‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 44 sur 63 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Mémoires sur [les Grands-Jours d'Auvergne (suite). Ton libre de ces Mémoires; sel gaulois semé çà et là. — Les descriptions dans les Mémoires. — Les portraits. Esprit d'observation. Pénétration de Fléchier. Sûreté de son coup d'œil.

L'esprit fin et délicat, le sel attique, quelquefois même gaulois, est répandu dans ces Mémoires avec une agréable profusion : plaisanterie parfois assez osée, et qui, sous la plume d'un abbé, peut paraître singulièrement risquée. Il semble que Fléchier ait voulu montrer à M. de Cawnartin et à ses amis, qu'il avait le secret de tout dire, qu'il se sentait assez de souplesse pour franchir heureusement les passages les plus périlleux. Eu effet, c'est merveille de voir de quelle façon dé« gagée, avec quelle dextérité, Fléchier touche à certaines questions embarrassantes, et sait, d'une main légère^ effleurer les sujets les plus épineux, demeurant toujours poli, ingénieux, où tout autre eût été trivial et grossier. « Cette poUtesse faisait le style, le devoir, prescrivait d'être toujours, en parlant, agréable et jamais rude ; au lieu d'exagérer la sensation comme aujourd'hui, on l'atté^ nuait; au lieu de poursuivre Toriginalité et la force, on recherchait la douceur et la grâce; au lieu de heurter

des contrastes, on notait des nuances. Fléchier cause i voix presque basse, d'un ton toujours égal, sans gestes, le sourire aux lèvres, comme il convient lorsqu'on est sur un beau fauteuil, parmi vingt personnes choisies, sachant bien qu'en un tel lieu les émotions fortes donnent des ridicules, et que les ôdât9 de voix indiquent un malotru. En raillant, il eOleure ; Tâpreté et la vivacité blessante seraient ici de mauvais ton ; le style mesuré est de mode, pratiqué et universel au même titre que Firt de bien attacher ses canons et son rabat (9). »

N'allons pas nous effaroucher de ces expresiûons hardies, de ce style libre qui déconcerte notre délicatesse ou notre pruderie modernes, et dont ne s'eSrayaîe&t, au dix-septième siècle, ni des dames distinguées anam W^ de Sévigné, ni des hommes d'Église, sages et irrè* prochables comme Fléchier. Nous, modernes, qui avons d'autres idées, d'autres mœurs, un autre limgage ; vm^ habitués au sérieux triste^ comme l'a si bien dit H. TiôS} nous ne comprenons rien à ce style de belle humeur, gai, franc d'allure, divertissant, hardi, qui contraste i complètement avec le ton reçu aujourd'hui. Je w résiste pas au plaisir de citer la page excellente, i vraie, empreinte de je ne sais quelle mélancolie, dans laquelle M. Taine explique pourquoi ce franc parier d*autrefois a disparu; pourquoi, surtout, Fléchier ajw développer jadis certaines histoires, qu'il ne pourrait pas conter aujourd'hui, a Fléchier, nous dit-il, n'en éttï pas moins un prêtre fort régulier, et regardé connw

(1) M, II. Taioe, Essais de critique et d'histoire, p. 17.

tel. G*est que le clergé autorisé, vénéré, sans ennemis, saDs rivaux, avait alors le droit de causer et même de rire. Aujourd'hui, il est obligé d'endosser Tair grave, la Bhféritéj la pureté parfaite ; c'est sa cuirasse, et la faute oa le mérite en est aux balles laïques qui le contraignent de la porter.

et Cette sécurité est un des traâts dominants du dix-septième âècle ; de là, ses fêtes et sa belle humeur. Aujourd'haï, la lutte est partout, et aussi le sâîeux triste. Chacun a sa position à faire. Dans un société d'égaux, il n'y a plus d'ancêtres ni de fortunes : tous ceux qui ont un nom on de l'argent l'ont gagné ; et on ne gagne rien qu'après un combat obstiné, par la contention d'esprit, par un travail incessant, par le calcul morose. La vie n'est plus une fête dont on jouit, mais un concours où l'on rivalise. Joignez à cela que nous sommes obligés de nous faire nos opinions. En religion, en philosophie, en politique, dans l'art, dans la morale, chacun de nous doit s'inventer ou se choisir un système : invention laborieuse, choix douloureux, bien différent de rbeareuse insouciance qui jadis installait chacun dans la soumission à l'Eglise et dans la fidélité au roi. La vie n'est plus un salon où Ton cause, mais un laboratoire où Ton pense. Croyez-vous qu'un laboratoire ou un concours soient des endroits gais? Les traits y sont contractés, les yeux fatigués, le front soucieux, les joues pâles. Jugez par contraste de la bonne humeur et de la joie qu'on avait jadis. Le voyage de Fléchier, comme ceux de Chapelle et de la Fontaine, n'est qu'une suite de fêtes... La journée se passe en visites, en promenades de plaisir, en couver-

sation3 agréables ; la soirée, en bals et en concerts. M. de Novion, le président, ou pour se délasser un peu de ses grandes occupations, ou pour complaire à mesdames ses filles, desquelles il fait tantôt le père et l'amant, va luimême aux assemblées et donne lui-même le bouquet, ainsi qu'un jeune galant. On regarde danser la goig7iade^ danse fort tortillée et fort risquée, qui probablement ferait rougir aujourd'hui les pudiques sergents de ville, mais dont Fléchier ne détourne pas les yeux, et que M"* de Së?igné aime à la folie. Rien de plus naturel et de plus sage. On ne pense plus à résister au roi; on n'a point à résister au peuple; on n'a point à défendre ni à combattre le clergé ; on n'a point à conquéiîr son opinion ni son rang. Dans cette oisiveté et dans cette liberté d'esprit, que peut faire un homme riche et noble? Se divertir : il se divertit (1). »

C'est précisément ce que fait Fléchier ; il veut divertir les personnes riches et nobles parmi lesquelles il se trouve ; et il les divertit, en leur contant des histoires dont notre pruderie contemporaine a bien quelque raison de s'alarmer. Ces réserves faites, il conte, il faut le reconconnaitre, « avec détail, ironie, bonne grâce, galanterie et un tact exquis des bienséances » . Oui, Fléchier a de l'esprit, il en a beaucoup, et souvent du meilleur aloi. On a vu déjà le trait railleur qu'il décoche contre les précieuses, auxquelles il prête Y Art daimer d'Ovide, avec le regret de ne pouvoir leur donner celui de se rendre aimables. Dans un autre endroit, parlant de l'arrestation

(1) M. H. Taine^ Essais de critique et d'histoire, p. l3.

du vicomte de La Mothe-Canillac, Fléchier l'appelle spirituellement le plus innocent de tous les Canillac^ parce •qu'il était moins coquin, paratt-il, que ses autres parents. Ailleurs, un habitant de Riom raconte à Fléchier les aventures de la fille du président au présidial de cette ville. Notre abbé ne peut comprendre qu'une personne de ce mérite et de cette qualité « eût passé sa vingtième lurnée, sans avoir trouvé quelque grand parti ». L'interlocuteur lui répond que la jeune fille a quitté l'aimable trésorier de France, Fayet, pour un autre « qui lui donnera un rang plus considérable » . « Je ne pus m'empêcher de lui dire, ajoute Fléchier avec une malicieuse bonhomie, qu'il valoit mieux être moins élevée et être plus heureuse, et que je ne savois pas comment on appeloit en Auvergne ces préférences par ambition ou par intérêt, mais qu'à Paris, c'étoient des infidélités et des inconstances (1). »

Il nous raconte encore l'amusante histoire d'un baigneur, qui, par une témérité sans exemple^ avait osé se révolter contre M. Griffet, médecin de Bourbon (2), et s*était oublié jusqu'à l'appeler âne de médecin. C'est d*un ton railleur et de la manière la plus plaisante du monde que Fléchier qui, dans sa vie, ne semble pas avoir lumé beaucoup les médecins, développe cette petite anecdote. « Il n'est point d'art plus souverain que la médecine ; elle ordonne avec autorité ce qu'il lui plaît, et menace de mort ceux qui refusent d'obéir à ses ordon-

(!) Mémoires, p. 9. — Nous avons cité Thistoire de Fayet, p. 188. (2) Bourbon-rArchambault, petite ville du département de TAllier^ renommée jadis pour ses eaux thermales.

nances (1). Tous les malades sont ses sujets, et tous cçox qui veulent vivre reconnoissent son pouvoir ei rêvèrent ses ordres. Aussi, il n'est rien de plus glorieux qn*un médecin qui prétend qu'on lui doit honneur par on pcéceçk de l'Ecriture (2), et qu'il est nécessaire à la r^ublîqoe. Les baigneurs de Bourbon, qui n'ont pas l'esprit de joger des choses, et qui n'ont pas lu par malheur les Uvies de la Sagesse, n'avoient pas cette soumission d'esprit et cette obéissance aveugle pour leur maître. Ils croyœent que leur science étoit indépendante de cdle d'Hippocrate et de Galien, et qu'ils savoient aussi bien les règles do bain que M. Griffet et H. Delorme. Ce dérèglement parnt

(i) On se souvient de la scène si amusante, dans laquelle Purgon menace Ârgan de toutes sortes de maladies poar m étrange rébellion contre ton médecin. {Malade imaginaire, act. 01, se. VI.) Cette pièce fut représentée on 1673.

(2) Ce précepte se trouve dans VEcelésiastiqtie, ch. xxxvm, 1. Honora medicum propter necessitatem; etenim illum creavii Altk' simus, 0 Respectez les médecins : ils sont nécessaires, et cest le Très-Haut qui vous les donne. » — Vers 1G80, Fléchicr écrii à M"** Dos Iloulièros : « Je no sais, lui dit-il, si la santt» de Monsieur votre pore est entièrement rétablie; faites-moi la grâce de m'en mander dos nouvellos. Mgr lo Dauphin se porto un pett mieux, mais sou mal sera Ion:;. Il est à la merci de cinq ou six médecins, qui no se déferont pas sitôt d'une si illustre pratique. » (Correspondance de Fléckier avec A/"»» Des Huulières d sa fille, p. '215.) — La Bruyoro, à son tour, dira plaisamment et avec vérité : t II y a de^jà longtemps que l'on improuve 1<^ médecins, et qu'on s'en sort : le théâtre et la satire no touchent j)oint à lours pensions; ils dotoni leurs filles, placent Jours tils aux parlements et dans la prélaturo; et los railleurs eux-ml?Ine^ fournissent l'arpent. Ceux qui se portent bien deviennent m*lados, il leur faut dos pens dont le métier soit de les as>urer qu'ils ne mourrout point. Tant que les hommes pourront mourir, et qu'ils aimeront à vivre, le médecin sera raillé et bien payé. » (Ch. XIV, De quelques usages.)

si étrange, que ces messieurs jurèrent par Esculape qu'ils les rangeroient bien à leur devoir; ils le firent avec beau* coup de chaleur, et depuis ils n*ont vu que des bûgneurs soumis. Mais comme ces soumissions contraintes ne sont pas éloignées de la révolte, et qu'une domination violente trouve quelquefois de la résistance, il s'en trouva un qui ne porta pas tout Thonneur qu'il devoit à M. le médecin, et qui se doit réparer par toute sorte de voie. L'occasion se présenta bientôt de venger l'injure reçue, en vengeant les intérêts publics ; et, quelque personne qui prenoit le bain s'étant évanouie entre les mains de ce baigneur révolté, il fallut lui fsdre de grandes leçons et le menacer d'un ton bien grave; mais il n'eut pas assez de vertu, et 8*échappant en paroles, il appela H. GriiTet, âne de médecùi. Toute la faculté de Bourbon, qui réside en lui, en fut scandalisée, et lui fit procès devant messieurs des Grands- Jours, qui, pour l'exemple, et pour la satisfaction d'un médecin dont ils peuvent avoir besoin, si Dieu réduit leur santé à la nécessité des eaux de Bourbon, condamnèrent ce misérable à lui demander pardon, à lui payer une amende de 100 francs, et à être suspendu pendant six mois de ses fonctions de baigneur : il est vrai que ce sont des mois d'hiver où son office est inutile. Voilà comme on a puni ce téméraire. Le médecin, pourtant, murmure encore, et trouve qu'il n'a pas sujet d'être satisfait (1). »

Les nombreuses descriptions qui sont dans les Mémoires^ nous montrent combien était gracieuse et fleurie l'imagi-

{{) Mémoires, p. 129. — Le haigncxir révolté ne désigne pas ici quelqu'un qui se baignait, mais quelque serviteur employé pendant la saison des bains.

nation de Fléchier, imagination de poète qai décrit avec .beaucoup de fraîcheur et de précision les routes qu'il parcourt, les paysages qu'il découvre, ou les lieux qu'il visite. Messieurs des Grands-Jours viennent d'arriver à Riont Dans l'intervalle d'une petite halte dans cette ville, Fléchier est allé se promener au jardin Charrier, où im habitant du pays lui a fait le récit des tristes déceptions de Fayet. Surpris par la nuit qui approche, il ne lui reste plus de jour qu'autant qu'il en faut pour retourner chez lui. 11 s'empresse alors de monter en carrosse, dit adieu à son compagnon, le remercie de la douceur de son entretien^ et revient à la hâte faire ses préparatifs de départ, car o& allait bientôt se mettre en route pour Glermont.

<( Le lendemain, nous dit-il, nous partîmes pour Glermont, où tous les Messieurs des Grands-Jours se rendirent avec beaucoup de bruit, et autant de magnificence qu'ils purent (1). Ces deux villes sont éloignées de deux lieues l'une de l'autre, mais le chemin en est si beau, qu'il peut ' passer pour une longue allée de promenade ; il est bordé de faux (2) des deux côtés, plantés à égale distance, qui sont arrosés continuellement de deux ruisseaux d'une eau fort claire et fort vive, qui se font comme deux canaux naturels pour divertir la vue de ceux qui passent, et pour entretenir la fraîcheur et la verdure des arbres. On découvre en éloignement les montagnes du Forez, d'un côté, et une grande étendue de prairies qui sont d'un vert bien

(1) Les commissaires des Grands- Jours arrivèrent d'abord à Riom, le 23 septembre 1665; et deux jours après, le 25, ik firent leur entrée à Glermont.

(2) Hêtres, du latin fagus.

US frais et plus vif que celui des autres pays. Une unité de ruisseaux serpentent dedans et font voir un AU cristal, qui s'écoule à petit bruit dans un lit de la us belle verduile du monde. On voit, de l'autre, les mongnes d'Auvergne fort proches, qui bornent la vue si ;réablement, que les yeux ne voudroient point aller plus in,. car elles sont revêtues d'un vert mêlé qui fait un rtbel effet, et d'ailleurs d'une grande fertilité (1). » M. Sainte-Beuve a fort bien précisé le caractère de ces sscriptions : on ne peut s'empêcher de les trouver agréaeSt mais on les voudrait un peu moins étudiées. « Fléchier, i-il, en chaque occasion aura de ces descriptions de la iture, descriptions un peu maniérées et qui empruntent ^loQtiers aux choses des salons, au cristal, à l'émemude, L'émail, leurs termes de comparaison et leurs images : toufois, sous l'expression artificielle, on sent un certain goût un sentiment fleuri de la nature (2). » C'est ce sentiment euri de la nature que nous voulons noter ici, sen tient que nous retrouvons encore dans la description des •Dtaines de Glermont (3), dans la description surtout 'une maison de campagne, située à un quart de lieue de iermont, résidence fort agréable en été par l'abondance 3S eaux qui l'arrosent, et la rendent ie séjour de Saintioud et le Liancourt d'Auvergne (4).

« La situation en est la plus belle du monde ; elle est u* une éminence fort douce à monter, de laquelle on

(i) Mémoires f p. 37.

(2) Ihid., Introduction, p. xxii.

(4) c L'Oradoux, dopt il s'agit ici, est une maison de camagae située entre Glermont et Montferrand. » (Note de l'éditeur.)

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voit une grande éteodne de prairiet* qui aoMt beMcoup plus Telles et plus fleuries qm ûHm de Hm, et qui 6tiiit rafratcliies par une infinité de nnKasni,«t un émail plus vif et plus sensible qas Ws nntna. On frit en perspective deux villes de distanoe ^ah ^seaMM paroltre belles pour lUrs honneur 4 «Qtta «misoa. b montagne deDômet avec une grande suit» d'anlrea» hmt la vue d*un o6té, et une plaine s*étend de ranltet fn donne toute la liberté aux yeux de voir en éloigneaust des rocbere d'une autre province, ht hitiment art fat petit, mais il est asseï propre (i) ; et s'il est sa situation et sa belle vue font qu'on loi pardoMS ses défauts. 11 y a des grottes d'où viennent les ent, â c'est une chose conâdéraUe que les soutes oèaniiMC dans la muson, et font de fort plaisantes figures. fibl trouve des basâns où se rendent mille fontaines; des Ai flottantes, qui font autant de caUnets, où Vûa fiât MM les parties de divertissement; des cascades, qui M un bruit fort modéré, et qui répandent à petits booilta l'eau la plus vive et la plus claire dans le jardin et k prairie ; une volière, dans laquelle il y a même des dtM d'eau et une grotte où l'eau coule de tou^ côtés pareeri petits canaux de plomb, et où l'on voit une Diane dtf une niche qui jette des filets d'eau, et qui est tonte cor verte d'un voile liquide et coulant, qui tombe 90 interruption et qui conserve toujours sa figure (2). » f ^je

Qu'on nous permette de donner un dernier eiençh* cette Imaginative fleurie. Il s'agit du passage où Wéa' J^

(i) Dans le sons d'élégant.

(2) Mémoires, p. 113.

08 décrit la maison qu'il habitait à Glermont avec la fa- Ue de Caumartin. A son avis, les salles en étaient tcop ites et les chambres trop peu nombreuses ; mais à côté de

I mconvénients, il y a des avantages qu'il prend plairâ* BgDaler. « La maison où nous étions, dit-il, étoit assez ste, mais peu commode pour tant de monde. Il n'y a a jde chambres pour la nécessité, il y a de la surperfluité

salles. C'est l'usage de la ville d'avoir par toutes les lisons des salles d'une grandeur prodigieuse, qui puis-

II fournir au bal, et i^ danser les bourrées d'Auvergne 08 toute leur étendue; niais nous avions l'avantage de ir du plus haut étage de la maison une fort agréable mpagne, et des montagnes en éloignement qui font une Ue perspective. Ce qui me troubloit dans ce logis étoit e fontaine qui jaillit dans un jardin du voisinage, et qui i en tombant un petit bruit si semblable à celui de la ûe, que je ne savois plus ot j'en étois. Il se faisoit dans m imagination une confusion d'espèces : lorsqu'il pleuit, je croyois que c'étoit la fontaine, et j'étois bien rpris lorsque je me voyois arrêté dans le logis ; lorsqu'il

pleuvoit pas, je croyois que c'étoit la pluie que j'enidois, et je n'osois aller en ville. Ainsi la crainte et la rprise me rendoient solitaire en dépit de moi. Je prenois lifiir quelquefois de voir, de ma chambre, blanchir les mtagnes, et regardant les neiges du coin de mon feu, tois ravi d'être bien chaud et de voir l'hiver à deux aes de moi, car c'est ici la coutume de le voir un mois ant qu'on le sente (1) . »

(1) Mémoires, p. 85.

Il y a trop d'esprit dans tous ces détails ; mais on ne peut le nier, Fléchier regardant de sa chambre la neige des montagnes, et ravi détre bien chaud au coin de son feu, rend ici avec beaucoup de charme des impressions que nous avons tous éprouvées, et que nous éprouvons encore bien souvent. L'hiver venu, lorsque le ciel est sombre et le temps orageux, quand on est chaudement renfermé chez soi, rien de plus agréable que de voir, dt sa fenêtre, la neige tomber à gros flocons, ou que d'en^ tendre le sifflement de la tempête et le souffle tumultueux des vents. Dans ces jeux terribles de la nature^ entre ces désordres dont nous sommes les témoins et le calme qui régne autour de nous, il y a un contraste qui saisit rame, et la remplit de je ne sais quelle inexprimable douceur. Mais pour un homme, si peu humain qu'il soit, le plaisir doit cesser où commence le péril d'un être vivant. Qui oserait répéter aujourd'hui le cri égoïste et barbare de Lucrèce : « II est doux, quand la mer est houleuse, quand les vents soulèvent les flots, de contempler du rivage la lutte désespérée d'un naufragé? »

Suave mari magno, turbantibus œquora ventis, E terra magnum alterius spectare laborem (1) !

Ce sont là des sentiments qui nous blessent, parce qu'ils révèlent une âme insensible aux infortunes d'autrui. Comme on préfère, à ces vers du poète latin, les paroles de Maurice de Guérin, qui, après avoir admiré avec l'un de ses amis le sublime spectacle de l'Océan en furenr,

(1) Lucrèce, liv. II.

irës avoir entendu le grondement sourd et profond des gaes qui se brissdent en mugissant contre les rochers, sait avec une sensibilité si vive et si vraie : « Jetez un isseau en péril sur cette scène de la mer, tout change : i ne voit plus que le vaisseau ! Heureux qui peut contemer la nature déserte et solitaire I heureux qui peut la voir livrant à ses jeux terribles sans aucun danger pour un re vivant I Heureux qui regarde, du haut de la montagne, lion bondir et rugir dans la plaine, sans qu*il vienne à isser un voyageur ou une gazelle (1) I » C'est cette nature iaerte et solitaire que Fléchier aimait à contempler ; il kûssait charmer par le spectacle calme et grandiose qui déroulait sous ses yeux ; mais il avait Tâme trop humaine et trop douce, pour goûter Tâpre volupté dont irle le poète latin, la volupté d*être sur le rivage, à l'abri 1 péril, tandis qu'un homme était sur le point d'être en* outi par les flots.

Dans les Mémoires des Grands-Jours^ on trouve autre lose que des qualités au fond assez frivoles, autre chose le des descriptions agréables : un esprit fin et souvent ^licat, un art de conter presque achevé, et si habilement ssimulé, que c'est à peine si vous apercevez les petits tific^ du narrateur. L'ouvrage de Fléchier se recomande encore par d'autres mérites plus solides, et qui, )tte fois, conviennent davantage à un futur orateur, uand on a lu, dans les Mémoires^ les pages tour à tour ves, spirituelles ou brillantes, dans lesquelles Fléchier nbellit tout ce qu'il touche, et fait naître, en quelque

(1) Cité par M. Sainte-Beuve. Causmes du lundi, vol. XV, p. 24,

sorte, les fleurs 9om ses pas; ces pages éciites d'un style dont nous ne pouvons inloux rendit toote h grâce, la sobplesse et la légèreté, ({u'en le comparant a ii la déttarche des £vinités fabuleuses, qui cocAdent dans les sors aeu» poser le pied sur la terre (1) », on mb tooH ûurpm de voir que l'auteur est un écrivain sériénit, na fitaemloor pénétrant, un homme qui, sans le laisser pariMrei entre une parole aimable et un sourire^ examine âiscrèCeOMilï et voit fort bien tout ce qui se passe autour de haàé

C'est dans les portraits surtout que ce mérite m tétiki c'est dans la pëntiu*e de ces diverses^ pbysionomiëâi<^ Flécfaier ne s'arrête pas à la surface, et qné son regard bienveillant, mais sûr, pénètre jusqu'au fond ddârerdmit) pour en découvrir les vices, ou pour en noter les trvfen. Deux ou trois traits lui suffisent pour ridiculiser te» dames de Glermont, qui yiennœt en troupe p(mt saluer les dames de MM. des Grands-Jours : « CotÈÉtiÈe la plupart ne sont pas faites aux cérémonies de la ootir, et- ne sa^t que leur façon de province, elles vont ee grand nombiei afin de n'être pas si remarquées, et de se rassurer to unes les autres. » Pareille avalanche de- visiteuses met le désarroi partout : en un clin d'mil, la chambre eêt tùute pleine; a on ne peut suffire à fournir des chaises », et, tandis qu'on passe un temps considérable d placer MU ce petit monde^ Fléchier est dans un coin du salon, qtii sourit de les voir entrer, F une les bras croisés^ F autre fe bras baissés comme une poupée : jolie scène, prise sur le

(1) Fénelon ; Discours de réception à TAcadémie française, le 31 mars 1693. Fénelon parle ainsi pour caractériser le slylc nobk et léger de Pellisson qu'il remplaçait.

ait, phissnte, animée, et que le dernier conp de crayon net en qndque sorte sot» nos yenx.

Lb portrait de M"' Talon est complet et, nous n'hésibmB pss i le dire, d'une perfection achevée; grâce à "InUleté du peintre, qui a saisi admnrablemeat tous les ïailB de cette singuliàre physionomie, aucun détail ne 1008 échappe; on vc^ on eaîenû la mère dn célèbre tfocatt général : elle est là, près de nous,' vivante, gronéose, aussi sévère et aiodsi agissante cfu'elle l'étaiit aux Smid&-Jo«Lrs. Il faut voir son ardeur effrénée, sa passion Gotmlente des réformes. Elle veut tout changer : régler I- police de dermont, modifier les poids et mesures du aySf imposer dsa assemblées de charité, et faire fermer ine des portes de la cathédrale, parce qu'elle pouvait ervir de passage d'une rae à une sotre, ce bien que ce Dtt mse ocossion à plusiwrs de faire quelque prière, et pie le bon Dieu, comme on lui* diseit, y gagnât toujoun) pnkpies Am Uana n*

Il faut entendre aussi avec quelle sévérité elle admoneste M religieiisesv qu'elle vient épouvanter jusque dans leurs Qovrents, les Ursulines surtout, dont elle veut réprimer \ tout prix l» graves désordres. Rien de plus grave, en tftet, <pie les- crimes qui soulevaient la vigoureuse indignation de II** Talon : d'abord, ces malheureuses Ursulines avaient contracté la coupable habitude de se lever k qnatre heure» et demie en été et à cinq heui-es en hiver, teuUi qa^en tout temps. M"'' Talon veut qu^elles se lèvent k.qiiatiei»Bre8; pms, un autre abus, qu*il faut réformer i quelque prix que ce soit, c'est qu'elles ont l'audace le porter une ceinture de laine, au lieu d'en porter une

de cuir, selon leur statut. Aussi, avec quelle fine nûllerie, à travers laquelle perce Taccent grave et sérieux du moraliste, Fléchier tennine-t-il ce curieux portrait de M""* Talon absorbée par trop de futilités, pour avoir le temps de s'occuper de ce qui offrait une importance réelle! a Voilà, nous dit-il, ce qu'elle entreprend avec beaucoup de chaleur. Elle ira bientôt examiner les autres communautés Religieuses, et nous verrons introduire la réforme aussi bien qu'aux Ursulines. Ce qu'il y auroit à observer, en ce monastère, c'est qu'il fait un corps séparé et indépendant de tout le reste de l'ordre, et ne reconnolt ni aucune société ou alliance, ni aucune supériorité. Cetle indépendance n'est établie sur aucun fondement, ni sur aucune bulle de Rome, ce qui pourroit même fsdre douter de la validité de leurs vœux. Hais il vaut mieux réformer leurs ceintures, que d'aller examiner leur établissement jusque dans leur principe.

« Quoi qu'il en soit, les Grands-Jours font de grands fruits en ce pays, et pour Tordre de la police, et pour le soulagement des opprimés, et pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique ; et si les messieurs donnent des arrêts pour régler les affaires, il se trouve une dame qui prend le soin d'y régler les mœurs, et d'introduire la sainteté dans les monastères. II est impossible qu'on empêche le monde de murmurer, quand on fait de bonnes œuvres. Les uns disent qu'elle feroit mieux de réformer sa coiffure qui est tout à fait extracMrdinaire ; les autres ont remarqué qu'elle porte un bonnet qui s'étend et se relève, et qui a quelque forme de mitre, qui est la lifrée de sa mission et le caractère de son autorité. Les autres

plaignent qu'elle gâte tout, au lieu de raccommoder; 'elle empêche les charités, en voulant examiner si rigouisement les dames charitables; qu'elle détruit l'hôpital, voulant le régler, parce qu'elle en fait sortir ceux 'elle n'y trouve pas assez malades à son gré, et le laisse itôt vide ; qu'elle exige trop de soin des administrateurs, ant que le roi et M. Colbert en ont bien davantage is se plamdre, et qu'enfin étant venue principalement iir régler le ménage de son fils, et pour empêcher qu'il tasse trop de dépense, elle ne devroit pas se mêler de it de choses, ni examiner tout jusqu'à, une pension d'un soDnier et aux gages de l'exécuteur de la justice ; mais v^rtu est généreuse et se met au-dessus de tous les innures (1). »

Quel joli tableau ! quelle scène piquante, que celle où as voyons les sollicitations de H"* de Beauverger, coandant grâce pour son frère, faisant fort adroitement cour aux juges, et gagnant à sa cause jusqu'à l'austère Talon lui-même, qui lui subrioù quelquefois^ peut-^tre fMS y penser. « Cette demoiselle, avec son ah* libre et os façon, n'oublia rien de ce qui pouvoit justifier son Te, sollicitant les juges avec beaucoup de sohi, et fit sa Dr & M. Talon, qui la recevoit de son côté fort civiœnt, et se radoucissant un peu avec elle, l'entretenoit, lui subrioit même quelquefois, peut-être sans y penser.

\\) Mémoires f p. 102. — « Denis Talon, avocat général au parnent de Paris, président à mortier en 1689, mort en 1698. Il dt procureur générai du roi à la cour des Grands-Jours. Fléier parie presque toujours de ce magistrat et de sa mère ec une ironie qu'explique la rivalité des familles Talon et de lumartin. • (Note de Téditeur, p. 39.)

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G'êtoit une faveur bien con^dërable de voir sourire un homme qui grondoit toujout*s, et de tiret* quelques demidouceurs de la bouche d'un procureur général qui ne fAisoit que demander justice à la cour, et donner dés conclusions sanglàhtes contre la noblesse. Il est vrai qt» sa galanterie n*alloit pas plus avant t^ii'aLVoir un peo dioins de gravité, et qu*étrè doux pour lui n*étôii qu*6tR un peu moins austère. » Ne vOttS semble^t-U pas vdr d'id se dérider peu A peu le front du grave magistral que ga^e insensiblement fnir Khre et sans façon de la jeuilé visiteikse, et qUi oublie sa sévérité ordinaire jusqu'à recevoil- un baiser de la semr d'un crminelf « bàhs là derbièiiè sollicitation qU*ellé lui fit, s'élaitt jetée à ses pieds, et lui la relevant civilement, elle se jeti à son ct)u, et coiUtne ttiUisportée de joie par le bon accod qu'il lui faisoit, elle le bAisa fort innocemment en loi fusant un compliiheHt d'excuse, qui fut reçu aussi honttè: tement que le baiser avoit été pris (1). »

Lé caractère léger de M. Nau (2), « qui chantoit les chansons bachiques aveci plus d'emphase, qui dansoit I» bourrée aXTC plus d'impétuosité, et qui portoit plus hatit rautorité de la justice »; ses emportements si noicnts qUc, dans une querellé entre des soldats et des laquais, il veut mettre en prison le lieutenant criminel qui éttA vertu mettra Iv holà^ de la pari de M. de Ndvion; qu" menace rintendant qui avait voulu se mêler de i'affairei et fait la le<;on à M. de Novion lui-même ; enfin, son amotf

(1) Mémoires, p. 287.

(-2) Sur M. Nau, voyez Pièces justificatives VIII : iVbte ^ MM. des Grande' Jours,

déréglé de la chicane, et son goût plus déréglé enix)re pour la bonne chère, tous ces détails, tous ces contrastes, sont finetnent analysés et parfaitement indiqués dans itette phrase si légère, si plsdsante et si tttilleuse : « Enfin, on fidsoit peur de M. Nau aux petits enfants; il a voit eu le soin de régler la police, et il avoit eu l'industrie de liianger beaucoup de perdrix à très bon marché. Il dressa tous les grands arrêfS^ il réforma les poids et mesui*es, nous l'autorité de M"* Talon, et fit tout ce que le plus fier lieutenant criminel eût su faire. Il ne paria doucement f^*k son mattre à danser (1). »

Il faut voir encore le tableau, à la fois si curieux et si ins* tnibilf, des étranges prétentions des paysans, qui, à la vue de là liévtSrité des Grands-Jours pour la noblesse, deviennent insolents tout à coup et, peu s'en faut^ oppresseurs d lertr totiT. Dans ce passage remarquable, Fléchier nous montre déjà toute Tétendue de ce talent de moraliste et d'obsetrateur dont nous parlions plus haut : <( Il noUs fait voir te paysan, dit M. Sainte-Beuve, l'homme voisin du sol et en ayant gardé de la dureté, tel qu'il était alors, tel que le connaissait d'abord le vieil Hésiode, et tel qu'il redevient si aisément dans tous les temps. Nous mtireSf races €t hommes qui vivom sttr ta terre^ nous siMimes jalouxs a dit quelque part Ulysse, chez Homère. Date et ingrate nature humaine, pétrie au fbnd d'envie bien plus que de bonté, qui ne sort guère d'un excès que pour un autre, et qui, dès qu'elle n'est plus foulée à terre, J^ besoiti d^ fouler quelqu'un (2) I »

(i) Mémoires, p. 318.

(2) Ihid.y lotroduction, p. xxv.

11 n'y a rien à retrancher à ce récit. Sous une forme Kgëre, il contient cq>endant on grave ensôgnement, et suggère des râBexions sérienaes. Le tableau est fait de mûi de maître, et tracé avec une vérité saisissante : il semble que Fléchier ait pressenti quelque chose de ces haines, de ces colères sourdes qui devient éclater plus tard; qu'Ouk voulu décrire à l'avance une de ces tristes sotaes que fes devait voir à la fin du siècle suivant : pour Torgneilt h cupidité effrénée, la violence, l'injustice et la brutalité, ki paysans de 1665 sont déjà les précurseurs de eeijaeoèim qui se feront une joie cruelle d'insulter à de nobles intotunes. « Si l'on ne leur parle avec bmineor, dit FlécfaiBr, et si l'on manque à les saluer civilement* ils en vppéktà aux GrandfrJours, menacent de fidre punir et jn/taM de violence. . Une dame de la campagne se plaignoit q/d tous ses paysans avoient acheté des gants* et crojoM qu'ils n'étoient plus obligés de travailler, et que le lei m considéroit plus qu'eux dans son royaume. Lorsque as personnes de qualité, d'esprit et de fort bonnes moeoi^ Et qui ne craignoient point la plus sévère justice, et 4* It2& s'étoient acquis la bienveillance des peuples, veooW Icls à Clermont, ces bonnes gens les assuroient de leur jff^ min. tection, et leur présentoient des attestations de vie et ^ luar mœurs, croyant que c'étoit une dépendance néoesBiiA m^A et qu'ils étoient devenus seigneurs par privili^ de ko^ |H i seigneurs mêmes. » l"^

Mais voici qui est plus curieux que tout : dans cefta^. , suit, nous retrouvons déjà l'un des plus redootablespi^l '^ blêmes de notre temps, Tune des plus dangereuses tMo-jA*, ries des communistes de nos jours, « cette étenï*l^'>

question des biens chez une race avare et âpre au partage ». <f Ilsétoient encore persuadés, continue Flécbier, que le roi n'envoyoit cette compagnie que pour les faire rentrer dans leurs biens, de quelque manière qu'ils les eussent vendus, et sur cela ils comptoient déjà pour leur héritage tout ce que leurs ancêtres avoient vendu, remontant jusques à la troisième génération. Ces simplicités qui faisoient rire ceux qui ne s'y trouvoient point intéressés, donnoient une fâcheuse contrainte à ceux qui y avoient quelque part, parce qu'il falloit souffrir des insolences auxquelles ils n*étoient pas accoutumés, et réprimer des promptitudes qu'ils n'avoient pas l'habitude de réprimer, kursqu'ils voyoient la justice plus éloignée.

H Celui qui s'en trouva le plus incommodé fut ^M. de Chazeron, qui est un homme assez considérable dans la province, et dont on n'a pu faire aucune plainte. Un de ses sujets, fot*t avare et fort mutin, se souvenant qu'il avoit appris, par tradition dans sa famille, que son bisaïeul oa trisaïeul avoit autrefois vendu quelque pré ou quelque iFigne au grand-père de ce gentilhomme, le vint trouver dans sa maison, et lui demanda la restitution de son bien. Ces demandes ne sont jamais agréables; mais, <iuand elles sont injustes et sans fondement, elles excitent ^ colère des plus modérés. 11 lui représenta que le temps d© la restitution étoit venu; qu'après en avoir joui injustement, le roi envoyoit des gens qui ne le craignoient P^, et qui rendroient bonne justice. On lui répondit ÏU'il se trompoit; que ce qu'il demandoit n'étoit pas l^te, et que si ses ancêtres avoient vendu leur champ, *^** siens aussi l'avoient payé. Cette raison ne parut pas

trop convaincante à ce bonhomnie, qui se mi sur s» rnstiquo fierté» et enfonçant son chapeau, et s'^pprocbs^n^ avçç emportement» et mettant^ sa maiq g|iud)e ^ son càtéi et faiEiant un geste men^^çant de la dioite ; Vous nie U rendrez ^ disoit-ii, et les Grands- Jours ^^, Le payw auroU été plus sage ^n m ^utre temps, et le seignemi r^nroit été moins; msds la peine où Von yoyQit ceux qqi étoient accusés faisoit craindre ceux qui ne l'étoient pas< Aussi, toute la punition qu'il osa faire de cette hardiesse, fut de lui jeter son chapeau par terre, e^ de l'avertir de se tenir dans le respect, Mais ce misérable, entrant en fureur, lui commanc^oit de lui ramasser son diapeaii, Qff qu'il lui en coûteront la tête, (^a chose en vint au point que le gentilhomme, craignant de s'emporter et se piéfiant de sa patience, en un temps où il falloir éviter toute sorte de reproche, tvii releva son chapeau, et lui en ayant donné quelques coups, trouva à propos de monter à cheval et de venir faire ses plaintes à M. le Président (1). Tant le peuple se flatte ici des Grands-Jours, et tant la noblesse les craint (2)! » Après un tel récit, quand on compare,

(1) M. de Novion.

(2) Mémoires^ p. 170. — Les détails que donne Fléchier sont confirmés par une lettre du président de Novion à Colbert. Le 20 octobre 1665, M. de Novion écrit à Colbert, pour rinformer qu'on recherche activement les coupables, et qu'on ne ménage personne. < Nous avons, ocrit-il, quantité de prisonniers ; tous les prévôts en campagne jettent dans les esprits la derniôre épouvante. Les Auvergnats n'ont jamais si bien connu qu'il* ont un roi, comme ils font à présont. Un gentilhomme (M. dt Chazeron) me vient de faire plainto qu'un paysan lui ayant dit des insolences, il lui a jeté son chapeau par terre sans le frapper, et que le paysan lui a répondu hardiment qu'il eût à

d*un côté, les menaces du paysan, son langage hautain et provocateur, de l'autre, la patience du gentilhomme, intimidé par son insulteur, obligé de se laisser traiter indignement, pour ne pas s'attirer une mauvaise affaire, on répète, avec M. Sainte-Beuve : « En n'ayant Tair que de sourire, le futur évêque de Nimes se montre encore ici un connaisseur très clairvoyant et très expérimenté de la nature humaine, et ne versant d'aucun côté. C'est un moraliste qui connaît les grands, et déjà les petits (1). »

lui relever son chapeau, ou qu'il lo mèneroit IncontineQt devant des gens qui lui en feroient uottoyer Tordurc. Jamais il n'y eut tant de consternation de la part des grands, et tant de joie entre les foibles. » (Correspondance administrative sous Louis XIV, Toi. n, p. 165 )

(1) Mémoires, Introduction, p. xxvr.

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