CHAPITRE VIII
Les amies de Fléchier (suite). — De la compagnie des femmes eo général. Ce que Fléchier eu pensait. Opuscule attribué à Fléchier : Réflexions sur le caractère des hommes. Goût de Fléchier pour ces compagnies honnêtes et distinguées. — Marie I^upré. Son goût pour Tétude. Ce qu'on dit Somaizc, dans le Grand dictionnaire des Précieuses. Ses amis : Bussy-Rabutin, le P- Hapin, M"* Descartes, Huet, Gonrart. — Du ton galant au dix-septième siècle. — Le ton galant s'allie très bien à la gracile des idées. Correspondance de M*'« Dupré avec Bussy-Rabulin. Elle ne fait nullement étalage de savoir. Son affection P^'^r Pellisson. Elle est en relation avec Bossuet. Ce que Huet dit de M"« Dupré dans ses Mémoires.
C'est dans le cercle de M"' de Scudéry, dans les réu- ^ons de la rue de Beauce, que nous allons trouver les ^es amies de Fléchier, femmes distinguées, douées de Qualités remarquables, sinon supérieures, avec lesquelles ^' vécut sur le pied d'une familière égalité. Les unes et les autres, fort connues de leur temps et vantées pour les grâces ^e leur esprit, sont à peu près entièremet oubliées aujour- ^hui; c'est à peine si le nom d'une seule d'entre elles est parvenu jusqu'à nous. Qu'il nous soit permis de faire ^nnaîtreces aimables personnes : nous nous appliquerons * déterminer avec le plus de précision possible les 'Sports que Fléchier eut à la fois avec M"' Dupré ^ sa spirituelle aniie M"« de la Vigne. Sur M"' Des Hou-
liëres et sa fille, Thérèse Des Houlières, l'amie préférée de notre orateur, nous avons donné ailleurs des détails particuliers. Toutes, elles fréquentèrent les Sth médis de M"' de Scudéry ; c'est là, peut-être, que commencèrent ces diverses liaisons qui rendent à, attrayante cette partie de la vie littéraire de Fléchier. De.cbei M"" de la Vigne, à qui il venait lire ses vers latins, on peat le suivre chez M""" Des Houliëres, auprès de laquelle, grave aumônier de la Dauphine, il venait se reposer <te ses travaux, causer gaiement et sans façon, après avoir mis de côté toute étiquette de cour : entretiens charmants, libres et variés, causeries intimes que nous avons recueillies et écoutées avec plaisir, et que nous allons répéter, au risque de passer pour indiscret. Parmi ces femmes, recommandables par les qualités de Tesprit et par Télévation des sentiments, Fléchier trouva une société délicieuse, cour choisie^ qu il aurait pu appeler, comme celte de Yincofnparable ArthénicCy « modeste sans contraifite» savante sans orgueil, polie sans affectation (1) )>.
Fléchier, tout en prescrivant à cet égard de sages précautions, aima la compagnie des femmes, de celles qui ont assez de mérite et de vertu, pour que Ton puisse tirer quelque utilité de leur commerce. Dans un écrit qu'on lui a longtemps attribué, et qui a été publié dans ses œuvres, nous rencontrons l'expression fidèle de l'opinioii qu'il avait lui-même sur un sujet aussi délicat. Cet ouvrage ne lui appartient pas ; il est « d'un ecclésiastique
(i) Fléchier, Oraison funèbre de M^^ de Montausier, vol. J^f
ion temps et de son. école » ; mais, en le lisant, il est
e de reconnaître dans le langage du disciple les idées [nattre (1). S'il faut éviter avec soin les femmes fris, joyeuses ou coquettes, dans la société desquelles y a toujours plus à perdre qu'à gagner », d'un autre s, on ne blâme pas le moins du monde des relations lées sur l'honnêteté et les convenances, lous ne voyons pas l'inconvénient qu'il pourrait y avoir âter des femmes comme celles dont on nous p^Ie, disjuéespar leur vie exemplaire^ et dont la conversation, lous en croyons l'auteur, « fait plus d'elTet qu'un sermon ine heure ». Dans ce petit ouvrage que nous avons avec plaisir, nous dirons même avec proGt, cette itinction est établie avec la plus grande netteté) mais aieur évite de tomber dans une sévérité excessive, et met qu'il y a encore d'autres personnes d'une vertu
(i) Gel opuscule, semé d'observations justes et sages, primées souvent avec une grâce délicate, se trouve dans le lume neuvième des Œuvres complètes de Fiée hier , p. 237. • Barbier a détnontré, Dictionnaire des anonymes, vol. III, p. 170, fi ce n est pas Fléchier, mais un abbé Goussault qui est uteur de ce livre. L*ouvrage, d'abord publié à Paris, parut 08 nom d'auteur sous le titre suivant : Réflexions sur les défauts ^iresdes hommes et sur leurs bonnes qualités, 1 vol. in-12, 1692. Û8 plus tard, un libraire de Maêstricht reproduisit le livre de îusMuIt sous ce titre : Réflexions sur les différents caractères des me$,par M. E. F., évêque de N., 1714, in-12. En 1715, l'abbé ^ier, chanoine de la cathédrale de Nîmes, à la suite des '^iret du prélat, inséra ces Réflexions qu'il croyait, réellement de ûOQcle. En 1782, l'abbé Ducreux les imprima lui aussi dans ^Œuvres complètes de Fléchier; et c'est ainsi que s'était généranieui accréditée Terreur que nous relevons. Voir sur cet ouf^gede Tabbé Goussault, le jugement favorable qu'en a porté l- Sainte-Beuve ; Introduction aux Mémoires sur les Grands-Jours Amjcryne, p. xii et suiv.
moins hante, que Ton pem oepeodnt uiîhf m btq
• Pluâeur? aixtre«> dîmes, xkmis £s-on. se fioot nsfl
par leur mériie et par leur «ipriu Ces duBes* lêglèi
leurs m(£urset établies dans une pièié solide* sans <
DéannKiîns si hautemeni prcrfe»oo. méfnsent le
telles du siècle, et ne s'anacbeot qu'à oe qui pa
tenter l'esprit et l'éleier de phis en plus. On i
quelques-unes parmi elles avoir le goût aussi bon
délicat que ceux qui ont beaucoup d*éinde et <
enuetiens avec les savants ont rendus habiles t
teurs des belles choses. Le moyen de ne se pas
avec les dames de cette distinction? Lemoven de n'
aimer la convensation et la compagnie? 11 nV a
craindre poiu* le cœur dans ces sortes de commera
y est pour Tesprit : Tesprit en est le doux et agrèaM
Qui voudroit se priver du commerce des dames o
rées de Tune ou de l'autre de ces manières, se pri
d'une part, d'un véritable bien, et de Tautre, d'im
innocent, honnête, et qui produit mille bons effets
La société de femmes de ce caractère , le
paraître dangereuse à Tauteur* lui semble au ce
très utile; c'est, pour nous ser\ir de ses expre
une bonne école à laquelle il renvoie un jeune 1
apprendre à devenir plus honnête, c'est-à-dire, d
sens qu'avait ce mot au dix -septième siècle
loyal, plus obligeant et plus poli. « Il y a une a
manière de vivre avec les femmes que l'on peut voi
(1) Réflexions sur les différents caractères des hommes; ch Dm commerce avec les femmes. Œuvres complètes de Fléchier, v p. 308.
en rend le commerce agréable. Et quelle est cette manière, sinon celle de l'honnêteté et de la bienséance? On va souvent voir une dame, parce qu*il y a toujoiu^ compagnie chez elle; que c'est un réduit de gens d'esprit et de qualité; qu'on y parle toujours de bonnes choses, ou au moins d'indifférentes; que l'on se fait connoîlre, et que l'on se met sur un pied à se passer de jeu et de comédie, qui sont les plus ordinaires occupations des gens du siècle qui n'ont rien de mieux à faire. C'est ime bonne école pour un jeune homme que la maison d'une dame de ce caractère. 11 y prend l'esprit d'un bonnète homme, d'un homme qui ne pense qu'à se faire de louables habitudes, d'un homme enfin qui veut ressembler aux gens de mérite et de distinction qu'il y trouve (1). » Fléchier n'a pas écrit ces charmantes pages, nuds il a pu fort bien les inspirer, lui qui, dans l'oraison fiinèbre de M"*' de Montausier, parle avec admiration fe réunions de M"' de Rambouillet, « de ces cabinets î^e Ton regarde encore avec tant de vénération » , et qui étaient le rendez-vous de tant de personnes de qualité ^^ de mérite, Fléchier, comme la plupart des hommes d^ son temps, à l'exemple de Huet, de Conrart ou de Montausier, aima les compagnies des femmes distinguées P*r leur esprit et leurs vertus ; il rechercha leur société, ^t ne crut pas compromettre la dignité de son caractère 6Q donnant son amitié à celles qui lui parurent dignes de l'obtenir.
W se forma ainsi un petit cercle d'amies intimes, heu-
(^) (Ëuvres complètes de Fléchier, vol. IX, p. 310.
reudes de le recevoir, et auprès desquelles il se rendait volontiers, dès que ses travaux pu ses fonctions à li cour lui en laissaient le loisir. Privé de leur société, obligé de vivre loin d'elles, en quelque endroit qu'il ft trouvât, qu'il fût à Versailles ou à Fontainebleau, qaH vécût en Auveigne ou qu'il suivit la cour dans^ses voyages (1 ) , il aimait à recevoir de leui*s nouvelles. Nom le voyons songer à ses amies jusqu'au milieu des montignes, alors qu'il est comme enseveli dans Clermont, l'une des plus désagréables villes de Fi*ance, à son avis. Au sein de cett^ tii^te ville, Flécbier se délassait comme il pouvait, et cherchait, surtout dans ses souvenirs dePftriii un remède aux çnnuis inévitables de la yi^, de proyioc6i vie tranquille, il est vrai, mais souvent bien fatigintt par son uniforme tranquillité. D'ici, il nous semble h voir encore : il est à Clermont, retiré dans la maiMpt qu'il occupe, et d'où il peut voir « une fort agréaUi campagne, et des montagnes en éloignement qui font une belle pei*spective (2) ». Etranger au fracas de» Grands-Jours^ peu préoccupé du trouble qu'occasions dans la ville l'arrivée des magistrats redoutés, paiaibla et rêveur dans, sa chambre d'où il voit blanchir les montagnas, regardant les neiges d\i coin de son feu, raii d'être bien chaud et de voir l'hiver à deux lieues de lui (3), il pense à ses anciennes amies, il i-egrette tris-
(1) En 1080, FlcchiiT suit la cour on Flandre en qualité d'aumônier de la Dauphino ; on 1681, du l*»" octobre au IG novembre, il acconipagno Louis XIV on Alsaco.
(2) Mémoires sur les Grands- Jours d'Auvergne, p. 85.
(3) < Je prenois plaisir quelquefois de voir de ma chambre bito*
aient de ne pouvoir partager leurs plaisirs et se mêler leurs conversations.
Que faire alors pour se consoler, si ce n'est de parler s leur mérite, et de faire leur éloge toutes les fois qu'il D trouve l'occasion ? Nous ne croyons pas nous tromper, est bien de ses amies que Fléchier veut nous entretenir, t c'est à elles que s'adresse son compliment, lorsqu'il crit dans ses Mémoires sur les Grands" Jours : « Nous «rlimes tout d'abord de l'esprit des personnes qui, en )Dt profession, et d'une lufinité de dames et deo^oiselles 6 P^, qui en ont infiniment, et qui font voir que ttprit est de tout sexe, et que rien ne manque à la topart des filles pour être savantes, que l'usage de se lire instruire et la liberté de savoir (1). » Dans un itre passage de ces Mémoires^ il avoue qu*il a du goût «ir les bonnes compagnies^ et qu'il trouve beaucoup i charme à fréquenter une société polie : u C'est une K»e agréable, dit-il, que la conversation ; mais il faut I peu de promenade au bout, et je ne trouve rien de os doux que de prendre un peu Tair de la campagne, rts avoir passé quelques heures d'entretien dans la ambre (2) . »
Où Fléchier connut-il ces dames et demoiselles de fris^ qui, selon lui, avaient infiniment d'esprit? Ce fut <^lmient dans les réunions de M""" de Scudéry. Pour
^ir les montagnes; et, regardant les neiges du coin de mon feu, ï^s ravi d'être bien chaud et de voir l'hiver à deux lieues de '<>»• > [Mémoires sur les Grands-Jours d" Auvergne, p. 86.)
\^] Mémoires sur les Grands-Jours d'Auvergne, p. 60.
(î)rtW..p.64.
ce qui regarde M"* Dupré et M"* de la Vigne, pctttètie Conrart ne fut-il pas étranger à cette liaison. Ami de Tune et de Tautre, l'obligeant secrétaire de FAcidémie française aura présenté Flécbier à ces deoi aimables précieuses, comme il le présenta à Montauser, à Chapelain et à M"* de Scudéry. Ce n'est là quime conjecture, mais qui est assez vraisemblable, si on rélicbit que Conrart, par une bienveillance toute particQliëre, semble avoir voulu que ses amis devinss^t aoa ceux de son protégé.
Qu'était-ce donc que ces deux jeunes femmes, fort codnues de leur temps à Paris, en relation avec les pem*' nages les plus célèbres de Tépoque, et dont l'éloge» trouve dans un grand nombre d'écrits contemporains? Marie Dupré naquit, nous dit-on, à Paris, vers le mil0 du dix-septième siècle (I ). Elle était nièce de Desmintt de Saint-Sorlin, appelé' le plus fou parmi les poètes d le plus poète parmi les fous^ propos qui a fait dire i un spirituel critique de nos jours : « Quand on cofi* sidèœ quelques traits de sa vie, on admet la premièrB partie de la définition: en lisant ses œuvres, on 00 saurait souscrire à la seconde (2). » Heureusement b nièce, qui a\ait plus de raison que son oncle, nepaiiK
(Il Histoire lit ternit e du siècle de Z-owisX/V, par Tabbé Lambertf vol. 111. p. 11. l*our rorlliographi* (h» ce nom. nous suivons cell« <iu«» ion iroiiM» (l;ins los niauuscriis de Conrart, dans Soraaiw. dans los ItMin^s di» Fk'cliier et dans Tabbé I^mbert. Bus^y* Habutin. tVrii re nom tantôt en deux mots séparés iduPréf^ tantôt Dupré ou un .<eiil moi.
r2i H. Higanli. QuereUe des anciens et des modernes, ch. vii,p-^ Vol. I des Œuvres compiétes.
ks avoir partagé ses folles idées. Douée d'une intelgence vraiment remarquable, elle se rendit familière la onnaissance du latin et du grec, s^appliqua même à la hllosophie, et fit si bien que, dans un temps où Desnies comptait partout un grand nombre de disciples îtd'admirateurç, elle mérita d'être surnommée la Cartewme (1).
Somaize, qui Ta placée dans son Grand dictionnaire lis précieuses^ donne sur sa personne, sur la tournure de ton esprit, quelques détails utiles à connaître. « Gomme ^ De Tay veue qu'une fois en passant, dit Somaize, je «Youdrois pas asseurer que ce fût une beauté achevée; uûs je suis certain qu'elle est plus belle que laide, et pe ses yeux pourroient faire des conquestes sans le ttours de son esprit. Ainsi, il est bien naturel de dire p'elle a des amants, puisqu'il n'est rien de si conwme à la nature que d'aimer; mais comme l'amour t'est pas la partie la plus absolument nécessaire à une rtcieuse, et que c'est assez qu'elle en sçache ce qu'il 0 faut pour soustenir la conversation, je ne parleray ç de ses amours ny de ses aman», ne voulant pas lAne asseurer qu'elle ayt jamais rien aimé. Je diray eulement d'elle qu'elle fait profession ouverte de sciences, l* lettres, de vers, de romans et de toutes les choses pli servent d'entretien ordinaire à celles qui sont pré-
«eases. Quand je dis qu'elle fait profession , je n'entends
<*lPoar tous ces détails, voir : Histoire littéraire du siècle de ^««w XiV, par l'abbé Lambert, vol. III, livre IX, p. 11. — ^oréri, Dictionnaire historique, article Dupré; vol. IV, iu-f". ^% 1759.
|Ki< soulemeDt qu'elle lit, mais encore qu*eUe compose, ce qui est très constant, puù^e ses vers sont comptfO à ceux de no< meilleurs écrivains (1). »
M. Ch. Livet se demande avec quelque emburVi quelle peut i^tre cette M"* Dupré dont parle ici Somiiiet Pour nous, à ce< difTérent^ traits, il nous semble reooBnaitre la Df/namis^ de Jean de la Forge, cette deoMÎselle Dupré, qui •• écrit joliment en prose et en vaSi et est nièce du fameux M. Desmarets (2) ». En efliA cette précieuse qui, selon Somaize, faut profession ouverte de science, de lettres et de vers, a une singulièrt ressemblance avec M *• Dupré, distinguée « par la granfc connoissance qu'elle eut de toutes les parties qui co»* posent la belle littérature ;3^ >». également louée potf Télésiance de sa prose et la facilité de ses vers, et an* de M-'*^ de Scudér} , de Conrart, de Pellisson, de HoA dn P. Rapin et de Fléchier. Toutefois, en lisant ccrtiiB passajre de l'article de Somaize, on pourrait croire qui s'agit d'une autre demoiselle Dupré: mais il suffit d'eipt quer les j>aroles de Taiiteur du Dictionnaire des pf^ ciruyr<, pour faire disparaître toute difficulté à cet égard.
('elle di>nt Soniaizo trace le portrait a de nomhreW adorateurs qu'elle écoute assez volontiers. Pris à la lettre*
(1 Dirtvnmnin- *U< Pu:ieu<K<. vol. I. p. f>S. et vol. II, p. .«^i Edit. Ch. Liwt.'-Î ^.^î. iu-l-2. Paris. Paul Jannet. 1856. Somaû' a|»[»'il»' M'-'" Dupri- : Dv^}»h'mi*e, <^ondf du nom. — Elle defflf"' rait. lîu'îiK liit Soïr.ai/.f. */•/»• Iv rirrutt ./r< 5*î/jV«v. c'est-à-din* «"^ rlnitn- .*iai:;i-ri.Tîn.ii:.-rA'ix<Trui< : i^Vst aujinini*hui la rue «<** F*rôtres-Saii*t-iii»rm;ii;i-l Auxorroi.*.
r2' V..y. M. Ch. Livet : Clof historique et anecdoticfue an. Grand fi tctionnaire det Précieuses, vol. II. p. *2*25.
1 :^ L a b be La m beri . Hi< totre littéraire du siècle de Louis XI ^'
» mots ne convieDdraient nullement à l'amie de M'^*" de
• Il .1 • • I . - i ,
i Vigne, qui se vante constamment d'avoir échappé aux "sûts de l'amour. Evidemment, Somaize entend par là ces juaDteries à la mode, que se permettaient alors les femmes s plus honnêtes, galanteries qui laissaient le cœur parutement libre et dont l'esprit seul faisait tous les frais, «est là d'ailleurs ce que l'auteur semble supposer, quand ajoute : « Je ne parlerai ni de ses amours ni de ses mans, ne voulant pas même assurer qu elle ait jamais len aimé. » Ce dernier trait est parfaitement conforme n caractère de M"' Dupré. Voyant une personne se larier à l'âge de quarante-cinq ans^ sans biens, sans ttuté et sans esprit, elle écrivait, à cette occasion, à
tnsy-Rabutin : « Sans mentir, l'amour est bien aveugle ;
tt-je pas raison de le mépriser ? Ce qui m'aide en(5ore
me sauver de ses pattes, c'est l'exemple de tous ceux : celles à qui il fait faire tant de sottises. A sa place, li rempli mon cœur d'amitié, et je ne m'en trouve guère îeox; car, quand je perds quelqu'un que j'aime, je nffre presque autant que les demoiselles qui perdent M» amants. M. Huet est nommé pour être sous-préçteilr de M. le Dauphin. C'est lui qui fait de si beaux as latins^ et c^est à lui que j'écrivois, l'année passée, de Mnte-Reine t
J*emporte un teint Vermeil et frais, Un esprit gai ; pour un cœur tendre^ Vous auriez tort de le prétendre (1): »
Assez fière sur le chapitré de l'amour. M"* Dupré avait
'^1 Lettre du 2v* Juin 1671 ; Recueil dm lettres de Bussy-Rabutin, '^^^•V, p. 191 7 vol. in-12. Paris, veuve Delaulne, 1727.
(les sentiments forts vifs en amitié; et, ce qui le prouve mieux encore que ses paroles, c'est son attention à obliger tout le monde. A l'exemple de Conrart, toujoon prêt à user de son influence pour se rendre utile aux gens de lettres, M"' Dupré recherchait les personnes de mérite, et aimait à les faire valoir. Avec quelle parfaite bonne grâce, avec quelle ingénieuse habileté surtout eDe sait ménager des rapprochements entre ses différents amis, et leur fournir l'occasion de se connattre! «Vous aurez cet été à Sainte -Reine, écrit-elle à Bussy, une aimable personne, qui a bien de l'esprit. Elle m'écrivit, il y a deux mois, une lettre mêlée de vers et de prose, li plus jolie et la plus ingénieuse du monde. Elle est niëoe du fameux M. Descartes, et joint à la grandeur de soo esprit beaucoup de douceur et d'agrément. J'espère quB M""* la comtesse de Bussy et mesdemoiselles vos filles lai feront la grâce de trouver bon qu'elle leur rende ses res* pccts (1). » Le moyen de résister à de pareilles avancesi et de ne pas se sentir favorablement disposé quand on reçoit de si bienveillantes recommandations! Ausa b réponse ne se fit-elle pas attendre longtemps. Quelques jours après, elle arrivait à M"' Dupré. « Je vais hâter mon retour à Bussy, pour y être dans le temps que votre amie arrivera à Sainte-Reine ; nous lui ferons bien des amitiés pour l'amour de vous; et puis, quand nous h
(1) Lettre de M"*" Dupro, datôe du '2'2 juiu 1670. Corresponde^ de Bussy -Rabutin, vol. III, p. ^lO. — Calhenne Descartes. fill« (l'un ronseillor au parloniont do Hrolaguo, mourut vers l'W». Plusieurs do sos poésies so trouvoiit dans le Recueil de verschoU^ du V. Bouhours. Kilo était trôs amie de M"« de Scudén';^ M** de Sévignô parle souvent d'elle dans ses lettres.
Tons davantage, nous lui en ferons pour l*ainour 1). »
Dupré apprend-elle que Bussy commence à lier 38 relations avec le P. Rapin, elle le félicite aust, à son compliment, elle mêle un éloge qui ne ; qu'augmenter l'estime de Bussy-Rabutin pour le Jésuite. « Je suis ravie, lui dit-elle, que le P. Rapin venu de vos amis ; il mérite bien d'en être. Il est it, d'une conversation agréable, zélé pour ce qu'il tout plein de probité et d'une vertu sans re- (2). » C'est aussi par l'intermédiaire de M"' Dupré }nrart et Fléchier connurent Bussy-Rabutin; le r ne gagna pas beaucoup dans cette affaire, si ce eut-être un commerce agréable avec l'homme de , qui, au jugement de Boileau, avait le plus d'esuant à Fléchier, il tira de cette amitié un peu B profit : lorsqu'il fut question de son entrée à îmie française. M"* Dupré disposa Bussy en sa et s'efforça de lui assurer la bienveillance de
lemier trait du caractère de M"° Dupré, caractère ui aux écrivains de cette période, c'est que l'en-
îttredu 1" juillet 1670. Vol. III, p. 217. — Alise-Saintepetit village de la Côte-d'Or, où se trouvent des eaux les assez renommées. Le chîiteau de Bussy était près de •Reine.
etlrc du 15 mars 1672, vol. V, p. 223. Quelques mois aunl, elle lui écrivait : « J'apprends que vous êtes sur le de lier un commerce d'amitié avec le P. Rapin. Il eu est . et s'il étoit connu de vous, je vous assure qu'il vous piaim. 1 (Lettre du 11 juillet 1671, vol. III, p. 370.)
jouoment de son esprit n*ôtait rien à la gravité de ses liabitudes et de ses pensées. En voyant tous ces beaux esprits occupés de frivolités et de bagatelles, on serait tenté de croire que leur vie était aussi légère et aussi libre que leur langage. Ce serait là une erreur. Plusieuis fois déjà nous avons insisté sur ce point : on ne saurait trop y revenir, afin d'éviter une confusion regrettable. Ne l'oublions pas, le ton galant était universellement répandu au dix-septième siècle, il était admis partout ; c'était une mode parfaitement reçue, contre laquelle personne ne songeait à réclamer, et qui n'excluait ni le sérieux des idées, ni la pureté des sentiments, ni l'irréprocbable b(NDnéteté de la conduite.
Huet nous a laissé des vers parfois assez légers, œ qui ne Ta pas empêché cependant de travailler plusieurs années de suite, et cela avec opiniâtreté, à son grand ouvrage de la Démofistration évangélique. Pellis90D« lo confident de Sapho et F Apollon du Samedi^ cwnmc rappelle avec ironie Tallemant des Réaux (1), composait avant sa mort un Traité de rEucharistie^ que M"* de Scudéry qualifiait d'admirable^ dont M. de Meaax était rari, et que le pape lui-même ne refusait pas d'approuver publiquement f2\ Fléchier enfin, auteur de madrigaux i Climène et à Iris : dans ses ile'moires sur les Grands-Joiffi (t Auvergne^ libit? et plaisant conteur d'aventures siflg"*
(I Vol. III. p. 11 . iViiiiou Teclioner.
0' Voyoz à 00 siijot la lottn^ ilo M"* ilo Scudén- à Huet;^'" M'i>'Ttr ilo lliiot. \\\\A. lutionulo. vol. F. p. 47: li»ltre puMw'^' P' MM. Uathorv oi l^'uirou Uans leur ouvrase : M^ deScwIcrj/> **
liëres, n'en conserva pas moins toute sa vie la gravité qui convenait à son état, gravité d'ailleurs qui lui était parfaitement naturelle. Suivez-le à Clermont, à Paris, chez lui ou dans le monde, vous le verrez presque toujours le même, calme, sérieux, méditatif, aimant à se retirer de la foule pour réfléchir plus tranquillement. Pendant qu'il était à Clermont, Fléchier, sollicité par M. le lieiitenant général^ alla prêcher à Riom, le jour de la Toussaint. Après nous avoir donné quelques détails sur ce sermon, il ajoute ces paroles qui nous prouvent qu'au milieu des honnems qu'il recevait, il n'oubliait pas ses devoirs : « Le lendemain, nous dit-il, j'employai toute la matinée, selon l'usage de l'Eglise, à penser à mes amis morts, et à leur rendre ces pieux devoirs que la charité chrétienne exige de nous pour notre consolation et pour leur repos (1). »
Même dignité et même sérieux dans sa vie privée, qu'il
we à Clermont ou à la cour. Pendant son séjour en
Auvergne, les distractions qui lui plaisent le plus, ce sont
cpielques lectures au coin de son feu, quelques heures de
conversation, ou de temps à autre quelques excursions
solitaires aux environs de la ville. « Après plusieurs jours
de mauvais temps, et lorsqu'un rayon de soleil permet la
promenade, il s'échappe volontiers et va chercher, ne
(ùt-ce que dans quelque cloître, un lieu propice à la
rtflexion et à un paisible entretien (2). » Fléchier se prê-
\ tait au monde, plus qu'il ne s'y livrait, évitant de paraître
11) Mémoires sur les Grands^Jours, p. 104.
l^)M. Sainte-Beuve, Introduction aux Mémoires sur les Grands^
* 1 Joi
iirt t\
le fuir avec ostentation ou le rechercher avec empressement, gardant déjà cette mesure qui, dans la suite, sen l'un des traits les plus saillants de ce noble caractère.
Ce goût de la solitude et de la réflexion ne fut pas chez lui un goût passager : tel nous le voyons au commencement des Grands-Jours, tel il sera encore à la fin. Après un séjour de quatre mois à Clermont (l),on en partit, le S février 1666, pour se rendre à Paris au plm tit- Mais panenus au canal de Briare, les voyageurs voulurent considérer à leur aise les quarante-trois écluses a qu'os ouvre et qu'on ferme, et où l'on baisse ou Ton grossit les eaux pour faire que les bateaux ou montent ou descendent ». Messieui*s des Grands-Jours et les dames (pi étaient de leur compagnie n'eurent pas beaucoup dépeins» on le comprend, à obtenir que leur curiosité fut satisfaite. Aussitôt, on se mit à faire jouer toutes les machines,^ chacun put admirer « comme le travail et Tart forcent b nature, et comme l'adresse des hommes se joue des éléments, faisant des rivières où il n'y en a point, pour en joindre deux fort éloignées ». Pendant qtCon e'toii occupe à donner ce divertissement aux darnes^ Flécbier, demeuré seul et à l'écart, restait étranger à ce qui se passait autour de lui. Il se promenait sur le bord de Itcu^ loin du bruit, loin de toutes les conversations, s'entre tenant avec lui-même, et ne sortant de sa rêverie que
(Il L'arrivtV eut 1 ou 1.» '2'i soptombre 1005. 01 le départie i^' \rior 10r>0. — Lo canal i\o Briaro, lo proinior grand canal qiiîf"^ rouîîtnnt on Fran«v. avait vu* commonct» sous Henri IVeni^^''iM tormino on lOi*?. Il fait communiquer la Loire à la Seiof'*^ va tlo Hriaro à Mimtargis.
ir écouter la conversation grave et utile d'un homme il avait connu à Clermont, et qu'il estimait beaucoup K)ur sa vertu et la connoissance qu'il avoit des bellestres (1) ».
Telles étaient les habitudes de Fléchier, et telles dent aussi, on peut le dire, les habitudes et les mœurs s beaux esprits au dix-septième siècle, plus libres que lus dans leurs paroles, mais au fond aussi graves que )us, obser\ateurs aussi scrupuleux de toutes les bien- ^ces, et dont la conduite, en somme, valait bien la ôtre. Aujourd'hui, nous sommes plus délicats à Tenroit de certaines expressions franches et hardies, qui lors ne paraissaient malséantes à personne. A cette poque, comme les esprits étaient encore sains et les âmes igoureuses, comme les cœurs n'étaient point gâtés par lïutes les jouissances du luxe et du bien-être, ils entenaient sans rougir bien des mots qui effarouchent notre ruderie contemporaine : comme un jeune homme ou Ae jeune fille qui, dans la pleine maturité de sa force t de sa raison, dans toute la fleur d'une naïve et innoente jeunesse, écoute sans U'ouble et sans dangers de es confidences intimes, que l'on ne pourrait faire sans •iril à une àme moins droite et à un cœur demeuré wins pur.
M"' Dupré parla comme ses amis, et agit comme eux. î-lle plaisantait librement; mais, frivole en apparence, egeie en théorie, s'occupant beaucoup de bagatelles dans ^ lettres et ses vers, elle demeura sérieuse en réalité,
^^' ^oy. Mémoires sur les Grands'Juurs, p. 308.
alliant fort bien la gaieté de l'esprit à la gravité des pensées, et à une conduite irréprochable (1). La mort lient de lui enlever Tun de ses amis, qui Tétait aussi de Bassy- Rabutin. Entre un madrigal ou des bouts-rimés, elle écrit à ce dernier : a Pour être incapable de tendresse, je ne la suis pas de reconnoissance, et vous, ni H"* de Bussy, n'y perdez rien : car en vérité, j'en ai beaucoup pour les bontés que vous me faites l'honneur de me témoigner. Celles que vous aviez pour le pauvre abbé du *** (2)» lui dévoient rendre la vie plus agréable; mais je pense qu'il eût bien souhaité de vous le paroltre davantage, et en état d'attendre la mort avec moins de chagrki de sa difformité. Vous avez raison, monsieur, de regrettera sienne, car j'ai ouï dire qu'elle n'a point été précédée de tous les secours qui donnent une matière d'assurance que nous passons de cette vie dans une autre meill^iret qui est la seule consolation que l'on puisse avoir dans b perte de ses amis. »
Quelques années après, le 17 juin 1674, Bussy écrivit à M"* de Scudéry (3), femme d'un esprit cultivé, et qui ne manquait pas d'agrément : « Quoique vous m'eussieï ])réparé aux exhortations de M"'' de P. (4), je ne m'atten-
(Il (i'ost l'<»logo que lui a (lécerrié dans ses mémoires Huet.ipn ra]»i»olIe iitir .'sc rieuse et n us tvrc jeune fille, p. i83.Edit. Ch. Ni^* !
(•2) Lotirc du 8 mai HhO. vol. 111, p. Iil9. — M. Lud. Lalanue j nous doimp sou u(»ni : le pauvre abbé du Bac; Correspondance 'le j l}ussy-Rul)utiu, Y(d. I, p. '2Cu,
(3i F(Mnmo do (looi-f^o de Scudory; cotait une personne fort aimablo. ot dont ou irouvo ]>oa noml)re de lettres spirituelles dans la Corrc^pondanrc de Bus<>j-l\abutin. (Vol. IV, p. 117.)
(i) L'ôdiiiou souvent incorroote dos lettres do Bussy désigna égalomciit M^'^* Dupré jiur les initiales i/"« du P., ou if"* <^^^-'
dois pas au sérieux avec lequel elle me prêche. Elle me
parle comme à au évèque qu'elle auroit attrapé en flagrant
délit. Ce grand déchaînement qu'elle témoigne contre
Tamour, marque bien qu'elle n'a jamais été aimée. »
Bussy, qui voulait aller par degrés seulement vers le
chemin de la perfection, disait spirituellement à M"'' Du-
pré, mais avec plus de vérité peut-être qu'il ne croyait :
« Vous me faites trop d'honneur de croire que je sois
déjà si proche de la perfection où vous voulez me con^
duire;j'ai de plus grands défauts par où il faut corn-
mencer. Je suis une terre pleine de ronces, d'épines et, de
haut et bas, qu'il faut défricher et aplanir avant que d'y
* faire un parterre. Cependant, mademoiselle, je vous pro-
If-
[ OQ même M»i« P. Ainsi la lettre du 11 mai 1670, qui se trouve ! vol. m, p. 201, avec ce titre : Réponse du comte de Bussy à M^^^ de \ P", est évidemment adressée à M"* Dupré. Pour s'en conwincre, il suffit de lire la lettre que M"« Dupré avait envoyée ' à Bussy quelques jours auparavant, lettre du 8 mai 1670; : Yol. m, p. 198. Celle qui a pour titre ; Lettre du comte de Bussy « if'* P., vol. m, p. 184, lettre du 25 février 1670, est encore adressée à M"° Dupré; c'est la réponse à la lettre que M"® Dupré lui avait écrite le 2 janvier, et qui se trouve au volume III, ; p. 178. Voyez encore au vol. III, p. 506 et 507. D'ailleurs, ce [ gnad déchaînement de Jf*'" de P. contre Vamour est un trait parj Uculier du caractère de M'** Dupré ; à défaut d*autre preuve, l celle-ci pourrait suffire pour nous révéler le nom de la perf sonne à laquelle écrivait Bussy -Habutin. Cette édition des lettres de Bussy est remplie des négligences les plus impardonnables. Ainsi, vol. VII, p. 305, on lit : Lettre de Madame de Se- ^^S^y au comte de Bussy ; et à la p. 309, où se trouve la réponse ^ la lettre précédente, on lit : Lettre du comte de Bussy à Ma^ ^^ rfe Scudéi-y, On comprend qu'avec une pareille confusion «le noms, il ne soit pas facile de se reconnaître dans toute cette ^^rrespondance. Heureusement, M. Lud. Lalanne nous a donné, ^^Iî^d", une édition beaucoup plus correcte.
mets (1c travailler à me faire meilleur que je ne suis (1). » Je doute fort que M^^"" Dupré ait jamais réussi à arracto les ronces et les épines de ce caractère violent et emporté, dont les colères étaient d'autant plus à craindre, qu'il ne savait garder aucune mesure, et se croyait tout permis i l'égard de ceux qui avaient eu le malheur de roffeoser. Quoi qu'il en soit, c'est du moins quelque chose d'avoir inspiré à un ami si peu commode le désir de devenir meilleur, c'est-à-dire plus juste, plus doux^ plus bumaio, et moins lâchement cruel dans ses inimitiés et ses vengeances.
(l) Correspomlnmc de Dussy, vol. IV, p. !I8, lettre du ITjoin jOTi; nous citons toujours, pour riiidicaticn des pages, iédition do 17'2H, 7 vol. in-|-2, Paris. Florentin Delaulne. M. Lalanne, dans son t'dition do la Curre.tpondanee de Bussy, donne le nom de 3/II.. ,/^ p^**. il l'appelle : M''-^ de Portes, vol. II, p. 364. Cette demoiselle de Portes est-elle bien un personnage réel ? C'est une simple question (fue nous faisons. Nous croyons plutôt qu'il s'ifnt ici de >!"• Dupré. et non d'une demoiselle de Portes, dont lenoo ne se trouve presjpie nulle part.
M"»« de Sévi^Mié parle une fois d^me demoiselle de Pnrkt. iVoy. lettres de J/'"- de Sêvfgnéi, vol. X, p. 2S*2 : Collection iff f/randi t'crivains. Paris. IlachcttiM EU»^ était « (ille du niarquisd? Porti*s-I3udos, vire-amiral et chevalier de l'ordre, tué au siège i\o Privas. Sa niTMC, suMir du duc «lUzès. restée veuve avec deux lilji^s, st^ remaria au manfuis île i^aiut-Simon, frère aiui' du duc do Saint-Sini«)u. qui épou^-a li second»» (Ille de sa bell*** suMir. Sa beauté et sa dou-vur la bii firent préfén?r à laînw (J/"»^ de Porfi"i\ (jui. laide et méi-!iant.\ ne lui pinlonaa jamais» vi lui lit to'ite sa vie du pis (juVlle pH ». Klle mourut le 11 ^?' tembre HVX]. Note deTéditenr. — ('.ctte i)('Ti^oiino iaide et mt^hnnle serait-elle bien la «'orresnnndantc de nussv-Uabulin? Pour dous nou-^ inclinons fort à r.^j:ard(T «^omnie adress^'es à J/»* Z)*'/^» les quelques l.'ltr»\^ (jue M Lud. Lalaiino rowrde comme t*cri!e3 par Mussy à ntadcntoisr/lc df Porte>!. (Voyez plus haut, p. »'''' notre note sur les lettres de M"« Dupré.)
Enfin, malgré l'approbation qu'elle obtenait dans le londe, quoique recherchée pour l'étendue de ses conlaissances et la distinction de son esprit, M^^*' Dupré ne fit luUement étalage de son savoir.
Avec mille talents, Dupré d'orgueil n'a point,
a dit l'auteur de la nouvelle Pandore^ citée par l'abbé Laml)ert (1) ; cette appréciation nous paraît conforme à la mérité. Dans une lettre qu'il écrivait à Courait, le 24 septembre 1669, Bussy confirme pleinement cette opinion : « Il y a près de deux mois, monsieur, que j'ai découvert un trésor à Sainte-Reine, en la personne deïT'* Dupré, qui m'a paru d'un mérite extraordinaire. Sa modestie m'a touché encore plus que ses lumières. Une fille qui sait parler quatre langues également bien, qui fait des vers en maître, et qui ne se fait fête de rien, c'est une merveille dont on ne peut faire trop 3e cas (2). » M"* Dupré, en effet, appartient à la société des précieuses, mais à ces précieuses de mérite <pe M"* de Scudéry réunissait chez elle, et dont nous ivons fait connaître plus haut le caractère (3) . C'est dans «e milieu distingué que M"' Dupré a vécu, c'est là qu'elle * brillé, comme c'est là aussi qu'elle connut ses prin- <ipaux amis : Pellisson, Conràrt, Huet, M'** Descartes ^t Fléchier.
Histoire lit 1er a ire du siècle de Liuis XIV. & Lettres de Bussy, vol. V, p. 96. — Sur M"" Dupn», vuy. î'iècos justiGcativcs XVII, l'article de Moréri; il reuferinc (lucl- <l^^8 ren-ieignements utiles.
\^) Voir plus haut, p. 218 et suiv.
Dans ses lettres, M"' Dupré parle souvent de Pdlisson; elle aime à revenir sur cet ami dévoué de M"* de Scudéry, et à provoquer à son sujet les compliments de Bussy- Rabutin. Vient-il de recevoir un témoigni^ de la faveur du roi? elle s'empresse d'en communiquer la nouvelle à Bussy (1), qui lui répond quelques jours après : « Je sais le meilleur gré du monde au roi, des grâces quH fait à Pellisson ; car il est encore plus honnête homme qœ bel esprit, et personne en France ne l'a plus délicat que lui (2). »
Quelques mois plus tard, Pellisson, qui depuis longtemps déjà avait l'intention d'abandonner le calvinisme, se fit catholique ; aussitôt M^*'' Dupré écrit à Bussy, pour loi apprendre cette importante nouvelle : « Je suis enfin de retour de la campagne, monsieur, où j'ai été cinq semaioes avec deux dames de mes amies. Je ne croyois pas y être si longtemps, mais on est souvent trompé dans ses projets. Nous avons quasi vu l'abjuration de M. Pellisson. Il 1* faite à Chartres, dont nous n'étions qu'à quatre lieues. Il m'a donné la lettre au roi que je vous envoie (3). » Pte disposé à la critique qu'à l'éloge, Bussy, tout en louant cette action, rappelle la plaisante raillerie de M"* deSé-
(1) « M. Pellisson a eu deux mille écusdc pension... » (lettre de M"«* Dupré, datée du 25 féx^rier 1070, vol. V, p. 137.)
(•2) Lettre à M'»" Dupré, du 5 tnars {C)10, vol. III, p. i^*'^' Dans la Correspondance de Bussy ^ édition de 1720, vol. V, P- ^^'' la lettre i)orte la date du l**»* mars 1670. La réponse de Bussy a M"" Dupré, vol. III, p. 184, porte la date du 25 février i^l^^^ la sorte, Bussy aurait répondu avant que M"* Dupré ne lui ^"^ écrit. Nous rétablissons les dates d'après Tcdition de M. l^^' Lalanne, vol. I. p. '242 et 2i6.
(3j Lettre du 2 novembre 1G70, vol. V, p. 179.
lé, au sujet de la laideur bien connue de Pellisson. « La -e de H. Pellisson est belle, écrit-il à son amie. Rien n'affermit davantage dans ma religion, que de voir un esprit comme le sien, l'étudier longtemps et l'émiser à la fin. M""* de Sévigné disoit de 1^ à quelqu'un exagéroit ses bonnes qualités, sa droiture, sa granr d'âme, sa politesse : Hé bien^ dit-elle, pour moU je connais que sa laideur ^ qu'on me le dédouble donc. leroit encore meilleur à dédoubler aujourd'hui que la a éclairé son âme des lumières de la vérité (1). » jomme on avait glosé autrefois sur la conversion de renne (2), et sur celle de Montausier, on glosa aussi r celle de Pellisson. Non seulement pendant sa vie, on ipargoa pas â ce dernier les insinuations les plus mal-
i) Lettre du 21 novembre 1670, vol. V, p. 181. — Voir en- '^ : Correspondance de Bussy, vol. V, p. 191. — La lettre de Uisson au roi, sur son abjuration, se trouve dans la Correspond wde Bussy, vol. I, p. 467, édit. Lud. Lalanne. 2) Ce fut à cette occasion que Ton fit les vers suivants sur renne. Le reproche adressé à l'illustre capitaine est sans fonnent; mais on ne peut nier que ces vers n'aient de la force, la majesté et une certaine grandeur.
Sur Pabjuration de M. de Turenne.