‹ La jeunesse de Grétry et ses débuts a ParisChapitre 11 sur 29 · CHAP. I'^'^. — L ENFANCE · texte numérisé non relu

CHAP. I'^'^. — L ENFANCE

tard, ajoute-t-il, j'avais part à l'exclusion. » Grétry aurait-il voulu dire par là que ses parents vinrent s'installer dans le quartier d'Outre-Meuse deux ans après sa naissance ? Darchis dit textuellement : Cum cœteris Hisbanis, exclusis etiam Ullrainosanis, mais il dit aussi : Palriotis iiieis lingua vallo-gallica tantuin utentibus, ne ob diversitalem linguarum, discordarium et vixarum occasio in'xr eos dclur. Il ne voulait donc recevoir que des jeunes gens parlant le wallon et le français, afin d'éviter les querelles et les disputes qui pourraient naître de la diversité des langues, car on sait les différences qui existent entre les caractères wallon et flamand. Darchis entend peut-être par Outre-Meuse les communes de langue flamande qui se trouvent de l'autre côté de la Meuse et non pas le quartier Saint-Nicolas. D'autre part les contemporains de Grétry ont bien regardé la maison de la rue des Récollets comme étant sa maison natale. Ainsi J.-B. Moulin, né à Liège en 1752, dans le quartier d'Outre-Meuse, chantre à l'église Saint-Georges, aux Récollets et à Saint-Nicolas, dit dans ses Mémoires manuscrits, intitulés Particularités (^', qu'on fit en 1828 de grandes fêtes en l'honneur de Grétry « né à Liège rue des ci-devant Récollets », qu'on mit une inscription « vis-àvis sa maison » et une autre « à sa maison ». Puisque les gens du quartier tenaient cette maison pour celle de la famille Grétry, la version généralement admise doit être exacte. En tout cas, nous concluons que, si Grétry n'est pas né rue des Récollets, ses parents y ont habité quand il n'avait que deux ans. Les premiers souvenirs d'enfance de Grétry sont charmants. Ecoutons-le narrer le plaisir qu'il trouvait à entendre chanter l'eau bouillante : « J'étais seul, le bouillonnement qui se faisait dans un pot de fer fixa mon attention ; je me mis à danser au bruit de ce tambour, je voulus voir ensuite comment ce roulis périodique s'opérait dans le vase (^). » Malheureusement le vase se renversa et le petit imprudent fut brûlé assez gravement. Ce qui est assez curieux, c'est que Saint-Saëns raconte dans ses

(l)J.-B. Moulin. Pjrtiiul,irilcs,4 vol. manuscrits. Bibliothèque des Cliiroux, à Liège. {2) Mémoires, t. I, p. 5.

Souvenirs d'enfance (^) qu'il éprouva une sensation toute semblable. « Mon grand plaisir, dit-il, était la symphonie de la bouilloire, une bouilloire énorme, qu'on installait chaque matin devant le feu du salon. M'asseyant près d'elle sur un tabouret, j'attendais avec une curiosité passionnée ses premiers murmures, son crescendo lent et plein de surprises, et l'apparition d'un hautbois microscopique dont le chant s'élevait peu à peu, jusqu'à ce que TébuUition le fît taire. »

Comme le petit Grétry était souffrant, ses parents le confièrent à sa grand'mère des Fossés, qui habitait aux environs de Liège, à Coronmeuse; il y resta deux ans, de sa quatrième à sa sixième année, et semble avoir conservé de ce séjour à la campagne un souvenir délicieux. « L'autre jour, dit-il dans les Réflexions d'un solitaire (-\ je pris la bêche que mon jardinier avait laissée dans un quartier de terre qu'il labourait, je labourai quelques instants, je sentis mon cœur se gonfler et mes yeux se mouiller. Qu'est-ce ? dis-je en moimême, alors je me rappelai mon grand-père où j'ai été élevé dans ma tendre jeunesse, j'y labourai^ et j'avais cinq ou six ans. » Il s'y montre toujours courant par monts et par vaux, jouant avec bêtes et gens et se faisant gâter par tout le monde. « Je la vois, je l'entends, cette fontaine limpide qui ornait d'un côté la simple demeure de celle qui prit soin de mes jours. Je le vois sans cesse, ce mont escarpé, d'où mes yeux attentifs ne pouvaient se détacher. Les habitants de Coronmeuse, occupés chaque jour de la culture de ce mont, propre à la vigne, étaient, pour moi, des êtres aériens qui se prêtaient à tous les délires de mon imagination naissante. A peine sorti de l'enfance, on me porta, presque mourant, dans cet asile. Et c'est, je pense, au pied des montagnes qu'il faut déposer l'enfant qu'on destine aux arts d'imagination ; c'est à cette perspective mystérieuse qu'il crayonne d'avance les tableaux indélébiles qui le rendront, un jour, célèbre dans son art » (i^.

(i) l:cole Buissonnicre.

(2) Réfltxiont d'un Solitaire, chap. xxvi, ;• vol.

(}) Essais sur la musique, t. III, p. 1)7.

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