‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 33 sur 63 · L-. ' iti II» cti:^i.a£2aiiir. r. lirait · texte numérisé non relu

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1 Jbtr :

oint de ces imaginatioDS agréables qai divertissent, et ui ne touchent pas. II ne fait point couler les ruisseaux e lait ; il ne parle ni de la beauté des fleurs, ni de la ouceur des fruits, et ne décrit pas toutes ces grâces u'on dit que la nature avoit quand elle étoit jeune. Vous ous arrêteriez sans doute à faire de ces peintures ingéieuses, vous qui n'aimez que le lait, les fleurs et les mits. Mais les Tyrsis qui aiment quelquefois quelque hose de plus, poussent le siècle d*or un peu plus loin ; t tout ce que vous en diriez ne vaut pas la préface de ce [u'ils en disent. »

Ce Tyrsis parlait assez galamment, il faut l'avouer; i M"* de la Vigne n'avait pas tort de l'appeler un fort oK garçon^ tout en disant que ce siècle d'or tant regretté l'était pas le sien. Flécbier lançait ensuite quelques raits moqueurs contre ces injustes beautés^ qui se faiaient un jeu cruel des maux dont elles étaient la cause. •es vers sont faciles, ils renferment de fines allusions

rhumeur quelque peu fière de M^" de la Vigne ; le derier vers surtout est excellent, et contient une malice xprimée d'une façon piquante :

Au seul nom de rameur, elles soat alarmées, Feignent de n*aimer point dès qu'elles sont aimées ; Persécutent un cœur qu'elles ont arrêté, £t font une vertu do cette cruauté.

Je sais bien qu'au moment qu'elles font les cruelles, Elles souffrent souvent ce qu'on souffre pour elles, Et que, lorsque leur sort nous paroît le plus doux, Elles sont quelquefois plus à plaindre que nous. Mais nous suivons lea lois de leur cruel empire, Et nous souffrons longtemps avant que de le dire ; Elles font leur plaisir de nous voir soupirer, Nous donnent des rivaux pour nous désespérer.

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Reçoivent leur encens et méprisent le nôtre.

Et trompent, bien souvent, et les uns et les autres (1).

i( Certes, voilà d'assez jolies rimes, dirons-noos avec M. Ch. Labitte; tous ces vers, en somme, sentent assez leur guirlande de Julie^ quelque chose de ces charmantes langueurs, de ces molles aspirations que Racine, plus tard, reprit en les épurant, et qu'il rendit divines dans Bérénice (2). »

Réponse de Jf"' de la Vigne,

« Votre Tyrsis, Monsieur, est un fort joli garçon. H faut avouer que son siècle d'or n'est pas tout à fait le mien ; mais ce n'est pas d'aujourd'hui que les Tyrsis et les Climëne ne sont pas d'accord. Il y a pourtant certaios

(i) Manuscrit de la Bibliothèque nationale, supplém. frao^ 1016, in-f<», avec ce titre : Juvemlia. Flecheriana; en tète de 1* première j)iùcc, on lit : Divertissements, jeux d'esprit, ou fos»temps de la jeunesse (ïune des premières plumes de ce siècle. Amvif înents de la jeunesse d'un homme illustre. — Cet intéressant maflUï" crit, qui autrefois a appartenu à M. de Boze, renferme w" pièce en vers de M"« de la Vigne, trois autres de Fléchier el ^ lettre de Fléchier, mcMée de prose et de vers. Ces différenie* l)iècos sont sans aucune adresse : mais il est facile de se coQ- Viiiiicro que ces amusements de la jeunesse d!*un homme iU^^ étaient destinés à M"« da la Vigne. Pour cette lettre en part|" culicr, il ne peut y avoir aucun doute. Nous Tavons troove* aussi dans les Manuscrits de Conrart, vol. XIII, p. 407, iû-'*' avec ce titre : de M. l'abbé Fléchier à i/"» de la Vigne. Cette lettre de Fléchier n'est pas inédite; elle a été publiée dans le volume premier de la Revue rétrospective.

(2) Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1845.

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mis de votre élégie qui ne s'accordent pas trop mal celui-ci :

Si le destin, par un bonheur extrême, M'eût permis de vivre à moi-même.

Et selon mes justes désirs, Mon âme, dans ces lieux pleinement satisfaite,

Méprisant les autres plaisirs, N'auroit jamais quitté cette douce retraite.

Si vous voulez de la moralité, Glimëne en fait tout iiême que votre Tyrsis :

A juger sainement, tous les biens d*ici-bas

Ne sont que des maux véritables :

Ceux qu'on estime heureux

Sont les plus misérables.

Ils sont chargés de biens et n'en jouissent pas.

La plus abondante richesse

Est de la liberté le spécieux lien.

Et la beauté, ni la jeunesse.

Ni le renom, ni la noblesse.

Au vrai contentement ne nous servent de rien.

( Vous voyez bien que ma petite bergère ne fait pas 8 d'estime des richesses que votre berger; encore elle aime les prés, elle n'en fait pas son capital :

Que du ciel la douce influence Remplisse nos champs de bonheur:

Que la terre, en notre faveur, Donne ses fruits en abondance ; Que nos prés soient vastes et beaux.

Qu'une riche moisson couvre toute la plaine, Et que nos fertiles coteaux Ne puissent suffire qu'à peine Au grand nombre de nos troupeaux :

Au milieu de cette opulence, Si le cœur n*est pas satisfait.

On est heureux en apparence.

Et bien malheureux en effet.

« En voilà assez, et peutrètre deux fois trop. De quelque façon que ce soit, vous voyez. Monsieur, que Je tiens ma parole, et qu'il y a des siècles d'or pour tout le monde; mais qu'il n'appartient pas à tout le monde de les bien décrire conmie vous, ou comme votre Tyrsis (1).

« Anne-Mams de la Vignk. »

M^^" de la Vigne a-t-elle par hasard les yeux un peu malades? aussitôt Fléchier improvise un madrigal à ce sujet. A peine est-^lle guérie? notre bel esprit s'empresse de composer une autre pièce du même genre, et l'envoie à la nouvelle Melpomène. Les vers ne sont pas fameux, ils ressemblent assez, pour le ton précieux, à ceux de Voiture ou de Conrart : mais il n'est pas inutile de les citer ici, afin que l'on puisse juger des habitudes littéraires de Fléchier. Voici deux petits billets qu'il écrivit, à cette occasion, à M*^' de la Vigne.

De M. fabbé Fléchier à iJ/"* de la Vigne (2).

« Voici les deux madrigaux que j'ai faits pour vous* Mademoiselle. J'avois bien voulu les oublier, j^ce qu'ils

(1) Publiée par M. Taschereau, Ret^ue rétrospective, t. !•'• - Cette lettre se trouve dans les Manustrits de Conrart, vol. XlD» in-fo, p. 409.

(2) Nous copions fidèlement le Manuscrit de Conrart, vol. XIII, in-f"», p. 410. — Ces deux lettres se trouvent dans la Revue rétroipective, mais avec quelques légères diflférenced.

! faisoient souvenir que vous avez été malade. Mais isque vous voulez que j'aie de la mémoire, j'en aurai or les vers que j'ai faits, et non pas pour les maux que 08 avez soufferts.

Sur les yeux d'Iris malades.

MADBIOAL

Je vois les yeux d^Iris, ces astres animés

Qui jetoient de si vives flammes,

Et qui sembloient être formés Pour troubler le repos des plus tranquilles âmes ,

Ils pleurent leur propre malheur.

Pressés d'une extrême douleur,

Et couverts d'un triste nuage.

Je pardonne au destin cet accident fatal :

Quoiqu'ils souffrent beaucoup de mal.

Ils en ont fait encore davantage.

Vous savez bien, Mademoiselle, que ce n'est pas là médisance, et que mon madrigal est historique. Il it bien lui donner un nom, puisque vous avez donné lecond le nom de prophétique, peut-être parce qu'il par une prophétie.

A Iris, sur ses yeux guéris.

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