‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 13 sur 63 · MO · texte numérisé non relu

MO

m^me d'attirer sur elle la colère de Colbert ou celle du roi, elle ne ci-aignit pas de donner au prisonnks' des preuves touchantes et publiques de la plus vive sympathie. A cette occasion, elle écrivait à Huet, avec l'accent d'une profonde tristesse : a Quoique je ne sois pas ingrate, je souhaite pourtant de ne vous rendre jamais coini)assion pour compassion ; cela veut dire, en un mot, que je souhaite que la fortune ne vous fasse jamais éprouver une douleur pareille à la mienne : car enfin, monsieur, en une même semaine, j'ai \ii dd homme illustre qui me protégeoit (1) dans le plus pitoyable état du monde, un fidèle et généreux ami en prison (*2). et un autre dans le tombeau. Je compte presque pour rien le i-enversement de la fortune de M. Pellisson et de la mienne en particulier, quoique ces deux choses s'y trouvent. Mon chagrin a une cause plus noble, et IV mitié toute seule fait l'amertume de ma douleur. Plaignez-moi donc, monsieur, s'il est vrai que vous m'aimez un [)0u: et soyez assuré qu'il ne vous arrivera jamaL^ ni joie ni douleur que je ne partage avec vous (3). »

(1 Fi»inju»'i.

i3 Lt*nri' pu)>litv ]iour h\ premi^ro fois par MM. Ratheryet

niHiiron. 3/'''' •'"' >''■■»/"';. "•' 'i'' <'/ '^n *'"rre<pntvltjnce, p. '2Sij I ^^' in-S\ l\i;i>. Ti'i- i'Vi»*r. i^'*. Munu^'-rit «/<• ffuft. vol. !.. p. 3" Km tri *. oi; lit lo tili-»» siiivaMt i|iii a êti» »MTacé : J/"' de Sevéérf» '» M. flu' ', ■) Ci*i. •:•' /n nnn"H'Uit Car natation de M, PellU^l'i'th' li'iiri' ili' M ilr» Sciiiî-iN l'st sa us daîo; mai» ell^ ^*^ i'\îil.'Miinï':it il.' l*'-"l. i'|n».|i!»' t\,' !d iMiastrophe do Foiiquet. '^ Vi>ir «hiiis 1 «*\'t*lltvit inivnii:» «i.^ M. Mari*ou. Pe/li*^fin, Mudt^^ .<.£ r/. . l.» i'li,i:i;;r ' ::.:iîïi;.' P^'U-^-^h •> il Bastille 1I66I-I66**'' I \ol. iii-^-. Paris. IMiiitT. \<'*\K^

ÎP* de Scudéry s'efforça d'adoucir les maux de PelisoD par le dévouement le plus constant. Ce qu*il •a de vraiment remarquable dans cette conduite, est la simplicité avec laquelle elle sacrifiait son repos t sa tranquillité pour venir au secours d*un ami dans 3 malheur. M^^* de Scudéry ne parait pas même se loDter de ce qu'il y avait là d'admirable; elle ne voit ien que de fort ordinaire dans la fidélité dont elle tonnait un si généreux exemple. Les lettres qu'elle écrii^ait à cette triste époque de sa vie portent la trace dou- •ooreuse de ses inquiétudes et de ses agitations; en les lisant, on comprend tout ce que la pauvre femme a dû wulWr, pendant la durée d'un procès dont elle attendit Issue dans la plus cruelle anxiété. Ce n*est plus alprs l*tcriyain bel esprit qui, dans des phrases ingénieuses, ^eloppait librement sa pensée, et l'entourait de toutes C€8 guirlandes que la main d'une femme sait disposer ï^ un art délicat et souvent consommé. Quand elle I*rle de son attachement pour Pellisson, son langage Kt si digne et si élevé, l'expression si juste et si éloignée de toute affectation, le ton si vrai et d'une émotion si pénétrante, qu'il est aisé de voir que M"' de Scudéry û*a pas eu de peine à rendre avec force ce qu'elle sentait ^ bien. Tel est, en effet, le caractère d'une autre lettre Qu'elle écrivait à Huet, et dans laquelle elle faisait part à ^^ savant ami de toutes ses angoisses :

«On se fait honneur en plaignant ses amis malheu- ^nx, et on profite de leur infortune en la partageant ^V6c eux; mais le mal est, monsieur, qu'on ne les sou- ^t guère en les plaignant; et, après tout, quand on

a fait ce qu'on peut, on fait ce qu*on doit, et Ton a toujours Tavantage de n'augmenter pas leurs déplaisirs, par le chagrin qu'il y a d'apprendre qu'on a des amis ingrats : car j'appelle de ce nom-là, ces amis insensibles qui ne se laissent point toucher à la douleur, et qui ne prennent jamais de part qu'à la joie de ceox qu'ils aiment le mieux. Pour vous, monsieur, vous avet Tàme trop noble pour en user de cette sorte, et je sens, comme je dois, la bonté que vous avez de vous intéresser si obligeamment à ce qui me. touche, et à ce qui ]*egarde un illustre malheureux, qui mérite sans doute votre amitié. Il n'est aucunement coupable d'aucun crime, et la calomnie ne l'accuse même de rien : mais après tout, il est prisonnier, tout son bien est entre les mains du roi, et quand il n'auroit que le malheur de son maître, il seroit toujours bien à plaindre. Je suis biiMî f;\cliée, monsieur, de ne vous entretenir que de choses tristes et peu agréables. Mais j'ai si bonne opinion do \ous, que je crois que vous ne vous en tiendnv pii'i im|Hutuné, fi qu'au contraire vous en estinuMV/ d;nantai:o ramitié i|iio je vous ai promise (1). n

M ■ de Siudorj no lut pas seulement une femme d'un o^piit disiiiiiruo. ollo OUI encore un noble cœur; ce fut là vo qui lui atiiia d'illii<tivs amiiiés. et lui gagna l'affec* lion ilo oou\ «[iii la ouinuîvni. Flêchier, venu assex laiil à Pa:i<. akvs i|uo les Ivauv jours de l'hôtel de UaiulK>:i.iioî noMiori: plu<. oî lors^^ue la plupart de ceux

! (■ V :■■ ■ }{ • \ \. i. N. Bibliothèque nali<>- ■/.ii' l o- : -^v- MM Ui-.--r\ .t Biiiron. luivragi' cit<^-

trent la gloire de ces réunions se trouvaient dispersés, lu moins Tavantage de se voir admis dans la modeste !)n de M"" de Scudéry. Peut-être fut-il redevable de

faveur à son protecteur ordinaire, à Conrart, qui l(Mina si souvent des preuves de son amitié. Quoi

en soit, il est permis de croire qu'il aura été uit au Marais, dans la petite rue de Beauce, et préi à la maîtresse du logis par l'un ou l'autre de ses , Conrart, Chapelain, Huet, qui tous étaient des tuéades célèbres Samedis. Qu'il soit allé aux Samedis^ I n'avons pas, sur ce point, de preuves positives; us semble, cependant, que ce n'est pas sans motif qu'il l'éloge de M"' de Scudéry, dont il resta toute sa vie lèl^ admirateur.

W ses Mémoires sur les Grands-Jours d Auvergne^

a loué Chapelain, il n'a pas manqué non plus l'occade louer l'auteur du Cynis. Fléchier savait habilement ibuer les éloges, et s'entendait fort bien à saisir le lent favorable pour exprimer sa reconnaissance: un pliment délicat, finement tourné et glissé à propos,

était la monnaie dont il payait les égards qu'on t pour lui. Retiré à Clermont, et fatigué « d'entendre er de procès et de crimes », il cherchait, au sein préables compagnies, le moyen d'échapper à l'ennui

fait naître inévitablement un séjour long et forcé » une ville de province. Dans ces réunions, formées îsque uniquement de Messieurs des Grands-Jours

4e leurs femmes, on causait de tout, et particu- ^^ïûent de Paris, dont on s'entretenait presque toujours, *û de se dédommager quelque peu du chagrin de l'avoir

quitté. Dans cette société, le mieux reçu était naturellement celui ou relie qui avait le plus de nouvelles i doQQflr (le la grand' ville^ qui avait une lettre agréable & nMNh trer, quelque jolie anecdote à citer, ou des vers ikmh veaux «\ faille connaître.

A cet égard, si du moins nous en jugeons par ses JA^ moirrs^ Fléchier ne souffrait pas de concurrents. Cert toujours lui qui est le mieux instruit, c'est lui qui reçoit de Paris les nouvelles les plus piquantes. Ln fait curim vient'il dt* so passer? on le lui communique aussitôt; une' pi^ce vient-elle dr» paraître? on lui en envoie sansretâid une copie. Il vient la lire avec empressement à la petiM colonie parisienne, qui, à son tour. l'apprécie, lacommenlCi l'approuve ou la blâme, et en fait un instant la diatièn ih* ses causeries. (Vest surtout quand arrivait quelque poésie d'un auteur déjà connu, qu'on était heureux, car aloi*s, au plaisir d'admirer un poète, se joignait cêé de louer un ami. f.o plu-^ souvent, c'était à Fléfbier que r«»n était nMioxah'e de ces surprises, qui permettaient dt' pnrl<M' des amis absents, de faire valoir leiff nuTito 'M de >anter li*ui"< talents. M"* de ScudérvvicDt dt» comiH»<ir quelque*^ viMs ■.< sur le sujet d'une tubéreus!' i]!H' le roi axait dans sa chambre »>. Apeinea-t-H nvu d'^ Paii^i cotte pffifc pnr<ip, qu'il se hâte de venir la u)(Mitrer, axant bi«'n <oin d'ajouter cette appréciatioD lïiiMixrillante à radresso do l'auiem' : a Klle fait parier coiw llt'ur. dii-il. le jtlus iralanunent du monde. ■ Tout lo it !\ lo :i'.»r< ^iapplaudir. de louer les vers * q M"" de Sru.i«:\. r\ d*a«\'»^pier le jugement de Fléchief qui. d*ai!!<uî>. n'ax.iii pas à n^douter de contradic-

ors dans une assemblée qui partageait si complètement » goûts littéraires.

La conversation une fois engagée sur M"* de Scudéry, D ne quitte pas brusquement une si illustre personne^ on luse de ses autres ouvrages ; et , comme le sujet ne léplatt pas, on se laisse aller à raconter une anecdote laisante dont elle avait été le principal personnage. Ce Wlcieux récit de Fléchier, semé de traits vifs et spirituels, fit certainement l'un des plus amusants parmi tous ceux |ue renferment les Mémoires sur les Grands^Jours d Auttgne. Le narrateur n*est pas fâché de s'étendre quelque ea au sujet de M"* de Scudéry : il y a là une intention ni, pour être assez bien dissimulée, ne doit pas nous Aapper. Afin de mieux faire accepter ses éloges, et w leur donner un caractère plus marqué de sinlité, Fléchier a l'air de ne pas prendre garde que sous 8 paroles se cache un compliment : tactique habile et licate, que notre gracieux écrivain aimait à employer. ilgré le voile jeté si discrètement sur sa pensée, savait bien que l'on devinerait sans trop de peine qu'il ne disait qu'à voix basse et à demi-mot, et que flatterie, pour être adroitement déguisée, n'en irait s moins à son adresse. D'autre part, sa modestie se mvant à couvert, il était plus à l'aise pour louer. mlait-on le remercier et se montrer reconnaissant de ilogc accordé? il pouvait s'excuser humblement avec ton d'un homme qui avait parlé^ avec franchise, qui wit dit simplement la vérité , sans songer à se *ûdre agréable. Ce n'est pas sans quelque intention *crfete, qu'à l'occasion d'une petite poésie^ Fléchier se

met à parler avec tant de plaisir de M"' de Scudéry.

Un jour, selon Tordinaire, on était réuni chez M. de Caumartin. Dans le salon de Taîmable magistrat, se trouvent Messieurs des Grands-Jours^ la plupart è leui-s femmes, et, peut-<^tre même, les principaoi de la ville* avec quelques meœbi'es de la noblesse di pays. On est las « d*entendre parler de procès et de crimes »; et, comme le dit Fléchier, on ne serait pu fâché de tiouver des conversations plus douces ei fl» divertissantes. « Nous parlâmes donc d*abord de Teqiit des pei*sonnes qui en font profession, et d'une infinité è d<ames et demoiselles de Paris qui en ont infiniment, tf qui font voir que Tesprit est de tout sexe, et qu'il M manque rien à la plupait des filles pour être savantMi que Tusage de se faire instruire et la liberté de savoir.» Puis, la causerie continue sur ce sujet, la discosâoi s*engage : une dame de la compagnie^ prenant la défeoV des femmes, montre que la nature, bien qu'elle lear lit donné la beauté, ne leur a pas retranché pour cela la nison, et que cette dernière n'est pas le privilège exclusif des hommes. Ce petit débat terminé, Fléchier prend b parole, et commence son récit qu'il amène naturellement, a>tH- une naïveté apparente.

K Je leur m')nlrai là-dessus, dit-il, une petite poéâft] que je venois do recevoir de Paris, qui étoit de la façoo de M"' de Scudéry, sur le sujet d'une tubéreuse quête roi a\ oit dans <a chambre. KUe fait parler cette fleurte plus j^alauinuMU du monde; se mettre au-dessus de toutes les autres fleurs, st» moquer des palmes et des lauriers, et publuM' avec fierté la bonté que Sa Majesté a de la souffrir

auprès de lui. Cela fit que nous parlâmes des romans de Sapho (1), et d'une aventure plaisante qui lui arriva à Lyon, lorsqu'elle revenoit à Paris, et à M. de Scudéry, son frère (2). On leur avoit. donné une chambre dans ThôtellerLe,qui n'étoit séparée que d'une petite cloison d'une autre chambre où l'on avoit logé un bon gentilhomme d'Auvergne, si bien qu'on pouvoit les entendre discourir. Ces deux illustres pei*sonnes n'avoient pas grand équipage; mais ils tralnoient partout avec eux une troupe de héros VÛ les suivoient dans leur imagination; et quoiqu'ils allassent à petit bruit, ils avoient toujours dans l'esprit de grandes aventures. Quoiqu'ils n'eussent qu'à compter avec leur hôte, ils avoient de grandes affaires à démêler avec les plus grands princes du monde; si bien que leur

P conversation la plus ordinaire étoit un conseil d'Etat; et,

[ sans s'émouvoir, ils faisoient le procès aux plus redou-

K ^les princes. Durant quinze joui's qu'ils furent en che-

i ïûui, ils firent donner je ne sais combien de batailles. Qu'il

j est beau de voir toutes les intrigues d*un siècle passer

) par l'imagination de deux pei*sonnes qui font le destin de

{ ^to qui faisoient autrefois celui du monde ! Dès qu'ils

l furent arrivés à Lyon, et qu'ils eui'ent pris une chambre

I dans Thôtellerie, ils reprirent leurs discours sérieux, et

J ^nt conseil s'ils devoieût faire mourir l'un des héros

\ dcleur histoire; et, quoiqu'il n'y eût qu*un frère et une

' ^r à opiner, les avis furent partagés. Le frère, qui a

^ 1 humeur un peu plus guerrière, concluoit d'abord à la

' '*) C'est le nom que l'on donnait à M"» de Scudéry; elle ï^ . * appelle ainsi elle-même dans le Cyrui. ^r\ •^^l George de Scudéry; nous eu avons dit un mot plus haut.

mort; et la sœur, comme d*une romplexion plus Vendis prenoit le pai ti de la pitié, et vouloit bien lui sauver U vie. Ils serhaiilTi^i'ent un peu sur ce différend, et Sapho étant \eniie à Tautre avis, la diflkulté ne fut plus qo*à choisir le ^enre de mort. L'nn crioit qu*il falloit le fiire mourir très cruellement: Tautre lui demandoit par grto de ne le faire mourir (|ue |>ar le poison. Ils parloientâ sérieusement et si haut, que le gentilhomme d'AuverigiM^ logé dans la chambi*e voisine, crut qu*on délibérait svli vie du roi : et ne sachant pas le nom du p^rsonnage,fd innocemment le héros du temps passé pour celui fti autre, et fit un attentat d*un divertissement ini^iotirt Il s*en va fuin* sa plainte k mm hôte, qui, ne preuantlMM ce fait pour une intrigue de roman, fit appeler lesofliciBl de la justice pour infonner sur la cx)njuratioD de <tf deux hiconnus. (les messieui*s. qui croient qu'ils ont Mb le pouvoir de faire mourir, se saisirent de leurs persoM^f et jugeant à leur mine et à la tranquillité de lear ef" qu'ils n*étoient point si entreprenants qu'on les figoA leur (ii"ent la grâce de les interroger sur-le-champ* < n*avoiont point eu quelque grand dessein depuis arrivée : M. de Scndéry i-éponditque oui: s'ils n'a

point menacé la \ie du j)rincxî de mort cruelle ofl poison : il l'avoua: s'ils n'avoient pas concerté le ttMups et le lieu : il tomba d'acx'ord; s'ils n'alloienl î\ Paris pour exécuter et pour mettre fin àleurdessejd* ne le ni.i point. Là-dessus, on leur demanda leurs no** et ayant ouï ((ue c^éloient M. et M"* de Scudéry, Us nuront bien cpiils parloient plutôt de Cyrus et d*l (|ue <le Louis, et (pi'ils n avoient d'autre dessein qu*

aire mourir en idée des princes morts depuis longtemps. kinsi leur innocence fut i*econnue; ces messieura se retièrent après leur avoir demandé pardon, chargés de honte ;t pleins de respect, et ceux qui faLsoient le procès aux léros donnèrent grâce à ces hommes simples (1 ). »

Nous ayons dit que Fléchier fut un admirateur de !"• de Scudéry. A défaut d'autres preuves, quelques ettres répandues çà et là dans la correspondance de 'èv<èque de Nimes suffiraient pour le démontrer avec Snridence. Formules d'adulation, direz-vous peut-être, ouanges banales d*un écrivain qui prodigue les complinents afin d*en recevoir à son tour ; mais suspecter ici la bonne foi de Fléchier, nous {Mtraitrait d'assez mauvais gpM: ses préférences littéraires, comme ses relations avec V* de ScudérV) nous portent à croire que son admira-^ tiM et ses éloges étaient parfaitement sincères. T/auteur du Cynis lui ayant envoyé quelques-uns de ses ouvrages, voici te qu'il lai écrit : u Ces derniers, dit-il, m* ont paru si MBpKs de cet esprit sage et poli qui règne dans tout ce

V* vous écrivecr que je les lus autant pour mon instmc-

. (1) Membres He Fléchier sur les Grands-Jours d'Ativergne, p. M .

^|fc récit « fourni à MM. Scribe et DoIestn^Poirson, lo sujet d'un

'^^Metille intitulé : l'Auberge on les Brigands sans le savoir, 1812.

[y^ Pièces justificatives XVI. nno jHîèno amusante do ce

^•wlêville. — Même anerdote dans P. L. (Courrier; Œuvres com-

1**»» p. 2î4, 1 vol. in-4», Didot, 1S61. lettre dn \^^ no-

^bn» 1807» datée de Résina, près Porttci. \a* colt^bre pain-

Wiire connaissait-il la narration de Fléchier? Nous inclinons

•*CP(HTe, tant les deux récits se ressemblent; il y a toutefois

•* différence : dans le n'»cit de Fh'Kïliior, il s'agit de savoir

^mont on tuera un héro^ de ronian; et, dans la lettre de-

"^•L. Courrier, comment on tuera vn chajton.

— action rpie pour mon plaisir. Il n'y a point de discoo! plus utiles, de pensées plus justes, d'expressions pli nobles, de connoissance du monde plus étendue, et < morale plus raisonnable (1). »

Devenu évèque de I^avaur, le prélat ne répudia pas s affections d'autrefois, et demeura toujours fidèle à s admiration pour M""" de Scudéry, dont il recevait avec j /es dernières Conversations. L'éloge va trop loin peut-M certain passage en particulier rap])elle assez* exacteoM Tenthousiasme excessif de Masciron (2). Mais c'est vr ment la gloire de M"* de Scudéry, d'avoir su, dans i genrc frivole et gâté i>ar tant d'autres écrivains, àh lopper des sentiments assez pui's et des idées assez g néreuses pour mériter rapprol)ation d'évéques égaleoM recommandables |)ar leui's lumières et leurs vertus.

Fléchier était si satisfait des Conversatiofis de M"' Scudéry (3), qu*il se déclarait tout disposé à les dist buer dans son diocèse, et à les indiquer aux prédic tenrs comme un bon modèle de morale. Il faut l'avoue ce n'est pas ce (|ue l'on pourrait dire aujourd'hui de

lii Œtirra nnnpU'lr:i rfr Flrr/utr, \o\. X. p. iJôS. Celle lelU ilatiMMic Versailles, s;lms indication daiinéOy no porte pa» le uo (le la iHM'xMine à la<pjelli> elle fui adressée. Ou lit seulemeutt i»'!i» : fi MtnientoisvlU' tic '**. Mais il suffit de lire lu lettrn toi entière. jMiur i^e enn\aiiicre qu'il ne peut être ({uestion iri qiie< M'" dt» Sendérv.

(•2i Le VI (H'iobre IGT".*. Masearon écrivait à M"« de St^udérj a I/ocrupatinn de mon automne est la lecture de Cyras,âe C^ et (V Ibrahim. Jy trnu\e tant de choses propn's pour réformer nu)nde, que j»* nw fais |Kiint difficulté de vous avouer que. d*i les serniiins (jne je prépare pour la cour, vous «enîz à ci^t*^ ' saint Augustin el de saint Herimnl. »

\,\) Cnuvvrmtinns sur divers sujets, IG80-1692; 10 vol. ii'-f*-

plupart des romans qui, dans ces derniers temps, ont fait le plus de bruit parmi nous, et qui ont valu à leurs auteurs réputation et fortune, h La négligence du messager de Toulouse, et le séjour de plus de deux mois que j*ai fait à Nimes pour l'assemblée des États de cette province, ont bien retardé, mademoiselle, et la joie que j'ai eue de recevoir de vos dernières conversations (1), et le plaisir de les lire, et celui de vous remercier. Il me falloit une lecture aussi délicieuse que celle-là pour me délasser des fetiguesd'un voyage, pour me guérir de l'ennui des mauvaises compagnies de ce pays-ci, et pour me faire goûter le repos, où la rigueur de la saison et la docilité de mes nouveaux convertis me retiennent dans ma ville épiscopale. En vérité, mademoiselle, il me semble que vous croissez toujours en esprit. Tout est si raisonnable, si ^ poli» si moral, et si instructif dans ces deux volumes que vous m'avez fait la grâce de m' envoyer, qu'il me prend quelquefois envie d'en distribuer dans mon diocèse, pour édifier les gens de bien et pour donner un bon modèle de morale à ceux qui la prêchent. Les louanges du roi sont partout si finement insérées, qu'il s'en feroit, en les ^cueillant, un excellent panégyrique. Recevez donc, mademoiselle, avec mon remerciement, les louanges que vous

(1) D devait y avoir dans le texte original : de recevoir vos der-

^^conversations. M"« de Scudéry fit paraître un ouvrage inti-

^^^ ' Conversations sur divers sujets. Paris, 1680, 2 vol. in-i2.

**i* ici, il ne peut guère être question de cet ouvrage, attendu

^ la lettre de Fléchier est de 1685 ou 1686 au plus tard. De

io80 à 1692, M"« de Scudéry publia d'autres volumes sous les

Wres de Conversations nouvelles, Conversations morales, Entretiens

'^wwrafe.en tout 10 vol. in-12. C'est de l'un de ces derniers

^^^Tages que Fléchier veut parler.

4ft

donnô un homme relégué dans une province, qui n a pas encore perdu le goût de Paris, qui vous conserve toujours la même estime qu*il a eue toute sa vie pour vous, et qui est très parfaitement, mademoiselle, votre, etc... (1). »

En 4694, M"' de Scudéiy était arrivée à rextrème limite de la vie (2). Le célèbre prélat, déjà vieux lui-même à cette époque, et n*ayant plus, ce semble, aucun intérêt à donner des éloges, adressait à la noble femme les mêmes compliments qu'autrefois, et lui écrivait encore avec l'accent d'une admiration que le temps n'avait pas refroidie : (c J'ai reçu, mademoiselle, au retour d'un assez long voyage que j'ai fait en Poitou, les vers de M. de Bétoulaud et les vôtres que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer. Les sujets en sont nobles et agréables, les expressions et les pensées dignes des sujets, et vous répandez l'un et l'autre toute la politesse et toute la llear de l'esprit dans ces petites poésies qui sont d'un très bon goût, et qui méritent d'être lues de tous ceux qui culti* vent ou qui aiment les belles-lettres (3). »

Ce fut pendant son séjour à Paris, que Fléchiereut l'avantage de connaître M"' de Scudéry, et de nouer avec elle des relations, qui ne furent pas brisées entièrement,

(1) Œitv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 358. Cette lettre est sans indication d'année; datée de Lavaur, le Î6 décembre. Flcchicr fut nommé à Lavaur, le 12 novembre 1685 ; nommé plu* tard à l'évéché de Nîmes, il jjrit possession de son nouveau siège au mois d'octobre 1687. Cette lettre est donc du 26 déc. i^ ()u 1080. — Citée à tort comme inédite par MM. Rathery p*

Boutron, p. 473.

(2) Née en 1607, elle avait à cette époque, quatre-vingt-sept afls.

(3) Œuvres de Flécfuer, vol. X, p. 64. Cette lettre porte la date suivante : à Nimes, ce 16 novembre, 1094.

lorsque des fonctions nouvelles le forcèrent de quitter Paris et la cour. Mais de ces rapports suivis, de cet échange de lettres, faut-il conclure qu'il ait été réellement au nombre des vrais amis de M"' de Scudéry ? Nous ne le pensons pas, si nous en jugeons, du moins, par le toti des lettres que nous avons citéesi. Le langage de Fléchier, en général plus respectueux qae familier, dans lequel il est facile de remarcpier plus de réserve que d'abandon, nous semble indiquer assez clairement la nature de leiifs rapports et le genre de leur liaison. Arrivé seulement & Paris en 1659, et encore inconnu au moment où Sapho étadt dans tout l'éclat de sa réputation, Fléchier, d'ailleurs modeste, peu avide de renommée et de bruit, ne ne dut pas occuper tout d'abord, dans les réunions du Samedi^ les premières places, réservées, on le comprend, i des personnages alors plus illustres : Conrart, Pellis- 8on, Montausier ou Chapelain.

Ce qui nous paraît probable, c'est que M"' de Scudéry îKicueillit le jeune provincial avec beaucoup de bienveillance, qu'elle estima le poète dont on vantait déjà publiquement la finesse et l'agrément, mais sans cesser toutem de traiter en protégé, plutôt qu'en ami, celui qu'on tenait de lui recommander. Et plus tard, lorsque célèbre lui-même (1), il eût pu, sans trop d'orgueil, prétendre i Tanùtié de M"' de Scudéry, celle-ci était déjà assez *^cée en âge, et, dès lors, les égards qu'il devait à Id vieillesse lui imposaient une réserve qui rendait toute inti- ^té presque impossible. Fléchier eut d'excellentes rela-

')) Sa première oraison funèbre est de 1672.

lions avec M"** de Scudéry, mais des relations assez sembiables à celles qu'il eut avec Conrart et Chapelain, qui. au fond, furent moins ses amis que ses conseillers et ses maîtres, et n'oublièrent jamais que le brillant orateur,avani d'arriver à la gloire, avait été autrefois leur protégé. Un( fois pris, le pli dut rester : il est rare qu'un élève, quelk que soit d'ailleurs la réputation c|u*il acquiert dans la suite ne conserve pas, à l'égard de ceux qui l'ont formé ou qa ont dirigé ses premiers pas dans le monde, une respea tueuse déférence, unique récompense bien souvent de soin dévoués et de services rendus.

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