FLÉCHIER ET SA FAMILLE
Fléchier naquit le 10 juin, 1632; il fut baptisé le 19 du même mois, et reçut les prénoms d'Esprit-Valentin. Le nom à' Esprit lui fut donné de sa marraine Esprite Dambrun, sa grand'mère maternelle; et celui de Valenùn, de son parrain Vaientin Fourniller.
Son père, Pierre-Michel Fléchier, s'était marié en 1629, et avait épousé Marguerite Audiffpet, fille de Pancrace Audiffret, marchand de Garpentras, et d'A'spnVe Dambrun.
De ce mariage naquirent quatre autres enfants : Michel et Philippe, qui se marièrent tous deux; et deux filles, dont l'une, Marguerite, se maria avec Gaspard Baculard, premier
consul de Pernes, en 1683 (1); et l'autre, ^^«è.^', appelée plus tard Sœur Agnès de la Croix, fut religieuse de Sainte- Claire, à Béziers, et ensuite abbesse de son monastère. La sœur Agnès a laissé une longue relation sur la règle des religieuses Récollettes, insérée dans les Œuvres complètes de Fléchier, vol. IX. p. 400, édit. Ducieux.
J!/îcM Fléchier mourut sans enfants.
Philippe FlécMer fut premier consul de Pernes en 1696; il eut plusieurs enfants, parmi lesquels sept garçons, nous dit Ménard. Il épousa Elisabeth de Aobilé, dont la famille était établie à Pernes (2). De ce mariage sont issus Antoine-Balthazar Fléchier, docteur de Sorbonne, archidiacre de Nîmes en 1707 ; Alexis Fléchier, chevalier de Saint- Louis, lieutenant-colonel en 17-45, nommé au commandement de Lorient en 1746. Deux autres fils de Philippe Fléchier furent chanoines de Nîmes, du temps que Giberti écrivait son Histoire de Pernes. (Voy. M. Barjavel, Dictionnaire biographique de Vaucluse, vol. I. p. 489, note 1.) •
Sous la Restauration, il y avait encore à Avignon un M. de fléchier, conseiller de préfecture, qui, en 1830, se retira en Italie, où il mourut vers 1842. Dans ces dernières années, vivait encore à Florence une demoiselle de Fléchier : c'était, croyons-nous, la fille du précédent. Elle avait quitté la France depuis 1830, avec son père.
En 1565, paraît-il, la famille de Fléchier obtint des titres de noblesse du cardinal Georges d'Armagnac, co-légat d'Avignon. En 1696, Innocent XII confirme le titre de Cointe et les autres prérogatives honorables à Philippe Fléchier, frère de
(1) Le mot consul signifiait cchevin en Provence et en Languedoc. Les consuls ou échevins remplissaient les fonctions qu'exercent les maires aujourd'liui.
(2) Sur la famille de Nobilé, voy. un peu plus loin.
l'évoque de Nîmes. Giberti, auteur d'une histoire manuscrite de Pernes, nous parle de Philippe JeFléchier, Comte palatin. Les armes de la famille, nous dit Ducreux, p. XIX, sont : « d'argent, chargé d'un arbre de sinople, surmonté d'un chef de gueule, à trois étoiles d'or ». Plus tard, quand il fut devenu évêque, Fléchier n'eut pas d'autres armoiries.
Voy. Histoire de la ville de Pernes, par Jean-Julien Giberti, docteur en médecine, 2 vol. in-folio, manusc. rel. parchemin, bibliothèque de Carpentras. Nous avons pu tirer quelques renseignements utiles de cette Histoire qui fourmille d'erreurs. Ce Giberti, né à Pernes, le 9 janvier 1671, mourut le 19 septembre 1754. Sa mère, Aldonce Baculard, était sœur de Gaspard Baculard que Marguerite Fléchier épousa : il était donc neveu par alliance de la sœur de Fléchier. A ce titre, les renseignements que Giberti nous donne sur la famille de Fléchier, ont une valeur réelle. La bibliothèque d'Avignon, 3hisée Calvet, possède un recueil d'environ soixante lettres de Fléchier et de quelques membres de sa famille. Ce recueil paraît avoir été formé par le docteur Giberti, ou, du moins, provient de sa bibliothèque, comme l'indique l'épigraphe placée sur la couverture intérieure : Ex libris Giberti. M. l'abbé Delacroix en a publié des fragments dans son Histoire de Fléchier, p. 483. Plusieurs lettres sont adressées, en 1705, à M. Giberti, l'auteur de V Histoire de Pernes, et à M'''" Giberti. — Ménard : Notice sur Fléchier. — Ducreux : Discours sur la personne et les écrits de M. Fléchier; volume P"" des Œuvres complètes de Fléchier. — M. l'abbé Delacroix : Histoire de Fléchier, chapitre P'', passlm. — Dictionnaire historique du département de Vaucluse, par M. Barjavel, 2 volumes in-8°, Carpentras, 1841. Voir dans ce dictionnaire les articles : Baculard, Fléchier, GibeiHi.
C'est sans doute à l'occasion d'Alexis Fléchier, devenu plus tard lieutenant-colonel, que l'évêque de Nîmes écrivait, en 170.4, à son autre neveu, Balthazar :
« Je ne m'étois pas attendu, mon cher neveu, à la résolution que votre frère a prise de changer de profession, et dépasser de l'état ecclésiastique, où -j'avois toujours cru qu'il s'étoit destiné, à celui de la guerre, où vous me marquez qu'il s'est entièrement déterminé... Ce n'est pas mon intention de le contraindre ni de le retenir sans vocation dans une profession involontaire, quoique sainte. S'il ne se sent point appelé, il ne feroit pas honneur à l'Eglise, il n'y feroit pas son salut. Le service du roi n'a rien de contraire à celui de Dieu. On peut être homme de bien et se sauver dans tous les états, et les principes de piété qu'on lui a inspirés, comme à un ecclésiastique, pourront lui servir quoiqu'il soit homme de guerre... Cependant je ne l'abandonnerai pas. Qu'il me mande sa résolution, ses vues, ses besoins, ses espérances. Vous avez pris la meilleure part; servez-lui de frère, d'ami, de guide, et croyez-moi, mon cher neveu, votre oncle bien affectionné (1). »
Le 23 novembre 1704, Fléchier écrivait directement à son neveu Alexis; sa lettre est empreinte de la même sagesse et de la même modération :
Votre frère vous aura montré la lettre où je le chargeois
(!) Lettre dalée de Nîmes, le 25 octobre 1704. {Œuv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 177.)
de vous représenter les diflicultés et les inconvénients de ce changement, tant pour la facilité du salut, que pour le repos et pour la commodité de la vie. La crainte que j'avois qu'il n'entrât dans cette espèce de vocation imprévue quelque légèreté d'esprit, quelque vaine espérance, ou quelque considération mondaine, me faisoit quelque peine. Depuis que vous m'avez vous-même mandé que vQus avez consulté Dieu, et que vos supérieurs, vos directeurs et vos amis ont approuvé votre dessein, je ne puis en juger autrement; c'est à vous, à vous bien examiner encore : pour moi, j'aime mieux vous voir bon et pieux guerrier que mauvais ecclésiastique. On peut servir Dieu en servant le roi, et ces deux maîtres ne sont pas incompatibles. Vous savez les dangers qu'il y a dans cette profession, et pour la personne et pour la conscience. Songez aussi que vous n'avez pas de bien pour vous soutenir et vous avancer, comme peut-être vous le pensez, dans cette condition, et que le mien est d'une nature à pouvoir servir à votre nécessité, et non pas à votre ambition, si elle n'est pas raisonnable (1).
Le !"■ février 1703, il écrit à son neveu Balthazar Flécliier, qui fut archidiacre de Nîmes en 1707 :
Je suis bien aise de voir par vos lettres le plaisir que vous avez d'être dans le séminaire (2), et d'y recueillir les
(1) Œuv. compl.-de Fléchier, vol. X, p. 181.
(2) Le séminaire Saiat-Magloire, à Paris. Voyez un peu plus loin, p. 284, la lettre de Fléchier à l'abbé Robert, du 2 août 1704. — Sur le séminaire Saint-Magloire, dirigé alors par les OratoricQs, voy. plus haut, p. 88 et suiv.
instructions et les exemples qu'on vous y donne. Pratiquez-y toutes les règles qui y sont prescrites ; apprenez-y la loi de Dieu et la doctrine saine qu'on y enseigne ; affermissez-vous dans le bien, et rendez votre vocation certaine par vos bonnes œuvres ; éclairez la piété par la science, et purifiez la science par la piété... Votre frère m'a écrit que son affaire étoit conclue, qu'on lui donnoit une lieutenance de dragons dans un vieux corps, et qu'il espéroit profiter de la bonté et de la protection de M. de Chamillart (1)... M. l'abbé Robert (2) lui fournira ce qu'il faut pour son petit équipage.
Il me semble qu'il seroit temps que vous prissiez les petits Ordres, et même le premier Ordre sacré, quand il conviendra. Mandez-moi si c'est votre dessein, et croyezmoi, mon cher neveu, tout à vous (3).
Voici maintenant une série de lettres inédites pour la plupart, par lesquelles on pourra juger de la bonté, de la générosité, et de la modestie de Fléchier. Comme l'illustre évêque de Nîmes ne rougissait pas de rappeler à l'un de ses neveux qu'il avait peu de bien, il va leur déclarer à tous qu'ils doivent se soumettre à toutes les règles et usages
(1) Michel de Chamillart, né en 1651, mort à Paris en 1721. Successivement intendant de Normandie, maître des requêtes, contrôleur général ; il était secrétaire d'Etat au ministère de la guerre depuis 1701, dont il garda la direction jusqu'en 1709.
(2) L'abbé Robert, dont il va être question dans les lettres qui suivent, était vicaire général de Fléchier. Dans la Correspondance imprimée de Fléchier, vol. X, se trouvent quelques lettres adressées à l'abbé Robert.
(3) Datée de Montpellier, le 1'='' février 1705. [Œuv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 192.)
du collège (1). Nous devons ces lettres à, robligcancc do M. L. de Buzonnière qui nous les a communiquées, comme il nous avait communiqué la curieuse correspondance de Pléchier avec M"" Des Houlières. Ces lettres sont parfaitement conservées, et sont toutes autographes. Nous avons dit, dans notre ouvrage de la Correspondance de Fléchier avec tI/""^ Des Houlières et sa fille, page 100, que M. de Buzonnière avait eu cette précieuse collection de manuscrits, de son oncle, 'M. de la Place de Montevray, premier président de la Cour, à Orléans, collection que celui-ci tenait d'un petitneveu de Pauteur, alors officier de dragons. Ce petit-neveu serait-il le fils de celui qui, en 1703, obtenait une lieutenance de dragons, et à qui l'abbé Robert devait fournir ce qu'il fallait pour son petit équipage?
A Nismes, ce 5 mai 1703.
Vous avez trop de bonté et de reconnoissance, Monsieur; c'est le mérite de Monsieur votre frère qui lui a procuré la grâce que le roi lui a faite (2) . Ce choix a été
(1) Fléchier sut s'occuper de ses nombreux parents, de ses neveux et nièces, mais sans oublier ce qu'il devait aux pauvres. Le li juillet 1705, il écrit à M™^ Giberti, mère du docteur Giberti et belle-sœur de Marguerite Fléchier qui avait épousé Gaspard Baculard : « J'ai six neveux à entretenir dans les armées, dans la marine, dans les collèges, à grands frais. Je dois à ma dignité, je dois principalement aux pauvres. » (Citée par M. A. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 482.)
(2) Je vois que, le 20 février 1703, Fléchier écrivait à l'abbé Robert pour lui dire qu'il désirait avoir son frère pour prévôt de sa cathédrale : « J'en ai écrit fortement, lui dit-il, au P. de la Chaise, et lui ai représenté que le mérite du sujet, la longueur de ses services, la connoissance qu'il a des affaires du diocèse, le bon ordre de mon chapitre et ma propre consolation
ici généralement approuvé. C'est à moi à vous remercier des soins que vous voulez bien prendre de mes neveux, de les voir quelquefois, et de me faire part des progrès qu'ils font dans la piété et dans les études (1). Je connois que le philosophe prend quelque goût aux sciences, qu'il s'y affectionne, et qu'il a le courage et l'ambition de vouloir paroître par les thèses et actes publics. Mais, outre qu'il n'est pas peut-être aussi capable qu'il le pense, il ne convient ni à lui ni à moi de faire les dépenses qu'il faut pour cela (2). 11 n'a qu'à bien étudier, comme s'il devoit soutenir tous les mois des thèses. A la fm du cours, nous verrons s'il sera assez fort pour estre exposé à la dispute pubHque. J'ai déjà payé ici IZiOO livres à M. Auvilier, que vous aviez reçues de M. Galdi, et j'approuve fort votre économie en un temps où les désordres de nos diocèses nous exposent à de grandes aumônes indispensables... J'apprends que mon neveu le rhétoricien est mol et paresseux, et qu'il n^estudie pas bien (3). Je vous prie de lui témoigner que je ne suis pas content de lui, que je lui retrancherai ses menus plaisirs, et que je ne l'aimerai plus. Je suis avec beaucoup d'attachement et
me faisoient espérer et souhaiter que le roi voulût bien lui faire cette grâce. » [Œuv. compl. de Fléchier, vol. X, p. 133.) — La lettre du 5 mai 1703 doit se rapporter au passage précédent. — Lq prévôt ou doyen était le chef du chapitre.
(\) A cette époque, l'abbé Robert était à Paris, pour diverses affaires. (Voy. M. A. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 487.) — On voit par là que les neveux de Fléchier étaient élevés à Paris.
(2) Le bon oncle désigne sans doute ici les frais d'impression causés par ces actes publics.
(3) Le rhétoricien mol et paresseux doit être Alexis Fléchier, celui qui, en 1704, allait demandera suivre la carrière des armes.
de reconiioissance, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur (1).
Esprit, év. de Nismes, Et au bas de la lettre : M. l'ab. Robert.
A Montpellier, ce 13 jcanvier 1704.
J'ai été bien aise, Monsieur, de recevoir votre dernière lettre, tant parce que j'ai connu que vous étiez guéri de vos incommodités, que parce que j'ai appris par elle des nouvelles de mes neveux, dont je n'en avois pas su depuis assez longtemps. Vous me consolez de m'assurer qu'ils profitent l'un et l'autre dans les études, et plus encore dans la piété.
L'aisné (2) m'écrivit, il y a quelque temps, qu'outre les dépenses qu'ils faisoient dans le collège, on vouloit encore leur donner, comme philosophes, un inspecteur et "un répétiteur commun, outre le particulier qu'ils ont déjà : ce qui grossiroit encore la pension assez considérablement. Je lui ai su bon gré de sa petite économie, et j'ai bien jugé, comme lui, qu'il falloit un peu ménager l'argent; mais après tout, j'ai considéré, moi qui paye, que ce n'est pas une si grande affaire que 50 livres pour chacun par an ; qu'étant dans une pension de collège, il y auroit quelque
(1) (Inédite). M. A. Delacroix a publié un court fragment do cette lettre. {Histoire de Fléchier, p. 4^9.) — Tontes ces lettres sont entre les mains de M. L. de Buzonnière, à Orléans.
(2) Balthazar, sans doute; le philosophe dont Fléchier parle dans la lettre qui précède.
honte de ne pas faire comme les autres pensionnaires; que M. le provisem- les ayant reçus si honnêtement et si agréablement en ma considération, je désirois, quoi qu'il m'en coûtât, qu'il fût satisfait d'eux et de moi. Je vous prie, Monsieur, de raccommoder cela, de ne pas regarder à une petite épargne et de dire de ma part à mes neveux qu'ils soient en repos là-dessus, et qu'ils connoissent par ce que je fais pour eux, que je ne veux rien oublier, ni rien épargner pour leur éducation, afin qu'ils me rendent un jour en science et en vertu ce que je dépense pour eux en argent.
Je souhaite, sur toutes choses, qu'ils se fassent aimer et de leurs compagnons et de leurs maîtres, et qu'ils se soumettent à toutes les règles et usages du collège, prières du matin et du soir, visites des supérieurs, solitude des chambres. Il ne convient pas à des gens sages comme eux de se distinguer, de se singulariser, de se soustraire. J'attends que vous aurez la bonté de leur donner ces petits avis, qu'ils les suivront, et que vous me croirez aussi parfaitement que je le suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur (1).
Esprit, év. de Nismes.
Et au bas de la lettre : M. l'ab. Robert.
(I) Cette lettre a été publiée entièrement par M. l'abbé Delacroix, p. 487; mais elle montre si bien la nature généreuse, douce et forte, au besoin, de l'évêque de Nîmes, que nous avons pensé qu'on la lirait avec plaisir.
A Nismes, ce G juin 1704.
Mon neveu, Monsieur, me rend compte de tous les soins que vous avez eu la bonté d'avoir pour lui durant le cours de sa maladie. Je lui sais bon gré de la reconnoissance qu'il en a, et je la partage avec lui. Je lui réponds sur quelques propositions qu'il me fait au sujet de ses études, dont je suis satisfait, et pour lesquelles je le remets à vos sages conseils, et à ceux de M""" de Caumartin (1).
Nous avions cru ici la tranquillité rétablie dans la Province, par la soumission d'un des principaux chefs des fanatiques (2), mais les autres chefs s' étant séparés de lui, et sa propre troupe s' étant mutinée, nous avons vu l'afîaire rompue. Mais il semble qu'aujourd'hui tout se raccommode. On a à négocier avec des scélérats qui se croient inspirés de Dieu dans leurs crimes mêmes, et sur lesquels on ne peut compter, parce qu'ils ne se conduisent ni par la religion, ni par la raison, mais par des fantaisies folles et extravagantes. Nous saurons dans peu à quoi nous en tenir. Je suis, avec un sincère attachement et une véritable reconnoissance. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur (3) .
Esprit, év. de Nismes.
Au bas : M. l'ab. Robert.
(1) La seconde W^"^ de Caumartin, Madeleine de Verthamon. (Voy. plus loin, vol. II, le chapitre consacré à M. de Caumartin.)
(2) Le 17 mai 1704, entre Cavalier, « Tun des principaux chefs des fanatiques », et le maréchal de Villars, avait eu lieu, à Nîmes, une entrevue pour arriver à un arrangement qui se fit. (Voy. A. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 586 et suiv.)
(3) Lettre inédite.
A Nismes, ce 2 août 1704.
J'ai reçu vos deux dernières lettres, Monsieur, au sujet de mes neveux. L'aîné apparemment est à la fin de son cours, et a pris le degré de maître es arts (1). Puisque vous jugez, vous et M™^ de Caumartin, que le séminaire de Saint-Magloire lui convient pour son avancement à la piété et pour le progrès de ses études théologiques, et que d'ailleurs le R. P. Fouquet, qui en est le supérieur, veut bien avoir la bonté de l'y recevoir et d'en prendre même quelques petits soins en ma considération, je vous prie de vouloir bien le lui présenter et l'y établir. J^aurai soin de lui recommander la sagesse et la docilité, et de remercier ses directeurs. Pour le cadet, Monsieur, vous verrez s'il profite dans son collège (2). L'offre que le R. P. Supérieur nous a faite de le recevoir, quoiqu'on •n'ait pas accoutumé de recevoir les philosophes, est trop obUgeante. Il n'est pas juste, et je ne dois pas le prétendre, qu'on passe pour moi par-dessus les règles ordinaires. Vous arrangerez cela, s'il vous plaît, avec M™" de Caumartin.
J'ai reçu la procuration pour les chapelles, et payé SOO livres à MM. Auvilier, reçues de M. Galdi. Nos fanatiques sont aussi obstinés que jamais. Dieu veuille
(1) « Gradué des ancienaes universités, qui pouvait, à la suite d'épreuves soutenues avec succès, enseigner les humanités et la philosophie. Le mot arts était synonyme de lettres dans l'organisation primitive des universités. » (M. Ghéruel, Dictionnaire historique des institutions de la France, article : Maître es arts, p. 716.)
(2) Ce cadet doit être le futur lieutenant de dragons.
les convertir ou, du moins, les adoucir! Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur (1).
Esprit, év. de Nismes.
A Nismes, ce 23 novembre 1704.
J'ai reçu vos deux lettres du 10 et du 1 3 de ce mois. Monsieur; la première regarde mes neveux, la bonne disposition de l'aîné pour la piété et pour les études, ce qui me fait un grand plaisir; et le dégoût qu'a pris le cadet pour l'état ecclésiastique auquel il sembloit s'être destiné, ce qui me fait quelque peine. Je ne doute pas que vous ne lui ayez représenté tous les inconvénients de ce changement. Après quoi, s'il persiste, comme je vois qu'il fait par la déclaration qu'il m'en écrit, je ne crois pas qu'il faille s'opposer à son dessein. Il me mande qu'il a consulté ses supérieurs, ses directeurs, ses amis, Dieu sur toutes choses, dont il pense connoître la volonté. Occupé de cette résolution militaire, il n'est point en état de profiter de ses études, et je ne crois pas à propos de le laisser plus longtemps dans cette vocation forcée après la fin de son quartier, le 26 décembre. Je vous prie de voir avec lui ce qu'il prétend, ce qu'on lui a promis, et ce qu'il espère de moi, et de lui faire entendre qu'il n'a point de bien, et que le mien n'est pas d'une nature à favoriser
(l) (Inédite). Lettre sans adresse; mais le sujet traité indique qu'elle était destinée à l'abbé Robert.
son ambition. Après cela, vous aurez la bonté de me marquer le détail et votre sentiment.
Votre seconde lettre me fait part d'une élégie de M. Nadal, sur la mort du jeune marquis d'Etampes, tué à la bataille d'Hoschtet (1). Je Tai lue avec tristesse et avec plaisir ; les sentiments tendres, les expressions nobles, les images de guerre, les objets de douleur et de pitié y sont très bien dispensés. On y déplore le malheur du marquis, et l'on y reconnoit le bon cœur de l'auteur. Je ne puis entrer dans un plus grand détail. Je remercie M. Nadal, et suis parfaitement. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur (2).
Esprit, év. de Nismes.
Voici la notice que Giberti, dans son Histoire de la ville de Pernes, a consacrée à deux neveux de Fléchier, le philosophe et le rhétoricien, dont il a été question dans les lettres à l'abbé Robert. Giberti ne nous dit pas ce que devinrent les
(1) L'abbé Nadal, « poète médiocre et prosateur ampoulé », naquit en 1664, à Poitiers, où il mourut en 1740. 11 avait été précepteur dans la maison du marquis d'Etampes, capitaine des gardes de Monsieur, frère du roi. En 1706, il fut élu membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. L'élégie dont parle FJéchier dut être composée à l'occasion de la mort de l'ancien élève de l'auteur. (Voy. Titon du Tillet, Parnasse françois; Didot, Nouvelle biographie générale, article Nadal. — La bataille d'Hochstedt fut livrée, le 3 août 1704, par Malborough contre les maréchaux de Tallard et Marsin. Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, ch. XIX, a tracé l'émouvant tableau de la défaite que nos troupes essuyèrent à cette époque.
(2) Lettre inédite.
autres neveux que Fléchier entretenait, en 1705, dans les armées, dans la marine, dans les collèges.
(( Balthazar-Antoine de Fléchier, fils à feu noble Philippe de Fléchier, comte palatin, et à feu D. Elisabeth de Nobilé, et neveu de l'éloquent évêque de Nismes, est archidiacre de l'Église de la même ville, depuis environ l'an 1707 (1). Il fut fait vicaire général du diocèse, en 1736, par son Chapitre, à la mort de Mgr César-Jean de la Parisière, son évêque. Il est docteur de Sorbonne, et d'un mérite distingué par sa science et par son éloquence. Nous lui avons TobUgation d'avoir donné au public les œuvres posthumes de M. de Nismes, son oncle (2). »
(.^Alexis de Fléchier, autre neveu de l'illustre évêque de Nismes de ce nom, qui étoit major dans le régiment Colonel- général des dragons, et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, honneur qu'il s'est procuré par ses services, avec brevet de lieutenant- colonel, depuis le mois de juin de l'an 17/i5 ; et en 17/|6, le roi lui a donné le commandement de la ville et fort de Lorient, port de mer de Bretagne (3), »
(1) Au dix-septième siècle, comme aujourcriiui, les fonctions des archidiacres n'étaient pas les mêmes dans tous les diocèses. « C'est un officier ecclésiastique, qui est le vicaire de l'archevêque ou de révêque, et qui va visiter les cures du diocèse où il est archidiacre. » [Nouveau dictionnaire françois, par Richelet; 2 vol. in-f°. Rouen, 1719.)
(2) Manuscrit de la bibl. de Garpcntras, p. 319.
(3) Même manuscrit, p. 320.
En 1708, Fléchier marie une de ses nièces, Charlotte de Baculard, fille de Marguerite Fléchier, avec un M. Picïiony. Le l*"' avril 1708, le prélat écrit à celui-ci :
J'ai été fort aise, Monsieur, d'apprendre par vousmême la satisfaction que vous avez de votre mariage avec ma nièce de Baculard. Je vous l'ai remise avec plaisir, persuadé qu'elle ne sauroit qu'être heureuse avec vous (1).
Deux autres de ses nièces, sœurs de Charlotte de Baculard, se firent religieuses. En 1702, Fléchier écrit :
J'ai été bien aise d'apprendre, mes chères nièces, que vous êtes consacrées à Dieu, que vous l'avez fait avec dévotion et de bonne grâce, et que vous avez donné toutes les marques d'une bonne et sincèVe vocation. Reconnoissez bien la grâce que le Seigneur vous a faite, rendez-lui en de continuelles actions de grâces, et goîitezbien le plaisir et le bonheur qu'il y a d'être à lui, et de le servir loin des inquiétudes et des dangers du monde, dans la compagnie de tant de saintes filles dont les vertus et les bons exemples sont des leçons vivantes de religion et de piété (2).
Le 5 février 1702, il écrit de Nîmes :
On ne peut être plus ponctuel que vous l'êtes. Monsieur. J'ai le Mercure^ par vos soins, une heure après qu'il
(1) Lettre inédite, citée par M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 486.
(2) Œuvr. compl. de Fléchier. vol. X, p. 114.
est arrivé, ot il ne tient pas à votre diligence que ma curiosité ne soit promptement et pleinement satisfaite. Vous m'avez fait d'abord un grand plaisir de m' annoncer la venue du P. Colonia, avec M, le Prévost de Cabanes, M. de Salvador et vous. J'ai cru que vous alliez partir, et que demain pour le plus tard je verrois aborder ici une si belle et si aimable compagnie (1). Mais je vois qu'il faut attendre jusqu'à l'automne. Vous pourriez bien devancer ce temps, et venir passer quelques jours de carnaval avec nous.
J'aurois bien souhaité que vous eussiez un peu aidé M. l'abbé de Nobilé pour la cérémonie de la profession de deux de mes nièces; mais j'ai appréhendé que vos affaires ne vous le permissent pas. J'envoye M. Bégault à M. l'Archevêque (2), et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Plcchier perdit de bonne heure sa mère, Marguerite- Audilfret, sœur du P. Hercule Audiffret dont nous avons parlé page 73 et suiv. Il était alors à Draguignan, professeur de seconde au collège des Doctrinaires. Fléchier écrit à sa sœur Agnès, rehgieuse de Sainte-Glaire, à Béziers, à l'occa-
(1) La lettre est sans adresse; mais ce passage. prouve que la personne à laquelle Fléchier écrivait de Nîmes n'était pas fort éloignée. Nous pensons qu'il écrit ici à M; Benoît, auditeur de Rote, à Avignon. Dans la correspondance imprimée, bon nombre de letl^res lui sont adressées.
(2) L'abbé Bégault était secrétaire de Fléchier, membre de l'Académie du Gard, et orateur de mérite. (Voy. M. Delacroix, Hist. de Fléchier, p. 436 et 444; Biographie universelle de Michaud, art. Bégault; Goujet, Bibl. française.) — M. l'Archevêque doit désigner l'Archevêque d'Avignon. — Cette lettre est inédite et fait partie de la collection de M. de Valfons.
290 — sion de ]a mort de sa très honorée mère, dont il loue /a vertu et les beaux actes de patience. Lettre datée de Draguignan, le 14 août 1653. {OEuvres complètes de Fléchi'er, vol. X, p. 17.)
Dans la correspondance imprimée de l'évêque de Nîmes, nous n'avons rien trouvé sur la mort de son père.
Son frère Philippe mourut vers 1701. Flécliier écrit à la Supérieure des Ursulines de Sommières :
J'ai ressenti comme je devois la mort d'un frère que j'aimois, et qui avoit pour moi, non seulement toute Tamitié, mais encore toute la déférence que je pouvois souhaiter. Il avoit de la probité et de la vertu, et la raison m'unissoit autant à lui que le sang et la nature. Le besoin qu'en avoit encore une nombreuse et jeune famille, me faisoit désirer que Dieu voulût prolonger ses jours (1). Il étoit revenu plusieurs fois des portes de la mort par une espèce de miracle. 11 meurt assez promptement. Il faut se soumettre à la volonté du Seigneur et se confier à sa providence. Nos douleurs, quoique justes, doivent toujours être modérées; chaque chrétien doit savoir tirer du fonds de sa religion les consolations qui lui sont propres, et un évêque doit savoir se dire à luimême ce que son ministère l'engage de dire aux autres dans ces tristes occasions où il faut relever le cœur et le ramener à Dieu, qui mortifie et vivifie quand il lui plaît (-2)... ^ •
(1) En 1704, les fils de Philippe, le Philosophe et h Rhétoriden étaient encore au collège. (Voy., un peu plus haut, les lettres à l'abbé Robert, p. 279 et siiiv.)
(2) Lettr.3 datée do Nîmes, le 3 avril 1701. [Œavr. cnmpL, vol. X, p., 102.)
On trouve d'autres lettres sur le même sujet dans la correspondance imprimée : lettre du 16 avril 1701, h M. Benoît, auditeur de Rote, à Avignon (vol. X, p. 103); lettre du 12 mai 1701, au P. Vignes, religieux doctrinaire.
Nous ne savons l'époque précise de la mort de la sœur de Fléchier, abbesse du couvent de Sainte-Claire, à Béziers; cependant, il en est fait mention dans les lettres de l'évoque de Nîmes. Celui-ci écrit à un chanoine de Nîmes, M. Novi :
Je vous remercie, Monsiem', de la part que vous avez prise à ma douleur dans la perte que j'ai faite de ma sœur. Quoique sa piété et sa persévérance jusqu'à la fin, dans les observances d'une règle austère, me donnent toutes les espérances que je puis souhaiter de son salut, je perds une consolation que j'avois, et je me plains moimême plus qu'elle (1)...
(1) Lettre datée de Narbonne, le 22 novembre, sans indication d'année; vol. X, p. 365. — Dans une lettre en date du 29 octobre 1700. (Voy. cette lettre, p. 314.) Fléchier écrit à M. de Nobilé : « M. Novi. le chanoine, vient de mourir... » Ce passage nous prouve que la mort de la sœur Agnès n'est pas postérieure au 29 octobre 1700. D'autre part, M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 468, cite une lettre de la sœur Agnès à mademoiselle de Baculard de Fléchier, à la date du 1«'' janvier 1692 : ce qui prouve que la sœur Agnès vivait encore à cette époque. Elle serait donc morte entre 1692" et 1700. — Ducreux, vol. X, p. 279, donne une lettre de Fléchier à la sœur Agnès, datée du 18 jan^ vier 1708; mais cette date est évidemment fausse. « Je vois dans le cours de cette nouvelle année, lui dit-il, un jour heureux qui mettra le sceau à votre vocation, et consommera votre sacrifice. Vous ne vivrez plus que pour Dieu, et vous ne compterez plus que sur les années éternelles. » Il est manifeste que la sœur Agnès de la Croix, religieuse de Sainte-Glaire, à Béziers, en 1653, n'avait pas attendu l'année 1708 pour faire ses vœux.
L'aulre sœur de Flécbier, Marguerite, mariée à Gaspard Baculard, mourut dans le mois d'avril 1705. A l'occasioQ de la mort de sa sœur, il écrit au docteur Giberti :
J'y suis d'autant plus sensible que c'étoit l'unique sœur qui me restoit (1)...
11 écrivait à M. Baculard, son beau-frère :
J'ai été sensiblement toucbé, Monsieur, de la mort de ma sœur, comme vous l'avez été sans doute de votre épouse. Il faut nous affliger ensemble de notre perte, fit nous consoler ensemble par la soumission que nous devons aux ordres de Dieu, qui a compté nos jours, et qui nous appelle à lui quand il lui plaît (2)...
Le beau-frère de Flécliier, Gaspard Baculard, mourut peu de temps après sa femme, vers le mois de décembre 1703 :
Je vous plains, ma chère nièce, écrit Flécbier à Charlotte de Baculard, et je vous loue de rendre vos devoirs à M. votre père, dans l'extrémité où il est. Je vous envoie vingt louis d'or (3)...
(1) Datée de Nimcs, le 20 avril 1705; inédite, et citée par M. A. Delacroix, Hist. de Fléchier, p. 484. ■ (2) Lettre inédite, citée par M. Delacroix, ibid., p. 484.
(3) A mademoiselle Charlotte de Baculard; de Nimes, 9 décembre 1705. Bibl. d'Avignon; lettre inédite, citée par M. Delacroix, iJjid., p. 483.
GharluLlu l'épondiL :
Mon cher oncle, je vous remercie de la bonté que vous avez eue de m'envoyer votre présent, qui m'est venu fort à propos... Vous aurez sans doute appris la mort de mon ])on père; je vous supplie de vouloir bien m'en servir, et à mes sœurs aussi (^)...
Nous ne trouvons rien nulle part sur l'époque où moururent les autres parents de Fléchier : Antoine- Ballhazar Fléchier, qui fut archidiacre de Nîmes en 1707, et vicaire général en 1736; Alexis Fléchier, lieutenant-colonel en 1743; Charlotte Baculard, mariée avec un M. Pichony en 1708. On ne trouve à ce sujet aucun renseignement, ni dans la notice de Ménard sur Fléchier, ni dans le Dict'minaire de M. Barjavel, ni dans Giberti, [Jhtoire de Perncs.
Nous avons dit plus haut, p. 274, qu'un petit- neveu de Fléchier est mort en Italie vers 1842.
(1) laédite, citée encore par M. Delacroix, ibicL, p. 483, mais sans indication d'année.
DEUX LETTRES INÉDITES DE L IIOMAIE D AFFAIRES DE LA FAMILLE DE FLÉGHIER. (Voy. p. 22.)
Ces deux lettres sont fort curieuses. Elles nous apprennent (Jus Fléchier était à Paris avec son frère Philippe^ ce frère cadet dont nous parle Ménard, avec lequel il avait été envoyé autrefois à Tarascon, et mis en pension chez l'avocat Grasset, pour suivre de là les cours du collège des Pères de la Doctrine chrétienne (1). De plus, nous y voyons que le frère qui était resté à Pernes, Michel sans doute, administrait assez mal le Lien des absents. C'est de cette négligence que le sieur Perrouquei, un homme d'affaires probablement, se plaint avec une certaine vivacité. On ne comprend pas toujours ce qu'il veut dire; mais, en plus d'un endroit, il ne manque ni de verve ni d'esprit.
Suscription de la lettre :
M. Meunier^ médecin chirurgien dans la rue Dauphine^ à rEscu de France, pour M. Fléchier (2) , à Paris.
De Pernes, ce 29 août 1674.
Monsieur,
Si je n'étois persuadé que vous avez infiniment de l'esprit, je ne sais ce que je serois obligé d'en croire : ou
(1) Voy. Ménard, Notice sur Fléchier ; M. Delacroix, p. 7.
(2) Détail à noter ; ces deux lettres que nous possédons en
si c'est l'air de Paris, ou que je manque d'une chose dont je vous accuse, en ne m'expliquant pas assez bien dans les miennes. C'est assurément ce que je connois être plus certain.
Partant, je vous dirai pour l'emprunt fait de M. de Benoît (1), que bien loin de faire une liquidation de votre part avec monsieur vostre frère, il touchera à lui de la faire avec nous, et que si vous vouliez, vous lui feriez payer la moitié de la pension et du capital. Mais, comme vous et moy savons que l'argent, pour la plus grande pai'lie, a été emprunté pour vous, la raison veut que vous supportiez entièrement la pension. Mais aussi, parce que nous n'aurions pas emprunté une si gi'osse somme, si vostre frère vous eust payé, il est juste que lui supporte de la dite pension pour la somme qu'il vous doit jusques qu'il vous ait payé ; et c'est comme si vous aviez emprunté seul les 200 escus, et que vous lui en eussiez en après passé garantie. Jugez s'il y a grande hquidation à faire! Enfin,
original, portent le sceau de la famille de Fléchier ; d'argent, chargé d'un arbre de sinople, surmonté d'un chef de gueule, à trois étoiles d'or. Ceci prouverait que dès 1674, date des deux lettres, la famille de Fléchier occupait un rang assez distingué dans le Gomtat. D'ailleurs, à cette époque, Fléchier était déjà un personnage, puisqu'il était depuis 1()08 lecteur du Dauphin. — Le 31. Fléchier dont il est question ici, n'est pas le futur évèque de Nîmes, puisque Perrouquet parle de M. l'abbé dans sa lettre. Je suppose que cette lettre était adressée à Philippe, qui épousa dans la suite Elisabeth de Nobilé.
(1) On trouve, dans la Correspondance de Fléchier, vol. IX, bon nombre de lettres adressées à M. Benoît, auditeur de Rote; il s'agit ici évidemment ou de lui, ou de quelqu'un de sa famille. Le Dictionnaire biographique du département de Vaucluse ne donne aucun renseignement sur cette famille de Benoît.
vous n'en aurez aucune ])einc, et je meltray les choses en estât que lui en soulTrii'a plus que vous.
Au reste, vous devez connoistre l'humeur du personnage. Il me le faut conduire comme un horologe; et j'en tire assurément de l'humeur, qui est tout ce qu'il peut s'en tirer. Et, sans vanité, si je n'avois pas assez de flegme pour souflrir ses petits défauts, nous serions mal ensemble, et vous seriez obligé d'avoir beaucoup de peine, ou de mettre en désordre votre maison. Car, quelle peine croyez-vous qu'il m'a donnée pour l'obhger à dresser le collet pour cet emprunt que je ne pouvois faire sans luy, puisque vous n'aviez pas de fonds de terre ! vous ne le sauriez crDire. Il a une certaine vanité, qu'il veut passer pour avoir de l'argent en bourse. Et, en effet, quand je payai M. de Saint -Jean, il me pria de lui bailler hO escus, et luy porta avec moy au dit sieur de Saint-Jean comme s'il m'eust payé. De sorte que je passe avec luy le mieux que je peux pour l'amour de monsieur votre frère (1) et vous, et pour maintenir les affaires de vostre maison dans le bon estât qu'elles sont.
Pour le pré, si vous le gardez, je vous conseille de le vendre, car vous y gagneriez 50 escus ; et en le gardant, il ne vous rendra pas la pension des 350 escus. Car, ou du mayen ou du l'oïbre (2), je n'en ai retiré que 7 livres
(1) Il désigne ici Fléchier. — Le passage où Perrouquet parle du bon estât des affaires de la maison, prouverait que la famille de Fléchier avait uno certaine aisance.
(2) Le maijen est le foin coupé au mois de mai, le plus abondant et le plus beau. Le roïbre, c'est le regain, c'est-à-dire la seconde coupe, en octobre.
— il98 —
30 sols du mayeii, et G livres 30 sols du roïbre, et encore à crédit, à Saint-Michel.
Je vous mande 150 livres, dont j'en ai retiré environ nonante une de M""" de la Costière, et le reste de M. Règue ou des hoirs (1) de Bernard. On ne peut rien retirer des débiteurs. M. le chevalier de Saint- Jean m'a prié fort instamment d'attendre sa sœur jiisques à la Toussaint, et me manda, dimanche dernier du 26 courant, huit pistoles (2). J'ay bien quelques écus patars (3), mais leur change est si gros, qu'il faut attendre quelque peu. Et cependant, quand j'auray d'argent gros à mon propre, je prendray de patars, et mettray le bel argent, et ne vous coustera pas tant; car, comme vous savez, il y a différence, quand vous voulez d'un changeur de belle monnoie, ou que luy en baillez à luy. Pour conclusion, je fais tout ce que je puis, et mieux que pour moy. Monsieur, car je n'ay pas la patience d'être si ménager.
Pour mes lettres, pourvu que je les aye entre ici et le mois de décembre, je suis content, s'il ne falloit que 20 livres pour la confirmation de celles de mon oncle, faites-le-moy savoir, et je vous feray venir bien viste les dites 20 livres, et encore 21, s'il est besoin, pour celles contre Courbet ; ils ont cousté bli livres. Si vous ne pouvez faire confirmer les autres, je vous en manderay une copie de celles dudit Courbet, ou de celles de M. Limojon, qui sont semblables.
(1) Hoirs, héritiers.
(2) « Pistole, pièce d'or qui n'est jms battue au coin de France, et qui vaut onze livres et quelques sous. » [Dictionn. de Richelet.)
(3) « Patard, espèce de monnoie qui vaut un sou. » {Dictionn. de Richelet.)
Je vous remercie de vos Douvellcs, vVu désir, à la forte persuasion du sieur Denis Sohon, je vous fais savoir la mort de vostre filleul. Je n'ay rien de nouveau de ce pays à vous faire participant. Mes saints, s'il vous plaist, à M. l'abbé, vostre frère, et à M. de Ventabren (1), s'il y est encore, et croyez que je suis plus c|ue personne votre
Perrouquet.
M. Fléchicr, à la rue Neuve- Saint-Louis (2), auprès du Palais, à l'enseigne de la Paix, à Paris.
De Perncs, ce 21 décembre 1674.
Monsieur,
Je ne doute pas que vous n'ayez sujet de vous plaindre de moy et du long retardement que je fais à vous mander d'argent. Mais je crois que vous excuserez ce retardement et recevrez avec patience et sans inquiétude le peu d'argent que je vous envoyé, quand je vous assureray que je n'ay
(1) Un membre de la famille de Quiqueraa de Beaujeu Veulabren. (Voir M. Barjavel, Dictionnaire historique Am département de Vaucluse, article : Quiqueran.)
(2) Cette rue aboutissait au pont Saint-Michel et au quai des Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour faciliter la communication avec le Pont-Neuf. On l'appela d'abord la rue Neuve, ensuite la rue Neuve-Saint-Louis . (Jaillot, Recherches sur la ville de Paris, quartier de la Cité, p. 75). — Du 24 août au 21 décembre 1674, les deux lettres n'ont pas la même adresse.
pu recouvrer un seul denier de vos débiteurs, m' ayant tous manqué de parole. Car M. le Chevalier de Saint-Jean, après m'avoir fait attendre de jour à autre mon payement de la partie restante de la dette de sa sœur, je me suis trouvé frustré de cette partie, après avoir attendu jusques à la veille et dilayé (1) de vous envoyer la mesme somme que je vous mande, croyant de vous en faire tenir davantage.
Votre frère n'a pu me donner un soûl, parce qu'il a eu des affaires, et n'a pu vendre seulement un quintal de foin. M. Fayar m'a toujours promis et n'a rien tenu. Le rentier de la maison a été malade, et n'a pu payer. De sorte, que je me suis trouvé dans une confusion, à ne m'en déguiser, fort grande. Tout le recours que j'ay eu, c'est à une partie des rentes qu'on m'a payées. Avec quelques escus que j'avois de reste de vos deniers, et les miens que j'ay pu, je vous ay fait 100 livres. Je ne vous dis pas ceci afin que vous m'ayez obligation, ny par reproche, mais seulement pour vous représenter la misère où une personne est réduite présentement. Je feray tout mon possible pour en recouvrer davantage, et vous en mander le plus tôt que je poun'ay. Car, j'ay plus de passion de vous satisfaire que vous ne sauriez vous figurer; mais avec zèle, sans dissimulation, ains de tout mon cœur, et avec sincérité ; de quoy je vous conjure pour la dernière fois que je vous diray semblable chose d'estre persuadé.
Vostre frère doit finir l'affaire de M. de Cheillus (2) dans
[{) Différé; expression veillie Ju temps même Je Richelet, 1710. (l) Sur, la famille de Cheylus, voir Dictionnaire historique du
ces Testes. Il aui'a d'argent, et m'a promis de me le baillei'. Je vous avois parlé de vostre maison de Cai-pentras ; mais nous n'avons pas esté d'accord. Car je voulois d'argent comptant, et on n'en vouloit donner qu'une partie. Je voudrois porter vostre frère à me céder un capital de 50 escus pour reste de ce qu'il vous doit. Je ne sais si vous le trouverez bon ; et je rendrois en après ce capital.
Vostre pré vous rendra cette année 18 escus. Il est vray qu'il faut rabattre environ 30 sous pour l'arrosnge, reste 17 écus et demy. De sorte que vous perdez le change d'une partie, car vous devez avoir deux tiers en grosse monnoie, et un tiers en patars de vostre frère, et les rentes des prés ne sont que moitié un, moitié autre. L'année prochaine, nous verrons ce qu'il rendra.
Monsieur l'abbé, vostre frère, escrivit dernièrement une lettre fort désobligeante à vostre frère, suite de la mienne (1). Vous me permettrez bien de vous dire que je vous disois que si vous trouviez que cette lettre ne fust pas à propos, de ne la bailler point. Car, cela est fâcheux, que moy qui n'ay autre passion que pour l'avancement de votre famille, et pour conserver l'union et concorde, et l'inteHigence entre vous autres, sois si malheureux que d'y semer le désordre. Car il croit que j'ay escrit à monsieur vostre frère quelque chose de luy fort désobligeant. Je crois que vous avez vu mon intention, et qu'au bout du compte je ne pense pas qu'il n'y auroit pas eu grand
département de Vaucluse. — Giberti, Histoire de Pernes, manuscrit de Garpentras.
.(l) Perrouquet s'était plaint, plus haut, de t humeur du person^ nage, et avait dit qu'il était obligé de le conduire comme iin horologe.
mal, quand vous auriez avant concerné (1) ensemble et
résolu si vous eussiez jugé à propos qu'il se fust marié, et
comment, afin que vous n'eussiez pas eu sujet de le
blasmer. Voilà toute mon intention et la sienne. Ce n'est
pas l'envie qu'il a de se marier, qui m'obligeoit à luiescrire
cette lettre, car il n'en a du tout point, comme vous savez.
Ce que j'en faisois, c'estoit pour voir ses affaires en estât,
si vous autres le trouviez bon. Monsieur vostre frère luy
escrit fort indifféremment sur cela, et luy reproche qu'il
n'a pas pris ses mesures, quand il a marié vostre sœur (2)
et beaucoup d'autres choses très indifféremment. Je finis,
car... (quelques mots illisibles).
Perrououet.
(1) Il veut dire concerté, mot qui, à cette époque, avait un sens actif.
(2) Marguerite I^'Iéchier, mariée à Gaspard Baculard.
EXTRAIT d'un PASSAGE DES DISCOURS ACADÉMIQUES ET ORATOIRES DE RIGHESOURCE. (Voy. p. 28.)
Voici un passage bien réjouissant; c'est le sublime du galimatias et de la vanité, et qui nous fait connaître à fond celui que d'Alembert appelle avec paison un misérable rhéiear.
Comme ces conférences, dit-il, sont publiques pour tous ceux qui s'y peuvent trouver, et puisque l'on y parle sur toutes sortes de sujets, ou suivant les maximes de la philosophie, en suivant les préceptes de la rhétorique, l'on ne peut douter qu'elles ne soient très propres pour exercer toutes les personnes qui ont de l'esprit et qui se plaisent aux belles choses.
I. Ceux qui ne se conduisent que par les simples lumières de l'imagination, y admirent ce qu'ils ne sauroient exprimer, et ce qu'ils ne comprennent pas parfaitement.
II. Ceux qui n'ont pas encore acquis toutes les connoissances dont ils se sentent capables, y apprennent facilement,.par la vive voix, ce qu'ils ne pourroient apprendre ({ue très diflicilement par leur méditation et leur lecture.