des juges du camp qui décidaient s'il échéait gage, et de quelle manière les champions mèneraient des mains. Le combat ne
cessait que quand une des deux parties s'avouait vaincue. Je retrouvai, au collège, mon ami Gesril qui présidait, comme à Saint-Malo, à ces engagements. Il voulait être mon second, dans une affaire que j'eus avec Saint-Riveul, Jeune gentilhomme qui devint la première victime de la Révolution. Je tombai sous mon adversaire, refusai de me rendre et payai cher ma superbe. Je disais, comme Jean Desmarest allant à l'échafaud : « Je ne crie merci qu'à Dieu, i
Je rencontrai, à ce collège, deux hommes devenus, depuis, différemment célèbres : Moreau le général, et Limoélan, auteur de la machine infernale, aujourd'hui prêtre en Amérique. Il n'existe qu'un portrait de ma sœur, Lucile, et cette méchante miniature a été faite par Limoèlan, devenu peintre pendant les détresses révolutionnaire. Moreau était externe, Limoêlan pensionnaire. On a rarement trouvé, à la même époque, dam une même province, dans une même petite ville, dans une même maison d'éducation, det destinées aussi singulières.
Je ne puis m'empêcher de raconter un tour d'écolier que joua, au préfet de semaine, mon camarade Limoëlan.
Le préfet avait coutume de faire sa ronde dans les corridors, après la retraite, pour voir si tout était bien : il regardait, à cet effet; par un trou pratiqué dans chaque porte. Limoëlan, Gesril, Saint-Riveul et moi nous couchions dans la même chambre :
D'animaux malfaisant?, c'était un fort bon plat.
Vainement avions-nous, plusieurs fois, bouché le trou avec du papier, le préfet poussait le papier et nous surprenait sautant sur nos lits et cassant nos chaises.
Un soir, Limoëlan, sans nous communiquer son projet, nous engage à nous coucher et à éteindre la lumière. Bientôt, nous l'entendons se lever, aller à la porte, et puis se remettre au lit. Un quart d'heure après, voici venir le préfet sur la pointe du pied. Comme, avec raison, nous lui étions suspects, il s'arrête à la porte, écoute, regarde, n'aperçoit point de
lumière... «Qui est-ce qui a fait cela?)) s'écrie-t-il, en se précipitant dans la chambre. Limoëlan d'étouffer de rire et Gesril de dire en nasillant, avec son air moitié niais, moitié goguenard : « Qu'est-ce donc, monsieur le préfet?» Voilà Saint-Riveul et moi à rire comme Limoëlan et à nous cacher sous nos couvertures.
On ne put rien tirer de nous; nous fûmes héroïques. On nous mit tous quatre en prison, au caveau : Saint-Riveul fouilla la terre sous une porte qui communiquait à la bassecour; il engagea sa tète dans cette taupinière, un porc accourut, et lui pensa manger la cervelle; Gesril -»• -lissa dans les caves du collège el mil à couler un tonneau de vin ; Limoëlan démolit un mur. el moi, nouveau Perrin Dandin, grimpant dans un soupirail, j'ameutai la canaille de la rue par mes harangues.
J'avançai dans l'étude des langues; j«* devins fort fu mathématiques, pour lesquelles j'ai toujours eu un penchanl décidé : j'aurais fait un bon officier <!»• marine ou <l<* génie. Lu tout, j'étais aé avec des <li>|"^iii<>u^ faciles : Ben-
sible aux choses sérieuses comme aux choses agréables, j'ai commencé par la poésie, avant d'en venir à la prose ; les arts me transportaient; j'ai passionnément aimé la musique et l'architecture ; quoique prompt à m'ennuyer de tout, j'étais capable des plus petits détails; étant doué d'une patience à toute épreuve, quoique fatigué de l'objet qui m'occupait, mon obstination était plus forte que mon dégoût. Je n'ai jamais abandonné une affaire quand elle a valu la peine d'être achevée; il y a telle chose que j'ai poursuivie quinze et vingt ans de ma vie, aussi plein d'ardeur, le dernier jour que le premier.
Cette souplesse de mon intelligence se retrouvait dans les choses secondaires : j'étais habile aux échecs, adroit au billard, à la chasse, au maniement des armes ; je dessinais passablement; j'aurais bien chanté, si l'on eût pris soin de ma voix. Tout cela, joint au genre de mon éducation, à une vie de soldat et de voyageur, fait que je n'ai point senti mon pédant, que je n'ai jamais eu l'air hébété ou suffisant,
la gaucherie, les habitudes crasseuses des hommes de lettres d'autrefois, encore moins la morgue et l'assurance, l'envie et la vanité fanfaronne des nouveaux auteurs.
Je passai deux ans au collège de Rennes; Gesril le quitta dix-huit mois avant moi. Il entra dans la marine.
Julie, ma troisième sœur, se maria dans le cours de ces deux années : elle épousa le comte de Farcy, capitaine au régiment de Gondé, et s'établit avec son mari à Fougères, où déjà habitaient mes deux sœurs aînées : M"" de Marigny et de Québriac. Le mariage de Julie •Mit li. h a Combourg et j'assistai à la noce. J'y rencontrai cette comtesse de Tronjoli qui se fit remarquer par son intrépidité à l'échafaud : cousine et intime amie du marquis de La Rouerie, elle lui mêlée à m conspiration (1).
i Coospiration royaliste, bous la Révolution.
DEPART POUR BREST. — ON VEUT FAIRE DE CHATEAUBRIAND UN MARIN. — BRUSQUE DÉTERMINATION. — ENTRÉE AU COLLÈGE DE DINA If. — RETOUR ACOMBOURG.
Après le mariage de Julie, je partis pour Brest. En quittant le grand collège de Rennes, je ne sentis point le regret que j'éprouvai en portant du petit collège de Dol. J'eus pour mentor, dans ma nouvelle position, un de mes Oncles maternels, le comte Ravenel de Boisteilleul, chef d'escadre, dont un des fils, officier très distingué d'artillerie dans les armées jle Bonaparte, .'i épousé la fille unique de ma Bœur la comtesse de Farcy.
Arrivé à Brest, je ne trouvai point mon brevet d'aspirant; je ne sais quel accident l'avail
retardé. le restai ce qu'OD appelait soupirant,
et, comme tel, exempt d'études régulières. Mon oncle me mit en pension, dans la rue de Siam, à une table d'hôte d'aspirants, et me présenta au commandant de la marine, le comte Hector.
Abandonné à moi-même pour la première fois, au lieu de me lier avec mes futurs camarades, je me renfermai dans mon instinct solitaire. Ma société habituelle se réduisit à mes maîtres d'escrime, de dessin et de mathématiques.
Cette mer, que je devais rencontrer sur tant de rivages, baignait, à Brest, l'extrémité de la péninsule armoricaine : après ce cap avancé, il n'y avait plus rien qu'un océan sans bornes et des mondes inconnus; mon imagination se jouait dans ces espaces. Souvent, assis sur quelque mât qui gisait le long du quai de la Recouvrance, je regardais les mouvements de la foule : constructeurs, matelots, militaires, douaniers, forçats, passaient et repassaient devant moi. Des voyageurs débarquaient et rembarquaient, des pilotes commandaient la
manœuvre, des charpentiers équarrissaient des pièces de bois, des cordiers filaient des cables, «les mousses allumaient des feux sous des chaudières d'où sortaient une épaisse fumée et la saine odeur du goudron. On portait, on reportait, on roulait, de la marine aux magasins, et des magasins à la marine, des ballots de marchandises, des sacs de vivres, des trains d'artillerie. Ici, des charrettes s'avançaient dans l'eau à reculons pour recevoir des chargements; li des palans enlevaient des fardeaux, tandis que des grues descendaient des pierres, et que des cure-môles creusaient des atterrissements. Des forts répétaient des signaux, des chaloupé allaient et venaient, des vaisseaux appareillaienl ou rentraienl dans les bassins.
Mon « «prit se remplissait d'idées vagues sur la société, sur ses biens el ses maux, .le ne lais quelle tristesse me gagnait; je quittais le mal sur lequel j'étais assis; je remontais le Penfeld, qui se jette dans le port; j'arrivais i un coude "ii ce port disparaissait. 14, ne voyant plus rien qu'une rallée tourbeuse] tnatsenten-
dant encore le murmure confus de la mer et la voix des hommes, je me couchais au bord de la petite rivière. Tantôt regardant couler l'eau, tantôt suivant des yeux le vol de la corneille marine, jouissant du silence autour de moi, ou prêtant l'oreille aux coups de marteau du calfat, je tombais dans la plus profonde rêverie. Au milieu de cette rêverie, si le vent m'apportait le son du canon d'un vaisseau qui mettait à la voile, je tressaillais et des larmes mouillaient mes yeux.
Un jour, j'avais dirigé ma promenade vers l'extrémité extérieure du port, du côté de la mer : il faisait chaud; je m'étendis sur la grève et m'endormis. Tout à coup, je suis réveillé par un bruit magnifique; j'ouvre les yeux; les détonations de l'artillerie se succédaient; la rade était semée de navires : la grande escadre française rentrait après la signature de la paix. Les vaisseaux manœuvraient sous voile, se couvraient de feux, arboraient des pavillons, présentaient la poupe, la proue, le flanc, s'arrêtaient en jetant l'ancre au
milieu de leur course, ou continuaient à voltiger sur les flots. Rien ne m'a jamais donné une plus haute idée de l'esprit humain ; l'homme semblait emprunter, dans ce moment, quelque chose de Celui qui a dit à la mer : « Tu n'iras pas plus loin. Non procèdes ampli us. »
Tout Brest accourut. Des chaloupes se détachent de la flotte et abordent au môle. Les officiers dont elles étaient remplies, le visage brûlé par le soleil, avaient cet air étranger qu'on apporte d'une autre hémisphère, et je ne
a quoi de gai, de fier, de hardi, comme des h< tînmes qui venaient de rétablir l'honneur du pavillon national. Ce corps de la marine, si méritant, si illustre, ces compagnons des Suffren, des Lamothe-Piquet, des du Couëdic, des d'Estaing, échappés aux coups de l'ennemi, devaienl tomber sous ceux des Français!
Je regardais défiler la valeureuse troupe, lorsqu'un <\fî> officiers se détache de ses camarades ei me Baute au cou : «fêtait Gesril. Il me parut grandi, mais faible el languissant d'un coup d'épéo qu'il avait reçu dans la poitrine.
Il quitta Brest, le soir même, pour se rendre dans sa famille.
L'apparition et le départ subit de Gesril me lirent prendre une résolution qui a changé le cours de ma vie : il était écrit que ce jeune homme aurait un empire absolu sur ma destinée.
Lorsque le comte de Boisteilleul me conduisait chez M. Hector, j'entendais les jeunes et les vieux marins raconter leurs campagnes et causer des pays qu'ils avaient parcourus : l'un arrivait de Tlnde, l'autre de l'Amérique; celuilà devait appareiller pour faire le tour du monde; celui-ci allait rejoindre la station de la Méditerranée, visiter les côtes de la Grèce. Mon oncle me montra La Pérouse, dans la foule, nouveau (look dont la mort est le secret des tempêtes. J'écoutais tout, je regardais tout sans dire une parole; mais, la nuit suivante, plus de sommeil : je la passais à livrer en imagination des combats, ou à découvrir des terres inconnues.
Quoi qu'il en soit, en voyant Gesril retourner
chez ses parents, je pensai que rien ne m'empêchait d'aller rejoindre les miens. J'aurais beaucoup aimé le service de la marine, si mon esprit d'indépendance ne m'eût éloigné de tous les genres de service : j'ai en moi une impossibilité d'obéir. Les voyages me tentaient, mais je sentais que je ne les aimerais que seul, en suivant ma volonté. Enfin, donnant la première preuve de mon inconstance, sans en avertir mon oncle Ravenel, sans écrire à mes parents, sans en demander la permission à personne, sans attendre mon brevet d'aspirant, je partis un matin pour Gombourg où je tombai comnir des nues.
Je m'étonne encore aujourd'hui qu'avec la frayeur que m'inspirai! mon père, j'eusse osé
prend iv un»- paivillr résolution, «4 ce qu'il \
,i d'au*ei étonnant, c'est la jpanièredont je fus iv ;u. le devais m'attendre aui transports de la plu- vive colère, je las accueilli doucement Mon père se contenta de secouer la tête confine pourdire : •• Voilà une belle équipée 1 • Mi mère m'embrasai • l • - tout -on cour tu ji<>-
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gnant, et ma Lucileavec un ravissement de joie.
Mes trois autres sœurs s'étaient mariées, elles vivaient dans les terres de leurs nouvelles familles, aux environs de Fougères. Mon frère, dont l'ambition commençait à se développer, était plus souvent à Paris qu'à Rennes. Il acheta d'abord une charge de maître des requêtes qu'il revendit, afin d'entrer dans la carrière militaire. Il entra dans le régiment de Royal- Cavalerie ; il s'attacha au corps diplomatique et suivit le comte de La Luzerne, à Londres, où il se rencontra avec André Ghénier : il était sur le point d'obtenir l'ambassade de Vienne, lorsque nos troubles éclatèrent; il sollicita celle de Constantinople; mais il eut un concurrent redoutable : Mirabeau, à qui cette ambassade fut promise pour prix de sa réunion au parti de la Cour. Mon frère avait donc à peu près quitté Combourg, au moment où je vins l'habiter.
Cantonné dans sa seigneurie, mon père n'en sortait plus, pas même pendant la tenue
des États (i). Ma mère allait tous les ans passer -ix semaines à Saint-Malo, au temps de Pâques; elle attendait ce moment comme celui de sa délivrance, car elle détestait Combourg. Un mois avant ce voyage, on en parlait comme d'une entreprise hasardeuse, on faisait des préparatifs, on laissait reposer les chevaux. La veille du départ, on se couchait à sept heures du soir, pour se lèvera deux heures du matin.
Ma mère, à sa grande satisfaction, se mettait en route à trois heures, et employait toute la journée pour faire douze lieues.
Lucile, reçue chanoinesseau chapitre de l'Argentière, devait passer dans celui de Remiremont : en attendant ce changement, elle restait ensevelie à la campagne.
Pour moi, j«' déclarai, après mon escapade de Brest, ma volonté d'embrasser l'état ecclésiastique. La vérité «-I »j m- j<- ne chenlmi- qu'à
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lais. On m'envoya au collège de Dinan, achever mes humanités. Je savais mieux le latin que mes maîtres; mais je commençai à apprendre l'hébreu. L'abbé de Rouillac était principal du collège, et l'abbé Duhamel mon professeur.
Dinan, orné de vieux arbres, remparé de vieilles tours, est bâti dans un site pittoresque, sur une colline au pied de laquelle coule la Rance, que remonte la mer; il domine des vallées à pentes agréablement boisées. Les eaux minérales de Dinan ont quelque renom. Cette ville, tout historique, et qui a donné le jour à Duclos, montrait, parmi ses antiquités, le cœur de Duguesclin : poussière héroïque qui, dérobée pendant la Révolution, fut au moment d'être broyée par un vitrier pour servir à faire de la peinture; la destinait-on aux tableaux des victoires remportées sur les ennemis de la patrie?
M. Rroussais (1), mon compatriote, étudiait
1 François-Joseph-Victoi (troussais, célèbre méderin, né à
Saint-Malo, en 1772. mort en 1838.
avec moi àDinan; on menait les écoliers baigner tous les jeudis, ou tous les dimanches. Une fois, je pensai me noyer; une autre fois, M. Broussais fut mordu par d'ingrates sangsues, imprévoyantes de l'avenir. Dinan était à égale distance de Combourg et de Plancoêt. J'allais tour à tour voir mon oncle de Bedée, à Monchoix, et ma famille, à Combourg. M. de Chateaubriand, qui trouvait économie à me garder, ma mère qui désirait ma persistance dans la vocation religieuse, mais qui se serait fait scrupule de me presser, n'insistèrent plus sur ma résidence au collège, et je me trouvai insensiblement fixé au foyer paternel.