CHAPITRE V
M amis de Fléchier (suite). — Amitié toute particulière de
Fléchier pour Huet. Différence du caractère des deux amis.
— 'Vers 1659, Fléchier entre en relation avec Huet, et lui
cniroie ses vers latins. — En 1663, Fléchier vient visiter Huet,
m Normandie. — Huet engage son ami à faire Toraison
funèbre de Marie-Eléonore de Hohan, abbesse de Malnoue.
— En 1690, ces relations continuent encore. — Fléchier fait
ix>inmer Huet à TAcadémie française, presque malgré lui.
Buoours remarquable par lequel il répond à son docte ami.
Fléchier eut des rapports beaucoup plus fréquents avec
Hnet; de bonne heure, ils furent unis Tun et l'autre par
te» liens d'une étroite et solide amitié. On sera, peut-être,
tet snrpris de trouver deux vrais et fidèles amis dans
^ deox hommes différents d'habitudes , d'idées et de
ttractère. L'un, violent et emporté quelquefois, même
^ec ses meilleurs amis (1), d'un naturel assez difficile,
^ la contradiction irritait, et qui avait bien, <( grâce à
*D air natal, quelque ouverture pour le jargon de la chi-
^c (2) » ; l'autre, au contraire, doux envers tout le
^<ïnde, officieux pour ses inférieurs, commode à ses
^au2, aimait peu les procès; et, tandis que Huet se
**)Voy.le8 Mémoires de Buet, édit. Gh. Nisard, p. 20.
^) Histoire de r Académie franc. Edit. Gh. Livet, vol. II, p. 358.
montra presque toujours intraitable, et fit valoir intrépi dément ses droits, Fléchier relâcha volontiers des siens, < préféra sa tranquillité au gain d'une cause, alors mên qu'elle lui paraissait juste (1). Tous deux aimèrent beai coup Tétude : mais chez l'un, ce fut un goût calme et trai quille; chez l'autre, ce fut une véritable passion, qu conserva jusqu'à la plus extrême vieillesse, et c'est sai vanité qu'il pouvait dire : « Je cède volontiers à beaucoi de gens studieux la gloire du succès de leurs études; ind pour l'amour des lettres, je ne le cède à personne ( monde (2). » L'un et l'autre eurent des ccpnnaiBâaiK variées; ils s*appliquèrent tous deux à Tétude de Tel quence, de la poésie, de l'histoire, et des lettre» en | néml ; tnai^ Fléchier ne prit en quelque sorte que là flê de la science, tandis que Huet aborda les questions ! plus âpres de l'érudition, et mérita, par la vaste éteddU0 ses connaissances, d'être appelé le Varron f fonçais , Ckk étonnante, ni les frivolités de Ift jeunes^e^ ni le tUmuild la cour, ni les distractions du monde, ne purent l'arracl à ses travau^K, qu'il poursuivit jusqu'à la fin de ëa vie aif une ardeur qui ne se ralentit jamal&i « Ni le feu de jeunesse, nous dit-il, ni l'embarras des affûresi ni diversité des emplois, ni la société de mes égaux» la pi part d'inclinations fort diflérentes, ni le tracas du mdod n'ont pu modérer cet amour indomptable de l'éftiditi
(1) Tôt. Places jdstlficrttlvds!, Vt, la lettre fioblc*ftlmtt r(»^lgti que Fléchier écrit à M. do Nol)ilé après la perte d'un procès. Sur les nombreux procès de Hileli voir humï ses Mémoireii éà Ob. Nisdfd. p. "Hi et siliv.
{'l) Huetiana, p. 3. Paris, Jacques Etienne, i7?2, 1 vol. in-1
qui m*a toujours possédé : et, dans Tâge avancé 0(1 je 8uia, je le sens aussi vif qu'au plus fort de mes fitude9(l). B
Comment Huet, le rôi dei opiniâtres, c'est ainsi que Vappélait un jour le duc de Montausier, put^il se plaire dan« la société d'un jeune homme qui lui ressemblait si peu f De tels contrastés ne sont pas rares en amitié \ nous ne choisissons pas toujours pour amis ceux qui nous ressemblent lé plus par les mœurs, les goûts ou le caractère. Quels hommes plus différents en toutes choses que Biulus et Clcéron! et cependant, la rudesse du sévère stoïcien a-t-elle empêché l'immortel orateur d'admirer et d'ilwer cet inflexible Romain, à qui on ne peut rien reprocher dans sa vie qu'une vertu, peut-être excessive, et une fidélité parfois rigoureuse à ce qu'il croyait ftresott devoir? Et, de son côté, Brutus a-t-11 été moins
attaché 4 Clcéron, parce que celuî-cl, plus faible et aussi plus crédule que son ami, avait encore sur les projets de César et sur la triste situation de la république, Weu des Illusions que rillustie vaincu de Pharsale était loin de partager (2)? Non, assurément; pour se comprendre et s'aimer, on n'a pas besoin de se ressembler parfaitement. L'amitié vit de concessions mutuelles; c'est ^qui explique comment des personnes, différentes d'âge,
*»siiuatlotii d'habitudes j souvent même de caractère, con-
II) ItueWflna, p. 3.
'î< Sur cette amitié de BrUtus at do Cicéron, Voyftz dalls If Woavrtige de M. (Tastotl Boissicr, Cicéron et ses amis, le cha- P"te Intitulé : Brutus, w relations avec Cicéron, jj. 405 et sUiV. ^ vol. ia.80, [,aris, Hachette, 1805.
çoivent l'une pour l'autre une de ces profondes et sincèrtf affections qui font le charme de la vie tout entière, affectioc qui résiste à toutes les vicissitudes de l'existence^ soi laquelle ne peuvent rien ni les succès, ni les revers; qui la présence ne rend pas plus vive, que ne diminuent paf les douleurs d'une longue séparation, qui reste enfin toujours la même, et que le temps, qui emporte tout datf son cours, respecte comme une chose sacrée, comme s elle avait l'unique privilège de ne vieillir jamais.
Ne soyons donc pas surpris que Huet et Fléchier, si pei semblables par certains côtés, aient été attirés l'un ver l'autre ; qu'ils aient aimé à se voir, à causer de leurs étude communes et de leurs travaux commencés. D'ailleurs, ai fond, Huet n'était pas aussi terrible qu'on pourrait bien 1 croire : ce qui nous le prouve, c'est qu'il eut des amis nooi breux et dévoués qui lui restèrent fidèlement attachés. L bonne et douce M"* de la Fayette recherchait sa société, c lui écrivait des lettres charmantes dont plusieurs nous on été conservées (t) ; l'indulgente M"® de Scudéry vantait l'i grément de son commerce, et aimait à le recevoir dans s modeste demeure de la rue de Beauce, au Marais, apr{ les beaux jours de l'hôtel de Rambouillet ; enfin, il fi
(1^ On trouve u la Bihl. nationale, département des manuscriti une Correspondance de Huet avec les personnages les plus célèbn de son temps. Ce recueil, ({ui est plein dlntérèt, renferme vingt cinq lettres inédites de M"»" de la Fayette, des lettres de M"« d Scudéry, do Mn»«de Montespan, de Montausier, de Chapelain, d Ménage, de Bossuct et de bien d'autres encore. Il serait à désire qu'on fit, pour cette correspondance de Huet, ce que M. Tamiie de Larroque vient de faire pour les lettres de Chapelain ; cett publication, nous en sommes sûr, serait accueillie avec un grande faveur.
Tami et le confident de deux femmes aimables, aussi distinguées par leur esprit que par leur vertu, de Marie-Éléo- Dore de Rohan, d* abord supérieure des religieuses de la Trinité, à Gaen, dans la suite, abbesse de Malnoue; de Gabrielle de Rochechouart, abbesse de Fontevrault, qu'il connut dans sa jeunesse, et avec laquelle il conserva toujours les plus agréables relations (1).
De plus, Fléchier qui avait intérêt à gagner les bonnes grâces de Huet, dut se résigner à supporter patiemment les aspérités de ce caractère turbulent. Celui-ci, en effet, venu à Paris jeune encore, avec le désir de connaître « les honunes fameux par leur esprit et par leur' savoir (2) » , se vit dès l'âge de vingt ans en commerce avec tous les princes de la littérature qui vivaient alors : Saumaise, l^étau, Bocbart, Heinsius, Descartes, Ménage, Gassendi et bien d'autres encore qu'il nomme dans ses Mémoires^ comme Chapelain, Pellisson, Desmarets de Saint-Sorlin, Benserade, Santeuil et Conrart (3). Vers 1659, Huet, iDalgré sa jeunesse, jouissait déjà d^une réputation que lui avaient méritée ses rares connaissances, qui étaient vraiment extraordinaires dans une personne de son ige(4).
<i) Malnoue est un petit village de Seine-et-Marne; il y avait wtrefoig une abbaye de Bénédictines. — Fontevrault, célèbre *^baye de Bénédictines, dans le dép. de Maine-et-Loire. C'est ^ourd'hui une maison centrale de détention, pouvant contenir l,âOO détenus. On y a annexé une colonie agricole. Voy. : Mé" woï'm de Huet, p. 122 et 239; Edition de M. Charles Nisard. i-)Mifmoir« de Huet, p. 125.
^^^^0). Buetiana, p. 4.
1*1 Huel nous apprend lui-môme qu'il fit son premier voyage * Pans, à l'âge de vingt ans, et qu4l se lia avec la plupart des
Fléchier arriva à Paris au mois d'avril de Tannée i65
aiisBitôt nous le voyons empressé auprès de Huet, ch
chant à obtenir Tamitié de celui dont on admirait d
rinépuisable érudltîop, et qui, ^ la fois philosophe, (
tique, giammairien, était en même temps un excella
poète latin (1), Fléchier qui, lui aussi, de son côté»f
niait assez bien la langue de Virgile, sç servit de s
talent poétique pour lier amitié avec Huet. fiomm^il Vi
envoyé des vers latins à Chapelain, il en envoya au JA
érudit, les soumit humblement à. son approbation,
promettaiit de se monti'er docile à ses avis. La lett
pleine de réserve et de modestie, annonce une amitié (
commence à peine.
« de n*est pas sans confusion^ monsieur, que je vi
envoie ce petit poème (2) ; et, si je ne m*y étois enga
moi-mùme, je n'aurois pas commencé à vous témQijp
si^vants (lu (U)tto époqiiû, Or, Huet uaquit. pQua dit d'OUveV 8 février 1030; il vint donc à Paris vers la fin de 1650 ou commencement de IG.M. {Histoire de P Académie française, é lion de M Cli. Livet, t. II.)
(1) « Ce qu'il y a de merveilleux, est que réruditioû uDiveri< de l'auteur n'a laissiV nulle trace d'obscurité, ni de séchcre dans aucune de ses pièces: ([u'on y remaniuo en toutes lamé élégance «le style et la même vivacité, en sorte que celles qu'i faites à quatre-vingta ans et plus, sout ausai pleiaoït de feu ( les poésies de sa plus verte jeunesse. » {Menagiana, t. III, p. f 8ur le style dod* diiTérents ouvrages de Huet, voir l'a])pFéciati moins élogieuse et plus juste de M. Flottes, p. 21 ; Eiudi Daniel Huel, par Tabbé Flottes. 1 vol. in-8**, Montpellier, Fé Séguin, 1857.
(2) Il s'agit ici de l£L pièce composée en Ihonneur de Matari « Eminentissimo cardinali Julio Mazariuo, carmen eucbaristici ob paccm Gallia) etllispaniai partam, anno 1660 u. {ŒuwetcQ fûèt€i, t. IXi p. 9i.)
mes respects p^v uqe si misérî^bl^ confidence ; mais il est difficile dp rompre upp preipière parole, et j'ai cru qu'il yaloit mieqx passer pour mauvais poètaj (}ue pour infidèle etpeu^Bcèreami. Vous vpye?, monsieur, que je ne suis P^ si modeste que yQus çysaiejç pensé, et que vous avez aff^re à up bpipme hardi et confiant, qui prend déjà des titres d'îupitié, qui veut se mettre en réputation auprès de vous, et qui se hasarde ^ se décrier, quelque intérêt qu'il ^t à s'établir dans votre esprit. Je ne prétends pas
poBTtapt d'être fort criminel, et c'est ^ vp\is, monsieur!
i répoQdre^e toutes mes hardiesses : ce fgnds de bonté
W'pp reconnoît en vpns à la première visite, donne une
ÇQpfiaqce extraordinaire; et quand M. Graindorge ne Q'^Wqt pas assuré qne yqus ave^ toutes les inclinations ^lîces et obligeantes, il me sufliroit de vpns avoir vu« Cela veut dire que je vous envoie mes vers presque sans rougir ; ils ne sont quasi pas sortis de mon cabinet, et je Iû8 tiçms ^y rang de mes occupations secrètes : que s'ils »nt tombés entre les mains de deujç ou trois savants,
ç'e«t avec précaution et sans faire connoître leur auteur»
.Cwnne j'ai toujours eu assez mauvaise opinion de moi-
*Ne, j'ai toujours véeu sans ambition, et je n'ai été jus-
îu'ici homme de lettres que pour moi. Je suis dans le des-
*wï 4e persévértr dans cette vie cachée, et de he rendre
Waais mes défauts publics. En me réduisant à cette juste ^tenue, je me réserve quelqiies confidences particulières ; rteommemea petites études ne méritent aucune approba- "fttion, il eat juste que je leur procure quelques censures, ^ <ïue je m'instruise sans me décrier. Vous serez toujours, ^liieur; un de ceux à qui je ferai gloire de communi-
quer mes foîblesses, et dont je rechercherai les avis M plus de soin. Il n'est personne qui aime mieux d*Mi averti que moi. J*ai déjà reçu quelques avis sur < poème, et j*en ai corrigé ailleurs quelques endroits , ma je vous envoie une des premières copies (1) . Je suis bk aise de vous faire la confidence entière, et de vous témo gner que quelques avis que j*aie reçus, ils me seront ph agréables quand je les tiendrai d'une personne que je ca sidère infiniment. Je ne puis pas m'empècher de voi témoigner mon impatience pour Timpression de vot livre et de celui de M. Graindorge (2). Les Vbrrons-iMN bientôt? Les imprimeurs ne cesseront-ils jamais d*èti paresseux ? Qui nous payera le temps qu*on nous fa perdre? Je me rendrois volontiers poète sur cette matiër mais il n*est pas juste de vous accabler d'abord de mi chants vers ; et il me suffit de .vous dire que je suis c tout mon cœur, votre, etc.. (3) ».
Quelque temps après, Fléchier qui, à l'exemple i tous les poètes officiels du temps, venait de chanter I naissance du Dauphin, communiquait encore ses va à son savant ami, et joignait à son envoi une lettf flatteuse, remplie d'éloges délicats, toute parfumée d « quelques grains d'encens odoriférant ».
« Je vous envoie, monsieur, un petit poème de m
(i) Copie dans le sens d'exemplaire.
{t) Il s'agit ici, sans doute, d'André Graindorge, compatriot de Huet, né à Caen, en 1616, mort en 1676. Huet fait un be éloge de lui dans ses Mémoires, p. 33 et suiv. Edit. Ch. Ni sard.
(3) A la fin de la lettre, on lit : Aitx Bergeries, ce 31 mtM environ 1661. {Œuvres complètes de Fléchier, t. X, p. 20.)
—Sus —
façon, sur la naissance de Monseigneur le Dauphin (1). te n'est pas sans quelque pudeur que je vous offre de méchants vers, après en avoir reçu de si beaux de ^ous, et je vous assure que j'ai été sur le point de renoncer à mon généthliaque, après avoir lu la relation de votre voyage. Y a-t-il rien de plus doux, de plus naïf, de plus juste et de mieux tourné que cet ouvrage? Les quatre vers à la louange de la reine Christine ne valentils pas un éloge tout entier? Et votre voyage de Suède De vaut-il pas celui d'Horace, de Rome à Brunduse? Je vous avoue que j*ai d'abord pensé que je lisois sa cinquième satire (2); et, que si j'eusse lu Plotius, Varius et Virgile, au lieu de Vossius, de Heinsius et de Bochart, jaurois pris votre ouvrage pour un ouvrage du temps d'Auguste. Mais je n'ose pas vous en témoigner tout ce que je pense. Il sembleroit que je voudrois vous prévenir en ma faveur, et vous demander par bienséance les louanges que je vous donne par justice. Je n'ai donc qu'à vous offrir mes très humbles services, et à vous dire que je suis, de tout mon cœur, votre, etc. (3). »
Une fois devenus amis, l'intrépide travailleur et le doux abbé ne se perdirent plu? de vue ; ils profitèrent ^e toutes les occasions pour se voir. Jusqu'en 1670, Buet vécut à Caen, sa patrie, « sans emploi, tout à lui
(1| Le Dauphin naquit le l^^"" novembro 1661.
l*l Horace, liv. I, satire V. — La pièce dont parle Fléchier ^ imilulée : lier Suecicum, et insérée dans le Recueil des vers ^diHuei, p. 77. Carmina Huetii... 1 vol. in-12. Paris, Bar- ^u. llGl.
<^)I>atée de Paris, le 18 février, 1662. (Œuvres complètes, t. X, p. îl.|
iO
et à ses livres, ne se dérangeant que pour venir Uiu les ans se montrer un ou deux nHtis à Paris (1). Kn 1663, Fléchier, qui était déjà lié avec Huet, fit I voyage de Normandie pour voir M. de Montausier, depu peu gouverneur de cette province (i). Notice voyageur i négligea pas une si bonne occasion de surprendre so ami; sans l'avoir averti, il arrive à Gaen, pénétre su bruit jusque dans sa bibliothëciue, et se jette à YimfÊ vîste à son cou, sans lui donner le temps de se reem naître, Huet, qui raconte ce fait dans ses Mimom avoue qu'il fut charmé de la visite inattendue de o 2^Te^\à hmXy jucundissimus amicus. « Comme ilpasfl dans le pays de (40utances, en basse Normandie, et qi nous étions amis d'ancienne date , il vint à pas de kn me surprendre dans ma bibliothèque, et se jeta à mu
(1) D'0\i\Qt, Histoire de P Académie française, t. II, p. 155. £d Ch. Livet.
{2) DaDS son Inlroductiçm aux Métnoins sur les Grands-Jm M. Sainte-Beuve fixe lu dut^î de ce voyage ù l'aunée 1662, croit que Fléchier fut amené dans cette province par le désir voir M. de Montausier, avt>c qui i\ commençait à être en relatic M. Dolacroi:^ pense qwQ ce fut une circonstance imprévue qui conduisit en Normandie. « On suppose, dit-il, qu'il allait v M. de Montausier, alors gouverneur de cette province; mai» vrai oat que M. do Montauiûer ne fut nommé en Norniiuidie q le il mai 1003. » [Histoire de Fléchier, p. U,) — Il noug par cependant que M. Sainte-Beuve ne s'est jias trompé sur le mc vérital)le du voyage de Fléciiier. Son opinion est pleinement ji tifuM^ par un passage des Alémoire'i de lluol. Après avoir parlé la vÎMito de Fléchier, iluet ajoute ])res(fuc aussitôt : «Ad époque, le duc de Montausier parcourait la province de N( mandie dont il était gouverneur dcpuig ))eu. (L. IV, p. 151.) sera donc en 1003 et non en 1002 que Fléchier aura fait ce voyaj mais il y sera venu, comme le suj)]K)se avec raison M. Sain Beuve, dans le but de voir M. de Montausier.
cou, sans me donner le temps de me reconnaître. Sa présence me fit un singulier plaisir (1) . » — « On voit tl*ici, ajouterons-nous avec M. Sainte-Beuve, cette jolie scène familière des deux futurs prélats, dont l'un petit abbé alors, et l'autre un simple gentilhomme normand (2). » Loi'sque , quelques années plus tard, ils furent appelés à la cour par la faveur de M. de Montausiw (3), qui les estima également l'un et l'autre, il est fecile de comprendre avec quel bonheur ils durent se retrouver, avec quel plaisir ils reprirent leurs doctes en- Wens, fréquemment interrompus par l'éloignement volontaire de Huet.
A partir de ce moment, ils eurent des rapports plus sinvis, et il se forma entre eux une véritable intimité. Wéchier a-t-il à résoudre pour M. de Montausîer une Question difficile, il s'adi-esse au sous-précepteur du DaupWn, le priant de lui fournir la réponse qu'il ne pouvait *)nner lui-même (4). S*il a quelqu'un à patronner, c'est encore à Huet qu'il a recours, bien persuadé que sa de- ®^de sera écoutée avec bienveillance, et sa recomman-
\^] Mémoires, 1. IV, p. i51. Traduction de M. Gh. Nisard.
^Introduction aux Mémoires sur les Grands- Jours, p. ix.
(3) Ce fut en iG70 que M. de Moatuusier fit donner à Huet la "'^rge de sous-précepteur; Fléchier était déjà lecteur du Daupûia. Sur la nomination do Huet au poste de sous-précepteur du "**iphin, voir les remarques de M. Tabbé Flottes : Etude sur ^"^IBuei, p. 63. M. Flottes démontre clairement qu'on 1670, *a mort de M. de Périgny, précepteur du Dauphin, quand il •*^lde lui donner un successeur, Louis XIV fit choix de Bos- ^ ^'après ses inspirations personnelles, et non parce qu'il >w^t le conseil de Moutausier. Le gouverneur appuya davantage ^ nomination de Huet.
(^) Voir plus loin quelques détails à ce sujet.
dation favorablement accueillie (1). A son tour» Huet désirait-il trouver un orateur capable de célébrer dignement les vertus et le savoir de Tune de ses plus illustres amies, Marie-Éléonore de Rohan, Taimable et savante abbesse de Malnoue, c'est Fléchier qu'il chargeait tout d'abord de cette honorable mission. Mais celui-ci, dont la santé était alors ébranlée, et qui était réduit « à prendre du lait pour rétablir sa poitrine afToiblie », n'accepta pas l'offre de son ami. Nous ne pouvons nous empêcher de regretter ce refus de Fléchier; car, mieux que personne, l'élégant panégyriste de M""" de Montausier pouvait faire l'éloge d'une femme aussi distinguée par ses talents que par sa piété, qui avait été liée avec les hommes les plus remarquables de son temps, Conrart, Huet, la Rochefoucauld, Pellisson, et qui joignait « à l'éclat de la naissance un grand esprit naturel, et parlait et écrivait avec une rare facilité (2) ». — « J'ai bien du déplaish-, monsieur, de n'être pas en état d'entreprendre l'oraison funèbre M""** de Malnoue. Je sais combien vous l'honoriez; je sais à quel point elle méritoit d'être honorée, et quelque sujet
(1) Voy. une lettre inédite de Fléchier à Huet; Pièces justificatives, VII.
(•2) Mémoires de Huet, p. 122. Edition de M. Ch. Nisard. — Dans les manuscrits de Conrart (t. II, 151, Belles- Lettres fran' (aises), on trouve quelques lettres fort spirituelles de M"»" de Rohan. — Voir : Poésies d'Aune de Rohan-Soubise, et lettres d'Eléonorc do Hohan-Monthazon, abbesse de Caen et de Malnoue, à divers membres de la Société précieuse, publiées pour la première fois avec notes et introduction par M. E. de Barthélémy. Paris, 186*2, petit in-S^. — Voir encore M. V. Cousin, Société française,\o\. I, p. 217 et vol. H, p. 242. — Madame de Sablée p. IGG et suiv. Édit. ic-S*.
que j*eiisse de me défier de mes forces, j*aurois reçu de grands secours de la grandeur du sujet; mais, ni les occupations dont je suis chargé maintenant, ni ma santé qui me réduit à prendre du lait pour réparer ma poitrine affoiblie, ne me permettent pas de prêcher de longtemps. Ayez la bonté, monsieur, de recevoir mes excuses et de les faire savoir aux dames qui m*avoient fait l'honneur de jeta: les yeux sur moi pour un sujet qui les louche, 6t qui m'auroit été fort avantageux, puisque c étoit une occasion de leur témoigner la vénération que j'ai pour la loémoire de leur illustre abbesse et le respect que j'ai pour elles. Si j'avois pu sortir, j'aurois eu l'honneur de vous vbir ce matin, pour vous assurer que je suis, mon • siair, avec respect (1), etc. . .
Bien des années après, alors qu'il n'était plus à la cour, et qu'il vivait retiré à Lavaur (2), Fléchier écrivait Qïcore à Huet, qui venait de le féliciter de sa récente Domination à Tévêché de Nîmes. Celui-ci se souvenait toujours de leur ancienne et sincère amitié^ regrettant,
Correspondance de Haet, 3 vol. iQ-8, Bibliothèque nationale; Suppléments français, 5272, p. 292; Département des manuscrits. Lettre inédite, publiée seulement en partie par M. I)3la- ^ii; Histoire de Fléchier, p. 169, en note. — Cette lettre est •^ de Paris, le 14 avril, sans désignation d'année; mais il est Weat qu'elle est de 1681, puisque l'abbesse de Malnoue mourut teUvrillÔSI.
RI Fléchier avait été nommé à révèché de Lavaur. le 12 M^embre 1685 ; mais les dilTérends survenus entre la Cour de Roni« et celle de France ne lui permirent pas de se faire sacrer ^^ue; pendant toute la durée de son séjour à Lavaur, il gou- ^*nia 80Q diocèse en qualité de vicairo général du chapitre, '^ierfai ensuite nommé à l'évéché de Nîmes, vers le milieu ^eVaunéeieST. (Voir Ménard, p. 29 et suiv.)
disait-il, de ne pouvoir aller à Paris, jouir du chin cette conversation si douce et si savante dont 0 il souvent profité (1). Plus tard encore, lorsque la i en les privant Tun et l'autre de leur meilleur tt de leur plus puissant protecteur (2), lui foundl douloureuse occasion de se signaler une demièft dans la chaire, l'orateur ne manque pas d'envoyai oraison funèbre à Huet, avec lequel il avait longl partagé la faveur de M. de Montausier. En lisa lettre de Fléchier, on sent que Taffection étsdt i toujours la même entre les deux amis, vive et pro comme au temps de leur jeunesse.
« Je reviens de la campagne, Monseigneur, et ; trouve ici le paquet que j'y avois laissé pour vou sont les deux oraisons funèbres que j'ai faites poui dame la Dauphine (3) et pour M. le duc de Montausier. le temps de votre départ, comme je ne me trouvois ; Paris, j'avois donné ordre qu'on vous portât la premiè je ne sais pas précisément si l'on s'est acquitté de ma mission. Pour la seconde, elle est plus faite pour Monseigneur, que pour un autre, puisqu'elle cor l'éloge d'un homme que vous avez honoré, et qui a c et estimé, plus que personne, votre savoir et votre v
(1) Cotte lottro de Flt'îchipr ost in(»(lito. (Voy. Piècos jusl tivos, VII, lettre datée do Lavaur le 12 septembre.)
(2) Né le G octobre 10 10. M. de Montausier mouri 17 mai 1000, i\gé do près de qaatre-viiigt-cinq ans.
(3) Marie-Anne de Bavière, née à Muïiich, en IGGO, mo 20 avril 1000. Fléchier prononça l'oraison funèbre de cette cesse à Notre-Dame, le 15 juin 1000. — Celle de M. de Moi sier fut pronoucéo à Téfrlise dos (^armélitos du fauboiîrg S Jacques, le 11 ajùt do la mémo année.
Le commei'ce d'amitié que vous avez eu avec lut, Votts avoit fait voir de plus près la bonté, la droiture et là fidélité de son cœur, et sa mémoire tous en est d'autaut phi8 chère. Recevez donc, Monseigneur, le portrait qttft j'ai essayé d*en faire^ et suppléez, par les connoissances que vous avez de mon sujet, à la foiblesse de mes exprès* sions et de mes idées. Les vôtres sont toujours nobles et sublimes. J'ai lu avec admiration votre det^nier livre (1). Qtielle profonde érudition ! quelle politesse de langage ! quelle force de raisonnement! Je n'entreprends pas de TOUSdonner des louanges que vous méritez. Qui est*Cë qui lepouiToit faii*e? Je me jjon tente de vous assurer que perwnne ne vous honore plus, et n'est avec plus de respect et d'attachement que moi. Monseigneur, votre... etc... »
6 A Paris, ce -13 septembre 1690. »
Nous n'hésitons pas à le dire, cette admiration pour Huet était sincère. En 1690, alors qu'il n'a plus besoin ni de sa protection » ni de ses conseils, Fléchier parle absolument comme autrefois, comme en 1661, tandis lu'il voulait s'insinuer doucement auprès d'un homme ^jà célèbre, et en relation avec les pereonnages les plus distingués à Paris par la naissance ou le talent, lais aujourd'hui que Fléchier est déjà vieux, que sa Station est faite, qu'il est arrivé à une haute fortune, Oûabien le droit d'affirmer qu'en vantant la profonde ^ition de son ami et la force de son raisonnement^ "évêque de Nîmes exprimait franchement sa pensée.
(ï)n s'agit saQs doute ici de l'ouvrage de Huet, intitulé : QtUes-'^ ^ Alrotena?, imprimé à Gaen, en 1690.
Celui-ci avait la plus grande estime pour le lalei Huet. Fléchier, en effet, fut au nombre de ceux q furent entrer, presque malgré lui, à 1* Académie çaise. Absorbé par ses différents travaux, surtout les immenses recherches qu'exigeait la préparatio sa Démonstration évangéliqiie^ Huet ne pouv^t se gner à négliger cette grave étude ^ pour perdre son 1 u en visites de cérémonies, assister aux séances, et noncer des discours en public i» . Les amis, qui é nombreux, « ourdirent contre lui une véritable piration » ; sans s'arrêter aux motifs qu'il fsdsait i ils le dispensèrent des visites d'usage et le ref membre de leur compagnie. « A la tète de cette fa nous dit-il dans ses Mémoires^ étaient Bossuet, Peli Courcillon, marquis de Dangeau, Fléchier, Méxe plusieurs autres, que M. de Montausier s'efforça! tous les moyens, de confirmer dans leur desse résultat fut que j'entrai dans cette compagnie, moi, et à mon corps défendant, 1674 (1). »
Par une singulière coïncidence, l'un des c et, parmi eux, le meilleur ami du récipienda chargé de lui répondre. Le choix ne pouvait i heureux : car Fléchier, depuis peu membre c demie française (2), avait à louer « l'un des pli hommes de son siècle (3) », un écrivain,
(1) Mémoires de Huet, 1. V, p. 190.
(2) Fléchier avait étc^ roçu lo 12 janvier 1673; Iluf 13 août 1074.
(3) t Je vous envoie un petit livre qui contient c et quelques poésies, qui furent prononcés à VJ j'avois l'honneur de présider à la réception d'un de
'il connaissait intimement depuis de longues années, dont il avait pu apprécier les remarquables quaes. C'était là pour Fléchier une occasion solennelle i rendre une justice éclatante à celui qui avait été le moin de ses premiers travaux, qui s'était intéressé à » modestes débuts, et qui, dans le monde des lettres, •Hissait, à cette époque, de la plus légitime considéraim. Le futur prélat paya généreusement le tribut de iconnaissance qu'il devait à Huet; ses éloges, mesurés ais justes, distribués avec cette souveraine délicatesse l'il savait mettre en toutes choses, exprimés avec une «tinction et une élégance parfaites, charmèrent le nouvel ladémicien qui se montra pleinement satisfait de son ni(l).
mmes de notre siècle. Pour le discours que je fis au roi, à la « de rAcadémie, lorsque Sa Majesté revint de sa conquête do Pranche-Gomté, je ne manquerai pas de vous en faire part 8 que je Tau rai fait imprimer. • (Lettre datée de Versailles, octobre, environ 1684. Œuvres complètes de Fléchier, t. X, 44.) Cette date de 1684 nous parait bien difficile à accepter : elle était exacte, il faudrait admettre, ce qui n'est pas »yable, que Fléchier n'envoya qu'en 1684, c'est-à-dire après u de dix ans d'intervalle, un discours prononcé en 1674. De 18, pour ce qui regarde le discours qu'il fit au roi, à son retour la Franche-Comté, Fléchier annonce qu'il l'enverra dès qu'il «ra fait imprimer. Or, dans les Œuvres complètes de Fléchier, IX, p. 5S, ce discours porte la date de 1674 ; il n'est pas pos- ^le qu'il ne fût pas encore imprimé on 1684. Evidemment, il lia une faute d'impression : au lieu du 16 octobre, environ 1684, "ïinie porte le fragment de la lettre que nous avons citée, il «tlire : 16 octobre, environ 1674.
(l)Dan8 ses Mémoires, Huet énumérant les écrivains dont il fW alors le collècrue, Gonrart, Mézorai, Corneille, Racine, tenseradc, Pellisson, etc., termine ainsi sa liste : « Enfin Esprit •^w, depuis évèque de Nîmes, personnage d'une grande
(le discours de Fléchier, moins connu que celui qu'il ])rononra, quand il fut reçu lui-même, est cependant beaa* coup plus remai*quable. Le récit des nombreux travatti de Huet, le tableau des premiers âges de l'Académie, h peinture des hommes qui y entrèrent à l'époque de sa foD» dation et le portrait de l'académicien véritable, tout cela ert décrit avec l)eaucoup d'intérêt, dans un style excelleatt plein de Knlce, de finesse et de distinction. De si précieum qualités ibnt de ce discours le vrai modèle d'un gttUVt qui, s'il n'exige pas beaucoup de force» de hardiesse ou dl chaleur, demande toujours du goût, de la précision^ de II politesse et du natui^eh L'éloge même de Louis \lV,parftl* tement amené, n'a rien d'exagéré, et parait bien motklB Ifis» pire par le sentiment des convenances,- que par le désir de remercier, au nom d'une illustre compagnie, le prince qui avait rendu aux lettres de si mémorables services. NcHtf ne pouvons résister au plaisir de reproduire ici ce discours. Dans toutes les paroles de Fléchiet", on sent te langage d'un ami heureux de faire l'éloge de son ami, heureux de lui donner ainsi un témoignage public de »D affection.
iMoqiioniM». Il «Huit directeur tlo l'Académio le jour de ma itoP" lion, yiiaud j'eus dt'bité, en présence d'un nombreux auditoire, le discours d'usîijic. il nie lit une réponse éloquente, où il w^ loua beaucoup. » [Mémoirts de Huet, p. 19*2.)
Réponse de M. Fléchier au discours de M. tahbé ît/ef, le jour de sa réception à F Académie francoise^
f( Monsieur,
« L'Académie n'entrepi*end pas de répondre aux louaii>* ps que vous lui avez données^ ni de vous donner celles fue vous méritez vous-même» Le remerciement que vous mm de lui fhire la confirme dans Topinion qu elle avoit fevous; et la reconnoissance que vous lui avez témoignée i éloquemmeut^ lui fait conuottre combien vous éties ligne de la grâce que vous cmyex qu'elle vous a faite.
« Vous appelée ainsi^ monsieur, le choix qu'elle a fait de '«B pour remplir une de ses places, et vous croyez tenir le sa bouté ce que vous ne devez qu'à son jugement ** Ba sagesse. Quelque désir qu'elle eût depuis si longwnps de \'0us voir dans ses assemblées^ elle a suivi ses M» plutôt que ses incUiiations ; rien ne l'a prévenue en otPB faveur que votre pi*opre mérite; elle a eu plus •égard à sa dignité qu'à vos emplois ; et, cherchant à se lire approuver du public, plutôt qu'à se satisfaire elle- Ane en vous associant à tant de personnes illustres qui i composent, elle a bien prétendu vous faii-e honneur, ■•is elle n'a pas cm vous faire grâce.
w Elle regrettoit la perte qu'elle avoit faite, et ne pen- '^it qu'à la réparer. Vous le savez, monsieur, elle' voit i^ec douleur céder à la nécessité fatale des ans ces '^nies choisis qui présidèrent à sa naissance, qui for- "^rem sa première réputation, qui ont suivi toutes ses 'ortunes, et qui l'ont relevée par leurs ouvrages jusqu'au
degré de gloire où elle est montée; ces hommes de premiers âges, où les lumières étoient si pures* la sociél si douce, l'émulation si noble, la vie si tranquille et f innocente ; ces hommes qui ayant reçu, pour ainsi dire les prémices de Tesprit académique, l'ont entretenu dan la compagnie; et qui, joignant la raison à Tusage, et le réflexions à l'expérience, ont été tout ensemble nos coo pagnons et nos maîtres, et nous ont laissé des règles et de exemples de bien parler, de bien écrire et de bien vifie
« Tel étoit celui dont vous occupez aujourd'hui il place (1); son imagination vive et féconde, son discomi pur et poli, sa raison droite et éclairée, son génie noble e élevé, ont paru dans ses narrations ingénieuses, où, sooi des noms de héros supposés, il représentoit des vertui véritablement héroïques.
« Ces pertes ne peuvent être que très sensibles, mais grâce au Ciel, elles ne sont pas irréparables. Le siècle es fertile en beaux esprits ; nos suffrages ne peuvent tombe que sur de bons sujets, et nous n'avons jamais eu plus d droit d'espérer cette glorieuse immortalité que le destii semble avoir promise à l'Académie.
(( Vous commencez, monsieur, à y partager avec noo tous les avantages qui s'y rencontrent : jusqu'ici, il mao quoit quelque chose à votre gloire et à votre réputation et vous montez aujourd'hui comme d'un degré dan Tordre des lettres.
(!) De Gombervillo, an vers IGOO, mourut à Paris, le 14 jui i67'i; un des premiers membres de l'Académie française, autei (le romans ennuyeux, entre autres de Pokxandre, 1632-163Î 4 vol. ia-4«».
« Quelle douceur ne trouverez-vous pas clans nos lemblées? Là, sous les lois d'une agréable société, se t un commerce d*esprit, où chacun fournit de son fonds profite de celui des autres ; chacun vient s'y décharger commun des trésors qu'il a recueillis dans ses études ticalières ; il se forme comme un cercle brillant, où pluirs pensées, comme autant de lignes de lumière, venant i réimir en un point, réfléchissent après sur le public. eonuDunication, le conseil, l'exemple, tout instruit, tout ite une louable émulation ; on s'affermit dans ses consauces, on s'éclaircit dans ses doutes, on se défait ses préventions, on règle ses études, on polit ses xmrs, on redresse ses jugements.
C'est à ces soins et à ces secours mutuels, que notre le doit tant d'ouvrages où l'on admire également la «et la délicatesse de l'esprit; ces traductions si nobles i naturelles, qu'on quitte souvent les originaux pour copies ; ces poésies ingénieuses qui ont fait les délices la cour et de la ville ; ces tragédies qui étalent pomsement sur nos théâtres les héros anciens avec toute p^andeur et la majesté qu'ils avoient autrefois dans la ce et dans l'Italie; ces traités de physique ou de raie, dépouillés des duretés et des rudesses d'une autre losophie, où l'on trouve la solidité et l'agrément tout Bmble ; ces histoires qui remettent devant nos yeux les les passés, ou qui préparent à la postérité le siècle Jent, les unes lues avec plaisir, les autres attendues ^impatience.
Comme autrefois c'étoit assez pour animer les braves iparte, de leur montrer des trophées d'armes, des
inscriptions et des porti*aits de leurs ancêtres, ou de leur raconter en peu de mots les guéries et les victoires èà leur république, j*ai cru, monsieur, que pour rëveîlkr en vous Taideur que vous avez toujours eue pour la lettres, je n*avois qu à vous faire le plan de nos aaaoïblées, et à rappeler en passant dans votre méaioîre ki travaux et la gloire de nos confrères, qui devieiuMÉ aiyourd'hui les vôtres.
« Si j^avois à parlei* i quelqu'un qui ne fùl que n^ diocrement touché de l'amour des sciences, je me senîM du pouvoir que donne la compagnie à ceux qui OBt FlM neur de (larler pour elle. Je dirois qu'un acadéBÛcifl n'est pas un homme sans fonction dans la rëpuUiqii des lettres; qu'il a ses règles et ses obligalîoBs; qnc s'étant chargé volontairement d'une portion du tFMi commun, il doit répondre de ses occupations et de stf loisir ; qu'il s'engage en une discipline, qui, toute doua et toute libi*e qu'elle est, ne laisse pas d'avoir ses soii et ses assujettissements; qu*il est d*un homme sage à i^empUr jusqu'au moindre de ses devoirs; qu'il seroit dl de gémh* dans la sei-vitude, mais qu'il n'est pas sésn d'abuser de sa libellé ; et qu'enfm dans toutes les sociélé bien réglées, il y a des coutumes (]ui valent des lois, i des bienséances qui, sans donner aucune contnûiite, i laissent pas d'im))oser une es|)èce de nécessité.
(( Mais je sais, monsieur, les intentions de TAcadi mie: el\e n*entend pas que je vous fasse de sa part à exhortations inutiles, elle connoit la passion que voi avez toujours eue pour tous les exercices académique AiHprendre les langues les plus diflicUes, connoltre 1
livres et les auteurs, fouiller curieuseoient dana la plus sombre antiquité , ç/ant , été vos premiers plaisirs et tmm les jeux de votre enfance. Les études continuées de l'un à l'autre soleil , les jours confondus avec les Quita, ra\idité de tout appi^ndre et de tout savoir, les langues lectures, où le travail des yeux suffisoit k peine m plaisir de Tesprit, ç-ont été les emportements de votre jeunesse.
« Que dirai^je de ces voyages entrepris, non par une Vlûoe curiosité de voir des cours étrangères, ni par un déiir ambitieux de faire valoir ses talents et d'avancer sa fortune» mais pour communiquer avec les savants et pour voir une reine célèbre, qui, plus touchée du désir de sa^ Yttr que du plaisir de régner, établissoit la politesse dans des provinces autrefois barbares. Que dirai-je de cette BMclàration qui voua fit préférer les douceurs de la retraite i rhoQneur d'instruire ce jeune roi, qui remplit aujourd'hui le trône du grand Gustave (1) ? Que dirai-je de ces Madémies dont vous avez été un des principaux orne- IBots, de celle dont vous avez été le chef? Ne sonl-ce
(Ij Dans ses Mémoires (l. IV, p. 150), Iluet raconte qu'on lui 'ïffrit le poste de précepteur du roi de Suède, et qu*il no voulut P*s l'accepter. Voici à cet égard queUiues observatious de M. Flottes : « L'abbé d'Olivet, dit-il, dans VElotje de Huet, nipt- porte ce refus ; f Europe savante (171 9) , les Nouvelles littéraires ( ! 7 1 8) t le rappeUent sans observation, dans l analyse ([u'elles font d(h4 Mmoirtf do Huet. I^e journal de Leipsick, intitulé : Acia eruditênan (1723^, prouve que œ refus n'a pas eu lieu, puisque l'offre H* point été faite. Le P. Niceron en convient. L'auteur des Mémoint pour servir à ^histoire de Chrisiinej Brucker, cite cette félatatioii; mais Brucker soutient qu'on ne peut en rien conchire oooti« la bonne foi de Huet. il croit que ce dernier s'en fiera rapporté trop légèrement à un faux bruit, ou, ce qui est
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IfHb autant de gages de restime et da lèle que tous un fxjur rbonueur de cette compagnie, en un temps oh i feneur se renouvelle, et où elle achève ce grand OBfOI qui lui a coûté tant de travaux et tant de Teilles?
" Et certes, on peut croire que ce n'est ni la fiflid de l'entreprise, ni le relâchement de ceux qui la ead soient qui en ont retardé si longtemps rexécutîoo;C* plutôt une certaine fatalité qui rèsene aux soins el i ordres du plus grand des rois, la lin et la perfectÎQi toutes les grandes choses. Il étoit juste qu'après ai désarmé le crime, arrêté le luxe des particuliers et dissipations publiques, réprimé la licence dans ses anai purgé la justice de ce qu'elle a voit d'incommode oo mercenaire, aboli la fureur des duels, et donné ptf édits et par ses exemples la véritable idée de la vak il étoit juste, dis-je, qu'après avoir réglé toutes lespai de son royaume, il réglât encore les belles-lettres; ( réformât la langue des peuples, comme il en avoit réfo les ma»urs, cju'il leur apprit à bien parler après les a obligés à bien vivre; et, qu'en un temps où il faut actions si éclatantes, il fournit à ses sujets les moyen les raconter noblement.
plus vraisemlilablo, i|u'il a ôt«* trompé i»ar Chapelaiu, qui voulu llaltor le défeu^eur «halcureux do sou poème. » (i sur Huet, ji. 02.) — « Quant à uous, ajoute à ce sujet M. Ch. 1 cette trunii»erie de Chajjelain, loin de nous paraître vrai blable, nous somble conipiètemont impossible. Il aura v( dit-on, flatter lo défenseur chaleureux de son poème. N*av ))as d'autre moyen j)Our flatter Huet, que de lui rendre un mauvais service, si celui-ci avait cru une invention î absurde, et eût entrepris le voyage de Suède? » {Histoi C Académie française, t. Il, p. 355.)
« C'est à vous, monsieur, qui partagez avec nous onneur de sa protection, de partager la reconnoissance le nous lui devons. Faites des portraits de lui qui lissent servir d'exemple à la dernière postérité ; et, pour le quelque chose de plus, contribuez par vos soins et iTTos lumières à faire un portrait vivant de ses héroïques ^us dans l'esprit de ce jeune prince, qui, rempli de nndes maximes pour sa conduite, et de grands principes our ses études, commence déjà d'être le juge de nos avrages, et comme le second protecteur de l'Académie •Mçoise (1). »
(1) Œuvres complètes de Fléchier, t. IX, p. 53.