‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 38 sur 63 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

éimioas que Fléchier fréquenta à Paris. — Fut-il au nombre des habitués de Tliôtel de Rambouillet? — Il va au Samedi, Influence de ces réunions sur le talent de Fléchier. — Des relations de Fléchier avec M™« de Sévigné. Est-il vrai qu'il Tint fréquemment à Livry?

Au dix-septième siècle, on le sait, les réunions littéiires furent très nombreuses à Paris. Vers la fin du règne 6 Louis XIII, à l'aurore surtout de celui de Louis XIV, on ittout à coup le goût des choses de l'esprit se répandre ans les rangs de la société française, préparer ainsi le lorieux mouvement qui allait illustrer cette époque mémorable, et la rendre digne de servir d'exemple à la <istérité (1). C'est à des femmes distinguées par l'éclat e la naissance et de la fortune, par la noblesse du carac* ïre et le charme d'un incontestable talent, que nous evons, en partie, ce réveil littéraire dont nous parlons. !■' de Rambouillet, M"** de Montpensier, M"' de Sablé, ^'' de Scudéry, et bien d'autres encore, offrirent une îspitalité plus ou moins brillante, mais toujours cordiale IX beaux esprits du temps.

Nous n'avons pas à tracer ici le caractère de ces diffé-

(I) Voltaire, Siècle de Louù XIV, Introduction,

rentes réunions ; d'autres l'ont essayé avant nous, et ils l'ont fait avec une si pénétrante sagacité, avec une si grande richesse de détails, enfin avec tant d'agrément et d'intérêt, qu'il serait téméraire de vouloir reprendre de si remarquables travaux (1) . Sur ce sujet, le plus beau et le meilleur est enleve\ dirons-nous avec la Bruyère ; trop heureux encore, si nous savons glatier comme lui, et ramasser les rares épis négligés par nos devanciers !

Nous avons indiqué quels furent les maîtres de Fléchier, les auteurs qu'il sembla préférer, et les amis qu*il se fit à Paris. Nous avons pu ainsi fûre connaître les goûts littéraires du futur évèque de Nîmes, et montrer d'une manière certaine qu'avant d'être orateur, il fut l)el esprit, qu'il ne cessa même jamais de l'être, quand il fut devenu un homme célèbre et l'émule de Bossuet. Toutefois, il ne sera pas inutile de donner quelques détails sur les salons qu'il fréquenta dans sa jeunesse. Peut-être, dans le choix qu'il fit, trouverons-nous une nouvelle explication des reproches qu'on adresse à l'élégant orateur; peut-être suffira-t-il d'indiquer le cercle des personnes qu'il rechercha, pour comprendre certains de ses défauts, les grâces étudiées de son langage, le soin excessif de Tharmonie, Tabus de l'esprit, la politesse un peu affectée de sa prose, en un mot, toutes ces finesses de style, que nous ne rencontrons ni dans Bossuet, ni

(l) Voy. M. HaMierer, Mémoires pour servir à rhi^toire de /fl société polie en France; in-S®. Paris, 1835; — Gh. Livet, Précieux et Précieitses, 1 vol. io-l^. Paris, Didier. — Vov. surtout \o^ ouvrages de M. Cousin : la Société française au dix-sept iéme siècle; la Jexineftse de 3/"''* de Jj)nqueville ; M^^ de Sablé,

daus Boui'daloue, ni dans aucun des graves écrivains de ce temps.

On a dit que Fléchier avait été admis à Tliôtel de Rambouillet, et qu'il y reçut une empreinte que son talent conserva toujours. « Sorti de l'hôtel de Rambouillet, écrit M. Gh. Labitte, il en a gardé les délicatesses en les épurant. » Et, si nous en croyons le même critique, il paraîtrait que Conrart, son protecteur et son ami, le présenta à l'illustre marquise, et à celle qui devait être plus tard la duchesse de Montausier. Depuis, on ne cesse de répéter toujours la même chose. Peu à peu cette opinion a prévalu, et on a fini par croire que Fléchier avait été parmi les habitués des salons de la rue Saint-Thomas du Louvre (1).

Malgré toutes ces autorités, nous ne pouvons admettre que Fléchier ait assisté aux réunions de l'hôtel de Rambouillet. S'il y vint jamais, ce ne fut que fort tard, vers les dernières années de la vie de la marquise, à l'époque où, accablée par la vieillesse et les infirmités, elle ne recevait plus chez elle que de rares visiteurs. Or, au moment où les brillantes assemblées d'autrefois avaient cessé, alors que l'éloignement ou la mort avaient dispersé les amis les plus fidèles de la belle Arthénice^ nous ne voyons pas quelle influence sérieuse le célèbre hôtel aurait pu exercer encore sur le talent de l'ancien Doctrinaire.

(1) Gh. Labitto : Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1845: — Ménardy p. 12; — Ducreux, Œuvres complètes de Fléchier, vol. IV, p. XXX ; — Biographie universelle de Didot, article : FLÉCHiEn ; — M. Ch. Livet, Dictionnaire des Précieuses, par Somaize, préface, p. x; — « M. A. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 30 et siiiv.

Que Fléchier appartienne, « par le goût et par la ma< nière, à la société de Thôtel de Rambouillet (1) », c'est là un fait incontestable, et que nous sommes loin de toqloir nier. Oui, le protégé de Conrart, l'ami de M"* Des floulières et de M^^* de la Vigne, se garda de rompre avec la mode. Au début de sa carrière, il eut pour conseiDen et pour guides les membres les plus assidus de cet hMel de Rambouillet, dont il continua les traditions de poli* tesse, d'urbanité, d'élégante et ingénieuse galanterie. Voiii qui est parfaitement vrai ; mais ce que nous ne pouTODS croire, sans preuve et sur parole, c'est que le talent de Fléchier ait pris son pli à l'hôtel de Rambouillet ; que œ soit dans ce cercle qu'il lut ses premiers essais et reçut ses premiers applaudissements (2); que ce soit là, enfin, qu'il contracta ces habitudes de bel esprit, dont il ne put jamais se défaire entièrement.

On a quelque peine à regarder Fléchier comme ub habitué des célèbres Mercredis; on ne peut guère se le figurer, surtout, faisant admirer à la noble assemblée son art de poète et d'écrivain, et payant sa bienvenue par des vers (3), quand on songe, d'une part, à l'époque où cessèrent les réunions de l'hôtel et, d'autre part, au temps où Fléchier arriva à Paris. Nous savons d'une manière positive que le futur prélat vint à Paris, en 1659, l'année de la mort de son oncle. Or, à cette date, les beaux esprits du temps ne prennent plus le chemin

(1) M. Sainte-Beuve, Mémoires sur les Grands-Jours d'AuvergrUt Introduction, p. xi.

(2) M. A. Delacroix, p. 3-2 et suiv.

(3) Ibid., p. 32.

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de la rue Saint-Tbomas-du-Louvre. Les vrais amis seuls s'y rendent quelquefois, et encore n'y viennent-ils que pour consoler M""^ de Rambouillet au milieu de ses tristesses, de son isolemeat et de ses douleurs. Nous ne pouvons guëi'e fixer le moment précis où furent dyissoutes ces assemblées qui eurent si longtemps le rare privilège de réunir tout ce que la cour, la ville ou rAcadémie eurent de plus célèbre et de plus distingué. Toutefois, M. Cousin croit que les beaux jours de l'hôtel de Rambouillet ne vont pas au delà de l'année 1652. c Sans prétendre ici, dit-il, à des précisions qui nous échappent, il nous semble que c'est vers 1617 ou 1618, et très certainement avant 1620, qu'on doit placer les omimencements de la célèbre société de Rambouillet. Née avant 1620, elle jette le plus grand éclat pendant trente années, jusqu'à ce qu'à la fin surviennent presque coup sur coup le mariage de M'^*' de Montausier en 16&5, la Fronde en 16 A8, la mort de M. de Rambouillet m 1Ô52, la vieillesse et les infirmités de la noble femme qui l'avait créée et si longtemps soutenue (1). »

De 1620 à 1652, telle fut la période de gloire de l'hôtel de Rambouillet, période dont Fléchier ne fut pas le témoin, et la seule cependant qui aurait pu exercer sur kd xme influence réelle. En 1652, affirme M. Gh. Livet, les réunions de l'hôtel n'existent déjà plus (2). Mais, alors, qu'étaient donc ces réunions, sept ans plus tard, en 1659, lorsque Fléchier arriva à Paris ? Si vous voulez

(1) M. Cousin, la Société française, vol. I, p. 271; édit. in-S®»

(2) Précieux et précieuses, p. 83; 1 vol. ia-12. Paris, Didier.

vous en faire uoe idée, lisez le passage suivant qui nous montre ce qu'elles étaient déjà en 16&8, onze ans avant que Fléchier ne quittât Narbonne, pour se rendre auprès de son oncle. « L'heure de la Fronde a sonné. Les amis se séparent selon des intérêts différents, ou les liens plus ou moins étroits qui les attachent, soit aux rebelles, soit à Mazarin. Montausier, forcé de rester dans son gouvernement de Saintonge, ne cessa de donner au parti du roi les preuves d'attachement les plus désintéressées, et ce désintéressement même ajourna bien longtemps sa grandeur future. Quand il revint à Paris, Voiture était mort, M^^'' Paulet était morte, et la marquise, toujours souffrante, privée de ses filles, inquiète pour ses amis des deux camps, vivant dans la triste société de son mari, presque aveugle, n'avait plus, pour charmer sa solitude, les conversations agréables de ce monde, autrefois si empressé, que les circonstances dispersaient à tous les vents du ciel (1). » Ailleurs, nous parlant du trouble profond qu'apportèrent à ces réunions les agitations de l'État, le même écrivain nous dit nettement : « Les beaux jours de l'hôtel sont finis; quelques lueurs, qu'il jette encore à de rares intervalles, rappellent parfois son ancien éclat. Mais ne cherchons plus à suivre cette série jusqu'ici non interrompue de fêtes toutes galantes ou de plaisirs tout littéraires. Le temps est venu, où des circonstances pénibles doivent amener la lente, mais inévitable dissolution des assemblées de la marquise (2). »

(1} M. Cil. Livtit, Précieux et Précieuses, p. H'2. (•2) Ibid., p. eiO.

— iâi —

C'est à ce moment de pleine dissolution que Fléchier se présenta à Thôtel de Rambouillet, à la suite de quelque fidèle ami de Ijt mai-quise : Huet, peut-être, Conrart ou Chapelain. Mais, alors, ces salons si animés autrefois, qui avaient été le rendez-vous de la plus haute société, où venait RicheUeu, et que ne dédaignait pas Tillustre sœur du grand Condé, M""* de Longueville, ces salons que fréquentèrent tour à tour Malherbe, Balzac, Voiture, Godeau, Corneille et Bossuet, étaient alors solitaires et presque entièrement délaissés. Privée de son gendre et de sa fille, retenus tous deux dans leur gouvernement de Saintonge ou de Normandie, et, plus tard, obligés Tun et l'autre de demeurer à la cour à cause de leurs fonctions (1); accablée elle-même par toutes les infirmités d'une vieillesse avancée, M""** de Rambouillet renonça à des réceptions dont Julie d'Angennes ne faisait plus les honneurs, et qui eussent été beaucoup trop fatigantes pour son âge (2).

Dès lors, en admettant même que Fléchier soit allé à Phôtel de Rambouillet, il est facile de se rendre compte du genre de réunions que notre jeune abbé y trouva, réunions nullement littéraires, et peu faites pour laisser une empreinte quelconque sur Tesprit d'un écrivain à ses débuts. Voilà ce qu il est important de remarquer, quand on dit que Fléchier fut admis à Thôtel de Rambouillet.

(l) M">« de MoQtausier fut uommée gouvernante des enfants de France, vers la fin de 1661. Le Dauphin naquit le !<"• novembre de la même année. Moutausier lut nommé gouverneur dans les premiers jours de septembre 1668.

(^) Née en i588> M"'<> de Rambouillet avait soixante et onze ana on 4 Ano

II y vint, cela est vrai; ses lettres à M"* Des Houlièresle prouvent d'une manière manifeste (1); mais il y vint à une époque où Thôtel, jadis si célèbre, n avait plus aucune influence; alors que les fameuses assemblées ne se tenaient plus, et que les salons, autrefois si fréquentés, demeuraient déserts. Aussi ne pouvons-nous accepter ce qui a été dit si souvent, que c'est à l'hôtel de Rambouillet que Fléchier se forma; que ce fut dans ces brillantes réunions, au contact de Chapelain, de Ménage ou de Conrart, que son talent prit ce caractère précieux qu'il ne perdit jamais : c'est là une confusion êtrangei et il serait temps de la faire disparaître.

Il est plus vrai de dire qu'il se rendit aux Samedis de M"' de Scudéry. Pour nous, il n'y a pas le moindre doute; c'est là, dans la rue de Beauce, dans la demeure de l'aimable romancière, et non ailleurs, que Fléchier se façonna aux manières galantes, et prit cet air de bel esprit, dont la plupart de ses écrits conservent encore la trace. Les amis de Fléchier, en effet, appartiennent particulièrement à la société de M'** de Scudéry, et c'est dans les réunions de celle-ci qu'il fit connaissance avec les deux charmantes femmes dont nous avons déjà parié, M"" Dupré et M^'° de la Vigne.

M. Cousin, énumérant les amies de M"* de Scudéry, ne dit rien de la première; mais il parle de la seconde que nous trouvons au Samedi, parmi la meilleure com-

(!) Fléchier dit en elVot. dans ces lettres, qu'il est passé â r Hôtel de Ramhouilk't; mais il faut se souvenir que cette correspondance cuiniiienca vers 1677, et qu'à cette époque yV^'àe Rambouillet u était plus : elle était morte le 2 décembre 1665.

pagnie du temps : M. de Montausier, Pellisson, Conrart, M-' de Sablé, M'"« de Sévigné et l'aimable Eléonore de Rohan, d'abord abbesse de Gaen, puis de Malnoue, «c A mesure que le siècle avance, et que la renommée de M^* de Scudéry s'accroît, toutes les femmes qui se piquaient de bel esprit et osaient mettre au jour des vers et de la prose, s'empressaient d'en faire hommage à celle qui les avait devancées dans la carrière : M*"* de la Su2e, Henriette de Coligny, le dernier reste du sang du grand amiral, qui ne sut régler ni sa vie, ni son talent, mais qui avait reçu le don de la poésie ; M^^* de la Vigne, qui a composé tant de jolis vers dispersés dans les recueils de poésies galantes; M^^*" Lhéritier, trop peu connue et trop peu appréciée, auteur d'un conte char-* mant, V Adroite Princesse^ et de petits écrits ingénieux en vers et en prose; M^** Chéron, à la fois poète, musi-^ denne et peintre; d'autres dames, enfin, qui avaient beaucoup d'esprit, écrivaient agréablement, et brillèrent dans leur temps (1). »

Vraisemblablement ce fut Conrart, le protecteur de Fléchier, dès son arrivée à Paris, Conrart, très assidu au Samedi^ qui présenta le futur orateur à M"' de Scudéry, et prépara ainsi entre l'excellent abbé et la noble femme cette amitié dont nous avons parlé (2) . Ce fut là, et non à l'hôtel de Rambouillet, que Fléchier aima à se rendre sduvent ; là, fut réellement l'école à laquelle il se forma, au milieu des beaux esprits du temps, les uns demeurés

(1) V. Cousin, la Société française, vol. II, p. 242; édit. in-8».

(2) Voy. vol. I, p. 219 et suiv.

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loua ces relations amicales ou intimes dont nous avons lé (1),

lette supposition pai*ait d'autant plus naturelle, qu*à K>que où les réunions de Thôtel de Rambouillet étaient renues moins fréquentes, M"* de Scudéry eut le privie de recueillir chez elle, dans son humble maison de rue de Beauce, les hôtes ordinaires de la célèbre mariae (2). a Elle y recevait, nous dit M. Cousin, les lettrés inents, formés, comme elle, à l'école de M*^^ de Ramdillet, et dont elle était depuis longtemps Tamie, avec «très lettrés moins célèbres, mais fort estimables eore; et, en femmes, des bomrgeoises riches et spiri-* dles, qui avaient du loisir et du goût, et seulement fort petit nombre de dames auteurs ; le tout relevé par . fréquentes visites d'hommes du monde, d'un espri^ Itivé et agréable, et de temps en temps par la présence personnages illustres, tels que Montausier et sa femme, marquise de Sablé et la comtesse de Maure, dont tmtié hautement déclarée donnait, au modeste salon et toute la société un peu mêlée qui s'y rassemblait, de considération et même un certain éclat (3). » Enfin, c'est l'influence des Samedis^ et non celle de ôtel de Rambouillet, que Flécbier subit dans sa jeusse. Passant en revue les différents salons devenus ëbres au dix-septième siècle, M. Cousin a indiqué

1) V. Cousin, la Société française, vol. I, ch. iv et v.

2) Dès 1053, M"o do Scudéry recevait beaucoup chez elle. . Cousin, Société franc. , vol. II, p. 277.) — Sur les amis de i« de Scudéry, voir aussi M. Cousin, ibid., p. 187 et suiv.

3) V. Cousin, ibid., p. 130.

avec une remarquable précision le caractère de chacone de ces réunions, d L'hôtel de Rambouillet, dit*il, a particulièrement favorisé le genre épistolaire, que l'on de ses plus anciens et de ses plus illustres habitués, Bahsac, a créé, et qu'une de ses dernières écoliëres, M"* de Sé^gné, a porté à la perfection. Les réunions de W^ de Scudénf, et celles qui en sont sorties, ont cultivé avec passion la littérature légère, et donné à Voiture une innombrable famille d'imitateurs plus ou moins heureux (1). » Tons ces vers galants de Fléchier, ces madrigaux sur les yeux djris malades^ ces pièces légères qu'il compose n aisé* ment et qu'il adresse à M"* de la Vigne, sont en effet d'un habitué des Samedis^ et parfaitement en rapport avec le genre en honneur dans la société de M"* de Scu* déry. Jusque dans sa manière d'exprimer la galanterie, Fléchier nous paraît reproduire le ton généralement admis dans les réunions de la rue de Beauce : son langage a quelque chose de familier, de libre et de dégagé que Von chercherait en vain à l'hôtel de Rambouillet, où la galanterie était de mode, il est vrai, mais où elle avait toujours eu un caractère plus réservé, plus noble et plus solennel Sur la foi de Ménard, M. Delacroix, dans son estimable histoire de Fléchier, affirme que M"* de Sévigné reçut chez elle l'auteur des Mémoires sur les Grands-Joun, « M"* de Sévigné lui ouvrit aussi ses salons, nous dit-il. Il allait souvent la voir à Livry, où s'assemblaient les beaux esprits du temps (2). » Voilà un fait que nous

(1) V. Cousin, la Société française, p. HO.

(2) Histoire de Fléchier, p. 21.

ludrions bien admettre; mais esi-il certain? Rien de

us charmant, sans doute, que de se représenter Flécbier

M""' de Sévigné, deux personnes d'un esprit si distingué,

piquant et si fm, causant ensemble sous les ombrages

» Fabbaye de Livry, à travers les allées de ce parc

Bgnifique encore aujourd'hui, au milieu de quelques

ois éclairés, venus de Paris pour rendre visite à l'abbé

i Coulanges et à son adorable nièce (1). Oui, notre

lagination s'arrête volontiers devant un tableau bi^

it pour la séduire, et il nous en coûte de rejeter une

délicieuse illusion. En effet, nous ne croyons pas

ne Flécbier ait eu des relations suivies avec M"** de

fevigné, car nous n'avons trouvé aucun témoignage

^rieux à ce sujet. Ce qui confirme encore nos doutes,

'est que, parmi les lettres de Flécbier, il n'y en a pas

me seule adressée à' M"' de Sévigné. On poura dire, il

Bst vrai, que ces lettres ont peut-être disparu, conune

tant d'autres que Flécbier avait écrites; mais, enfin, il y

a place à un doute, et nous le signalons. D'autre part,

m Flécbier a été admis, à Paris, chez M"*' de Sévigné, s'il

eèià\lk souvent la voir à Livry ^ est-il naturel que M"* de

Sévigné ne fasse jamais mention de ces visites à sa fille,

àBu3sy-Rabutin, ou à tout autre de ses correspondants?

Or, sur ce point, on ne trouve absolument rien dans toute

^ volumineuse correspondance de la célèbre marquise.

Celle-ci parle bien, dans ses lettres, de la beauté des orai-

(1) Livry est un village de 8eine-et-0ise, à une faible distance **® Paris. Il y avait autrefois une abbaye de l'ordre de Saint- •^^gustin. Jusqu'on 1687, cette abbaye fut possédée par Tabbé ^^ Coulanges, oncle de M™« de Sévigné.

sons funèbres de Fléchier, du mérite de son histoire Théodose (1), mais nulle part on ne rencontre un s mot qui fasse la plus légère allusion à ses rekitions ] sonnelles avec Fléchier. On comprendra que devant silence aussi étonnant, nous hésitions à croire, à rm de preuves certaines, que Fléchier ait eu des rapp fréquents avec M"** de Sévigné, autre chose que rapports de simple politesse, échangés dans le salon M. de Caumartin, où ils eurent Tun et l'autre Yocm de se rencontrer assez souvent.

(1) Cette histoire de Théodose, composée pour rédacatioi Dauphin, fut terminée vers 1674, et publiée en 1679, soa titre : HUtoire de Théodose le Grand, pour Mgr le Dauphin, M. Fléchier, abbé de Baint-Séverin, de rAcadémie françoii Paris, chez Sébastien Mabre-Gramoisy, imprimeur du roi, 1 1 beau vol. gr. in-4*». — Nous avons vu jadis cette belle édi dans la maison même de Fléchier, à Pernes. Y est-elle enc ce n'est pas probable. Nous apprenons que cette maison de chier, demeurée la propriété de sa famille jusque dans dernières années, vient d'être vendue. Il est à craindre qu( ouvrages qui sV trouvaient encore, et qui avaient fait certi ment partie de la bibliothèque de TÉvêque de Nimes, n'aien dispersés. (Sur cette maison de Fléchier, à Pernes, voy.quel détails. Pièces justiOcatives II.)

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