CHAPITRE X
Les amies de Fléchicr (suite). — M'*« de la Vigne. Son portrait. Enjouement de son caractère. Elle est en relation avec tous les beaux esprits du temps : Ménage, Huet, Pellisson, W^^ de Scudéry, Gotin. Une énigme de Gotin à M"« de la Vigne. — Correspondance galante de M"» de la Vigne avec Gonrart. Cette correspondance commence en 1665, et finit en 1668.
De M"* Dupré, nous arrivons naturellement à M"* de la Vigne, Tune des meilleures amies de Fléchier. Grâce aux découvertes de Sérieys et à celles plus récentes de M. Taschereau (1), nous pourrons faire connaître assez kîen M"* de la Vigne, marquer avec précision les agréables rapports qu'eurent ensemble l'ingénieux abbé ^ la nouvelle Melpomène. De plus, quelques vers char- 'ïïants, inédits pour la plupart, et dont M. Sainte-Beuve, * premier, a révélé l'existence (2), nous fourniront
(1) On trouve trois lettres de Fléchier à M'i« do la Vigne, dans ^^ volume publié par Sérieys, sous ce titre : Lettres inédites de '^^nri IV et de plusieurs personnages célèbres; iii-8", Paris, an X ^*S0l-1802). — Dans la Revue rétrospective, vol. lo»" (1833), M. Tas- ^•^çreau a publié une correspondance suivie entre Fléchicr et ^*** de la Vigne, correspondance tirée des Manuscrits de Con- '^**^/, vol. XIII, p. 407 et suiv.; in-f'». Bibl. de TArsenal.
<?) Voyez M. Sainte-Beuve : Introduction aux Mémoires sur les ^ ^tinds-Jours cT Auvergne, p. xi. — Ces vers de Fléchier se trou-
certains détails intéressants, que nous tâcherons de compléter à Taide de nouveaux documents que nous avoos pa réunir.
M"' de la Vigne, « l'une des plus belles, des plus savantes et des plus spirituelles filles de l'Europe (1) «» naquit à Paris, en 163&, et non à Vernon, en Normandie, comme le prétendent la plupart des biographes, dont an critique distingué, M. Ch. Labitte, a reproduit aussi Terreur (2). Son père, homme d'esprit et de mérite, d'abord professeur de rhétorique au collège du Cardinal- Lemoine, étudia ensuite la médecine, qu'il alla exercer à Vernon, sa patrie. Mais en 1617, il revint s'établir i Paris, chassé, nous dit Vigneul-Marville, par les tailles et les subsides. Grâce à son talent, grâce surtout à son habileté pour soigner les fièvres, il acquit du bien et de
veut à la Bil)liuthèquc nationale, dans un manuscrit in-f* <iui a appartenu à M. de Bozo. Classa' d'abord sous le n« 4016» suppl. fr., ce uiaQuserit porte le n» 1726-7688.
|l) Lefort de la Moriuière, Bibliothèque poétique, vol. II, p. ^^^' — Lefort de la M()riui«'«re, né à Paris en 1698, mourut en 1"6S.
ri) C'est Vignoul-Marville qui, l'un des premiers, a accrédiw (M'tto erreur, i Voyez ses Mt-langef (Ihistoire et de liltériitttrf, M)\. \, p. 7:3. Trois vol. iu-r2: Paris, 174)0.) — On trouve cette erreur daus la BiinjritpJiir (li'nirnb) de Didot, article Lnvigne.-^ (■ M"" Anne de Lnviiinr, uous dit à sou tour Gh. Labiltt*, l'tîi' tout houue'uent uue jeune j)ersoiiue (jui, se piquant do ^^'^^^ (M de carfj'sianisnie. était venue de Vernon à Paris, tout oxp^'?' pour trouver des riin<'s et j»our pratiquer les heaux-esprit^ "^ r«'j)0fiue. » [lirvnr ,lrs J)rin-}Jnn'ics, mars 1845.) — Reman]U0ii5, •Ml j)assaiit, fjue (lii. Lihiite et l'auteur de l'article de la 5à>?'*' ji/i/f ijvnf'roJe u'i"'riv,Mii pas «omuie uous le nom de rumi^^'"* Fléeliier. (Iepeu<iant (loiirart, daus ses manuscrits; Sauvigny» dans le Pnnin<$r t/r< (ïamc^: Vi-iueul-Marville, labbé Lanil)^^^' tous écrivent : Anne de la Vigne,
i réputation : deux avantages qui ont leur prix, et auxiiels on est rarement insensible. Il fut assez célèbre de on temps pour mériter de devenir médecin de Louis XIII, ! qui n'en voulut point d'autre pendant sa dernière aaladie » ; il fut enfin doyen de la faculté de médecine de ?aris, dont il défendit les prérogatives avec fermeté (1). Comme son ^mie M*^* Dupré, M"' de la Vigne était donc Parisienne. Jeune, belle, spirituelle et assez riche, elle fîit vite connue dans le monde des lettres, mais ne fut |anuds actrice^ comme l'a dit Sérieys, trompé par quelques vers de Fléchier, qu'il n'avait pas compris. De iMmne heure en possession d'une fortune très suffisante, rinon conâdérable (2), douée d'un esprit distingué, elle cultiva les lettres avec succès, particulièrement la philosophie et la poésie, qu'elle ne cessa d'étudier toute sa
(l) t Elu doyen de la Faculté de Paris, il plaida pour elle ^ntre les médecins étrangers, et obtint on sa faveur un arrêt ^ela Grand'Ghambre, en 1644. Ses deux plaidoyers furent imprimés sous ce titre : Orationes duas adversus Th, Renaudot el ^edicos extraneos, Paris, 1644, in-4<». » (Biographie universelle ieMichaud, article ; Michel de la Vigne.)
P) Né le 5 juillet 1588, à Vernon, Michel do la Vigne mourut fe 14 juin 1648, ne laissant que deux enfants : M*'o de la Vigne, ^ont nous nous occupons ici, et un fils, Michel de la Vigue, 9ui, plus tard, fut médecin comme son père. C'était un homme *S8ez médiocre. Cette différonco entre le frère et la sœur inspira *U père une plaisante réflexion, citée par Lcfort de la Mori- ^ière. \BibL poétique, vol. II, p. 404.) — Dans son Ilùtoire de ^^hier, p. 55, M. Delacroix dit quo W^^ de la Vigne était iiiùce ^ Descartes, Nulle part les biographes de M''« de la Vigne ^e parlent de cette parenté. Elle fut l'amie de M'i*' Descartes, ^ièce du grand philosophe : c'est là, sans doute, C2 qui aura *\)mpé M. l'abbé Delacroix, et causé la confusion que nous ""^levons ici.
vit', malgré la faiblesse d'une santé qui demeura toujours chancelante. Nous comprenons sans peine que H"* de h Vigne, fixée à Paris, libre de son temps, afrranchie des nécessités de la vie, ait pu nouer facilement des relatioDS avec les personnes les plus célèbres de l'époque, avec Pellisson, Huet, Conrart, Ménage, M"' Dupré, M"" Des» cartes et Magdeleine de Scudérj\
Ne nous étonnons pas de rencontrer tant d'honorables écrivains parmi les amis de M"' de la Vigne. Celle-ci avait tout ce qu'il faut pour plaire : de la jeunesse, de b grâce, une beauté que relevaient davantage encore k charme de son esprit et l'aménité de son caractère. Peotêtre nous soupçonnera-t-on de tracer un portrait de fantaisie, à l'exemple de ceux qui, par une dispositiofl fort naturelle, se figurent que les dons de l'intelligence ne vont pas sans la beauté, et que l'on doit retrouver dans l'air du visage quelque chose de la distinction à l'esprit. Mais M"' de la Vigne n'a besoin ni de c^ indulgence, ni de ces flatteries ix)sthumes. Nous ne sommes que vrai, lorsque nous disons que tout en die fut dans une parfaite harmonie, et qu'on n'eut pas besoin de la dédoubler, comme M"*" de Sévigné en exprimait i)laisammcnt le désir à propos de Pellisson. Voici son portrait que Sauvigny nous a conservé. Nous avons tout lieu (le le croire ressemblant, car certains détaik nous sont confirmés par Lcfort de la Morinière, qui l'appelait une drs phis ôr//cs filles de F Europe ^ et par M'"" Descartes, qui nous parle de sa beauté divine. Ce dernier élo*j;(», nous pouvons le croire mérité, s'il est vrai, comme Ta finement remarqué Ch. Labitte, (f^
w les femmes ne se font guère qu'à bon escient de ces compliments- là (1) ». L'auteur du portrait que nous allons citer est un bel esprit dont nous aurions bien voulu connaître le nom ; c'est sous le nom de Célimène qu'il désigne M"' de la Vigne. « Elle étoit, nous dit-il, de la plus belle taille du monde, Tair grand et de qualité, mêlé de beaucoup de modestie et de douceur ; elle avoit les yeux beaux et doux, le nez bien fait, la bouche agréable, le teint blanc, uni et délicat ; elle étoit naturellement éloquente et s'expliquoit avec autant de grâce que de fadlité, sans être embarrassée dans le choix des expressions qu elle trouvoit toujours heureusement et si propres au sujet, que la réflexion n'eût pas mieux réussi; elle étoit fort civile, mais fière et peu caressante ; elle avoit le cœur généreux et rempli de sentiments honnêtes, mais peu tendres; enfin, elle aimoit par Tesprit sans être touchée par le cœur (2). »
A ces différents traits, qu'une main bienveillante semble avoir tracés, ajoutez encore un caractère charmant, gai, vif, enjoué, et vous aurez une idée de l'agrément que Ton devait trouver dans la compagnie de cette aimable femme. Tandis que son amie. M"* Dupré, se montrait d'ordinaire grave et sérieuse. M"* de la Vigne, au contraire, était toute ^posée à rire et à plaisanter. Lui arrive-t-il quelque
(1) Etudes littéraires, vol. H.
(2) Sauvigny, Parnasse des dames, vol. V, p. 56. — Pour tous Ces détails sur M'»« de la Vigne, voir encore : Lefort de la Moriûière, Bibliothèque poétique, vol. II, p. Wi ; Vigneul-Manillo, Mélanges d'histoire et de littérature, vol. I, p. 73; l'abbé Lambert, histoire Utléraire du siècle de Louis XIV, vol. III, p. 28; Biographe universelle de Michaud, article : Michel de la Vigne,
jkxt^nuitv à <4ie ou à Tun de ses aonis? anasîtd: ck aiÉ
i\v\Msiv^u AU \ol, elle improvise des vers qni oaM buniu*; vio nuiu en main, et qui, ponr hl umb. M l\i!uu>^ni)oui lie quelques amis. « Le sérieiix c'éuc p !o vV.ùr.; lie M**' de la Vigne « nous A Bas .V,-^";. ."^s. V\oc des infirmités corporelles et des qin r.o lui donnaient presque pas de relâcbe.€lkM iVuno in:;\ris5al>lo gaieté. Aussi tous ses écrits aroia» i\K*heî d'ai:romoni |)articulier, et une grandf âw* dVsprit oioii lo caractère de sa poésie A ,»ISitv0 l'IU^mi^mo qu'elle étmt fort rieuse, dans un niadriEi ^i nou> a\on> irvni\i\ el qu'elle composa dans une sDçrf*|
Vax UV^S, {KinUi-iU })endant la guerre entif I ei U Franoe ^-\ elle reçut la visite d'un mcûne csji?^i iiun iu>Mo ^iortrur de Salamanque^ dèsireu ^ MMUor Si's luniunap:'s ;\ colle dont tout le moodf partout foloijo. r.otto petite aventure derint matii^iv ;\ plaisantorio. Dans le cercle de M^* de la^# tMi so ilonna lilnxMnoiii carrière à ce sujet : les miàn^ arn\èivnt do tous cùiôs; et, comme celle-ci eaî ^ vive à la ropliquo, ollo i^èpondit assez bien auî ru"^ de SOS amis. Dans l'une de ces petites pièces demc^».' inédites, et sur lesquelles nous reviendrons hieDiôU*|: avait dit à M*'' de la \ igné :
Touohaiil 00 imûno d'Ibérie (^)uo iu mots dans ridolùtric,
M) M f moires Jr Uuvt. p. \n \ traduction de M. Ch. Nis«^-. \'l) Ln f^uorro ont reprise on iTiGT. Au nom de ^^"^^^^ et (îii vertu du droit de dêvolutioriy Louis XIV réclamtil iJ
Je ne te dis rien aujourd'hui.
Pardon, belle Iris que j'admire ; Je ris, lorsque je songe en lui :
Quand je ris, je ne puis rien dire.
La réponse de M"' de la Vigne est gentiment tournée, et nous montre, en effet, comme le disait Tévêque d'A- Tranches, que le sérieux n'étoit pas son défaut :
On parle fort bien, quoiqu'on rie; Et bien m'en prend assurément :
Car, s'il en étoit autrement, Je ne parlerois de ma vie (1).
Huet n'a donc rien exagéré. Si nous nous en rapportons à son propre témoignage, elle était, nous dit-elle, dune gaieté intarissable^ ce qui, joint à un caractère plein de douceur, à un esprit aimable et cultivé, devait rendre son commerce particulièrement attrayant. Aussi, eut-elle dans Paris d'excellentes relations : en correspondance avec Huet, recherchée de Conrart, estimée de Pellisson, et amie de M"** de Scudéry, elle occupa une place distinguée dans les réunions dont la maison de nilustre Sapho était le centre. Ménage , qui ne loi a pas épargné les éloges, ne craint pas de la comparer aux anciens et aux modernes, pour la préférer aux uns et l'égaler aux autres (2). Pellisson ne pouvait
pagne la Flandre, le Brabant et la Franche- Comté. Le traité d'Aix-la-Chapeilo, signé le 2 mai 1G68, mit fin aux hostilités.
(1) Voyez plus loin les différents madrigaux composés à cette occasion.
(2) Madamigella délia Vigna la cui lira émula délie trombe da teorno agli antichi è invidia à noi « Mademoiselle de la Vigne dont la lyre, retentissante comme la trompette, rend honteux les anciens et jaloux les modernes. » (Ménage, cité par l'abbé
>*einpècher d*adinirer Theureuse facilité de son talent et prétendait que les Muses Pavaient allaitée (1). De son cùié, Huet qui la codduI et Testima, vantait Tagrément de ses vers et Télévation de son esprit. Enfin, liée avec M"* Descartes et M"* Dupré, elle eut aussi l'avantage de vivre dans Tintimité de M"' de Scudérj'. Sauvigny nous Taflirme d*une manière positive, et tout nous autorise à nous en rapporter à ce témoignage : d'une part, les relations familières qu'elle eut avec Conrart, après Pellisson, le meilleur ami de M"' de Scudéry ; et de l'autre, le soin attentif avec lequel les deux femmes poètes ne cessèrent jamais de se rendre les devoirs d'une bonne et tendre amitié.
En 107 1, M"' de Scudéry remporta le prix d'éloquence décerné par l'Académie française, et, à cette occasion, elle reçut les félicitations empressées de la plupart de ses amis. Dans cette circonstance, M"* de la Vigne se distingua d'une manière toute particulière. Non seulement elle composa à ce sujet une ode généralement applaudie, et jugée digne par Pellisson de paraître à la suite de son Ilistoin* de X Académie françoise (2), mais elle sut encore rele\er le mérite de ses éloges par un procédé plein de délicatesse, par une suri)rise assez semblable à
Lamhorl, IIi<0>irc littéraire du siècle de Louis XIV, vol. III, p. ^t ailii'lo Aiuti (If la Vij:u(M
(h Vi^xiitnil-MarNille: Mrlanges d'histoire et de littérature, vol.lf |). v'3. — Viijtxriil-Murvilie, p^nulmiyme de Bonaventurt d'A^' ffnnite; il muniit à Pariïi, en [Cj'A'i, ot mourut eu ITOS.H éuit t'iiln» (le houiu; heure, à l'à.^e de viugt-liuit ans, daus l'ordre des Chartreux. Ses Mélanges foruieut uu recueil iuléressaiit.
rl\ ïli^foifede rArad^miv franroisc, édition de IGTO.
celles que M"' de Rambouillet ménageait autrefois à ses nobles invités : galanteries ingénieuses, fréquentes au dixseptième siècle entre gens d'esprit, et qui, pour être peu coûteuses, n'en étaient pas moins bien reçues.
Désirant ne pas se faire connaître à M"' de Scudéry, M"* de la Vigne essaya d'abord de cacher son nom ; et voici le moyen qu'elle employa pour faire parvenir la pièce qu elle avait composée. « Quelque temps après que le prix eut été adjugé à M"' de Scudéry, nous raconte Sauvigny, un homme inconnu vint à sa porte, y laissa un petit paquet de la grosseur d'une montre, qui lui étoit adressé, et dit qu'il étoit venu par le courrier de Provence. Elle l'ouvrit, et y trouva une boîte fort jolie, qui contenoit l'ode attachée avec des rubans de diverses couleurs à une petite guirlande de lauriers d'or, émaillés de vert (1). » M"* de Scudéry, ajoute Sauvigny, ne pouvant deviner d'où lui venait ce présent, témoigna sa reconnaissance, au hasard, par une réponse qu'elle répandit dans le public (2).
H) Sauvigny, Parnasse des daines, vol. V, p. 56.
P) On se rappelle que la même surprise délicate avait été
méaagée à M"« de la Vigne. (Voyez plus haut, p. 21.) — « C'était
^ ^ers le mois de décembre 4653. Un des samedis précédents,
t '^hhd.amas avait remis à Sapho, avant de se retirer, un petit
1 paquet parfumé, en lui recommandant de ne l'ouvrir que lors-
k <l»i'il serait parti. Or, le paquet contenait un cachet de cristal
*ux chiffres de Théodamas et de Sapho entrelacés, ce qui res-
^ semblait fort à une déclaration catégorique. M^^» de Scudéry se
I liàla de remercier Gonrart dès le lendemain en lui envoyant ce
4 madrigal ;
Pour mériter un cachet si Joli, Si bien gravé, si brillant, si poli, Il faudrolt avoir, ce me semble, ^ Quelque Joli secret ensemble.
Dans ces occasions, les coupables suivent assez fidèlement l'exemple de la nymphe dont nous parle Virgile : ils s'enfuient bien vers les saules, mais avec le secret désir de se laisser apercevoir. Ils ont beau se cacher : avec un peu de bonne volonté, ou découvre aisément leur retraite. On sut bientôt que c'était à M"* de la Vigne que l'on devait à la fois Y Ode y et le présent qui l'avait accompagnée. L'illustre Sapho remercia publiquement son amie; et lorsque celle-ci, à son tour, fit paraître l'Ode qu'elle avait adressée au Dauphin, M""" de Scudéry ne manqua pas de venir mêler ses éloges à ceux de tous les beaux esprits du temps : elle F appela une fille cUvme, et la déclara supérieure à Corinne elle-même pour la douceur et la beauté de ses accents (1). C'est ainsi que M^^'' de Scudéry payait généreusement sa dette à la nouvelle muse. Elle a mis sans doute une exagération réelle dans l'expression de sa reconnaissance ; mais soyons indulgents, et ne la blâmons pas d'un excès aussi pardonnable.
Car enfin les Jolis cachets Demandent de jolis secrets Ou, du moins, de jolis billets.
Mais comme Je n*en sais point faire, Que Je n*ai rien qu'il faille taire Ni qui mérite aucun mystère, Il faut vous dire seulement Que vous donnez si galamment, Qu'on ne peut se défendre De vous donner son cœur ou de le laisser prendre.
MM. Kerviler et Ed. de Barthélémy, p. 176, Valentin Conrart. — Cachet de cristal, guirlande de lauriers d*or, lyre émailiéf, comme tout cela procède Lieu de la môme école et du même milieu !
(l) Voir plus haut, p. 21.
M. Ch. Labitte soupçonne Fléchier d'avoir imaginé la petite surprise faite un jour à M"' de la Vigne (1) : les goûts de notre orateur, Tamabilité de son caractère, son amitié avec cette charmante personne, donnent quelque vraisemblance à cette conjecture. « Fléchier, dit-il, en rimeur relaps de frivolités amoureuses, était très capable d'envoyer à M"' de la Vigne cette lyre émailiée qui lui parvint mystérieusement dans une petite botte de coco. Goujet n'en dit rien ; mais une prévenance si raffinée me semble tout à fait digne de cette imaginative fleurie (2). » Kien n'empêche d'admettre la supposition de l'ingénieux critique; nous croyons cependant qu'il y a plus de raison encore d'attribuer à M"® de Scudéry une galanterie de ce genre. La boîte de coco et la lyre émailiée que reçut M"** de la Vigne, nous paraissent ressembler singulièrement à la jolie boite et d la petite guirlande de lauriers dor émaillés de vert que M"* de la Vigne fit remettre à M"* de Scudéry. 11 est penms de supposer qu'entre les deux femmes poètes, il y eut échange réciproque de politesse. Ce n'est là qu'une hypothèse, il est vrai, mais que nous proposons volontiers : elle nous semble mieux fondée que la précédente. Quoi qu'il en soit, les vers que Sapho composa à cette occasion, nous prouvent que M"' de Scudéry ne demeura pas étrangère à une telle galanterie; peut-être n^en fut-elle pas l'auteur : nous ne serions pas surpris qu'elle en ait fourni l'idée.
Amie de Pellisson, de Huet, de Conrart, de Ménage
(1) A ce sujet, voir ce que nous disons plus haut, p. 21.
(2) Ettides littéraires, vol. II.
et de Fléchier, M'** de la Vigiie eut encore des relations avec un personnage fort goûté de son temps, et que nous ne connaissons aujourd'hui que par les satires de Boileau, ou les immortelles railleries sous lesquelles Molière Ta écrasé : il s'agit de l'abbé Cotin. II ne faudrait pas s'en tenir au sévère jugement qu'ont porté contre lui notre satirique et le plus grand de nos poètes comiques. D'Olivet, qui n'a pas essayé de le réhabiliter, a montré que l'abbé Cotln valait mieux que la pauvre réputation qu'on lui a faite, et qu'il a soigneusement conservée. Au fond, c'était un homme de mérite, un bel esprit fort à la mode, admis paimi les plus illustres compagnies de l'époque, chez M"* de Guise, chez M"* de Nemours, à l'hôtel de Rambouillet, chez M"* de Montpensier. A côté de bien des défauts, il avait aussi des qualités réelles : versé dans la philosophie et la tliéologie, il connaissait encore les langues anciennes, le grec, rbébreu, et môme le syriaque, et dans ses poésies, dont nous nous garderons bien de faire Téloge, il y avait cependant des choses très spirituelles et bien tournées (!)• Quant à sa prose, d'Olivet était loin de la dédaigner. 11 y trouvait, disait-il, '< ce je ne sais quoi d'aisé, de naïf et de noble, qui sent son Parisien élevé avec soin (2) >• En vérité, un tel éloge a son prix ; et si on s'en rapporte à l'opinion du judicieux d'Olivet, il est permis de croire que l'écrivain bafoué par Molière et Boileau,
(1) D'Olivot, Notice sur Cotin. Histoire de C Académie fronçai'^^' par Pellissoii et d'Olivet, éditiou de M. Gh. Livet, vul. H. p. 163.
(•2) Jbid., p. iG;i.
n*était pas aussi méprisable qu on se rimagine. Eq somme, dirons-nous avec le continuateur de Pellisson, le plus grand malheur de Cotin a été « de n'avoir pas eu le tranquille sort de tant d'autres écrivains qui, dans le fond, ne valent pas mieux que lui, ou peut-être valent moins (1) » • Harcelé par Boileau, assommé par Molière, qui, sous le nom de Trissotin, l'a rendu à jamais ridicule, l'auteur de tant de madrigaux oubliés aujourd'hui est tombé dans un discrédit dont il ne se relèvera pas. Si Cotin, le poète privilégié des alcôves et des ruelles, l'ami des femmes les plus spirituelles et les plus distin7 guées de leur temps, se fût contenté d'improviser toutes sortes de vers, épi grammes ou sonnets, énigmes ou ron-r deaux, monnaie courante qu'il donnait en échange d'un sourire aimable ou d'un accueil bienveillant, il eût été fort excusable. Dans ce cas, nous n'eussious pas voulu reprocher au bel esprit ses faciles complaisances, comprenant bien que, pour amuser ou distraire les nobles dames qui le recevaient, il devait se prêter d'assez bonne grâce i leurs caprices et à leurs fantaisies. Mais le jour où il voulut prendre au sérieux cette humble poésie de salon, poésie dont l'à-propos faisait l'unique mérite, réunir en volume toutes ces pièces légères qu'il avait composées autrefois, alors il tomba sous le coup de la critique, qui ue lui épargna pas ses traits les plus rudes et les plus acérés (2). A cette époque, on eut pleinement raison de
'^) ^ftûf., p. 163. — Voir, sur l'abbé Cotin, une étude intéressante ^M- Cil. Livet : Précieux et précieuse.i, p. 113 et suiv. 1 vol. in- ^-^aris, Didier.
^**> Charles Cotin, conseiller et aumônier du roi, naquit à
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Dans un palais de flamme il est emprisonné
Par une loi du ciel que la vôtre seconde.
Sans cesse combattu de contraires désirs, Il m^Jle ses douleurs avecque ses plaisirs : Ce soupir échappé vous dit son aventure.
Que vous aurez de peine à le bien secourir ! Il est, pour son malheur, d'une telle nature Que si vous le voyez/ vous le ferez mourir (1).
Le mérite était de deviner ces énigmes : les habiles envoyaient leurs réponses en vers, proposaient à leur tour une autre énigme qu'il fallait essayer de comprendre; et le plaisir consistait à embarrasser son correspondant. M"* de la Vigne répondit donc à Cotin, en lui envoyant le petit billet qui suit :
c( En m* acquittant de ma promesse, je vous rends énigme pour énigme (2). Vous verrez par ce qui suit, si y sa deviné la vôtre :
Je connois votre prince, et je l'estime fort,
Quoique de sa prison je ne sois point fâchée :
A ses liens sa vie est si fort attachée,
Qu'on ne peut les couper sans lui donner la mort (3).
En parlant de M"'' Dupré, nous avons déjà dit un mot des relations de Conrart avec M"" de la Vigne : il nous reste maintenant à compléter ce que nous n'avons fait
(l) Manuscrite de Conrart, vol. XIII, p. 309, in-folio. Ou lit en UHe de cette pièce : Enigme de M. l'abbé Cotin à M^^^ de la Vigne. Sonnet.
l2i Nous ne donnons pas ici Ténigmë de M'i« de la Vigne; les vers en sont fort médiocres, et ne valent pas la peine qu'on les publie.
(3) Ibid. En tête de ce petit billet, on lit ce qui suit : Enigme de Jtf »»« de In Vigne à M. l'abbé Cotin.
qu'indiquer rapidement ailleurs. Pour cela, nous allons trouver d'utiles renseignements dans les. papiers de Gonrart, ces précieux manuscrits si patiemment exploités avant nous, mais qui sont si riches de leur propre fonds qu'il reste encore aux derniers venus bien des découvertes à faire. Pour ceux qui s'occupent de l'histoire littéraire da dix-septième siècle, il y a là une mine presque inépuisable que l'on peut fouiller avec la confiance qu3 l'on sera dédommagé de sa peine. Pour nous, nous devons dire que nous n'avons pas été déçu dans notre espoir; car, bien des fois, en feuilletant les nombreux volumes laissés par Conrart, nous avons trouvé tout à coup des détails inattendus et précis sur les personnes ou les choses dont nous avions à parler.
C'est ainsi que nous avons pu savoir que M"' de la Vigne, en même temps qu'elle entretenait avec Fléchier une correspondance galante dont on aurait pu s'étonner, écoutait Conrart, déjà vieux et malade, lui tenir absolument le môme langage. De là, nous avons été légitimement amsné à conclure, que les libres propos de l'abbés sont tout aussi innocents que ceux de l'aimable vieillard :l'un et l'autre obéissaient à la mode; ils adoptaient un genre convenu, qui était généralement admis, et contre lequel les personnes les plus austères ne songeaient pas à réclamer. C'est qu'en effet les intentions étaient parfaitement honnêtes. H ne faut pas l'oublier, tout bel espiit, écrivant alors à une femme, aimait à se servir des expressions les plus vives et les plus tendres; et ce que nous prendrions aujourd'hui pour la marque évidente d'une grande passion, n'était que simple poli-
»e, que Taimable badinage d'un homme bien élevé et bitué à fréquenter une société choisie. Parmi ces réu- DDS s'était conservé le ton de la bonne compagnie, cet ticisme particuUer à Athènes, comme Ta dit M. Cousin, et qui, même à Athènes, était le signe de la distincya (1) ».
Dans la correspondance de Conrart avec M""* de la igné, il n*est pas possible de voir autre chose : vers ou rose, ce soni de simples lieux communs de ruelle^ du genre de ceux que Voiture développait, quand il écrirait à M"^ Paulet ou à M"' de Rambouillet. Si, d'ailleurs, m s'obstinait encore à garder quelque défiance à ce njet, nous aurions à faire une dernière réponse. M^'"" de kudéry, malgré de fort tendres amitiés, a joui constamment de l'estime publique. Mais, qu'on nous permette de le dire, sa haute réputation de vertu l'a moins protégée contre de malins propos, que sa laideur bien constatée. Sans elle, peut-être, eùt-on essayé de jeter lœlque doute sur sa sagesse, tandis que sa laideur a "Wuit les méchantes langues au silence ; et, c'est dans ^désavantage que M"** de Scudéi^ a trouvé un puissant ^Thervatif non seulement contre l'amour , mais encore *ntre des suppositions aussi fausses qu'injurieuses pour •a noble mémoire.
H est vrai, nous ne pouvons faire valoir le môme argument à l'égard de M"" de la Vigne. Mais si vous songez que •onrart avait plus de soixante ans, quand il écrivait des
(I) Sur le ton galant au dix-soptièrac siècle, voyez M. Cousin. ^Société française, vol. II, p. 27*; et Ui Jeunesse de J/'"<? de Lonmille, p. 12-2. Edition in-8®.
caîanterie> à la rharmante amie de M"* Duprë I . t-w n'aurez pas beaucoup de peine à reconnaître que toniEscB fi»«iireur« étaient enti^frement ionocentes; que ce aonilà d'a^rréables plaisanteries entre gens d'esprit qui con»* j)ondeni ensemble familièrement et sans contrainte. cette aimable et Tranche liberté qui donne tant une r»jnver:*ation intime d*où la gène est exclue, sansqneli plus <*\ère bien?»!rance en reçoive l'atteinte la plus légère. Ain-i avertis, nous pouvons sans inconvénient aboriff les lettres et les vers que Conrart adressait à ÎP *h > igné. N'allons pas nous effaroucher de ce style lançon rcux dont nous s^jmmes déshabitués aujourd'hui: rapIl^ lons-nous qu'il était de mode au dix-septième siècle, qiï était admis dans les meilleures compagnies du temps. i'i que. 1res compréhensible si on le regarde comme « >imi)le amusemtint. il devient pleinement ridicule s fli veut le prendre au sérieux. Déjà on a pu se former qud^ W'c du ton que Conrart adopta avec M*^' de la \lg«' nous avons cité ailleurs quelques-uns des vers q* Irjj envovait le calant secrétaire de l'Académie (5). Pro* ou vers, nous ne sortons jamais du même cercle d'idées; cniiimf? au temps th: >a jeunesse, Conrart conte encore flf'uirttf' et débite d»*<î tlattrries. qui, prises à la lettre» paraîtraient singulirrenKMit déplacées chez un homme» ' son âtre. ^)u'il écrive à M "" Dupré, à M"' de la Vigne.
!« !..•> li'Hr.-»> «l.- i:..::-art à M'*" lîo la Vijjuo sont <V \yy^^ 1«.».^. (!^'!'ii-ri it;ii^ :.i' «a l»-'»;'; \\ I «'po«iiie où il «Vriv.iiî l'.'Uî'^
I ••- ;^.il;t':l"rir<. il a\ \V linLli! >..>i\'lUl».*-cillfI UUS. Il mOUMl -*
IViri-. 1-' V^ >»'{.i.-n|,:v \C^y.^, .J: Voyez \\w> liiiLiî, p. 7 v\ suiv.
1 à la marquise d'Andeville, son langage est invariable ; est le même accent vif et passionné, ce sont les mêmes mdresses, les mêmes empressements et les mêmes inquié* iides : amusements de bel esprit assurément, soupirs de :onvention qui ne viennent là que pour donner plus de variété, de piquant et d'intérêt à une correspondance qui, sans cette précaution, semblerait monotone aux amis.
Les lettres de Gonrart ne manquent pas d'agrément; quoique vieux, l'obligeant académicien est toujours charmant, aimable, spirituel et enjoué. Voici un petit billet cpi'il écrivait à M"** de la Vigne un jour qu'il attendait sa visite :
« 28 septembre 1665, veille de Saint-Michel.
f Je souhaite. Mademoiselle, de n'avoir point aujourd'hui de vos nouvelles, puisque c'est ce qui me doit assurer que j'aurai l'honneur de vous voir demain. Je m'en vais offrir deux chandelles, comme la bonne femme : fone à saint Michel, et l'autre à l'ennemi qu'il a sous les pieds; afin que le premier soit favorable à votre voyage, et que l'autre n'y apporte point d'obstacle (1). »
Le 3 novembre 1665, dans une pièce qui n'a d'autre iDérite que d'être écrite facilement et sans prétention, Gonrart arrivait à la galanterie avouée, et disait ouverte- ^M"*de la Vigne :
Puisque mon cœur vous accommode, Gardez-le, Iris, il est à vous.
Ce n'est point un cœur à la modo, Il est ardeat, lidèlc ot doux.
fl) Manuscrits de Conrart, vol. X, ]). 83. la-folio; iuédit.
Il veut être aimé quand il aime; Voyez si le vôtre est de même :
Car, sitôt qu'où ne raimc pas, Il revient à moi sur ses pas.
II n'est ni jaloux, ni bizarre, Il hait le faste et la fanfare :
Il fuit la peine et les travaux.
Et ne peut souffrir de rivaux.
Iris, s'il peut vous satisfaire, En le prenant sur ce pied-là, Son plaisir sera de vous plaire :
Il ne souhaite que cela (1).
Quelque temps auparavant, Gonrart était moins exigeaDi et plus modeste. Le 19 octobre 1665, dans une autre pièce du même genre, qui ne vaut guère mieux pour le fond et qui ressemble assez à de la prose rimée, il ne se montrait nullement jaloux de ses rivaux, pourvu que son Iris voulût bien lui conserver son amitié :
Pour vous, Iris, toute la terre
Vous accuse et vous fait la guerre
D'embraser indifféremment
Tous les cœurs, sans discernement.
Mettez-y quelque différence !
Ne faites point par complaisance
Ce que doit faire votre choix.
Mais je me trompe toutefois,
Car le choix que vous pourriez faire.
Me seroit peut-être contraire; Aimez donc, belle Iris, par choix ou par hasard, Pourvu qu'en votre c eur, le mien ait quelque part ("21.
Près de trois ans plus tard, (lonrart se mettait encore en frais de politesse. Avec Tàge, il n'avait rien perdu de
(1) Inédit; Manuscrits de Conrart, vol. X, p. 83, in-folio. r2) Manuscrits de Conrart, vol. X, p. 84. In-folio; inédit.
gaieté et de son esprit; comme autrefois, il savait )rimer ses sentiments avec une certaine délicatesse, aner à "son style ce ton enjoué et plaisant qu'il conserva ijours, et qui est surprenant dans un homme qui souffrit istamment, et fut « horriblement goutteux les trente miëres années de sa vie (1) ».
Tallemant, qui ne l'aime pas trop, a dit de lui : Son caractère, c'est d'écrire des lettres couramment; ur cela, il s'en acquittera bien. » Le malicieux auteur s Historiettes aurait dû s'en tenir à ce jugement; mais u habitué à louer, il n'est pas content, si, à côté d'un )ge, il ne met aussitôt un correctif désagréable : « Eure y aura-t-il quelque chose de forcé, ajoute-t-il ; mais i il faut quelque chose de soutenu ou de galant, il n'y personne au logis (2). » Qu'il y ait quelque chose ? forcé dans les nombreux billets que Conrart écrivait ^uramment à ses amis, nous ne le nierons pas; mais, en déplaise à Tallemant, à part un peu de recherche i quelques endroits, à part certains passages où, pour re trop sentimental, il devient subtil, Conrart est amunt, il plaisante agréablement, il sait donner ime forme génieuse et piquante aux idées les plus communes et IX choses les plus simples; enfin, quoi qu'en dise Talleint des Réaux, « où il faut quelque chose de soutenu
de galant », il nous est arrivé très rarement de ne >uver personne au logis.
\i) D'OHvet, Histoire de l'Académie française^ vol. H, p. 141. ition de M. Gh. Livet.
2) Tallemant des Réaux, vol. III, p. 3. Ëdition Techener, ol. in.l2. Paris, 1862.
\niv\ précisément une lettre qui a pour objet ce thème éternel de politesse amoureuse que Conrart aimait tant à développer. Ou ne peut s*empôcher de remarquer dans le stvle du vieil académicien un tour libre et aisé, de b délicatesse, un certain air de distinction qui seot soo homme élevé avec soin, dirait l'abbé d*01ivet: de tds mérites ont bien leur valeur, et nous commandent ao moins Tindulgence.
A Mademoiselle de la Vigne^ en lui envoyant
un maingal {\).
a Du !7 mars 16CS.
'( Après ce que je fais aujourd'hui, vous ne pouvez ptf douter que je ne sois le meilleur ami du monde ; mais je crains bien que la qualité de bon ami ne m'attire ceik de mauvais galant. Je sers de confident auprès de vous à un homme dont le mérite est si grand, que vous u'ai^tf garde de lui refuser votie estime, et peut-être quelqoi chose déplus. Je souliaiterois pourtant bien qu*ilsec(»* lentàt de votre estime, et (jue vous me gardassiez quelipe chose de plus. Mais s'il faut incessamment qu il eoiK dans votre cœur, faites qu'il ne m'en chasse pas. lit» tiendra qu'à vous que nous n'y vivions bien ensemble; «^ si nous n'\ avons les premières places, faites du moins (p* nous y en ayons de connnodes, r^r vous savez quedesgeB^ comme nous ont besoin d'être à leur aise. Mais y peut-oû
(t) Quelques mots rouges à la marpe nous ont omp^h^ ^ 11 IV cutiôremeut lo Litre.
î avec une personne comme vous ? Que sait-on ce qui eurrivera, puisque ma prophétie est accomplie ? 1 Mandez-moi, je vous prie, si votre sortie d'hier ne is a point fait de mal. Je serois au désespoir, si j 'a vois rt à votre malheur que je crains si fort ; et je ne souhaite nais rien tant que de vous annoncer une parfaite santé, je ne suis pas heureux assez pour vous la procurer (1). »
On croh^ peut-être que cet homme dont le mérite est grand n*est autre que Fléchier ou bien Huet, tous deux [lis de Conrart, tous deux liés avec M"* de la Vigne. Non, s'agit ici d'un autre bel esprit, d'un poète dont les vers «iles ne manquent ni de finesse ni d'agrément, et, dans ans leur vive et légère démarche, offrent une image assez i^le de la liberté de son caractère et de la légèreté de sa îe : nous voulons parler de Saint-Pavin. Homme d'esprit ïl de bonne chère, d'un caractère plutôt indépendant ïu'audacieux, il ne respecta pas toujours les choses de la ^gion ; aussi, avec Desbarreaux, des Yvetaux et quel- Iws autres encore, est-il du nombre de ces libertins lue Bossuet poursuivit plus d'une fois de ses éloquentes Dvectives. Quant au poète, que nous avons seulement » juger ici, nous déclarons l'estimer, comme l'estimèrent !« son temps tous ceux « qui se piquaient de science, de l^catesse et de bon goût (2) ». Malgré les années, les
{\) Manuscrits de Conrart, vol. XIII, p. 420, iii-f»; lettre piiliée par MM. Kerviler et Ed. de Barthélémy : Valentin Conrart,
(2) Recueil des plus belles pièces des poètes françois depuis Villon 4squ'à Benserade, vol. V, p. 130. Six volumes in-12. Paris, 752. — Denis de Saint-Pavin, né à Paris, au commencement
vers de Saint-Pavin n'ont rien perdu de lewr piquante gaieté, et aujourd'hui encore on les relit volontiers. La lettre qui suit, écrite le lendemain du jour où Conrart avait envoyé son madrigal à M"** de la Vigne, nous prouve durement qu'il s'agit du digne précurseur de La Fare et de Chaulieu, de l'aimable épicurien qui renonça à toute ambition, pour goûter « les délices de la vie du monde la la plus charmante et la plus commode (1) ».
du dix-septième siècle, mourut en 1670. Ses vers se trouvenl dans les recueils du temps, surtout dans le Recueil cité plos haut. M. Paulin Paris les a publiés dans son édition de Tallemarit des Réaux. Saint-Pavin. on ne s*en douterait guère, était abbé de Livry, où il fut loin de mener une vie exemplaire, au milieu de quelques amis, hommes d'esprit et libertins comme lui. Un jour, il présenta à Louis XIV le placet suivant :
l\ ne m'appartient pas d'entrer dans vos affaires :
Ce seroit un peu trop de curiosité.
Cependant, l'autre jour, songeant à mes misères,
Je calculois le bien de Votre Majesté.
Tout bien compté (j'en ai la mémoire réconte
Et le calcul en est facile et court),
Il vous doit revenir cent millions de rente,
Ce qui fait k peu près cent mille écus par jour.
Cent mille écus par jour en font quatre par heure.
Pour réparer les maux pressants Que le tonnerre a faits à ma maison des champs, Ne pourrois-jc obtenir, Sire, avant que je meure.
Un quart d'heure de votre temps?
Manière bien in^'éiiieuse de demander 3,000 francs. L'histoire ne dit pas l'accueil que fit le monarque à cette supplique tl'u» genre tout nouveau.
(l) Jbid.
A M. de Saint'Pavin.
a 18 mars (1).
« Je vous envoyé la réponse à voire madrigal. Vous yez, on vous paye comptant et en bonne monnoie. Vos aires vont assez bien avec cette aimable personne ; mais crains bien qu'il n'en soit pas ainsi des miennes, et que ne me sois fait préjudice en vous servant auprès d'elle, me réjouis de la bonne fortune de mon ami; et j'ai de Qquiétude pour mes intérêts. Travaillez pour moi, mme j'ai travaillé pour vous; et faites valoir notre mmunauté, même mieux que je n'ai tâché de faire, tndez-moi, je vous prie, ce qu'il vous semble d'un ^ant impromptu qui me vient de tomber de la plume, n'exprime jamais bien à mon gré ce que je sens ; mon ;>rit est un valet paresseux, et mon cœur un maître tl obéi. »
Voilà une agréable lettre de Conrart, que rend plus réable encore le modeste aveu de la fin. Seulement, le û académicien n'était pas le seul qui ne pouvait rendre i pensées à son gré; pour se consoler de son impuis-
(1) Cette lettre à Saint-Pavin suit immédiatement dans le ^nuscril celle que nous venons de citer; elle se rapporte paritement à ce que Conrart disait plus haut : il sufQt de la ^ pour s*en convaincre. (Manuscrits de Conrart, vol. XIII,
420; in-f*.) — Publiée comme la précédente, avec quelque gère différence, par MM. Kerviler et Ed. de Barthélémy; ibid,
sance, il n'avait qu*à songer aux plus illustres de ses contemporains, à Pascal, au grand Corneille ou à la Rochefoucauld, qui, eux aussi, connaissaient si bien ce valet paresseux et ce maître mal obéi. Il est difficile d'indiquer avec certitude quel est le madrigal dont il peut être question : comme nous trouvons dans Saint-Pavin bon nombre de ces petites pièces» il n*est pas fort aisé de se prononcer. Quoi qu*il en soit, Conrart, fidèle à son humble rôle de confident^ écrivait à M"* de la Vigne, en lui recommandant de ne pas négliger entièrement Fanden ami en faveur du nouveau.
A il/»' de la Vipie.
Du même jour.
« Tyrsis vous a mieux reconnue à votre madrigal, qu'à votre santé. Je viens de recevoir la réponse qu'il m'a faite ; et je ne fais point de difficulté de vous l'envoyer, quoiqu'elle vous puisse faire trouver celui qui l'a écrite assez galant homme, pour vous imaginer que vous lui feriez tort, si vous ne m'en faisiez à moi, qui le suis beaucoup moins que lui. Néanmoins, je me fie en voire parole ; et si je ne vous sais pas si bien louer que lui, je ne cède ni à lui ni à personne en l'estime et en la passion de vous honorer. Je pense si souvent à vous et avec tant d'application, que, quand j'auroîs le malheur d'être encore deux ans sans vous voir, il ne m'aiiivera jamais de ne vous pas connoître. Mais,
Si Ion lie vous reconnoît pas Avec tous vos nouveaux appas,
Iris, il n'y va rien du vôtre :
Vos galants ne sont pas si fous.
Que de vous prendre pour une autre, Ni de prendra une autre pour vous (1). »
C'est là, sans doute, le méchant impromptu qui lui venait de tomber de la plume^ et pour lequel il consultait Saint-Payin. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est qu'il revient sur cette petite pièce dans la lettre qu'il écrivait à M"' de la Vigne, à la date du 22 mars 1668. Comme ces différentes lettres sont parfaitement liées entre elles, c'est avec raison que nous croyons que, sous le nom de Tyrsis^ Conrart désigne Saint-Pavin. Il s'agit ici de l'une de ces querelles fort pacifiques au fond, assez semblables à celles dont l'hôtel de Rambouillet était autrefois le théâtre, et qui, sans troubler la tranquillité de la célèbre demeure, donnaient lieu à un échange d'explications, à d'amusantes et spiritaelles plaisanteries (2).
{i) Manuscrits de Conrart, vol. XIII, in-f», p. 420; publiée par mêmes auteurs; ibid., p. 604. — Ces derniers vers nous font supposer avec quelque raison que le madrigal de Saint- ^yiiXf dont Conrart nous parle au commencement de sa lettre, pourrait bien être celui que nous lisons dans le Recueil des poètes ffmçoU :
Quoique la Jeune Iris, dans un lit retenue,
Languisse et soulTre nuit et Jour,
Ec que sa beauté diminue
Sans nous flatter d*un prompt retour; Amants, qui la plaignez dans cet état funeste,
Ne craignez rien pour ses appas,
Elle en aura toujours do rcsto :
Tremblez pour ses rigueurs, qui no finiront pas.
^ml des poètes françois, vol. V, p. 187, édit. de 1752.
^'-) Les choses ne se passaient pas toujours d'une manière
Un jour Godeau, le nain de Julie ^ comme on l'appelait, provoqua Voiture à un combat singulier, mais à un combat d amour ^ de vers et de prose polie. Celui-ci, d'ordinaire si disposé à batailler, et qui ne manqua jamais l'occasion de faire briller son esprit, n'accepta pas le défi. « Je vous supplie très buiùblement, écrivit-il à M"* de Rambouillet, de faire que votre nain se contente de recevoir ici un compliment, au lieu d'une réponse au défi qu'il m'a envoyé. Je ne veux rien avoir à démêler avec ceux qui vous appartiennent, et, pour l'amour de sa maltresse et de lui-même, je l'estime extrêmement et désire son amitié (1). »
M"' de Rambouillet vit avec peine la timidité de Voiture, et l'en blâma vertement. La fille de l'illustre marquise n'aurait pas été fâchée de voir s'allumer une petite guerre dont elle eût été la cause, et qui, très probablement, aurait donné lieu à bon nombre de madrigaux en son honneur. Aussi, eut-elle soin de montrer une préférence marquée pour Godeau, dans le but de piquer la jalousie de Voiture. « Je ne croyois pas
aussi pacifique. Voiture avait cinquante ans, quand il devint amoureux de M"** de Rambouillet, Angélique-Clarisse d'Angennes, dernière fille de M™« de Rambouillet, qui épousa le comte de Grignan, en 1658. Ce fut à son occasion que Voiture se battit, « dans le jardin de l'hôtel de Rambouillet, aux flambeaux contre Ghavaroche, intendant dans la maison ». Tallemant des Réaux, qui nous raconte cette affaire, nous apprend que Voiture fut blessé à la cuisse par son adversaire. (Voy. Tallemant, vol. II, p. 356; édit. Techener. — Voyez encore Œuvra de Voiture, vol. I, p. xx; édit. de M. Ubicini, 2 vol. Charpentier, 1855.)
(i) Lettre de Voiture du ?2 octobre 1633. (Voy. Œuvres de Voiture, vol. I, p. 194; édit. de M. Ubicini.)
urtant, Mademoiselle, lui écrivait notre bel esprit» que ur avoir refusé une querelle avec votre nain^ j'en sse avoir une avec vous, ni que je fusse obligé de tondre à un défii pour avoir fait réponse à des cornments. Si toutefois, il vous semble que j*aie manqué cela, vous devriez appeler respect et crainte ce que us appelez mépris, et croire que cette même créature i a ôté l'épée à M. de Montausler (1), pouvoit bien avoir fait tomber la plume des mains. Quand même il roit quelque raison de se plaindre, vous n*en aviez 9 pour cela de prendre sa protection contre moi, et si us me voulez du mal pour l'amour de lui, je pourrai re que vous m'avez querellé pour le plus petit sujet du onde (2). »
Il ne faudrait donc pas s'y tromper, la plupart de ces oerelles n'avaient rien de sérieux. Nous savons ce que sioiGent dans le style galant de l'époque les grands mots de léG, de désespoir, de jalousie, de persécution ou d'infidéitè. C'est d'une brouille de ce genre qu'il s'agit dans la ^tre de Conrart. Comme Godeau disait en riant qu'il itait tout disposé à se battre pour la princesse Julie^ de inème aussi le secrétaire de l'Académie, dans un accès d'humeur belliqueuse, et malgré ses soixante-cinq ans, 8e constituait le défenseur de M^'* de la Vigne et se déclafait son chevalier.
Il) Allusion à une petite aventure dont on trouve l'explication lians ua commentaire de Tallemant des Réaux. (Voy. Voilure, édil. (le M. Ubiciiii, p. 199.)
I?) Lettre du 6 janvier 1634, p. 199.
A elle-même du 22 mars 1668.
<c On ne sauroit s'attirer de plus mauvaise affiûre, (pK celle de vouloir éviter d'en avoir avec vous ; et je ne suis pas si mauvds politiquOi que d'entreprendre de justifier Tyrsis sur cet article. Vous jugez bien que je m'offrirai encore moins de lui servir de second» dans k démêlé dont on le menace sur votre sujet. Car, outre qu'il n'en a jamais besoin, je ne saurois prendre d'autre parti que le vôtre, sans me faire beaucoup plus de préjudice qu'à vous. C'est me faire une grande gr&ce qœ de me choisir pour votre chevalier ; et il me semble, qu'en me donnant cette qualité, vous m'avez inspiré tant de valeur, que les défis et les cartels de tous ces brares qui se mettent sur les rangs avec tant de confiance, ne me font aucune peur. Ils diront sans doute, après leur défaite, que ce sont vos yeux qui l'ont causée, en ne leur étant pas favorables ; mais ce sera me l'être beaucoup, que d'avoir produit un si grand effet en ma faveur. Sur ce fondement, ne me sera-t-il pas permis d'expliquer à mon avantage le dépit que vous auriez qu'un autre que moi eût fait l'impromptu que je vous envoyai hier? Je devine donc que vous enragez que ce ne fût pas l'homme du monde que vous croyez qui vous honore le plus, qui eût dit cette vérité : qu'on ne sauroit vous prendre pour une autre, et qu'on ne sauroit prendre une autre pour vous. Et je vous assure, en récompense, que cette douceur, quand même ce ne seroit qu'une flatterie, m*
eaucoup mieux pénétré le cœur» que si elle fût venue de 9ute autre que voiis (1). »
Dans ce débat, évidemment, l'esprit seul eut à fournir les armes ; car, sans cela, comment Gonrart, goutteux et lèjà fort âgé, eùt-il pu être de quelque secours à M"' de la Vigne? C'était là une simple galanterie que le secrétaire de l'Académie faisait à son amie. Gomme au temps de sa jeunesse, il continuait d'être aimable, poli, à l'égard des dames, auprès desquelles il réussissait par la tournure ingénieuse de son esprit, et par son habileté à glisser un compliment à leur adresse. Voici une lettre qui a bien ce caractère de finesse et d'amabilité dont nous parlons.
A if"* de la Vigne, du 1~ juin 1668.
Iris, votre entretien si charmant et si doux
Fait qu'on oublie avecque vous
Et le rhumatisme et la goutte;
Mais, à parler de bonne foi.
On gagne, en vous voyant, un plus grand mal sans doute, Que celui qu*on sentoit en sortant de chez soi.
« Voilà, Mademoiselle, un effet de cette sincérité que vous me demandez si obligeamment. S'il y en a autant ^s votre billet que dans le mien, je m'estime fort heuï^x ; et je croirai volontiers que ce qu'on estime le plus gnmd des maux, est un fort grand bien. Je me réjouis de ce que vous recommencez à jouir de celui d'une
/l) Manuscrits de Conrart, vol. XIIT, in-f«. — Publiée par MM. Kerviler et Edouard de Barthélémy, p. 60 i.
bonne santé, qui, galanterie à part, est bien ans» esti« mable que pas une autre. Je ne le sais que trop l»eD, par la longueur du temps qu'il y a que j'en suis privé. On me trouve pourtant bien mieux que je n*étois, atuii que je n'eusse eu l'honneur de vous voir au bon état (A je vous laissai dernièrement. Je dis qu'on me trouve bien mieux ; mais moi, je n'en sais que dire. Je pense que vous le décideriez mieux que personne; parce que vous savez bien plus certainement si vous êtes pour moi telle que je le souhaite, que je ne le sais moi-même (1). »
Pour le fond, les lettres de Fléchier à M"' de la Vigne ne diffèrent pas beaucoup de celles de Conrart : ce sont les mêmes idées, le même langage, et quelquefois le même style. Cependant, la correspondance de Conrvt nous parait avoir un caractère particulier : il y règne un ton plus calme et plus doux que dans celle de Fléchier. Dans Tune, on sent toute la confiante vivacité d'un homme, qui, jeune et spirituel, compte se faire valoir par lui-même, affecte avec son amie certains airs libres et dégagés, exige qu'on le traite au moins avec bienveillance, ne craint pas de se plaindre d'une marque d'indifférence ou de froideur, et déclare hardiment qu'il ne veut pas d'une amitié dont il serait obligé de faire seul les frais; dans l'autre, on sent l'indulgence d'un vieillard disposé à tout pardonner; qui, osant à peine hasarder une timide observation, est résigné à
(1) Manuscrits de Conrart, vol. XIII, p. 423, in-f'»; publiée, i*'<^p. 608.
lepter des rivaux qui le gênent, pourvu qu'un sourire sctueux vienne lui prouver quelquefois qu'on Taime îore, et qu'il n'est pas oublié. Devenu vieux, Conrart igeait aux délassements de sa jeunesse et aux amu- Dents de l'hôtel de Rambouillet ; il prenait ainsi plaisir essusciter en quelque sorte tout ce passé évanoui, tout monde de charmantes personnes au milieu desquelles avait vécu, dont il avait aimé les bonnes manières, légance, la politesse et la galanterie, et dont il contilait les traditions. Tous ces vers de Conrart, déjà vieux .tourmenté de la goutte, ne sont autre chose qu'un doux )uvenir d'autrefois ; ils sont parfaitement innocents, et, me fois de plus, nous avons là une preuve que toutes ces petites cajoleries, ces fades compliments n'étaient qu'un leu de la bonne société d'alors.