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hommes. Un jésuite à la tète de son collège, et on capucin, le plus vénéraUe de sa province, se signalènDt entre les autres à citer les plus beaux endroits des sunts Pères à la louange des Grands-Jours, et firent voir qi« saint Augustin et saint Ambroise avoient prophétise œ qui se passe présentement en Auvergne (1). »
Nous n'avons pas besoin de faire remaïqner tout ob qu il y avait de choquant dans cette bizarre confiiâoa, dans ce mélange de citations profanes et sacrées, jetèii sans discernement dans les phddoiries et les eenum Avocats et prédicateurs étaient loin d'user modefltCBWt de leur érudition; les vers de Lucrèce ou de Viigii retentissaient journellement dans la chaire et au banaux où les poètes avaient autant d'autorité que les légisiei é les Pères de l'Église. En 1687, La Bruyère raillait apirituellement cet abus : « Ovide et Catulle achevaient à décider des mariages et des testaments, et venaient ifv les Pandectes au secours de la veuve et des pupilles. Il sacré et le profane ne se quittaient point, ils s'étaient glissés ensemble jusque dans la chaire : saint Cyrilki Horace, saint Cyprien, Lucrèce, parlaient alteniativeoiefil; les poètes étaient de Tavis de saint Augustin et de to« les Pères ; on parlait latin et longtemps, devant des fenutf et des marguilliers ; on a parlé grec : il fallait savoir prodigieusement pour prêcher si mal (2). h
(1) Mémoires, p. 39.
(2) La Bruyoro, ch. xv, De la Chaire. — Voy. oncoro dans 1» Plaideurs, conn'ulift roprosoiitôe en IGliS, le discours si amurtitl do r Intimé; Fônelon , Dialogues sur t éloquence , l" dial<^[ Œiw. compl, de Fénelon, vol. VI, j). 5G7; édit. Leroux et Jou^r- On no sait à quollo époque pn'cise fiiront composés les /)W^
Après 1665, ce défaut était encore presque universel, nalgré les critiques de Boileau, les railleries de Racine, et 'exemple de Bossuet. Dans T usage de lantiquité, les oraeurs montaient à peu près le même goût que certain )eiDtre dont nous parlent les Mémoires de Fléchier. Dans in tableau, où on voyait ensemble le pape, les cardinaux, laint Dominique, Tartiste avait représenté « le cheval de Troie, traîné par Priam et par des messieurs et des dames le la ville, qui croy oient rendre un grand sei*vice à leur léesse Minerve, avec toutes les circonstances que Virgile lécrit dans son second livre de V Enéide (1) ». Ce qu'il y a Tétrange, c'est qu'aloi*s la plupart des contemporains ne longesùent pas à réclamer contre ces bizarres rapprochenents, qui blessaient à la fois la raison et le bon goût. La Qode, à cet égard, était si bien prise, que si quelqu'un eût roulu attaquer de tels abus, on eût trouvé encore bien des ^08 qui auraient regardé ces absurdités comme la preuve Tune science extraordinaire, et auraient répondu conune le eligieux répondit à Fléchier choqué de ce mélange du acre et du profane, et surpris de voir saint Dominique kllant de front avec le cheval de Troie : « Je vous avois Aen dit que le Père qui a travaillé à ces ouvrages savoit ort bien les belles-lettres, et qu'il savoit quelque chose le plus que la Somme de saint Thomas ; il avoit lu tous 3S bons auteurs, et entendoit Virgile et Homère comme
I. E. Despois, édit. classique, Avertissement , donne à entendre u'ils auraient été composés après 1G95. Ces Diaiogttes ne furent ubliés qu'après la mort de l'illustre écrivain; on sait qu'il nourut le 6 janvier 1715.
(1) Mémoires, p. 201.
«bh bréviaire ; éi. coihaié il Mt pfëbi aiiUâl ^ ààVAht, il fàisoit un bon haàgd dé ses leciiireA, Vt lié àp^ qiiëit avte bëàùcoiiii d'esi>rit et cb {itékÀ i tM Ht iiâ
Ëtt iéSi. FéDéltth I» tilftiglialt ia«l»iS (tt M Mittgi de» « métadiorphdSDs àDvM» Wëi tlé^ pAMI|Bl nRftM a» ilSëHtufë sàiitte >>. Afitlé là {iHfbé tttt pi liai t If Mër, i^rëâ éë stylé l^biert ël i {>tiïm tftimbtl; 81 llKk a^eb ^lai&lr ëëttë lettre ifê FèbSibâ, éi VIVe; É afif^ UlëUë, ofi la gràé^ lH ^\ÛÈ UatUtëtlb St la ^HH filipi
âb u^ à la {kids fiaé iibtiie, et te ii%gin a Aé6M tdUf) 1% jodis m ghUiti Ibiéii' et tt» aujét HtHiftift pb
ébHrti «h Style âùDlIiii». ^ vbùë fittHUMi émtfÊ', Mliâ&ihéi Si Volis tt'JaVttz )mIS »iAqiië ^ëiiillHè liiifi HT tibh UttUvëllë dé lUëS b^htUhil; tBdl Ibi JbttH M II If f |
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« J'àl quitté ce Hëd-ià; jJbttt- VeHir tHJuVeh W * * SaHat (3); et J'ai t)aâsé à SftHat ëil vëriàht. ti é'}if^ AHf të, t^bbl- y elltëbdre (iiaidër UUë bAdSé tàaSeéslt fité dit^érbns de la villb. Lëilrs ttlitidbyë» Më ittaiittliëi«il(|i* de bbthitiëtibëh [)Ar le bbnlUiëtibëthënt dU vmôé\ ^ '
(1) ÉAnoires, \>. 2(11.
(2) A Issigéac, villdge de la Otthldgiie, où était alori l^jcf' !• de Sarlàt, diicie 'de Fédeldn, t'rànçois d'è Saltguac de I» ■* Féneloii. Il fut évOquo <li' Sarliil poiulant près ll^ trenlem 1G59 tt l(i88.
vfenîr ensiiîlé tdUt droit jiar le déluge jusqu'au Fait. Il Stoit question de (îonner à\i Jiàiii, par provision, à aes éUlTàlils qili n'eii aVoient pas. L'orateur, qui s*étoit coàrgé tté jJàrifei: aux jUgês de leur appétit, iiièla judlcieusémenl iltes sdh jllaidoyét beaucoup ae poihles fort geiitillés ftVec les ^lus sérieuses lois du code, et les méiamorphdsés abVidé àVfec des passages terribles de 1* Écriture sainte. t!e iUélànge, %i KM^htbrme aux règles de l'art, fut à|)plaudi Jlàlr tes auditeurs dé bon goût. Cnacuii crôyoït que les ënfaiits Teroiéilt bonne chère, et qli'urie si rare éloquence âlldit roâd'ei* à jatnàiâ leur cliisiiié. Mais, 6 càpHcé dé là fôirtUhé! qd6i(|ué l'avocat eùl obtenu tant dé loiiaiiges, les enfaUts ne purent obtériir de pàih. On appointa là càl^, c'fesk-àrdire en bonne chicàiie, qu'il hit ordonné à ces iiaalheu're'ux de plaidei- à jeun ; et lés juges se îëfëWht gràveméiit dû tribunal pour aller dîner. Je m'y ëii allai aussi, et je partis eiiéuite iJôiir à|)porter à Mori- Seîgh'eiir Vos lettres. Je suis àVrivé ici presque tncoffnito, ^Ut êpargbér les frais d'une erilrée. Sur lés sept heutés dïl màtih, j'ai surpris là ville ; ainsi, il n'y à ni harangué, ili felêl'èhibfiie dont je puisse Vbiis régaler. Que ne puisjé; pour réjouir W^" dé Là Val, voiis faire part des fleurs de thétori(|bé qu'un lîrêdlcàléuf de village répandit hàguères sur nous, ses auditeurs infortunés! màià il est jdSlë de respecter là chaire plus qiié le bàrreàii (1). »
Jl) Lettre à la marquise de Laval, datée d'Issigeac, 16 juin l(ft!. Issigëâb est lin blieiP-liéu de canton, à\i dè]parieijiènl de la Dordogne, où IV^vèque de Sarlat avait Une mainon de campagne. ■ — (Œuv, compL de Fénelon, édit. Leroux et Jouby, vol. VII,
Négligeant le côté historique des Mémoires sur In Grands-Jours d'Auvergne, nous n'avons examiné qne le point de vue littéraire et moral, le seul qui ooovtnt à notre sujet, et qui pût nous faire mieux connaître les tendances de l'esprit de Fiéchier et le genre de son talent Or, sur cette question importante, les Grands^owrs répandent une lumière complète. Il suffit de lire cet agréable récit, pour voir percer chez le bel esprit les qualités et les défauts du futur orateur. Admirateur de Chapelain et de H""" de Scudéry, l'hôte ordinsdre des cerdes à la mode, familiarisé avec le ton des ruelles, lié avec les précieux et les précieuses en renom, dont il partage les idées, les goûts et les pkûsirs, Fiéchier contracte, au milieu des belles compagnies, ces habitudes fâcheuses qu'il conservera toute sa vie. Il aime les petites oppositions de mots, les phrases d'une symétrie bien régulière, les antithèses multipliées, le genre précieux, en un mot, et gâte souvent sa jolie prose par un mauvais goût et une afiectation déplorables. Mais, d*un autre côté, il se déclare rennemi des fausses précieuses, dont il raille les manières ridicules, la suffisance et le prétendu savoir, et condamne ce vain étalage d'érudition que déployaient, dans leurs plaidoiries ou leurs sermons, les avocats et les prédicateurs du temps.
Je trouve, dans un écrivain modeste, dont la vie laborieuse s'est écoulée au milieu des fatigues et des joies de l'enseignement, un excellent résumé de l'impression que laisse la lecture des Grands-Jours, « Ce sont, dit-il, des propos et des anecdotes de salon, des discusàons subtiles, des analyses métaphysiques du sentiment et de U
passion, où Fléchier raffine sur Tamour et sur l'honnêteté, comme les héros de M"* de Scudéry. Ce sont des épigrammes piquantes; des portraits vifs et bien tournés, qui ne dissimulent pas les ridicules ; des antithèses continuelles, comme dans les oraisons fimëbres. On y trouve aussi quelquefois cette lenteur, dont l'éloquence méthodique de Fléchier n'a jamais pu se défaire, même dans les morceaux pathétiques; cette conscience d'un bel esprit scrupuleux et amoureux de lui-même, qui ne veut rien perdre, qui cherche à dire tout élégamment, comme il faisait dix ans plus tard dans VOraiso7i funèbre de Turenne. Plus jeune, plus à son aise dans les Mémoires^ il ne cache pas le soin qu'il prend de chercher quelque chose de rare, le tour aisé et galant, comme disaient les femmes savantes. Ce mélange de grâce et de recherche, de vérité et de faux goût, de finesse et de subtilité, de vivacité et de froideur, si vigoureusement attaqué par Boiieau et Molière : tel étoit le ton des cabinets de l'hôtel de Rambouillet, et les Mémoires sur les Grands-Jours nous montrent l'esprit des précieuses transporté en province (1). »
Les Grands-Jours dAuvci^gne nous révèlent aussi un écrivain distingué, maître de sa langue qu'il manie avec habileté; un écrivain spirituel, élégant, enjoué, délicat, doué d'une imagination gracieuse, et possédant déjà cet
(i) M. A. Didier, ancicu professeur de rhétorique au lycée Henri IV. Ou lui doit une bonne édition classique des Oraisons funèbres de Bossuet, et une édition classique des Oraisons funèbres de Fléchier; Paris, Dézobrv, i85'2. — Pour le passage que nous avons cité, voy. Oraisons funèbres de Fléchier, édit. Didier, p. 3H.
art dp bien dire, q^'il poitera m m^ A ^. BerfeÇ^QB- Enfin^ ^ans les peintHfe^ de piœmrs, taufl^s q^*\\ tr|f§ \q tableau des crimes ou des f^ihilçssg^ d'îi^tnîh \\ sç fflPfltre observateur Cftrieux et p^nétrftnt de |fi Rî^t^^■e ligm^iine, et annonce le mor^^iste qiji, plfls t^rd, ^a^ns %e§ seyaoîtft au lieu de prêçhçr, oojçç^çàe Ço^isuçt, les yèx\^ dogmatiques ^e la religipfl, fe^a pl«s yqlofltier^ \sl g^xve ^ ilQ§ yices e^ à nos travers;. fAa^s pen aipi (Ips ogiç^oi^ ç)(ag^ rées, il conservera à ^ mpT^l^ ^ ÇffîlÇt^^ d'i^^ttlgepoe et de douceur que qçus. ayqQ9 p\i rf^f^^gue^ dans |e^ Mémoires; son langa^p ^^a cUgqç de \^ (/bftirp : nQt)|§i fjBrme, souyent mêifle yîÇoWÇ^Îi P^Vs Sftqs ?npçrt«ffle, sans violepce, sans çplèye, ^\ gftrd^qt JW^qv.P ^ffi ^S reproches mêmes quelque ç^\ftse ^e çe^te bippvejllapçip qy éta}t particu^iè^fe à l'ors^^uf , et comme ^e fpq^ (^e §ffl ai[mable paiure. Quant ^i{ ^yçrs^ ^^t^S du sty)e des Mémoires^ nous ayons ^k\^ dit notjp flpiniop ^ ce sujet; et d'ailleurs, p.r Içs npipbfeusps citatio^si qye np\^ ^ avons faites, il a été facile d'appfécief le^ cjual^tés de cette prose abondante, souple, color^ç, pleipp ç^e cflfl^n^tçs heureux, semée de traits spirituels, dont les mpjnç|(^ détails sont rplevés par les grâces (^e Ja diçt^op et le charme de l'harmonie. « L'a\iteur des Orçiisom fumbjresx dirons-nous avec Ch. Labi^te, garderî^ la ^*enoxmnée pjtjsible dont il est en possession depu^ p^us, çl'uq siècle et demi; c'est un nom désormais consacré, et qui, bien audessous de Bossuet et de Bourdaloue, a sa place désignée près 4^ Mascaron. Mais une gloire inatt^due et plus douce s'attache désormais au souvenir rajeuni de Fléchier : celui qui a écrit les Mémoires su?- les Gi'ands-Jowh
demeurera certainement comme un modèle d'aménité et de grâce, entre Voiture, qu'il rappelle en le corrigeant, et Hamîlton, qu'il annonce en l'égalant (1). »
(1) Gh. Labitte, Etudes littéraires, vol. II, p. 388.