‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 36 sur 63 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

*• de la Vigae (suite). — Ce que M"« de la Vigne a de commun ivec les précieuses. Lettre en vers de M"« Descartes à M»*" de la V*igne. Fléchier se moque du cartésianisme de son amie. On îarle de M"" de la Vigne, chez Bossuet, à Saint-Germain, relie lettre de Fléchier à ce sujet. M'*« de la Vigne refuse de [prendre la défense du système de Descartes. Sa modestie. Bile est du nombre des précieuses respectées par Molière.

Nos réserves faites, nous pouvons indiquer par quels

tés M"* de la Vigne ressemble à une précieuse toute pure.

dèle au genre galant, elle prétendait donner des lois à

s amis, et n'acceptait pas aisément celles qu'on voulait

i imposer. Comme M"' de Rambouillet prenait vis-à-vis

5 Yoiture des airs d'autorité, et parlait en souveraine qui

^ souffre pas qu'on résiste à ses volontés, M"® de la Vigne

loptait aussi le même langage, et affectait la même hau-

ur que la ûUe de la célèbre marquise. Un jour, Fléchier

ait écrit à son amie un billet assez peu soumis ; il s'était

isé de dire que si la belle avait les yeux malades, ce

&tait là que le juste châtiment de tout le mal qu'elle

ait fait par eux. M"* de la Vigne s'indigne d'un ton si

U respectueux, répond fièrement, comme il convient

Une personne qui sait de quelle manière on doit parler

''US ces occasions :

« Ce n'est pas par là, Monsieur, que je suis redoutable, n 7

et quand je veux qu'on me craigne, je ne prétends que ce soit pour mes beaux yeux. Cependant, je veux 6tre crainte à quelque prix que ce soit; et, quoique le bon sens, le respect, l*amitié et la civilité se soient rendus à vos raisons d'intrépidité, je ne m*y rends nullement. »

Fanfaron, vous avez beau faire,

Il faut me craindre ou me déplaire :

Je pousse Tassurance à bout.

Jo veux que Ton me considère;

Et je tiens qu'on n'estime guère

Les gens qu'on ne craint point du tout (i).

M'^* de la Vigne le savait : une vraie précieuse devait paraître quelque peu inhumaine^ traiter ses amis avec une rudesse apparente; c'est pour cela, c'est pour se conformer aux usages reçus au sein des compagnies galantes, qu'elle adoptait le langage qui était alors i la mode.

Simple aflaire de mode, en effet, car nous retroutons le même ton dans la plupart de ses lettres. D'humeur/!^ et peu caressante^ M"* de la Vigne ne montrait pas pli» de douceur à F égard de ses autres amis, et n'avait pas l'habitude de les ménager davantage. Voici un billet qu'elle adresse à Huet ; il nous prouve que ces brusqueri ne veulent pas être prises au sérieux 2

« Le 17 mai 1665.

« Je veux bien. Monsieur, vous faire le plaisir de vo avertir que je viens d'écrire ime lettre fort grondeuse à

(1) Publiée par M. Taschereau, Revue rétrospective. — i/iw-»*^ crits de Conrart, vol. XIII, p. 412, in-f».

du Mesnil ; mais de peur que vous ne vous laissiez transiter à un accès de joie qui seroit indigne d'un sage aune vous, je suis bien aise de vous apprendre en même nps que ma colère n'est que feinte, et que je suis aussi u fâchée des douceurs qu'il me dit, que de la nouvelle litié qu'il a faite (1)... »

On le voit, ces taquineries étaient souvent inoffenves, et n'avaient rien de bien alarmant. Voiture, Tami B M"' de Rambouillet et de M"* Paulet, se plaignait mvent de la cruauté de Tune et de l'autre. Selon lui, la lemière était plus propre à écrire un cartel qu'une lettre^ t ne se servait de ses merveilleuses qualités que pour ^ faire du mal (2). Ailleurs, Voiture lui disait encore t t Quelque méchante que vous puissiez être, il me semble pie Yous ne me sauriez faire de plus grand mal, qui est idtii de ne vous point voir. Je vous avoue. Mademoiselle, Joe je vous crains au delà de ce que vous ne sauriez ima- ^er, et plus .que toutes les choses du monde (3). » M"' Paulet n*était guère plus commode que M"" de Ram* bouillet; aussi, Voiture l'avait-il surnommée la lionne^

(i) Correspondance de Huet; Suppl. fr. 5272; vol. I, p. M; oibl. nationale. Ce billet est inachevé ; en tète^ on lit ces mots : kimit de la Vigne à Jf . Huet^ à Caen. C'est la seule lettre que ïcnfenne la Correspondance de Buet : en cet endroit du manus- ^t, il y a deux feuillets arrachés. C'est fort regrettable : avec ^ feuillets, peut-étro ont disparu des lettres qui auraient pu jeter un jour nouveau sur les relations de M*'« de la Vigne avec l'évêque d'Avranches.

P) Lettre datée de Madrid," i 633, vol. I, p. 137; édition de ^- Ubicini.

|3) Lettres de Voiture, vol. I, p. 193.

afin de faire comprendre quelle étsdt l'aménité et la douceur de sa spirituelle amie. Voiture était en Afrique; voici la flatterie qu'il envoie à la terrible M"* Paulet : (( Je gravai hier vos chiffres, lui dit-il, sur une montagne qui u*est guère plus basse que les étoiles, et de laquelle on découvre sept royaumes ; et j'envoie demain des cartels aux Muses de Maroc et de Fez, où je m'offre à soutenir que l'Afrique n'a jamais rien produit de plus rare, ni de plus cruel que vous (1). »

Un autre trait du caractère de M"' de la Vigne, trait qui lui est commun avec les précieuses de son temps, c'est qu'elle professa avec ardeur le cartésianisme, « qui agitait alors tous les esprits à Paris et en province, qu'on attaquait chez les Jésuites, qu'on défendait à Porl- Royal et à l'Oratoire, qui pénétrait dans les universités et dans les cloîtres même, que Retz discutait dans sa retraite de Commercy, qui faisait enfin l'objet de tous les entretiens d'un bout de la France à l'autre, depuis les Rochers de M""" de Sévigné, dans le fond de la Bretagne, jusqu'au château de M*"" de Grignan, sur les bords de la Durance (2) ». M"* de la Vigne partage» l'enthousiasme général . Pouvait-elle faire autrement, elle, l'amie intime de M'" Dupré et de la nièce même du grand philosophe? Aussi, lorsque M"* Descartes chercha un écrivain capable de faire connaître la doctrine et les écrits de son oncle, ce fut à M"*" de la Vigne qu'elle vint s'adresser; et, pour la déterminer à prendre

(1) Lettres de Voiture, vol. I, p. 162.

['1) M. Cousin : J7'"*' de Sablé, p. 107; édition ia-8".

publiquement la parole, elle envoya, en 1673, à la nouvelle Melpomène^ une épître intitulée : Vombre de M. Descartes à JT'® de la Vigne (1).

Cette pièce est assez bien faite; aussi, Bussy-Rabutin avait-il raison d'estimer les vers qu'on y trouve, et de les citer avec éloge à Corbinelli, cet ami fidèle et dévoué de M"* de Sévigné. « Mais à propos de Descartes, lui écrit-il, je vous envoie des vers qu'une fille de mes amies a faits en faveur de son ombre; vous les trouverez de bon sens à mon avis (2). » Corbinelli, cartésien pasâonné, lut -les vers avec plaisir, et les trouva très bons et tes justes (3). M"* Descartes suppose que l'illustre philosophe vient de ressusciter. Celui-ci, heureux de voir

(i) Cette pièce se trouve dans le Recueil de vers choisis du P- Bouhours, p. 25. — Catherine Descartes était nièce du célèbre philosophe ; elle mourut en 1706, nous dit Lefort de la Morinière. {Bibi. poétique, vol. III, p. 247.) — On trouve plusieurs pièces d'elle dans le Recueil de vers choisis du P. Bouhours.

P) Lettre de Bussy, du 27 juillet 1673, vol. III, p. 96; Lettres <fcif«"« de Sévigné, édition de M. de Monmerqué; 10 vol. in-8». ^ savant éditeur a cru à tort que cette amie dont parle Bussy- Babutin était 3f' ^« Dupré. La nn>nie erreur se trouve reproduite kûsla nouvelle édition des Lettres de A/™« de Sévigné. (Vol. III, p. 221. Paris. Hachette, 1862; 14 vol. gr. in-S».) Lefort de la Moriaière cite la pièce en question parmi les œuvres de M"« Descartes. [Bibliothèque poétique, vol. III, p. 247, édit. in-12.)

(3) C'est lui qui, de Grignau où il était avec M"»« de Sévigné, écrivait à Bussy-Rabutin : o Pendant votre séjour de Paris, je ^^8 conseille de vous faire instruire de la philosophie de Des- ^irtes : M'»«« de Bussy l'apprendront plus vite qu'aucun jeu. *^our moi, je la trouve délicieuse, non seulement parce qu^elle détrompe d'un million d'erreurs, où est tout le monde, mais ^Dçore parce qu'elle apprend à raisonner juste. Sans elle, nous irions morts d'ennui dans cette province. » (Lettre du 23 août ^^73; nouvelle édition. Paris, Hachette, 1862; vol. III, p. 223.)

M"* de la Vigne goûter ses écrits, et chaque jour en femlleter les pages ^ se plaint cependant de voir régner encore sur la terre cette fière et pénible ignorance^

Par qui, d'un vain savoir flatté mal à propos, Un esprit s'accoutume à se payer de mots.

C'est cette ignorance qu'il essaya de dissiper autrefois, qu'il attaque de nouveau en bons termes, dans un langage plein de clarté et de précision :

Partout, cette orgueilleuse avec son Aristote Des savants de ce temps est encor la niarotte; • Tout ce qu'on dit contre elle est une nouveauté; Et, sans autre examen, doit être rejeté : Gomme si les erreurs où furent ces grands hommes, Méritoient du respect dans le siècle où nous sommes; Et, cessant d'(^tre erreurs par leur antiquité, A voient enûn prescrit contre la vérité.

Mais Fléchier, moins enthousiaste que M"* Descartes, 8e moque de ce goût de M"' de la Vigne pour les matières philosophiques. Dans le dialogue que nous avons déjà cité en partie, Tyrsis engage Climène à employer ses loisirs à autre chose qu*à faire des madrigaux amoureux. Celle-ci voudrait bien nmer de temps en temps; elle ne se rend pas volontiers, et demande quelles seront désormais ses occupations, puisqu'on lui interdit les jolis vers et les billets doux.

CLIMÈNE

Que faire donc des moments ennuyeux Do notre languissante vie?

TYRSIS.

Ce sont dos momonts précieux Que vous devez à la philosophie.

Glimène,>contemplez les secrètes vertus

Des atomes carrés, ronds, droits, courbés, pointus,

Qui liés d*uQ ciment de subtile matière

De ce vaste univers forment la masse entier^.

CLIMÈNE

Ces atomes, Tyrsis, me troublent le cerveau.

TYRSIS.

Climène, un madrigal nouveau

Vous paroîtroit plus agréable ; Mais il faut préférer l'utile au délectable.

Apprenez comme incessamment Des tourbillons errants entraînent les planètes ;

Examinez le mouvement Et la triste lueur des fatales comètes; Pensez d'où vient le flux, le reflux de la mer, Comme se meut la terre, et combien pèse l'air : Surtout du corps humain voyez Tanatomie.

CLIMÈNE

Tyrsis, vous poussez loin votre philosophie; Considérons les efl'ets merveilleux Des petits corps que Descartes renomme; Examinons la mer, et la terre et les cieux, Mais laissons*'là le corps de T homme (1).

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale ne nous tpas à qui fut adressée cette jolie pièce. Pour nous, «is n'avons aucun doute à cet égard : nous sommes conincu qu'elle était destinée h M"° de la Vigne. Voici une itre lettre que Fléchier lui écrivait, et dans laquelle il t finement des prétentions philosophiques de son amie '> î sont les mêmes idées, c'est le même enjouement et i même raillerie que dans la charmante pièce qui pré-

(î) Manuscrit de la Bibliothèque nationale : JuveniUa Flèche^ ^, Supplém. franc. 1726.

cède. En plus d'un endroit aussi, on reconnattra la plume alerte et déliée qui a écrit les Mémoires sur les Grands- Jours ; Fléchier crayonne même sans y penser un ou deux portraits qui sont assez bien réussis.

A Mademoiselle,,.

« Saint-Germain-en-I^yc, ce 21 mai

« Les pèlerins que vous savez arrivèrent hier ici, demoiselle, fort échaufTés de la chaleur du soleil et de la chaleur d*une dispute, qui avoit été opiniâtre, depuis le faubourg Saint-Honoré, jusqu'à la porte du château de Saint-Germain. J'appris que chacun avoit soutenu ses opinions vigoureusement. M. l'abbé de la Broue et M. de Cordemoy (1) prirent un ton aigre, et firent des gestes violents pendant deux heures; et croiriez-vous que M. Régnier (2) fut scandalisé de leur opiniâtreté, et qu'il trouva que les cartésiens étoient des esprits trop contredisants? On l'a pourtant apaisé depuis ; et il demande avec beaucoup de soumission à être initié aux mystères des petits corps, promettant pour le moins d'être aussi contredisant

(1) Pierre do la Brouo, né à Toulouse en 1643, fut évoque de Mirepoix (Arièj^o) en 1679, et mourut en 17'20. — Géraud de Cordcmov, né à Paris en 16-26, reçu à TAcadémie française le 12 décembre 1675, mourut en 1684. Il était lecteur du Dauphia en même temps (jue Fléchier.

(2) Il s'agit ici probablement de Regnier-Desmarais, né à Paris en 163-2, mort en 1713; membre de l'Académie française en 1670; secrétaire perpétuel en 1684. Il était si contredisant, qu'il avait été surnommé Fabb^ Pertinax.

'un autre, lorsqu'il s'agira de combattre pour la vérité, ne vois personne qui ne soit persuadé qu'il réussira tnirablement, et qu'il fera grand honneur à la secte. « Nous fûmes tous ensemble à la messe de monseigneur Dauphin, et ils se retirèrent avec M. de Condom, qui ir donna très bien à dîner (1). Je reçus pendant ce aps-là une visite de M. de Maury, qui me chargea d'un ind exemplaire d'un poème latin qu'il a composé, et 'il estime plus que toutes ses autres pièces latines. Il assura qu'il auroit l'honneur de vous en aller présenter, 3 qu'il seroit arrivé ; et il me témoigna une extrême e, quand je lui dis que votre santé étoit entièrement œnue, et qu'il trouveroit en vous tout ce qu'il cherche ses amis : que cela soit dit en passant, pour vous conter de ce que vous l'aviez perdue. »

Fléchier ne fut pas du dîner de M. de Condom : il ne ut donc raconter ce qui eut lieu pendant le repas. ' He fut qu'après le dîner qu'il revint chez Bossuet, rts avoir reçu un graiid exemplaire de ce poème in dont il nous parle un peu plus haut. A cet endroit, îchier reprend sa narration, en continuant de tourner i^lement en ridicule tous ces fervents disciples de écartes. « J'allai, dit-il, joindre nos amis chez le îlat qui les avoit arrêtés, et je les trouvai sur une

\] Bossuet avait été nomm« év(>que de Condom (Gers), on ^; il en garda le titre jusqu'en 1670, époque à laquelle il se niit de son sièfçe, quand il fut nommé précepteur du Dauphin. 'Ue lettre do Fléchier n'est donc pas postérieure à Tannée *^^ou aux premiers mois de l'année 1671.

grande question touchant les légumes, soît pour donner lieu à rassemblée de disputer, soit pour donner lieu i ceux qui ne sont pas austères d'amplifier un peu la collation du soir. » Puis, Fléchîer raconte que M. de Condom, voulant régaler ses hôtes^ n'a rien trouvé de mieux que de faire lire des vers que M"' de la Vigne venait de composer ; que c'est le lecteur du roi qui en a donné lecture, et que toute la compagnie enfin a trouré que les vers cheminoient fort bien (1).

Le spirituel abbé excelle toujours dans l'art de glisser un compliment ; mais en même temps, à côté d'aimables flatteries, il trouve place encore pour de perfides malices, et, tout en louant son amie, il décoche quelques traits moqueurs à son adresse. « A peine fut -on hors de table, lui dit-il, qu'on chercha quelque sujet agréaWe qui pût ser\'ir d'entretien. M. de Condom, qui voulut régaler ses hôtes, leur donna deux papiers où étoient les vers de M. Descartes et la réponse que vous y avez fwte; M. Régnier se chargea de les lire, et le lecteur du* roi, qui étoit présent, les relut sans que personne s ennuyât. Les uns disoient que vous aviez pris un tour très fin et

tr^s délicat; que vous aviez les parties du cen^eau Je

vous demande pardon : j\ai oublié comment il faut avoir le ceneau pour Hyq bel esprit, suivant vos opinions. Les autres disoient que les premiers vers faisoient tort tf reste de l'ouvrage: et quà quatre vers près, où il étwt parlé d'apparition, votre réponse étoit mer\'eilleuse ; enfin

(1) II s'af^'it ici do la n'poiiso quo M"*" do la Vijni? fit « 1* })i(Vo do M"»- Doscartos, iniitulôo : Uomhre de Derirnrtta à J/"** In Vvjne. Voy. cotto réponso, p. 110 et suiv.

— iVt —

plus critiques furent d'avis que vous parliez un peu » froidement à un mort.

Du reste, ils s'écrièrent plusieurs fois que vous a^âez oût des anciens, et que vos vers cheminoient fort bien, cun parla ensuite de votre esprit, de votre capacité osophique, de votre sagesse, de votre modestie et de Iques autres vertus qu'on louoit en vous. » hiand la conversation fut finie, on alla visiter le inet du roi, rempli de petits dieux ou de petits lutins^ Fléchier montre à M"" de la Vigne, le visage menat, armés de flèches et prêts à percer les cœurs les \ rebelles. Ici, les allusions se présentaient d'elles- Dcs, et Fléchier, on le comprend bien, ne les a pas lagées. Ensuite, l'aimable narrateur termine sa lettre 5 cette charmante et vive gaieté que nous avons déjà l'occasion de remarquer. « Après que nous eûmes lu cette visite aux amours, dit-il, nous allâmes adre le frais dans le boulingrin (1), où les disputes se mvelèrent; néanmoins on ne fit qu'escarmoucher, :e que la machine vouloit se divertir, et la substance pense étoit un peu fatiguée par la grande application natin. M. Régnier ne parla que d'esprit, de sensation le petits corps, après quoi nous fîmes collation enble : il y eut des sensations, des sensations poivrées le la philosophie.

Voilà, Mademoiselle, la première journée du pèleri-

t C'est une place longue, large et carrée en forme de tapis, erte de petites herbes douces et fines où les honn(>tes gens igleterre jouent à la boule. > (Dictionnaire de Richelet, 2 vol. '. Rouen, 1719.)

Dagc : je vous ferai la relation de la journée d*aujourdliui à la première occasion ; croyez cependant que je suis, i quelque journée et à quelque heure que ce soit, votre très humble et très dévoué ser>iteur (1). »

Nous n*avons pas trouvé la relation de la deuxième journée que Fléchier promettait à son amie. La lettre que nous venons de citer nous fait regretter la suite de ce pèlerinage : à moins cependant qu'il n*ait tenu parole, et que sa lettre ait été égarée, comme l'ont été malbeureusement bien d'autres de celles qu'il avait écrites.

(le n*est pas sans intention que Fléchier plaisante ainsi sur les cai'tésiens; et, tout en raillant les disciples da célèbre philosophe, ce n'est pas contre eux seulement qu'il dirige ses traits moqueurs. Il ne faut pas croire cepeodant que M"' de la Vigne ait été au nombre de ces précieuses qui faisaient étalage de science, et voulaient à tout prix passer pour savantes dans les cercles à la mode. Fidèle au précepte de M"*' de Scudéry, elle semble s'être applirjuée à cacher adroitement les connaissances qu'elle pouvait avoir, sachant bien que le vrai mérite, pour se faire valoir, un pas besoin de recourir à une ostentation aussi ridicule que déplacée.

Nous l'avons déjà vu, Fléchier lui écrivait un jour pour la prier de remettre des exemplaires de ses v^ latins à quelques-uns de leurs amis communs : « Ce petit présent, disait-il, seroit mieux accueilli, si on k recevoit de sa main. » Mais forcer ainsi M"® de la Vigne

(1) Lotiro (lo Flôcliior à M"'^ do la Vigno, publiée par Sériovs' Lf! lires inrdilcs Hr Henri IV el de phaicurs personnages cél^^- Paris, an X (180'J), 1 vul. iii-8".

ler publiquement des pièces écrites dans une langue lie ne possédait que d'une manière imparfaite, n'était- SLs l'exposer à passer auprès de bien des gens pour femme pédante et prétentieuse? Fléchier paraît l'avoir >ris; et, dans la même lettre, où celui-ci engageait amie à distribuer ces premiers et timides essais de luse, il ajoutait ces paroles qui nous montrent sous vrai jour le caractère de M"'* de la Vigne : « Je lui disait-il, que vous n'avez jamais donné pour vei-s latins que des approbations fort secrètes; et je lemande pas que vous donniez ceux-ci vous-même. Il it que vous les souffriez chez vous, et que vous les quiez sur votre fenêtre, quand l'occasion s'en préseni (1). » Avec une fausse précieuse, toutes ces petites cautions n'eussent pas été nécessaires : c'eût été là ) bonne fortune dont celle-ci n'aurait pas manqué de réjouir hautement. M'*' de la Vigne se rendit à la fere qu'on lui adressait; et, au risque de s'attirer le n de donna bachillera, elle promit de recommander vers qu'elle venait de recevoir.

)aDS une pièce, dont nous avons dit un mot ailleurs (2), Jcartes reproche à M"" de la Vigne de n'oser parler de et de sa doctrine. Peu satisfait de se voir aimé eti hette^ le philosophe voudrait que, renonçant à sa Idité, la nouvelle Melpomène prit publiquement sa ense et appuyât de son crédit les ouvrages qu'il

Il Revue rétrospective, et Manuscrits de Conrart, vol. XIII. iU, in-f«>.

-) L Ombre de Descartes à M^^"" de la Vigne; Recueil de vers «w, BouhourS) p. 25. — Voy. plus haut, p. 101.

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