CHAPITRE XIX
émoires sur les Grands-Jours d'Auvergne (suite). — Fléchier moraliste. Justesse de ses observations. Caractère tempc^ré de sa morale. — Il se moque de Tabus do l'érudition; du phébus des orateurs de Glermont. — Il signale ces mômes défauts chez les prédicateurs et les avocats. — Conclusion sur les Grands^ours d'Auvergne.
Fléchier, en effet, est un excellent observateur de la atture humaine, dont il découvre avec une rare sagacité s faiblesses, les défauts ou les vices. Aussi ne sommes- 311S pas étonné que le moraliste se révèle souvent dans 3 Hémoires sur les Grands-Jours; que des réflexions tstes, quelquefois profondes sur les hommes, les événeents, leurs causes, indiquent déjà un esprit grave, pt qui >iinalt bien le cœur humain, ses misères, ses bassesses, i3 perfidies, tous ses vilains côtés, en un mot. Ainsi, !>rès avoir énuméré les accusations à la charge de M. de ontvallat, qui, <f selon le bruit le plus commun, bien loin a.voir conunis des meurtres, et d'avoir fait des violences ^i eussent éclaté dans le pays, passoit pour si doux et
tranquille, qu'il étoit certain que ses paysans Tavoient ^lavent menacé, et que sa femme Tavoit souvent battu, * qu'il avoit été aussi bon seigneur que bon mari », l^hier nous donne la véritable raison pour laquelle on
avait trouvé tant de témoins pour les crimes qu'on lui reprochait. « C/est, nous dit-il brièvement, parce quil n*est pas des plus violents, et qu'il ne se fait pas cnûndre comme les autres (1). » C'est l'éternelle vérité humaine : l'âne est châtié sans pitié pour sa peccadille, qui est m cas pendable^ tandis qu'on n'ose pas trop approfondir
Du tigre, ni de Tours, ni des autres puissances Les moins pardonnables offenses.
Flâchier nous parle-t-il de ces religieuses qui viennost réclamer auprès des Grands*Jours, ou de celles qiji, depuis quelque temps avaient quitté l'habit, il ne s'étonne nullement de pareils désordres, dont il nous indique aussitôt la cause : « On les contraint, dit-il, pour des intérêts domestiques, on leur ôte, par des menaces, la liberté de refuser; et les mères les sacrifient avec tant d'autorité, qu'elles sont contraintes de souffrir le coup sans se plaindre (2). » Plus tard, de longues années après, en 1682, quand il prêchera à Versailles, en présence de Louis XIV, Fléchier reviendra sur cette question, il s'élèvera contre un tel abus avec une vigoureuse fenneté, sans craindre de dévoiler les calculs peu honorables d'un grand nombre de familles à cette époque. « Cette fille se fait religieuse, dira l'orateur, parce qu'elle ne trouve pas de parti selon sa condition ou son caprice, et souvent,
(1) Mémoires, p. 164 et suiv. — M. de Montvallat fut condamné à 8,000 livres d'amende. Il fut jugé dans la séance du 27 novembre 1665.
(2) Ibid., p. 59. — Voy. encore, p. 189, le motif qui poussait une femme de Clormont à demander dV*tre séparée de son mari.
as! parcq quelle déplaît à ses parents, ou (qu'elle 5t pas assez belle pour le pionde, pu qu'elle a le malir de n'être pas l'allée de la faïQillç ; on 1^ force tantôt (îpuçeur, et tantôt par crainte, d^^Uer daps un cloître, s piété et sans VQO^tiqq, pleurer tQHte s^ vie la perte olpntaire d^ sa liberté, et porter }a peine de l'âgp ou ]^ beauté d*une sœur, de laoïbition ou de ravarice ne mère (1). p
n^bier ne se contente p^ d'observer les défauts de IX qui Tentourent ; il nP se contente pas de nous signaler travers dp M, Talon, qui grpnde tpujonrs, on ceux de paèrCt gui veut tout réformer ^ les sévérités excessives M. Nau, dont il raille r/iyme^ir brusque et jjusficière ; ridicules de M. de Novion, qui fait tantôt le père et \tôt r amant (2), il juge encore les personnages dont
1) Sermon pour le lU^ dimanche 4e TAvept. {Œm. compl, . VI, p. 93.)
2) Le président des Grands- Jours, M. de Novion, le fastueux
le galant, avec sa nuance légère dUniquité, comme dit
Sain te-Be vive, n^érite une mention particulière. « Cette
mce encore légère du temps de Fléchier, ne fît que * se mar- 5T et trancher de plus en plus avec les années. M. de Novion, repu premier président du Parlement, après M. de l^amoiT >n, parut un magistrat scandaleux. » — « Le premier prési- U de Novion étoit fort accusé de vendre la justice, dit Saintnon, et on prétend qu'il fut plus d'une fois pris sur le f^it, »nonçant à l'audience des arrêts dont aucun des deux côtés voit été d'avis; en sorte qu'un côté s'étonnoit de l'avis una- 06 de l'autre, et ainsi réciproquement, et que, sur ces injusi^s réitérées, le roi prit enfin le parti de l'obliger ^ se défAÎrp. » « Il dut quitter sa charge (1689), et fut remplace par M. de rlay. • (M. Sainte-Beuve, Introduction aux Mémoires de Fié- *r, p. XXXI. — Voy. sur M. de Novion, Pièces justiûcaïs VIII, quelques autres détails.)
il nous parle, et, c'est dans un langage ferme et jëievé, avec l'accent d'une âme profondément honnête et généreuse, qu'il loue la conduite des uns et blâme cdle des autres. Le curé de Saint-Babel avait fait périr un paysan dont il voulait se venger. Fléchier flétrit par des paroles éloquentes le sacrilège de ce malheureux, qui osa offrir le sacrifice pour celui qu'il venait de £ûre assassiner. « Ce que je trouve de pitoyable, dit-U, c'est que le lendemain de cette action, il fit lui-même le service, et dit la messe pour le mort, ne craignant pas d'offrir le sacrifice innocent, après en avoir fait un si cruel et à sanglant, et osant faire le prêtre après avoir fait le menrtrier, et offrir le sang de Jésus-Christ, lorsqu'il avoit ses mains encore teintes de celui de son frère (1). »
Ailleurs, Fléchier nous parle d'ime femme traduite devant le tribunal des Grands-Jours, pour avoir tué cdui qui avait voulu lui ravir son honneur. « Selon les lois, ajoute-t-il, cette femme étoit excusable de s'être portée à cette extrémité contre un homme qui venoit lui faire violence; il y a une défense légitime pour l'honneur, conmie il y en a une pour la vie ; l'honnêteté et la pudeur ont leur désespoir lorsqu'on les presse, et on leur permet un premier mouvement comme à des passions justes et raisonnables, lors même qu'elles semblent sortir des bornes de la raison. Si le droit a permis aux maris de tuer les deux adultères, et de venger l'honneur de leur famille dans leur premier emportement, ne croyant pas qu'on peut réprimer un ressentiment si violent et si pardon-
(1) Mémoires, p. 112.
ible, pourquoi ne seroit-il pas licite à une dame qui se Ht réduite à se défendre contre la force, de sacrifier à sa lasteté celui qui veut la contraindre au crime? Ces sortes amour ne peuvent être punies que par la mort (1). » Le marquis de Malause, neveu de Turenne, et « l'un » principaux seigneurs de la haute Auvergne », avait )l comparaître devant Messieurs des Grands-Jours. Il était xusé, quoique protestant, de jouir d'une cure, dont employait les revenus à ses usages particuliers. Malgré
considération des juges pour Turenne, le neveu fut mdamné à une aumône fort ample (2), et à une restiition de 18,000 francs. Fléchier s'élève avec force mtre de tels abus. « G'étoit, dit-il à cette occasion, la >utume des gentilshommes qui dominoient dans ces lartiers reculés, de se servir indifféremment de tout ce ji leur étoit propre. Le peu d'égard qu'ils avoient pour
religion, la grande avidité d'avoir du bien, l'autorité l'ils ont parmi ces habitants des montagnes, et l'éloilement de toute sorte de justice, leur fait prendre imputent toute sorte de libertés. Ils oppriment l'Eglise après foir opprimé les pauvres, et, n'étant pas encore contents 3S héritages de leurs voisins, qu'ils trouvent à leur bieniance, ils usurpent encore l'héritage de l'épouse de isus-Christ, et tyrannisent les prêtres, après avoir tyranisé les peuples (3). »
Dans ces divers passages, on sent déjà le langage élevé 'un moraliste et le ton sévère d'un juge à la vue des
(1) Mémoires, p. 14*2.
(2) 5,000 livres.
(3) Mémoires, p. 29G.
— Jâ8 —
injustices d' autrui; c*est presque la libre hardiesse de Torateur chrétien. En d'autres endroits, le nioraUste se révèle avec plus de netteté encore, par des réflexioiis pleines de justesse, de précision et de profondeur. Flécbier nous trace le tableau des folies que fit taire au comte de Saignes, après la mort de sa pfemiërB femme, une jeime beauté qu'il trouva dans le vtiisiiiage de ses terres, et <( qui eut assez de charmes pour lui faire oublkr et ses premières amours, et ses résolutions, et son âge, et ses intérêts, et toutes sortes de bienséances » . Après nods avoir montré le comte riche, heureux, Jouissant paisblement de la fortune que sa fenuné lui avait laissée, Fléchiâr nous le fait voir en proie à uhe nouvelle passion qui n anéantir tout ce repos, et sera la cause des chagrina qui l'accableront dans la suite. La réflexion de Fléchier, i ce sujet, est d'une parfaite justesâe ; c'est Une vérité de \m les temps, rendue vivement, sans recherche, avec un heoreux mélange de force et de simplicité : « Les hommes, dit-il, ne sont jamais contents de leur sort, et lorsqu'il semble qu'on n ait plus rien à souhaiter, il vient certains désirs de je ne sais où, qui troublent tout sans qu'on y pense (l). »
Le grand prévôt du Bourbonnais avait été raute4jr de la mort de son exempt (2). Depuis près de vingt ans, il jouissait d'une sécurité complète et n'avait jamais étf inquiété par personne, quand, malgré sa Weillesse, il to traduit devant le tribunal des Grands-Joiu^, condamné i
(1) Mémoires, p. 180.
(2) Ou appelait ainsi des ui'liciers chargés de mettre à cs(<^' tiou les décrets des tribunaux, et d'arrêter les coupable*?.
neuf ans de bannissetiient et à une dblende considérable : « Les crimes, ajoutiî Fléchiér, se découvrent lorsqu'on les broit ensevelis, et Ton est bien souvent surpris, quelques adressés qu'on Ait trouvées et quelque temps qu'on ait passé (1). »
Toutefois, la morale de Fléchier n'a rien d'exagéré et demeufe également éloignée d'une sévérité outt-ée, ou d'une indulgence excessive. Ainsi^ dans ses Mémoires^ on th)uve une dissertation burieuse sur la comédie, qu'il etcùse doucement pourvu qu'elle soit dans in bifmséanee^ « Je ne suis point de ceux, dira-t-il avec une discrète ftanchise, qui sont ennemis jurés de la comédie, et qui s'^siportent contre un divertissement qui peut être indiffSrem, lorsqu'il est dans la bienséance (2) . » Il y a loin de Cette indulgence et de cette gaieté innocemment mttiigile, qui anime le récit des Grands-Jours aux Jfcmme» et Bjifl^xioitB ^nr la comédie^ et â ces arrêts sévères que BosËnlet porte cotitre le rire, a cette altération de la figure humaine que n'a jamais connue Jésus^Christ ».
heÀ défauts ^'il remarque le blessent^ sans l'irriter ^ il semble plus disposé à rire d'un travers qu'à s'en indigner; tout au plus, quelquefois^ égratigne-t4l légèrement, mais SUIS déchire)" jamais. Cette disposition bienveillante^ cette fiUBtttmtion douce est à remarquer ; car, plus tArd, quand il fieira eutéhdre du haut de la chaire les enseignements ^ la tktohde ëvangélique, il apportera, dans la guerre qu'il fera aux passions humaines, le même, caractère d'indulgence et de douceur.
Cette sage modération de Fléchier est nettement marquée dans plusieurs passages des Mémoires. Ainsi, ud jour qu'il était allé prendre tair des champs^ dans une maison de campagne située à un quart de lieue de Clermont (1), il rencontre un chanoine, o qui paroissoit homme d'esprit et homme de bien, et qui sembloit s'être retiré là pour y faire quelque méditation sérieuse ». Après avoir salué l'étranger aussi civilement qu'il peut, nous dit-il lui-même, il l'aborde avec un air riant et qui tenait pourtant un peu de sa gravité ordinaire. Puis, s' excusant avec politesse d'interrompre le cours de ses pensées, Fléchier lui demande dans quel but il est venu i l'Oradoux, « dans un lieu si propre à récréer les yeux par le paysage ». Le chanoine répond à Fléchier de la méùr leure grâce du monde; il lui apprend qu'il s'est retiré dans cette solitude à cause de sa tristesse, et qu'il n'a pas voulu se trouver dans une ville, a où le sacerdoce devoit être déshonoré par le supplice d'un prêtre corrompu, et plus encore pai- ses crimes (2) » .
La réponse de Fléchier aux justes plaintes de l'incoûDu est empreinte de cette sagesse, de cette mesure qui est l'un des traits saillants de ce beau caractère. « Je lui dis que la foiblesse est naturelle à tous les honunes, et que la prêtrise élevoit l'homme jusqu'à Dieu, sans pourtant détruire l'humanité; qu'il y avoit eu de tout temps de faux frères, et qu'il falloit se consoler de ce que la justice réprimoit les mauvais exemples, et cpi'on obligeoit par les peines
(l| Voyez plus haut, p. 217, la description de TOradoux, habi» tatiou dont Flécliicr parle ici.
lî) Voyez plus haut, p. '230.
e suivre les lois des hommes, ceux qui ne veulent pas assujettir à celles de Dieu (1). »
Ce qu'il dit de la conduite de M"* Talon, montre u'il n'approuve nullement sa violente passion des ^formes, et quil n'aime pas du tout ce caractère mporté, turbulent et absolu, qui ne peut supporter les éfauts les plus légers. Sa critique est exprimée d'une lanière indirecte; mais, à la façon ironique dont il arle, on sent qu'il partage l'opinion commune sur la 1ère de l'avocat général. « Il est impossible qu'on emèchc le monde de murmurer quand on fait de bonnes îuvres. Les uns disent qu'elle feroit mieux de réformer a coifiure qui est tout à fait extraordinaire ; les autres nt remarqué qu'elle porte un bonnet qui s'étend et se élève, et qui a quelque forme de mitre, qui est la livrée le sa mission et le caractère de son autorité. »
Fléchier n'est nullement pour les opinions exagérées ; I ne penche d'aucun côté, et demeure toujours dans un U8te milieu où il trouve la vérité. L'un de ses amis pense-t-il qu'iY y a du plaisir à mourir^ il se garde bien d'être de son avis, et dit avec autant de justesse que de bon sens : « Je ne pousse pas la philosophie si avant; je me contente de croire qu'on peut se passer de craindre la mort, sans consentir qu'on puisse l'aimer, ^ c'est bien assez pour moi de l'estimer plus supportable lu*on se l'imagine, sans me la figurer douce et agréable
souffrir (2). »
f 1) Mémoires, p. 1 15.
^% Ilnd,, p. 80.
H (iq\]\s re3^î upe dçrnjëre r^arque j^ fyjp^ et qui n'est pas sans importance, parp^ qu'elle pou^ ^i4iw^ pqmquoi, ^^s ^s (liscours, Fléchier a ^vi^ le yain étalage d'ufie ërncli^Qn prétentî^iiise, ce^ nyppirftct)^°^^ forcés , ces gi^pf^s f(iots qui q^^traient dans tQytes (es comps^ra^sons et req^^ent le style si ffflR|MUique et ^ p^nt. \\ ^ mqque sp^y^pt de ces 4ëf^^^ <^P§ ^^ Hfémoire^; ^t si. plus tard, il a'y e&\ ps^ tombé loipième, c'^( qu'il s^vs^jt (^ompr^s 4^ Ip^nne ^leure ce qge de sexomabl^ ^çë^ avaient de fi^icule. (l r^t vçilQiitjmi 4e^ harangues que les dive^. corps (le Clerpfiont yiennent faire au:^ j\iges (les Çra(id$^o\^ ^ leur entrée (lans la \i\\^\ de c^ t^n^^es débitées « ep plan^ çany^^agqe, ^mpliosi, ji^ur la plupart de Inné et ^ soleil, de grands et ^ pe^ts jours (|) « .
(1) Mémoires, p. 38. — Dongois raconte aiusi l'arrivée, à Clermont, de MM. des (rrauds-Jours qui venaient de Riom : « Le yeudredi ^25 ^^ptembrp, $^f les deux heures. M. le présidont e| MM. los oommissairos partirent en carros:?e pour se rendre à Clermont. Ils étoient pri»cédés seulement du chevalier du guet, qui ^'<àuÀ\, ro.ûdu à la porte du logis de M- de fortia, aYeccitt: quiinte ou soixante archers à cheval, couverts de leurs casaque} rouges. M. le président ne voulut pas que le sieur Pannay, prévôt général des maréchaux, qui étoit pnH avec sa compagnie, les escortât.
« Dans le oirn >sse de M. le président, M. Lefèvre de Caumartin. maître des requêtes, jjarde du sceau pour la chancellerie des Grands-Jours, étoit avec lui au iond. Sur le dev^t êtoienl M. Le Coq et M. Héhert, et aux <leux portières M. liC Boultirt M. Malo. Le reste de M>L les commissaires marchoît en différents carrosses, et M. Talon le dernier dans le sien.
« Les échevins «le Clermont, qui. deux jours auparavant, a\ oient «'té jusques à Saint- Poureain complimenter M. le pnS?ident. se présentèrent encore les premiers à pied sur la mute à la portière de son «-arrosse. revêtus de leurs robes mi:jjartie^
Le soleil et ia luqe (ifept lei^ fraJ^ pnopipaujf çlu liscours que dut prononoev \^ sé^éc^ial (^p Gl^nnpnt ti)« ^({illaume 4e Beai^fort-Cantll^c, 4oQt f (écbjçr naus faagtflte l'histoire dans ses Mé^oirç^ (2) : « J-e pmg qvi'il ig[ït pft qpalité dp sépécliaU «qu^ dit-il, l'«Wlge* Ap }ff[^ la parole à MM. des Çrands-^ouf^, i^ la tête ^g % ^q)46^^ ÇiÇ \^ province, dqqt \l ^'^pquit^ c^yall^rçh
it suivie de plusieurs pcrsoimos du conseil do ville. L/un des ichevios harangua nu-t(^tc. M. le président lui répondit eu peu le parois, au nom de MM. les commissaires, ayant toujours sou ;|^peau à \^ main. « (Cité par M. Ghéruel, Mémpires ^r les wrands' Jours, Appendice, p. 384.)
(1) Sénéchal, c celui qui est le chef de la justice d'une certaine x^àtrç^. ^\\ nom duquel ou prononce, et qvii, lorsqu'il ^t t|98ç4Ui x^ivoque, assemble et conduit le ban et arrière-ban des eenilshommes de sa contrée, w (Dictionnaire de Richelet.) — Le liaiiU était le preunier des officiers subordonnés au sénéchal.
(2) P. 234 et suiv. — « Le 15 janvier 1666, raessire Guillaume le Bcaufort-Ganillac, marquis du Pont-du-Ghàteau, sénéchal le Gler(uont^ fut admonesté et condamné en 8QQ Uyrçii parisis r^umôiie f^ppUcabl^ 4 l'hôpital généri^l de Glermoiut. i («fourno^ ie SifingoU, dont ^. Ghérii^el a publié de no^br^ux extraits, à la fin dqs ^ériioim de fiéchier.) — Nicolas Pungois, adjoint a ma père çomnie greffier aux Grands-Jours d'Auvergne, a laissé un jQurnal manuscrit, conservé aux archives nationales. « Il ppfte pour titre : Jfoumai des Qrands-Jours terjLyi^ à CknnonX m ê^uvergne, depuis le 26 septembre 16Q5, ii/isques çlu dernier jan- 1^ f 666. Cj'çist une copie (\u tenpips; i;nais ^ (êt^ du manuscrit, Oji^ m ces ;nots écrite de la main de Eiongois : J^ay fait ce recueil ta 1Ô66, au reto.ur des Grande- Jours. » (P^o.te do Téditeur, Mémoijres ie Fléchier, Appendice, p. 321.) — Nicolas Doogois, greffier de l§ Q^and'Ghai|[Lbre, était uoyeu d^ Bsixic^xx; un autre Dongois, feqn Qongois, le i)^rp ^lu précédent, gr^flier ii la Ghambre de Védit, ç.(^i( bcj^^n-frèrQ de uo.trç poè^c. Q^us iiun épitru V, à Vçccasion dç cç(^î dynastie de greff\or^, Boilcau disait :
Fils, frèrOi oncks, cousin, beau-frère do greffier, Pouvant charger mon bras d'une utile Uassc, J*alUû loin du palais errer sur le PArnasso*
ment, mêlant pomtant le soleil et la lune, et tous les autres astres dans sa harangue (1) . »
Le langage solennel des avocats, leurs discours surchargés du poids d'une lourde érudition, de citations latines venues de tous côtés et puisées à toutes les sources, tous ces défauts, Fléchier les indique d'une façon plaisante et s'en moque librement. Un bonhomme visùmîiaire, qui poursuivait comme véritables des crimes qu'il avait imaginés, accusait sa belle-mëre et ses frères do second lit d'avoir empoisonné son père, (c L'avocat, qm n^avoit point encore plaidé, et qui faisoit attendre une belle cause à toutes les demoiselles de la ville, fit un exorde fort emphatique à l'honneur de la compagnie, rechercha tout ce qu'il y avoit de déclamatoire contre le poison et les belles-mères, et l'on peut dire qu'il épuisa
(1) Deux cents pas après les échevins de Glermont, les juges* consuls de Glermont vinrent aussi haranguer à la portière du carrosse : « Presque à la même distance, ajoute Dongois, M. le marquis de Canillac de Pont-du-Chàteau, sénéchal de Glermont, suivi de quinze ou vingt gentilshommes à cheval, étant venu à la rencontre, lui et ceux de sa suite mirent tous pied à terre et s'approchèrent du carrosse. M. le président et ceux qui y étoieut avec lui, et dans le carrosse suivant, en descendirent. liC marquis de Canillac, au nom de la noblesse, félicita MM. les commissaires de leur arrivée, et leur protesta toute sorte de respect et d'obéissance par un discours dont ils parurent extrêmement satisfaits... »
« Sur les cinq heures du soir, MM. les commissaires arriTèrent à Glermont et descendirent en la maison du sieur Ribeyre d'Opme, ci-devant lieutenant général, destinée pour le logement de M. le président, où presque aussitôt M. Montorzier, second président de la Cour des aides, arriva avec sept conseillers, ci M. du Vernct, avocat général, députés de cette compagnie..' (Journal de Donjxois, cité par M. Chéruel, Appendice, p. 38i
toute la matière, disant beaucoup de choses qui ne disoient rien (1). »
On ne s'étonnera pas que de semblables discours, au lieu d'éclaircir Tobjet de la discussion, ne fissent que Tobâcurcir encore plus complètement. C'est ce qui arriva pour le procès de M"*" de Beauvesé, qui réclamait certain bien qu'elle croyait lui appartenir. « Les avocats, raconte Fléchier, tinrent plusieui*s audiences, et leurs plaidoyer étoient si embarrassés dans des formalités de droit, et chargés d'un si grand nombre de procédures, qu'après avoir ouï leurs discours, je ne fus pas plus instruit qu'auparavant du droit des parties, ui du fait même de la cause. Gomme je me plaignois de mon peu d'intelligence devant quelques-uns des juges, ils me consolèrent en m'assurant qu'ils n'y avoient rien compris eux-mêmes (2) . »
Ce n'étaient pas seulement d'obscurs avocats qui tombaient dans ce travers ; mais on voyait encore des hommes de talent, d'un mérite incontesté et d'une science étendue, dont l'éloquence était gâtée par de si graves défauts. La belle harangue que M. Talon « prononça avec une éloquence merveilleuse », à l'ouverture des Grands-Jours, n'est pas à l'abri des critiques adressées avec tant de raison aux orateurs de Glermont. La maxime de philosophie placée en tête de ce discours, la justice comparée au soleil «^ qui élève, d'un côté, les fleurs par la chaleur de ses rayons, et qui, de l'autre, sèche les
(I) Méfïwires, p. 208.
(•2) /ôiV/., p. 221.
Kbrbëà ibUtilës (1) » ; ëttHU, là ^riusOn Qm ie^ « par la paraphrase d'un psaume terfibld, d(i fl ^ iift ^KlëioDS ti«s foirtes de ti cBUre ël Hë tlo{MUw ttëOièu i, tdttlëètàU'a HéH de Blbh ttittUftil, bi iSr^ j^fbcbé flli éeni« àU^bié en Vû)^é à tëlb %^
m âbn dftté, lé IttÂUdënt des ÔHdicli^àdt^, t. à NUVfôh, (fdi déàtmt |)àhhre ààtaiit, ël fhffibdaîk ttl
(1) Ces comparaisons tirées du soleil et de la lune étaient n fHqUéiiiës. bâilB iiaè lettre bilarinànte, dû tréhétbii lïtotti I pohipeuse entrée à Garenac^ village du dé|prtenfo&t da Isi|l parle ainsi du discours qu'il dut écouter : c Me voilà à la forià déjà arrivé, et les consuls commencent leur haran^ pvE ttbtibhe de rôrïLtëûi* irotàl. A ce tttftii, vodk i% mâhqdai fu t. vous représenter ce que Téloquence a de plus vif et Ife w pompeux. Qui pourroit dire quelles furent les gr&oes <fe *■] mfeotiir&t II faie compara ku 'soleil ; bldhtôi Iph^ Je Âis lî I ^ tous les autres astres les plus radieux Surent ensuite lHuatÊ] de me ressembler; de là, nous vînmes aux éléments et méiéoréé, et nous finîmes heureusement par le commeooeDart 1 dti mi5ndê. Àlbrft le Soleil ôtoit déjà côûclié, ëi ^oiiï^ aehe#i comparaison do lui à moi, j allai daus ma chambre poar if préparer à en faire de mi*me. » Lettre à la marquise de Livtl !? mal 1681. {Œuvr, compt, de Pénebrï) vol. Vtt, jJ. 39Î; PU* Lel-Dux et Jouby; 10 vol. iii-4«j 185-2.) — « Garenac, datfi département du Lot, est un. bourg du Qucrci, sur la Dord(M éù Febeloii se rendit, eii IIjSI, pouir prendre possession* dOyehné dii ta lieti, qiie IVvèiJùe db Sarlàt, son bâclé, tftiftii lui résigner. » (Note de l'éditeur. — Sur le rôle du soleil** la lune à cette époque, voy. p. 9, et p. 270.)
|5) Vôy. Èfémoîi^s, p. \L — Ce dlscôuhâ de TâWn se Mw cité tout au long par M. Cbét>ucl. (Appendice des Mémoii^^ Fléchier, p. 37*2 et suiv.) Il ne manque rien à cette liaranp| poiir avoir tôiis los défauts db l'épuquc, rien, pas même u*
citation grecque: cr Ces généreuses iwiroles qu'Eutiph^*
daus son dialogue av(»c Socralc. croyoit être la juste déliniu* (le la véritable piété : "Anav o aotxoûvn èn^fisvài^ 'attàffla'r If^ r injustice... »
tte pas détjiètirbr eti reste d'érudilioil aVefc M. le pl-btli- Hitir gënéral, môhtra quil boafiàlssàit à merveille l'blsbtfiré dû ftâys^ let jusqu'à l'origidé de ses hàbitàbtâ; k H. te pi:^ideiil dé Novion harangua àtlssi àVeb b'éàliboui) Hé gravité, lexf^liqùaiit les desseins dil roi; et môhtrant qu il étoit BiëU à dèpibrét l[^kië les gëntilSHoiiiiiles d*AiiVergilë, '(\\xl Sont issus dil sàhg dés Ttb^ens et des Rtikiiàihs, eussent dé§;éhéré de l'ancienne vertd de lédt^ àhcëtres. » u Gela n'eàt à^piiyé, ajouté FlébUiël*, ^ne sUr l'AUtonté de Lùcaili, qui blâme lés AU^^ergnats d'avoit* l'éBfh)nferie de s'appeler les desceHdàhts dés Trôyiens \ek les frères des Roifnains (1 ) . »
LBS |)rëdibatfeurs, si enclins d'ok-dliiàirb à StUvit léâ bAjiribë^ let lies Itavers de la mbde; rie fàisàlërii pas utl ilieilteiit Usage de l'érUditltth. Fléctilët- se taoqué dÔ fefes rfell^ieUit âe dî^érèntes couleurs « qui vendîeût ëtt cor|^s biter sàlHt Pàiil et salht AUgustiri », daiis tehrs dlscttut* àUx illàglstnlts erivbyés â tlletmorit. ir Le samedi et le diihAh'che, car hodà étions arrivés le vendredi, se passèrent à considérer un peu là ville, bii & ëhtendre une infinité de "cbm^llmehls |)àrtîciiliers des priilclpaàt officiers des justices voisines, cjUi Véhbierit l'humilier deVâht celle dé Paris; et dés iléligieiix de différentes couleurs, qui vertoieht en tbtps citer saint Paul et saint Augustin, tompàrer lés Grands- JcJurs aii jugement universel, et rapporter tout ce que leur fournit rÉcriture, qui peut s'appliquer au sujet de la justice des
(1) Arvorniqae ausi Latio se (Ingcre fràlres, Sanguine ab Uiaco popnli
<Ltl'càib, PhàrsalCy P»" liv. v. 127. — Mémoires de Flérhier, p. 44.)