CHAPITRE XI
**• de la Vigne (suite). — Sa correspondance avec Fléchier. Qiractère de ces lettres. H lui envoie des vers latins. Une pièce inédite do Fléchier à M"*» de la Vigne. Dialogue inédit die Fléchier, adressé à W^^ de la Vigne. Série de madrigaux envoyés par des amis à M^^" de la Vigne. Elle doit être distinguée des fausses précieuses.
Est-il surprenant que Fléchier, l'ami des beaux esprits . temps, Tami de Conrart, de Huet, de M'*' de Scudéry, ^ écrit lui aussi à M*^** de la Vigne, des billets « tout ipreints du parfum le plus galant de l'hôtel de Ramtdllet » ? Pour nous, nous serions surpris du contraire :
n'échappe pas facilement à l'influence régnante ue époque, et, plus ou moins, on suit malgré soi i caprices de la mode. C'est ce que Fléchier a fait :
ne peut guère lui en faire un reproche sévère. Les lettres de Fléchier à M^^* de la Vigne, .a dit
Ch. Labitte, sont écrites sur ce ton de galanterie agérée, et assez innocente au fond, que les salons siient mise en honneur. »
Comme l'observe l'excellent critique, cette correspon- Hce ne prouve pas le moins du monde que Fléchier t eu pour M"* de la Vigne plus que de l'amitié. Les
lettres de Conrart expliquent pleinement celles dont nous allons parler : c*est absolument le même ton dans les unes comme dans les autres; et, si on n*a pas le droit de blâmer les premières, nous ne voyons pas pourquoi on réclamerait contre les secondes (1). Regardons tout cela comme un divertissement de bel esprit qui veut plaisanter et rire. La plaisanterie, il est vrai, est un peu libre quelquefois; les propos ne manquent pas d'une certaine vivacité, mais remarquons que la bienséance n'en souffre jamais, que notre abbé sait s'arrtter à temps, et que tous les honnêtes gens de cette époque, Godeau, Conrart, Pellisson, Montausier et M"* de Rambouillet ne parlaient pas autrement. Aussi, ne craignonsnous pas de le dire, si quelqu'un voulait s'appuyer sur certain passage de ces lettres, pour en tirer des preuves peu favorables à Flécbier, c'est évidemment qu'il ne comprendrait rien aux mœurs littéraires dm dix-septième siècle, où, bien des choses que nous trouverions singulières aujourd'hui, étaient parfaitement autorisées (2). Ayons donc le bon goût de prendre les billets de Flécliier à M''° de la Vigne pour ce qu'ils sont en réalité, pour un simple amusement, et ien de plus; lisons-les, sans songer à mal, bien persuadés « que toutes
(l) Sur les lettres de Conrart, et sur le ton galant en général, voyez ce que nous avons dit ailleurs, dans notre étude sur la Correspondance de Fiée hier avec il/'"® Des Ifoulières, p. 115 et 139 — Yoy. aussi vol. I., p. 257, et vol. II, p. 40.
d) C'est aiusi (ja'uu dix-septième siècle, il fut de mode J<? faire son portrait : ce qui nous paraîtrait aujourd'hui à'nn^ exécution assez délicate. Voici ce que dit M. Cousin à ce sujet: t En 165y, chez Mademoiselle, les femmes du plus haut rau:,'.
ces tendretés n'étaient pour Flécbier qu'une fantaisie littéraire, qui n'a jamais rien coûté à la gravité de sa yie, ni au sérieux de ses études (1) )>.
Noos n'hésitons pas à regarder les lettres de Flécbier à M"* de la Vigne, comme supérieures à celles de Conrart, pour l'agrément, la variété, l'enjouement, et même la correction. L'aimable abbé n'a pas toujours évité la recbercbe et l'afféterie; mais parmi ces quelques pages, mêlées de prose et de vers, il y en a de cbarmantes, où l'on retrouve quelque chose de ces grâces affables et de cet art coquet qui donnent tant d'attrait aux Mémoires sur les Grands^ours d'Auvergne. Nous avons ici comme un avant-goût de cette langue délicieuse qu'il parlera bientôt à Clermont, langue souple, fleurie, abondante, dont nous relèverons ailleurs les différents mérites. Un jour, Flécbier Wvoya à M"* de la Vigne une lettre, dans laquelle, sous knom de Tyrsis, il faisait Téloge de fâge dor et vantait fcs mœurs douces et faciles des bonnes gens de cette ^[K)qae, en les comparant malicieusement aux mœurs des - firouches beautés du temps présent. Le commencement {. de la lettre qui est fort agréable, est bien digne de celui \ ^i, dans cette correspondance, s'est montré « un héritier
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^'mêine d'une irréprochable vertu, n^hésitèrcnt pas à faire leur portrait physique et moral, et à décrire hardiment les prin- ^P&les beautés de leur personne, et cela, non seulement pour leur société intime, mais pour le public, car, Mademoiselle, un *^u jour, imprima ces Divers portraits, avec le sien, tracé de sa l^pre main> et où elle ne s'était pas fort maltraitée. » (Société /rmaise, vol. Il, p. 131.)
(I) M. A. Noél, professeur de rhétorique au lycée de Ver- •ailles; Bévue française du l»' avril 1866.
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