SONNET
Turenne, est-il donc vrai! croirons-nous qae ton âme, Aussi grande autrefois que celle des Césars, Et toujours triomphante au milieu des hasards, S*engage aveuglément dans les lacs qu'on lui trame !
Est-il vrai, qu'en faveur d'une amoureuse flamme, Ta quittes lâchement du Christ les étendards ; Et que le favori de Bellone et de Mars Veuille être à soixante ans la dupe d'une femme ?
Turenne, doit-on croire aujourd'hui que ton cœur Du vrai Dieu des combats devenu déserteur, Aie fait à ton histoire une tache étemelle !
veillantes, mais encore après sa mort on essaya de jeter des doutes sur la sincérité de ses senUments religieQX. Attristée de ces bruits injurieux pour la mémoire deWlisson, M'^* Dupré voulut connaître la vérité à cet égard, et consulta Bossuet, qui avait été le confident de ses dernières pensées. La réponse de l'illustre prélat a une double valeur à nos yeux : elle éclaircit ce fait de la manière la plus nette ; elle nous prouve encore que M"* Dupré était connue de Bossuet, et qu elle avait des relations suivies avec M"' de Scudéry. a Je vous assure, mademoiselle, écrivit, à cette occasion, Bossuet, que M. Pellisson est mort, comme il a vécu, en très bon catholique... Biea éloigné du sentiment de ceux qui croient avoir satisfait il tous leurs devoirs, pourvu qu'ils se confessent en mottrant, sans rien mettre de chrétien dans tout le reste de
Hélas ! il est trop vrai qu*il a trahi la foi :
Et j*ai peur qu*à son Dieu s*étant montré rebelle,
Il lie devienne après infidèle à son roi.
Manuscrits de Conrart, vol. II, 151, Belles-lettres franréte^t p. 3S7; IVM. (le rArscnal. L'abjuration de Turonno eut lietïPQ Mi<».^. — (le sonnet est-il inédit? Nous lo crovons, sans oser 1 îiflirnier. Sur la sincérité de la conversion de Tureniio, voir M""" (1(^ Sévigné, vol. IV, p. ii, \Ô, etc., Collection da ^ranrf* rcrivnins. Paris, Hachette. — Cette femme serait-elle Marg\i(^^ de Kidian-Chabot, marquise de Coetquen, qui fut si funeste* Tu renne, et dont M"'« de Sévijj:né parle dans ses lettres? « Lors- ([u'on travaillait à détacher Charles II de la triple alliaûW» Turenne fut le seul, avec Louvois, auquel Louis XIV contia le >(MTet de la mission dont fut eharj^ée la duchesse d'Orléans. 1| (Mit la faiblesse de se laisser S(Mluire par M™* de Coelquen, (l^i^ lui arracha C(î secret. Le roi apprit cette indiscrétion, et por^ ^«'s soupçons sur Louvois. Turenne alors n'hésita pas à tout avouer: mais toute sa vie il rougit de celte aventure. » [Nourtli^ hiof/raphie générale de F. Didot; article : Turenne,)
ip vie, il pratiquoit solidement la piété... C'est, made- )iselle, ce que j*avoIs dessein d'écrire à M"" Scudéry, ant même de recevoir votre lettre; et je m'acquitte lutant plus volontiers de ce devoir, que vous me faites nnoiti'e que mou témoignage ne sera pas inutile pour consoler. Je profite de cette occasion pour vous assurer, ademoiselle, de mes très humbles respects, et vous deinder l'honneur de la conservation de votre amitié (1). » Huet connut aussi M"* Dupré. Dans ses Mémoires^ il us parle d'elle et de M"*' de la Vigne : « De son temps, m dit-il, elles avaient toutes deux une certaine celéité littéraire (2). » 11 paraît que M*** Dupré avait le tort préférer quelquefois les labeurs de l'étude à la société ses amis. Huet adressait alors quelques jolis distiques 'fl sérieuse et austère jeune fille^ l'invitait à partager plaisirs communs et à se mêler à leurs joyeuses réu- Ds. S'appuyant, au besoin, sur l'autorité d'Apollon des Muses, il engageait la jeune savante à abandonner instant ses travaux et ses livres, pour venir rire ilque peu au milieu de ses amis. « Nous n'aimons pas, disait-il, les jeunes filles dont le front est toujours libre et sévère; nous aimons bien mieux celles qui ent être enjouées. Nous, poètes, nous sommes une upe amie de la gaieté; c'est la volonté d'Apollon, c'est ssi la volonté des Muses : elles aiment à nous voir pandre çà et là le sel de nos plaisanteries. »
1^! liCitrc do Bossuct à M'"*' Duprô, datéo do Versailles, le ^f'^vrior 1093. vol. XI, p. 270. ^Œuvres complcles de Bossuct, '^^i^ iii-4M{eims, 18G3.) '"''^l Mémoires (le Uuel, p. 133. Traduct. Gh Nisanl.
— aro —
Odimus horridulas addacta fronte puellas : Quae miscere jocos noverit, illa placet.
Nos Tttes, gens laeta sumus : sic jnssit Apollo; Jussit ci argutoe spargere Musa sales (i).
(i) Ad Mariam Pratcam, virginem eruditam, utmismstm se jucunditati, Garmina Huetîi, Fnguerii, Oliveti et alion 1 vol. in-i2. Paris, J. Barbou, 176!; p. 111.
•PIÈGES JUSTIFICATIVES
ET
DOCUMENTS INÉDITS
PIÈCES JUSTIFICATIVES
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3GUMENTS INÉDITS