CHAPITRE XVi
alités d'esprit et de cœur de Louis-Urbain Lefevre de Gauaartin. Ce qu^en dit Boileau. Sa bonté inépuisable pour as parents et ses amiSh II assure à toutes ses sœurs de noies alliances. Ses malheurs de famille. Ses relations avec •-B. Rousseau, avec Voltaire. H meurt en 1720, conseiller *État et intendant des finances. Beau portrait que nous en laissé Saint^SimoxL
3anâ ses Mémoires sur les Grands-Jours ctAuvergnéi îts en 1665, Fléchier ne dit rien de son élève qui avait rs une douzaine d'années. C'est vraiment dommage : Dt-Simon nous a dépeint Ttiomme fait et le vieillard ; is n'eussions pas été fâché que la main si délicate si légère de Fléchier nous eût crayoïlné lé portrait l'aimable enfant. M™^ de Sévigné, du moins, qui conssait beaucoup la famille de Gaumartin, va nous aider uppléer au silence du maître. Dans ses lettres, elle ite l'extérieur agréable de M. de Boissy (1), alors qu'il it vingt-deux ans, et qu'il était dans tout l'éclat de la Qesse. Le jugement de M"° de Sévigné est confirmé âaint-Simon, qui, à la date de 1697, nous lé repré* te comme un grand homme^ beaù^ *et très bieri
) Il portait, du vivant de son père, le nom de la terre de 8sy-Saint-Léger.
faii (1). Plus de vingt ans auparavant, en 1675, H** de Sévigné trouvait que le fils de H. de GaumaitiD étui k plus joli garçon du monde. Elle écrindt à H** de Giignan, en lui envoyant un opéra de QuinanU : « Vinlàln premiers actes de l'opéra, quand vous en voadres daviiH tage, demandez-les à H. de Boissy : c*est le plus joi garçon du monde, qui, pour récompense, ne vent qae l'honneur d'être noomié dans cette lettre (2). >
Ce qui valait encore mieux que sa beauté, c'était h distinction de son intelligence et la ncdblesse de soi cai-actëre : qualités éminentes, qui firent de lui cet haoBB universellement recherché pour le charme de son esprit et l'agrément de sa conversation, fort répandu à la cm et dans le plus beau monde^ affable, doux, spiritoBli dont nous parle Saint-Simon. Ce n'est pas que tout nà éloge dans le portrait que celui-ci nous en a laissé, mm; comme Tallemant des Réaux, mais avec plus d'honnètBi et de sincérité, Saint-Simon ne loue pas volontiers : i cherclie bien moins à montrer les qualités d'une persoDiKi qu'à découvrir impitoyablement ses vices et ses travers.
Ainsi, il reproclie à M. de Caumartin d'avoir été jb' rieuxy d'avoir eu sous son manteau toute la fatuité quek maréchal de Villeroi étalait sous son baudrier, et d'avoï donné, le premier, le scandale d'un homme de robeporttf' le velours et la soie. Le reste du portrait est tout àTho^ neur à\x p/us joli garçon du monde; et, comme U*
(1) Saint-Simon, vol 1, p. 253; édit. Hachette, 13 vol. in-i'
(2) Lettre du 7 août 1675; vol. IV, p. 28, édit. Hachette.^ ^e Tfiésée de Quinauit, sans doute, mis en musique par LoU^» ot représenté pour la première fois on 1675.
m dit M. Sainte-Beuve, « on y découvre des caractères bonne éducation, qui décèlent la main excellente de 1 précepteur (1) » . « C'était, nous dit Saint-Simon, un md homme, beau et très bien fait, fort capable dans 1 métier de robe et de finance, qui savoit tout, en his^ re, en généalogies, en anecdotes de cour, avec une (moire qui n'oublioit rien de ce qu'il avoit vu ou lu, «ju'à en citer les pages sur-le-champ dans la cenver- ;ion. Il étoit fort du grand monde, avec beaucoup esprit, et il étoit obligeant et, au fond, honnête mme (2). »
Saint-Simon n'est pas flatteur d'ordinaire; on peut le )ire sur parole, quand il nous parle de l'obligeance et l'honnêteté de M. de Caumartin. Oui, Fléchier eut la >ire de faire de son élève un honnête homme^ dans le Ds large et élevé que ce mot avait encore au dix-sepsme siècle ; c'est Saint-Simon, le plus implacable des moins, qui nous l'atteste; et c'est le plus grave des oètes, Boileau, qui vient joindre son témoignage à celui u plus grand peintre de son siècle. Employant adroisment un tour qui rappelle la louange qu'il avait dressée autrefois à M. de Montausier, dans son épître Racine, Boileau amène d'une manière fort ingénieuse éloge de M. de Caumartin. Après avoir dit que l'âme, lême la plus pervertie, aime encore ce qui est juste • bon, qu'elle est sensible à certain air d'équité qui 'duit et qui plaît, il ajoute avec une délicate flatterie :
(i) Mémoires sur les Grands- Jou/s d'Auvergne; Introduction,
IX, note i .
•v) Mémoires de Snint-Simon, vol. I, p. 253, édit. Hachette.
Chiacan de Téquité ne Ikit pas son flambeau ;
Tout n'est pas Gaumartin» Bigi^on, ni d'Aguesseau (1).
Quant à son obligeance et à son boo cœur, il eu donna des preuves nombreuses à ses parents et & ses ands. Dévoué aux uns et aux autres, il ne refusi^ jamais de les aider de son influence, de ses conseils et de son crédit; et jamais le soin de sa propre fortune ou de ses dhirn ne reînpècha de leur rendre les services qu*on poofll attendre de lui. C*est M. de Gaumartin qui, par TintaN médiaire de M. de Pontcbartrain, secrétaire d*Etat, m proche parent et son ami particulier (2), fît détenir t Gharles de Sévigné la lieutenance de roi de Nanta^ malgré la rivalité d*un concurrent dangereux [3). U 13 avril 1692, Gbarles de Sévigné écrivait de Renoei à M. de Poncbartrain, et se recommandait à la hmift lance du ministre pour la charge qu'il sollicitait. On fà par sa lettre que M. de Gaumartin prit une part adhi, à cette affaire; et, selon toutes les apparences, c'est grâce à lui qu'elle finit par réussir. « J*âi reçu une seconde lettre de M. de Gaumartin, où il me parle de la continuation de vos bontés, et de la grâce que vous méfaits de m'assurer encore de votre protection, pour entrer datf
(1) Satire XI, sur VBonneur, adressée à M. de Valincour.ï* composée en 1698. (Sur le dernier vers de Boileau, voy. PiW'l justificatives VI.)
(2) Saint-SimoQ, vol. I, p. 253. — Louis Phélipeaux, cofli'J^ de Pontcbartrain, né en 1643, mourut le 22 décembre irt^F Intendant dos finances en 1687; secrétairo d'Etat en i690;uonïrf( le 5 septembre 1699 cbancelior de France.
(3) La rivalité de M. de Guémadeuc, dont il est question •! peu plus loin.
la nouvelle charge de lieutenant du roi de cette province (1). »
Charles de Sévigné avertissait le ministre qu'il ne pou* vait donner que 50,000 écus pour cette charge; or, par des annotations mises à cette lettre, dans les bureaui de Pontchartrain, on voit que le concurrent offrait 104,000 francs. Ces propositions avantageuses furent ivgetées cependant ; Charles de Sévigné fut préféré, gr&ce, WBB doute, à la puissante protection de M. de Caumartin, A la date du 16 avril 1603, on lit dans le Journal de Jkmgeau v « M. le marquis de Sévigné achète la lieutenance de roi du pays Nantois 60,000 écus : elle lui vaudra 12,000 francs. M. de Guémadeuc avait eu l'agrément de cette charge-là en faveur du mariage qu'il devmt faire avec M^^* de Montchevreuil ; mais tout cela est rompu (2). » On devine qui eut assez d'influence sur H. de Pontchartrain, pour faire rompre tout cela en faveur du chevalier de Sévigné. Le 7 septembre de la
(1) Lettre de Gh. de Sévigné, du i6 avril 1692. {Lettres de M»^ de SMfné, vol. X, p. 79, édit. Hachette.) — Les heutenanls de roi étaient des gouverneurs de villes importantes, qui ne relevaient que du roi. En février 1692, Louis XIY avait rendu un édit qui établissait des lieutenants de roi dans toutes les provinces. Leur nombre variait selon Timportance des provinces ; ainsi il devait y en avoir treize en Guyenne, et quatre seulement dans le Dauphiné. A cette époque, la Bretagne eut un troisième lieutenant de roi, qui devait demeurer à Nantes. C'est cette charge de création réœnte que Charles de Sévigné sollicitait. (Voy. M. A. Ghéniel, Dietionnaire historique des institutions de la France, article : Lieutenants de roi.)
(2) Le Journal p\ curieux de Dangeau va de 1684 i 1720. MM. Dussieux et Soulié en ont publié une édition complète. 1854-1860, 19 vol. in^o. Paris, Didot.
même année, celui-ci prêtait le serment d^usage. C*est k Gazette du 19 septembre 1693 qui nous apprend ce détail : (( Le 7, le marquis de Sévigné prêta sèment pour la lieutenance de roi de Nantes et du comté Nan« tois (1). » .
En 1694, M"^^ de Sévigné, mal payée de ses femûers, ayant assez de peine, comme elle le dit, à trouver k bout de Cannée^ était dans une gène qui nous est attestée par les lettres de cette époque (2). « Je n'ai point encore reçu mon terme de Noël, écrit-elle le 12 février 1694, à M"' de Guitaut, sœur de M"' de Caumartin; ce payement ira encore bien loin, car comme c'est pir une lettre de change sur un marchand, il y a tant de jours et de mystères avant que de toucher son argent, qu'on se trouve insensiblement dans le rang des pauvres. Je ne puis vous dire à quel point je suis incommodée de ce retardement (3). » Un mois après, elle n'avait pis mieux reçu son terme de Noël. De plus en plus embarrassée, M"° de Sévigné priait le plus joli garçon et monde, qu'elle avait connu tout jeune, M. de CaumartiD, alors maître des requêtes, de venir à son aide : a Voos ne voulez donc pas venir au sermon du P. de la Rue, à Saint-Paul? écrit M"*' de Sévigné à sa fidèle amie, M"" de Guitaut. C'est pourtant un jésuite, qui a fort contenté les courtisans à Versailles (4). Si vous ne vouh
(i) Voy. Lettres de M""^ de Sévigné, vol. X, p. 79, note 3.
(2) Au sujet de ces affaires, voy. depuis les lettres du 7 aoit 1693, jusqu'à celles du 31 mars 1694.
(3) Ibid., vol. X, p. 136.
{\) Le P. de La Rue prôclia le Carême à Versailles, en
Sur le 1*. de La l{uo, voy. vol. I. p. 339.)
pas, et que vous aimiez mieux un de vos chanoines, ou M. Nicole, ou M. Letourneur (1), faites-moi donc tenir ici deux mille francs que mon fermier me garde entre ses mains, et qu*il n*ose confier aux marchands de Semur, qui n'osent plus se fier à ceux de Paris, et qui savent que présentement, sans aucune pudeur, on refuse ainsi toutes les lettres de change. Ces vendeurs de moutons sont des vilains qui m*ont fait enrager, et je ne puis pas même attendre jusqu à Pâques, car mes besoins sont aussi pressants que ceux des pauvres, à qui je donne du blé. Que ferai-je donc, ma chère dame, vous êtes mon secours en toutes occasions : ne pouvez-vous point, vous qui savez que mon argent est là, me le faire donner ici (2) par le moyen de M. de Caumartin ? Que sais-je ce que je dis! Enfin, Madame, ayez pitié de moi, consolez-moi au moins, exhortez-moi au jeune, afin de diminuer mes besoins (3). »
Ce sont encore les lettres de M"'* de Sévigné qui nous montrent rattachement de Louis-Urbain de Caumartin pour ses nombreuses sœurs. Quoique nées d'une mère qui n'était pas la sienne, et bien qu'elles fus-
(1) a Nous n'avons pas besoin d'avertir qu'il s'agit ici, non de sermons prêches, mais de lectures pieuses : de V Année, chré^ tienne de Letourneux (M'"« de Sévijîaé écrit Letourneur) et des Essais de morale de Nicole. » (Note de l'éditeur.)
(2) M»'c de Sévigné était alors à Paris; et M"»" de Guitaut se trouvait à son château d'Epoisse, petit village de Bourgogne, à deux lieues de Semur et à quatre d'A vallon. M™« de Sévigné ïjossédait en Bourgogne le château de Bourbilly. C'est du fermier de Bourbilly que M"»<' de Sévigné se plaint à M»»» de Guitaut.
(3) Lettre de février ou mars 160 i; vol. X, p. 137.
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sent beaucoup plus jeunes que lui; quoiqu'il fût alors marié depuis longtemps, préoccupé de ses propres affaires ou du soin de sa fortune^ Urbain de Gaumârtm, étranger à de vulgaires sentiments d*égo!sme oa de jalousie^ n*en songea pas moins à leur avenir dat» le monde^ En 1693, alors qu'il est grave mattre des requêtes, qu'il peut prétexter ou leti fonctions de sa charge, ou ses devoirs de père de famille, il n'oublie pas ses stsurs pott cela, et travaille à leur établissement avec UM activité que M""^ de Sévigné constate dans ses lettres, ah m réjouis avec vous, ma chère Madame, éic^rit-elle à M**è Guitaut, à la date du 26 janvier 1693| du mariage de mademoiselle votre nièce (1); tout le monde l'approtive. M. de Caumartin vous les mariera toutes, quand il y en auroit une douzaine. S'il vouloit aussi marier toutes nos petites sœurs d'Avallon, ce seroit une conmiodité (S). '^ Moins de deux mois après, le 8 mars de la même aaiMi M. de Caumartin mariait sa troisième sœur, itû^dtXM' Charlotte-Emilie^ à un conseiller au Parlement, Jacques de la Cour, seigneur de Manneville et de Balleroi. A Cette occasion, le 10 mars 1(593, M°*° de Sévigné écrivait l M"** de Guitaut : « Nous n'eussions jamais cru, Madame, que votre maison eut été maison à faire noces (3). Cepen-
(1) Marguerite do Caumartin, fille de la seconde M*»* dô Oâ** martin. Mariée eu janvier 1G93 au marquis d'Argeuson, conseiller d'Etat, garde des sceaux en 1718, elle mourut le l^aoùl 1719, à l'âge de quarante-sept ans. (Voy. Dictionnaire de Jlimri.]
(2) Vol. X, p. 102. -- Les fille» de M«« de Guitaut qui étaleal au couvent d'Avallon.
(3j « Il s'agit saus doute ici d'une maison que la comtes» de Guitaut avait à Paris, dans laquelle peut-être son mari éuit
dant madàmô votre sœur et H. de Càbmattin (1) y otit fait celle de la tioisième sœur. On dit des merveilles de ce mariage ; on croit qu*il s'en préparé un autre, et puis encore lin autre, jusqu'à ce qu'il y en ait cinq (2) ; car M. de Caumartin les marie avec une facilité qui devroif s'étendre jusqiies à mesdemoiselles vos filles. Mats ûoud remarquons la diversité de leurs vocations ': les unes sont destinées à faire d'honnêtes femmeà et à peupler la république; les autres à faire une communauté à force de
mort, et où, depuis son veuvage, elle ne devait pas recevoir grand monde, quand elle y venait. » (Note de Téditeur.)
(1) M"»« dé Ôaumartin, Catherine-Madeieirve de Verthattoù, sœur de M°*<' de Guitaut; Urbain de Caumartin, Télôve de Fié» chier» et non son père, Louis de Caumartin; celui-ci, nous l'avons dit plus hatrt, p. 129, mourut le 3 mars 1687.
(2) Urbain de Caumartin eut cinq sœurs dont voici les noms ï sa sœur ainée, Jeanne-Baptiste, mariée en janvier 1690 à Barthé» lemy de Muscraoni, seigneur de la Verrière, et maître des Mqaêiesjelle mourut tn 1693. Dans une lettre du 1? juillet 1693| M°*^ de Sévi{<ué parle de la mort de M"^* do Mascranni. (Voy. vol. X, p. 11-2.)
lit seconde, Marguerite, inariée au marquis d^Argenson, en jHiiVier 1693.
La troisième, Madeleine^Charloite^Émilie, mariée à Jacques de la Cour, conseiller au Parlement; veuve en 1725; morte au château de Balleroi, dans le Calvados, au mois de mai 1749.
La quatHème, Elisabeth- Antoinette- Julie, mariée le 17 juillet 1696, à François- Delphin d*Aulède de Lestonac, marquis do Margaux, iilsdu premier président du parlement do Bordeaux; ôllô mourut à Bordeaux, sans enfants, le 11 avril 1713.
La cinquième, Marie-Louise-Mélanie, mariée en février 1702 à Jér&me-Joseph de Goyon, marquis de Thuisi, conseiller au Parlement, puis maftre des requêtes. Elle mourut à PaHs, le 5 janvier 1717, et fut enterrée aux Minimes de la Place royale. (Moréri, Dictionnaire historique, article : CàuMartik. — Sur la famille de Caumartin, Voy. vol. Il, Pièces justificatives IV.)
voiles blancs et noirs, qui se suivent d*aussi près que le^ établissements des autres (l). »
Lrbain de Caumartin aurait bien mérité, ce semble, de goûter un peu de ce bonbeur qu'il avait si généreusement procuré aux autres : cette consolation lui fut refusée, Parvenu aux fonctions les plus élevées, tour à tour conseiller au parlement, maître des requêtes, intendant des finances et conseiller d'État ; entouré de Festime et de la considération universelles, jouissant d'une haute réputation dans la magistrature et dans le monde, il pouvait espérer passer une calme et glorieuse vieillesse au sein de sa famille et de ses amis. Mais les dernières années de sa vie furent attristées par les plus cruelles douleurs. Il vit mourir jeune encore sa fille Louise-Cécile; en 1687, il perdit le second de ses fils, Ilcnri-Ï^rbain; plusieurs années après, en 1G95, il en perdit un autre, Detà- Urhaiîi; et il commençait à se consoler de ce malheur, loi*squen 1699, il se vit encore enlever son fils aîné, le dernier fils qui lui restât, Louis-Charles^ seigneur de Saint- Ange, qui mourut dans toute la fleur de la jeunesse, à l'âge de dix-neuf ans. Enfin, le 21 mai 1709, il perdait sa femme, à peine âgée de cinquante ans (2) ; et, jusqu'en
(1) Morrri, Diction, hùlor., art. Gaumartin, voL X, p. lOJ
(2) Ij)uis-i'rbain de Gaimiartin avait épousé, le G juin itJ^^- Maric-Jeimne yuaiiLiQ do llichebourg, lillo unique de 0.1^^^ Quant in, sci-^neur de Uichebourg et de Saint-Ango, ma'trt dos roquôtos. Cost par sa fommo que M. de Caumartifl. i^'lew de Flécliior, avait ou ce château de Saiut-Ange, ù cin<] iit'"^ et non à trois, do l'ontainohloau, où nous le trouverons bi'JDf'* en comjjaguie <lo Voltaire. A l'époque de son mariage, Aï"'" Sévigné écrivait des Rochers à M'"<^ (h? Grignau, le 30 jiiiû ^''^• « (iuitaut m'écrivit de Saint-Ange, à trois lieues de ?o^^
720, époque de sa mort, il se vit condamné désormais . vivre seul, désolé, dans cet hôtel de la rue Sainte- Avoye, utrefois le séjour de brillantes réunions, sans autre conolation que la compagnie de sa pauvre belle-mère, !"• de Caumartin, qui ne pamnt à une extrême vieillesse [ue pour être le témoin de ces catastrophes successives (1).
M. de Caumartin n'eut pas même le bonheur de se oir consolé dans ses douloureuses épreuves par son ncien précepteur, qui, malgré Téloignement et les années, tait toujours demeuré Tami de la famille : Fléchier lourut à Nîmes, le 10 janvier 1710, quelques mois à eioe après que le malheureux conseiller d'État eut perdu a femme et tous ses enfants. Les relations n'avaient jamais té brisées entre Fléchier et la famille de Caumartin. Le
janvier 1705, après tant de deuils et de chagrins,
leau, cil il est allé morguer la cour, et voir tous les Oaulartin et toute la noce dans cette belle maison de la nouvelle tariée; ils y ont été trois jours :
t Pour vous voir un moment, j'ai passé par Essono. >•
Vol. VI, p. 495.) — Le 17 juillet do la même année, M'»« de iévigné, écrivant à M. et à M'"o de Guitaut, leur parlait encore e ce mariage :
« Pour vous voir un moment, j'ai passé par Essone. »
« Il me paroît que c'est ce (juc vous aviez fait en courant vers Fontainebleau, et revenant sur vos pas, pour voir, trois jours, es deux grandes familles. Je crois que vous n'y avez point eu e regret ; ce sont de bonnes et honiu>tes personnes. Le maiage de M. de Boissy est assorti en perfoction : c'est justement 5 contraire de sottes gens, sottes besof/nes; le bon esprit y paroît n tout et partout. » (Vol. VI, p. 539.)
(I) M"»« de Caumartin, Catherine-Madeleine de Verthamon, !Ut la douleur de survivre à son beau-lils; elle mourut le 29 ocobrp 172-2.
réyèque de Nîmes écrivait une lettre empreinte d^une grave et reli^euse tristesse à W^ de Caumartiii, (c ji celle même qui, quarante ans auparavant, dans ta Qeur de «^ jeunesse, présidait si agréablement aux plaisirs et & la société des Grands-Jour» (1) » ,
f( Madame , je vous souhaite , à ce renouvellemeat d'année « tout ce qui peut contribuer ^ votre sanctification et à, votre repos. Notre vie s'écoule }nsena3ble« ment, et U ne nous reste de ce tenips qui passe que lei momenti qui nou9 seront comptés pour l'éternité. Nam nfi devons désirer de vivre, que pour aooomplir ce que Diet; demande de nous^ ot la tranquillité de la vie ddt être regardée comme une grâce et une bénédiction de douceur qu'il répand sur nous, et qui noua engage à le seryir avec plus de fidélité. Vous avez raison* Madame^ de nous féliciter de l'état paisible où nous sommes présentement dans nos diocèses. Il est difficile de s'assurer pour l'avenir de gens aussi corrompus et aussi furieux que, l'étoient ceux-ci; cependant ils paroissent apaisés 4 ils ne tuent plus, ils ne brûlent plus, ils se remettent au travail, et sont bien aises de dormir dans leurs maisonSf et de manger en paix le pain qu'ils ont gagné dans la journée, i. Ne cessez pas de prier le Seigneur pour nous, et de me croire aussi parfaitement qu'on le peut être (2). » Ajoutons ici l'excellente réflexion de M. Sainte-Beuve : n Ce n*est pas là tout à fait le ton de la Relation des
(1) M. Sainte-Beuve, Ménwireâ sur les Grûnds^Joura, Inlroduc* tion^ p. xipcui-
{i) Fiéchier, (^m, çompL, vol. X> p. 186 ; lettre datée de de Montpellier, le 8 janvier 1705.
Grands-Jours; mais, pour avoir le droit de parler ainsi, de même que pour exhorter dignement M. de Montausier à Id mort, Fléchier n'avait eu qu'é^ laisser venir les années et i mûrir : il n'avait rien à rétracter du passé (1). »
VrbÛD de Caumartin, beau parleur^ homme d'esprit,,
ft qiû savait beaucoup et agréablement, jusqu'à être un
répertoire fort curieux », fut lié, comme son père, ^vec les
ècsTivains de son temps, et particulièrement avec les dem(
plus célëhrea poètes du dix-huitième siècle, J^P. Rous*
seau et Voltaire. Le premier, alors encore dans tout l'éctat
^ sa gloire un peu fragile, lui adressait une ode flatteuse»
et l'engageait à venir à la campagne se reposer de sea
(fatigues :
Renoncez, pour un temps, aux travaux de Thémis ; Venez voir ces coteaux eorichis de verdure Si ces bois paternels, où l'art, humble et soumis. Laisse encor régner la nature (2).
0 rivage chéris, vallons aimés doa deux, D'où jamais n'approcha la tristesse importune, {St dont le possesseur tranquille et glorieux î<îe rougit poiqt de sa fortune !
Trop heureux qui, du champ par ses pères laissé peut parcourir au loin le» limites antiques, Sans redouter les cris de l'orphelin chassé Du sein de ses dieux domestiques !
Jouissez en repos de ce lieu fortuné;
Le oalme et l'innocence y tiennent leur empire,
{{) Mémoire sur les Grands- Jours , Introduction, p. xxxiv. f2) Ces bavi paternels désignent le domaine que M. de Gau<# ^ïiartin possédait à Boissy-Saint-Léger.
El (l(;s suucis atl'reux le souftlc em|)uisouiié N'y corrompt point l'air qu'on respire (I).
Voltaire était tout jeune, poète encore obscur, et brouillé avec son père, qui ne voulait pas lui permettre (le faire des vers, quand il connut M. de Caumartin. Voltaire, jeune, enthousiaste, passionné pour les lettres et la gloire qu*elles donnent, mais déjà incrédule et raillear, en relation avec un vieillard, avec un homme demetst fidèle aux traditions du passé, avec l'ancien disciple d'un évèque, voilà une singularité assez piquante, et qin mérite d'être notée. En 1715, alors qu*il n'a guère que vingt ans (2), nous trouvons Voltaire au château Saint-Ange, dans cette belie maison de la nouvelle mariée^ comiM rappelait M""" de Sévigné, passant des heures délideoses dans la compagnie de M. de Caumartin, qui, avec sofl esprit extraordinaire, et ser\ i par une mémoire prodigieuse,
il) (i'Mlf» \ninw. il pour lihv : A M. de Cunm'jrtin^ cun^àHtf (VEtnt l'I f'itfewlnnf drs financer. {Œui\ de J.-B. Rousseau, p. 551, Paris. Firmin Didot. in-'i®.) — « Dans l'édition de Soleure, \'M cottes udc (\st adn^sséo r) M. Rn ni lié du Coudray, conseiller d'M ri-dovant diivck'ur dos linanoes, oi Tiin des premiers bienfiitours d(» Roussoau. Dans celle do Londres, publiée onze an* après, ot toujours par Rousseau lui-ménio, on lit : A M. D. C, r,(» (jui laissait du moins hositor In lecteur entre du Oiudmi/ e( di' dunnartin. Mais plus do douto, plus d'équivoque, ph ITi^'vX ce doniior nom a pour jamais remplacé le premier, fomnnf Mornay a oxilé Sully di» h Uciiriade, » (Note ilo l'éditeur.!- Holf^vons ici uuo orn»ur do l'éditjMu*. Il nous apprend que ^ol* taire C()mmon<;a la Ifenrindc au cfuîtcnu de Saint- Aigmn, prt'^'fe Fontaineblj'îiu. — Rousseau, (pii était né à Paris en 1G71, maurct à Ikuxcllos on 17'»!.
ri) Voltaire était né à Paris le 2^2 novembre lOOi:!!»"'' vingt et un ans on 1715. On sait quïl mourut à Paris, le^Omai 177S.
racontait, au futur historien du Siècle de Louis Xl\\ sur le grand règne qui venait de finir, bien des faits ignorés (1).
M. Beuchot, dans son édition de Voltaire (2), au sujet de ce château, met en note : « Le château Saint-Ange, bâti par Henri IV, pour la belle Gabrielle, n'est qu'à trois lieues du château de Fontainebleau, dont les Monmorins étaient gouverneurs; et ce fut chez M. de Caumartin, à Saint-Ange, que Voltaire commença la Henriade. »
Voltaire donne à entendre que le château Saint- Ange aurait été bâti par François 1", pour la duchesse tfEtampes (3). M. Beuchot nous dit qu'il fut construit par Henri IV, pour Gabrielle d'Estrées, fille d'Antoine d'Estrées, grand maître de Tartillerie, de 1597 à 1600. Elle était née vers 1571, et mourut le 10 avril 1599. Comment Beuchot a-t-il été amené à dire, contrairement i lopinion de Voltaire, qui devait bien le savoir, que le château Saint-Ange avait été bâti par Henri IV, et non par François I"? M. Joanne, dans son Dictionnaire de géographie^ dit que ce château fut bâti par François I" (4). Beuchot ajoute, sur la foi de M°° de Sévigné, sans doute (5), que le château Saint-Ange n'est quà trois lieues
(1) L'ancienne demeure des Caumartin, le chûteau Saint- Ange, appartient aujourd'hui à M™*» la comtesse de Kysse, mariée en premières noces à M. le marquis des Iloys. Le comte de Renel, heau-père du marquis des Hoys, avait acquis le château du tîernier des Caumartin. Après la comtesse de Kysse, le château appartiendra à son fils, M. le comte des Roy s.
(2) Vol. X, p. 3G6.
(3) Voy. un peu plus loin, p. 171.
(4) Paris, Hachette, 187*2. Article : Villeceuf.
(5) Voy. plus haut, p. 16-4.
de Fontainebleau. C'est une eireur : le G)iât?ao est à près de cinq lieues de FgotaiiiebleaUtQaii loin de YiUeoarf, petit village de Seine-et-Marne, situé à 11 kilomètni de Monterea,!!, et à 18 cmi 19 kitomMrai «i» FoQtwiebleau.
De /» belie makon de lu mmeUe marj!^, 9 dq ml» plus rien que des caves supefim, qui atlsalMt TwitifH grandeur de Tédifice. II. Joanne se trompe quand il il que sur l'emplaeement de l'ancienne demeare, en a M. des constructions modernes : il n'existe qm les communs. Le château avait ét6 construit iqr des fnfih dons si vastes, qu'on pouvait monter en voitorSi a-it*on dit, à tous les étages. Le parc est encofs fique, dans son silenoe et sa tristesse. Il fféumi amphithéâtre sur les flancs d'une petite coUine, dU découvre une vue délicieuse. Çà et là, pour retaor terres du coteau^ sont de hautes murailles, d'une que le temps n'a pas encore entamées.
Dans son épltre, adressée de Saint-Ange au de Vendôme, Voltaire nous fait du spirituel tieillmi pmtraii charmant, qui nous montre tout ce qu'il y de distinction, de grâce et d'enjouement dans l'éiivi Fléchier :
Gaumartia porte eu 8on eerveau
De son temps Thistoire vivante;
Caumartin est toujours nouveau
A mon oreille qu'il enchante;
Car, dans sa tôle, sont écrits
Et tous les faits et tous les dits
Des grands hommes, des beaux esprits,
Mille charmantes bagatelles
Des chansons vieilles et nouvelles,
Et les anpales immortelles Des ridicules de Paris (1).
\t aux fréquentes conversations que Voltaire eut, h époque, avec M. de Gaumartin, que nous devons ies plus remarquables ouvrages du brillant écrivain, nriade et le Siècle de Louis XIV\ Gondorcet, dans } de Voltaire^ nous l'affirme d*une manière positive \ père, nous dit-il, le voyant toujours obstiné à &ire ars et à vivre dans le monde, l'avait exclu de sa
IpUre V; A M. k prince de Vendôme, année 1715; vol. XTTI,
édit. Beuchot; 72 vol. in-S». Paris, 1834, Lefèvre et i Didot. — Il était frère du vainqueur de "Villaviciosa ; ^gne sous le nom de grand prieur de Vendôme. On Gon« lelle société amie des lettres, amie surtout des plaisirSi issait au Temple, dans l'hôtel du grand prieur de France, oupers fameux chantés par Ghaulieu. Le duc de "Vendôme
en 1655, et mourut en 1727. — Voltaire, paraît-il, était ps de carême à Saint- Ange, où il observait assez mal les
TEglise. Dans son épitre au prince de Vendôme, il se de laisser manger aux autres harengs saur» et salsifis, qu'il fait lui-même, awc faisans ei perdrix, son carême au a Saint-Ange. Dans cette même épitre, avec ce laisseriiarmantj que Suard appelle si bien la grâce brillante et fmée de Voltaire, il fait un bel éloge de cette magnifique re :
Gbàteaa Saint-Ange^ aimable asile, Heureui, qui, dans ton sein tranquille^ D*un carême passe le cours I CbAteau, que jadis les amours Bâtirent d'une main habile, Pour un prince qui fut toujours A leur voix un peu trop docile, Et dont ils filèrent les jours!
Des courtisans fuyant la presse.
C'est chez toi que François Premier Entendait quelquefois la messe; Et quelquefois, par le grenier, Rendait visite à sa maltresse.
maison. Les lettres les plus soumises ne le touchaient p». 11 lui demandait même de passer en Amérique, poonn qu avant son départ, il lui permit d^embrasser ses geooax. Il fallut se résoudre, non à partir pour rAmérique, m» à entrer chez un procureur (1).
(c II n*y resta pas longtemps; M. de Caumartm i^ ami de M. Arouet, fut touché du sort de son fils, et d^ manda la permission de le mener à Saint- Ange, où, kii de ces sociétés alarmantes pour hk tendresse patenieh il devait réfléchir sur le choix d*un état. Il y troon h vieux Gaumartin (3) , vieillard passionné pour Henri IT et pour Sully, alors trop oubliés de la nation. B mH été lié avec les hommes les plus instruits du règne è Louis XIV, savait les anecdotes les plus secrètes,!* savait telles qu'elles s'étaient passées, et se plaisùt i hi
(1) « Go procureur s^appelait Alain. Voltaire le nomme àP ses lettres Xlïl et XIV à M"" Dunoyer. Ce fut chez ce procf reur que Voltaire connut Thieriot et Bainast» à qui est idrM* la lettre GGXXII; t. LI, p. 401. t (Note de M. Beuchot, toLl p. 127.)
(2) Il s'agit ici d^Antoine-Louis' François Lefèvre do Caumart* né le 6 septembre 1696, d'abord conseiller au Parlement, niiW des requêtes en 1721, conseiller d'État en 1745, mort IcUwril 1748. Son père, Louis- François de Gaumartin, était le fii" d'Urbain de Gaumartin, l'ancien élève de Fléchier.
En [llô, Antxnne'[j)uù»Francois de Gaumartin avait donc i poino dix-neuf ans, lorsqu'il conduisit Voltaire, presque lu* jeurio qiio lui, à Saint-Anfço, chez le vieux Gaumartin, sonoDcte dont il fut rh(''ritier. (Voy. nos observations sur la familfc* Gaumartin, Pièces justificatives, IV.) Voltaire cite son nom, àf» son article Charleval; Liste des écrivains français du wrf^* Loui^ XIV; édit. Didot, in-12, p. 520.
(3) L'ancien élève do Fléchier, celui dont Saint-Simon «)* a laissé le portrait.
— in -«
conter. Voltaire revint de Saint-Ange, occupé de faire 1 poème épique dont Henri IV serait le héros, et plein ardeur pour Tétude de Thistoire de France (1). C'est à t voyage que nous devons la Henriade et le Siècle de mis XIV {1). »
Ces détails nous prouvent quel charme le jeune poète it trouver dans les causeries de Tintéressant vieillard, imme sage^ esprit juste et fin^ comme il Tappelle, ms son épltre au prince de Vendôme. Les paroles de . de Caumartin échaufTèrent si bien son imagination, allumèrent son enthousiasme à tel point, qu'il se mit Tœuvre aussitôt, et commença la Hennade avant même \ quitter le château Saint-Ange, sous les yeux de celui d lui avait inspiré l'idée de ce poème. Voici ce que lus lisons dans le Commentaire historique sur les œu- *es de fauteur de la Henriade : « Il commença la efiriade à Saint-Ange, chez M. de Caumartin, intendant îs finances, après avoir fait Œdipe, et avant que cette èce fût jouée. Je lui ai entendu dire plus d'une fois le, quand il entreprit ces deux ouvrages, il ne comptait ks les pouvoir finir, et qu'il ne savait ni les règles de tragédie, ni celles du poème épique; mais qu'il fut isi de tout ce que M. de Caumartin, très savant dans nstoire, lui contait de Henri IV, dont ce respectable eillard était idolâtre; et qu'il commença cet ouvrage
(1) On montre encore à Saint-Ange le banc sur lequel Vol- Ire aimait à venir s'asseoir. C'est sur ce banc qu'il composa Va mriade, nous dit naïvement le régisseur du château. Ç.) Condorcet, Vie de Voltaire. (Œuvres compl. de Voltaire, édit, îuchot. vol. I, p. 127.)
par put entbousiasmet sàDS presque y faire réflttxion {iy i Quant au Siècle de Louis XIV^ Voltaim a retirét pour cet ouvrage^ le plus grand profit de ses cxmverBatioDS avec H. de Caumartin : U eu cite souvent le nt^tn^ il ^ répète souvent les récits, mais il n'indiquô pas ti9UJoUrB de qui il les tient. Voltaire a consacré cinq chat^u^ entiers à raconter les anecdotes du règnta de Louis XlV» Il ne nous dit pas toujours qui l'a si bien initruit de tm curieuses particularités, knais, sans qu'il noua m aV€i^ tisse, nous devinons facilement quelle est lA sourde pào» pale, pour ne pas dire unique, à laquelle l'aùteui^ a piiiièi Pour nous, nous ne croyons pas nous tromper beaucoup en affirmant que la plupart de ces détailsi nous les devottD à celui qui connaissait et tous les faits^ et tous les dits (h l'ancienne cour.
Pendant son séjour au château Saint-Auge, pendant les loisirs forcés que sou père lui avait faitsi Voltaltie àurA recueilli de la bouche de H. de GaumartiU Ces révélations intimes sur le siècle de Louis XIV; plus tard, il n^aurt ett qu'à mettre un peu d'ordre dans ces différents récits^ pour en faire l'une des pages les plus curieuses et leà plus authentiques de son ouvrage. On sent, en effet, au ton affirtnatif de Voltaire, qu'il est sur de la vérité ; qu'il a eu, pour la plupart de ses anecdotes, de précieuse^ confidences, les confidences d'un témoin oculaire dont ou ne peut nier, ni la bonne foi, ni les lumières, et doDt la parole doit être, sur cette matière, de la plus gïaude autorité.
(1) Œuvres de Voltaire; édit. Beuchot, vol. ÎCLVin, p. 3Î0.
G'ést ailtlsi qdë^ pour nôUâ dotltier Utte idée de Timmense DMiune de MàÉàrin, Voltaire rapporte que TÀtiélen ministre AVAil des biend qu'il tie connaissait plus. A ce propoii, ^Auteur cite un fait qui lui a été attesté paf Mi de CàtlttUtrtin, qui, dans cette affaire, eut le rôle principal, tt J'ai enteddu contef, nous dit-il, à feu M. de Caumartin, inten* dànt âe!3 financés, que dans sa jeunesse, plusieurs années apt^ la iiit)rl du ciardinal (1), il avait été aii palais Ma^sarin, où logeait le duc, son héritier « et la duchesse Hor* tebsé ; qu'il y Vit une gt^ande armoire de marqueterie, fort profonde, qui ten^t du haut jusqu'en bas tout le fond d'un cabinet. Les clefs en avaient été perdues depuis longtemps, et l'on avait négligé d'ouvrir les tiroirs. M. de (iaumàrtin, étonné de cette négligence, dit à la duchesse de MazariU qU^on trouvei'ait peut*ètre des curiosités dWs cette armoire. On l'ouvrit : elle était toute ti^n^plie de quadruples (^), de jetons et de médailles d^ot*. M** de Masarin en jetit au peuple des poignées par les fenêtres pendant plus de huit Jours {i). »
Le 16 octobre 1751, Voltaire écrivait au comte d'Argental, au sujet dé quelque particularité du siècle de Louis XIV. Nous le voyons s'appuyer encore sur
(1) MaEarin mourut en 1661, au château de Vincenûes. *^ fia iiiè0B> fforteme Maacini, dont il est question un peu plus bas, avait épousé lé fils du maréchal de la Meilleraie, qui fut fait duc de Maearin. '— Le palais Aiazarin, que le cardinal avait fcût construire, est dujourd hui occupé par la bibliothèque nationale.
\2) Le quadruple était une pièce d'or valant 20 fhtnes^ bous Louis XIU.
(3) Sièck de Louis XIV, ch. xxv. Vol. XX, p. 139 ; édit. Beuuàot.
Tautoiité de M. de Caumartin. « Mon cher ami, je vous suis bien obligé de vos petites notes. Je ne puis concevoir comment le mot de dernière fille a pu échapper, puisque je dis précisément le contraire page 49, tome 11. Je crois que vous n'avez pas cette page 49. Je vous supplie seulement d'ôter ce mot de dernière^ en attendant que je mette un carton. Figurez-vous qu'on imprime à huit lieues de moi (1), et qu'il se glisse bien des fautes. M. de Caumartin (j'entends le vieux conseiller d'Etat) m'assura que le roi avait assisté deux fois au conseil des parties (2) . C'est une anecdote qu'il faudrait approfondir, et dont vous êtes à portée de vous instruire (3). »
Il ne nous reste plus qu'à citer le portrait que Saint- Simon a tracé à! Urbain de Caumartin, de ce vieillard, qui, jusqu'à l'époque de sa mort, arrivée en 1720, conserva une mémoire sure, un esprit fin, que relevaient davantage encore toutes les vivacités d'une verte vieillesse. Pour donner une idée nette de l'ancien élève de Fléchier, on ne peut mieux faire que de placer ici le remarquable
(1) C'est la distance de Postdam à Berlin.
(2) Ou appelait Conseil des parties, les séances du conseil d'Etat qui avaient lieu le samedi. (Voy. Pièces justiticativcs V : U Comeil d'État dans rancienne monarchie.)
(3) Œuv. compl. de Voltaire. (Correspondance, vol. LV, p. 679; mc^rae édit.) — Dans les différentes anecdotes qu'il rapporte, Voltaire cite assez souvent le nom do M. de Caumartin. Ainsi, à la lin du cii. xxvnr, du Siècle de Louis XIV, il parle d'une religieuse de labbaye de Moret, que l'on soupçonnait être tille de Louis XIV, et à laquelle le roi donna 20,000 écus de dot en la plaçant dans ce couvent. Voltaire ajoute en note : « L'auteur l'a vue avec M. de Caumartin, l'intendant des finances, qui avait le droit dentror dans l'intérieur du couvent. » (\o\. Siècle de Louis XIV, ch. -Nxvnr, p. 330; édit. m-\2, Paris. Didot. iStU.i
portrait crayonné par Saint-Simon, ce peintre admirable de son siècle, à qui nous devons tant de tableaux immortels. Saint-Simon, qui ne peut pardonner à Gaumartin d'avoir été le premier homme de robe qui osa paraître à Versailles en justaucorps et manteau de. velours; Saint-Simon, qui songe avec indignation que c'est lui qui introduisit Tusage du velours pour les magistrats, usage, dit-il avec mépris, « qui, d'eux, a gagné les avocats, les médecins, les notaires, les marchands, les apothicaires et jusqu'aux gros procureurs >> , Saint-Simon se venge de cette coutume nouvelle, en le traitant d'abord sévèrement : il lui reproche d'avoir aflecté les grands airs de Villeroi, d'avoir eu im langage prétentieux, :et fécorce de hauteur d'un sot grand seigneur.
Hais défions- nous des rancunes excessives de Saint- Simon : il est implacable pour ceux qui froissent ses préjugés de duc et pair, et osent porter l'attemte la plus légère à ses privilèges de grand seigneur. N'attachons pas plus d'importance qu'il ne faut à quelques critiques inspirées par la mauvaise humeur, et on verra alors tout ce qu'il y avait d'aimable, d'attrayant dans la personne d'Urbain de Gaumartin. Malgré quelques sévérités, le portrsdt est plaisant, agréable, et vraiment séduisant : rien n'y manque de ce qui peut nous faire connaître l'élève de Fléchier, qui, dans ce tableau, apparaît à nos regards avec les plus solides et les plus précieuses qualités de l'esprit et du cœur.
a Gaumartin, conseiller d'État et intendant des finances, mourut aussi en ce même temps (1), à soixante-cinq ou
(1) En 1720.
six ans. C'étoit un grand homme, très bien fait et de fort bonne mine; on voyoit bien qu'il avoît été besa;il avoit pris tous les grands airs et les manières du maréchal de Villeroi, et s*étoit fait par là un extérieur également ridicule et rebutant... Il étoit fort proche parent ei ami du chancelier de Pontchartrain ; il eut toute sa confiance : tant qu'il fut contrôleiur général, toute la confiance passoit par ses mains. C'est ce qui gâta encore ses façons. Le dedans étoit tout autre que le dehors; c'étoit un très bon homme, doux, sociable, serviable, et qui s'en faisoit un plaisir, qui aimoit la règle et Féquité, autant que les besoins et les lois financières le pouvoieDt permettre; et au fond, honnête honmie, fort instnâ dans son métier de magistrature et dans celui de fioanœi avec beaucoup d'esprit, d'un esprit accort, gai, agréaNe. Il savoit infiniment d'histoire, de généalogie, d'andeos événements de la cour. Il n'avoit jamais lu que la plooK ou un cravon à la main ; il avoit infiniment lu, et n'anil jamais rien oublié de ce qu'il avoit lu, jusqu'à en dw le livre et la page. Son père, aussi conseiller dWIT-^ avoit été Tami le plus confident et le conseil du cafdiialf'tr/ de Retz. Le fils, dès sa première jeunesse, s'étoit ws par là dans les compagnies les plus choisies et les pl«tf J *^ à la mode de ce temps-là. Cela lui en avoit doiiD^k goût et le ton, et de l'un à l'autre il passa sa viea»*| L tout ce qu'il y avoit de meilleur en ce genre. Il étoit'*' môme d'excellente compagnie, et avoit beaucoup d'a^^j*'-" à la cour et à la ville. Il se piquoit de connoître, i'^\ et de servir les gens de qualité, avec lesquels il étoit* place, et point du tout glorieux, et paifaitement
des chimères de la robe; avec cela très honorable et même magnifique, point conteur, mais très amusant, et quand on vouloit un répertoire, le plus instructif et le plus agréable (1). »
Voilà des détails qui font grand honneur au modèle, à l'ancien élève de Fléchier. « Nous retrouvons là, dirons-nous avec M. Sainte-Beuve, très visibles et dans leur lustre, des qualités et des avantages que Fléchier continua à développer, et qu'il possédait lui-même avec modestie (2). » Ce passage de Saint-Simon nous en rappelle un autre de La Bruyère. L'auteur des Caractères semble l'avoir écrit exprès pour Urbain de Gaumartin; oa dirait qu'il a voulu tracer à l'avance le portrait du vieux conseiller d'État : « Un vieillard, dit-il, qui a vécu à la cour, qui a un grand sens et ime mémoire fidèle, est un trésor inestimable : il est plein de faits et de maximes ; l'on y trouve l'histoire du siècle, revêtue de circonstances très curieuses, et qui ne se lisent nulle part ; l'on y apprend des règles pour la conduite et pour les mœurs, qui sont toujours sûres, parce qu'elles sont fondées sur l'expérience (3). »
(1) Mémoires de Saint-Simon, vol. XI, p. 344. Paris, Hachette.
(2) Mémoires sur les Grands-Jours d^ Auvergne, Introduction,
p. IX.
(3) La Bruyère, eh. xi. De fhomme, — Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que M. de Gaumartin ne peut être en aucune façon l'original du portrait de La Bruyère. Quand parurent les Caractères, en 1687, M. do Gaumartin n'avait pas trente-cinq ans.