LA JEUNESSE DE GRETKY
de grands compliments, mais il les dédaigna en quelque sorte disant que c'était le sentiment de ce grand homme (qui demeurait dans un coin) qui l'intéressait plus que tous les autres. Il demanda donc à M. Rameau son jugement, et celui-ci, après qu'il eut insisté trois ou quatre fois, lui demanda s'il voulait savoir la vérité. Rousseau avant répondu oui, il lui dit qu'il y avait des morceaux dignes du plus grand m.iître, mais qu'il y en avait d'autres que n'aurait pas fait un élève de quatre mois, de plus que le récitatif était sorti d'une plume et les airs d'une autre. Rousseau se fâcha et pleura de dépit, à ce qu'on dit. Depuis lors, ils ont été antagonistes, vous verrez dans son dictionnaire qu'il ne lui épargne rien. Vous voyez que la querelle est puérile, mais les grands hommes intéressent dans tout ce qu'ils font. J'ai l'honneur de me dire avectout mon respect, très Révérend Père, Votre très humble et très obéissant serviteur, Grétry. Paris, 3 mars 1768. I! faudra que Votre Seigneurie ait la bonté de faire prendre son dictionnaire chez M. Marc-Aurèle Canavas, des musiciens du Roi à Turin, parce que cette personne n'a pas l'occasion de l'envoyer jusqu'à Bologne. »
Grétry, désolé de l'échec des Mariages samniles, projeta de quitter Paris, c'est alors qu'intervint le bon comte de Creutz, qui le recommanda à Marmontel.
« Un jour, dit Marmontel (■', il vint me conjurer au nom de notre amitié, de tendre la main à un jeune homme, qui était, disait-il, au désespoiret sur le point de se noyer, si je ne le sauvais. G est un musicien, ajouta-t-il, plein de talent, et qui ne demande qu'un joli opéra-comique pour faire fortune à Paris. Il vient d'Italie, il a fait à Genève quelques essais, il arrivait avec un opéra fait sur l'un de vos contes [ses Mariages samniles), les directeurs de l'Opéra l'ont entendu, et ils l'ont refusé. Le malheureux jeune homme est sans ressources, je lui ai avancé quelques louis, je ne puis foire plus, et pour dernière grâce, il m'a prié de le recommander à vous .. J'avais sur ma table en ce moment un
'i; .MC-moircs, t. I, p. 287
conte de Voltaire (L'Ingénu), je pensai qu'il pouvait me fournir le canevas d'un petit opéra-comique. Je vais, dis-je au comte de Creutz, voir si je puis le mettre en scène, et en tirer des sentiments et des peintures qui soient favorables au chant. Revenez dans huit jours, et amenez-moi ce jeune homme. La moitié de mon poème était iaite lorsqu'ils arrivèrent. Grétry en fut transporté de joie, et il alla commencer son ouvrage, tandis que j'achevai le mien. «
Marmontel raconte aussi cette intervention du comtede Creutz en faveur de Grétry dans une lettre au roi de Suède (■'. Il semble bien qu'il ait exagéré le désespoir du musicien.
C'est ainsi que fut composé Le Hiiron.
On se souvient des personnages du conte de Voltaire : M. de Kerkabon qui, lorsqu'il était las de lire saint Augustin, se délassait avec Rabelais. « aussi tout le monde disait-il du bien de lui «^ M"' de Kerkabon « qui n'avait jamais été mariée, quoiqu'elle eût grande envie de l'être, et conservait de la fraîcheur à l'âge de quarantecinq ans » , de caractère bon et sensible, elle aimait le plaisir quoique dévote, l'abbé de Saint-Yves, M"= de Saint-Yves sa sœur, « jeune Bassc-Bretie », fort jolie et très bien élevée, enfin, l'Ingénu, «nutête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales, le chef orné de longs cheveux en tresses, un petit pourpoint qui serrait une taille fine et dégagée, l'air martial et doux ».
M. de Kerkabon avait un frère parti jadis pour le Canada, et
(i) Lettre autographe de Marmontel dans les p.ipiers de Gustave III, à Upsal, t. XXXV, in-quano. « Un des liomnies que j'ai le plus tendrement aimés a été le comte de Creutz; il était de la société littéraire et dés dîners de M"" Geoffiin... Jeune encore, et l'esprit orné d'une instruction prodigieuse, parlant le français comme nous, et presque toutes les langues de l'Europe comme la sienne, sans compter les langues savantes, versé dans tous les genres de littératiire ancienne et moderne, parKint de chimie en chimiste, d'histoire naturelle en disciple de Linneus, il était pour nous une source d'instruction embellie par l'élocution la plus brillante... Sa patrie et son roi, la Suéde et Gustave, objets de son idolâtrie, étaient les deux sujets dont il parlait le plus éloquemment et avec plus de délices. L'enthousiasme avec lequel il en faisait l'éloge s'emparait si bien de mes esprits que volontiers je l'aurais suivi au delà de la mer Baltique... Un de ses goût» passionnés était l'amour de la musique; un jour il vint me conjurer au nom de notre amitié de tendre la nnin à un jeune homme, musitien plein de talent, disait-il, .ï qui il avait avancé quelques louis et qui était dans la misère : je connus de la sorte Grétrv... •
qui n'était jamais revenu. Un soir, tandis qu'il se promenait sur le rivage avec sa sœur, survient le Huron, qu'ils invitent à souper au prieuré, où il tait connaissance de la bonne compagnie du canton. M. de Kerkabon découvre bientôt que le Huron est son propre neveu Tout le monde le trouve charmant, surtout M"' de Saint-Yves, qui regarde à peine le « grand nigaud de fils » du bailli. Le Huron montre sa passion très vivement, il veut enlever M"" de Saint-Yves, qu'on a mise au couvent. Puis il repousse les Anglais avec valeur, il paît pour Versailles, soupe en chemin avec les huguenots, se compromet, on en fait rapport à la Cour, il est enfermé à la Bastille avec un janséniste, il s'instruit mais il reste en prison. Cependant la belle Saint-Yves passe ses journées à pleurer. Elle se décide à partir pour Paris, y voit M. de Saint-Pouange, qui lui promet sa protection à des conditions bien cruelles, elle délivre son amant, les Kerkabon arrivent, tout le monde est heureux, sauf M"'' de Saint-Yves, qui
se meurt Le Huron se console, comme il s'était consolcantre-
fois d'avoir perdu une belle sauvage mangée" par un ours, d'ailleurs il devient un excellent officier. « L'abbé de Saint-Yves et le prieur eurent chacun un bon bénéfice, le père Tout-à-Tous eut des boites de chocolat, de cassé, de sucre candi, de citrons confits, avec les Méditnlioiis du R. P. Croiset, et Li Fleur des Saillis, reliée en maroquin. >>
Marmontel a supprimé l'introduction et le séjour à Paris, il n'a gardé que l'épisode de l'arrivée du Huron sur les côtes de Bretagne, son amour pour M"" de Saint-Yves, la façon un peu trop vive dont il veut le lui témoigner, et enfin l'autorisation de M. de Saint-Yves à leur mariage, lorsqu'il apprend que le Huron est le neveu du prieur. On trouve dans le conte de N'oltaire maintes petites touches malicieuses et spirituelles qui oni disparu dans le libretto de Marmontel. Il est viai que ce dernier écrit en vers, mais quels v^rs! champs rime avec diligents, elle avec aile, cela avec demandons-la, gîte avec vite.
« le m'i^tais mis dans la tête, avoue ingéninnent .Varnion-
tel ( '), de transporter sur nos deux théâtres la musique italienne, et l'on a vu que dans le comique j'avais assez bien commencé. Ce n'est pas que la musique de Grétry tût de la musique italienne par excellence; elle était encore loin d'atteindre à cet ensemble qui nous ravit dans celle des grands compositeurs, mais il avait un chant facile, du naturel dans l'expression, des airs et des duos agréablement dessinés, quelquefois même dans l'orchestre un heureux emploi d'instruments; enfin du goût et de l'esprit assez pour suppléer à ce qui lui manquait du côté de l'art et du génie; et, si sa musique n'avait pas tout le charme et toute la richesse de celle de Piccini, deSaccliini, de Paesiello, e'ieen avait le rythme, l'accent, la prosodie, j'avais donc démontré qu'au moins dans le comique, la langue pouvait avoir une musique du même style que la musique italienne. »
La musique du Hnron ayant été écrite en quelques semaines, le comte Creutz invita Grétry à diner avec Caillot, qui, enchanté de 1 air « Dans quel canton est l'Huronie » accepta de jouer la pièce, puis on se réunit chez M"'' Laruette, où Grétry exécuta la partition au clavecin ; quelques jours après on répéta au théâtre, et la première représentation, fixée au 20 août 1768, eut un tel succès que, du jour au lendemain, Nicolle, le marchand de tabac près la Comédie Italienne, faisait peindre une nouvelle enseigne : lÂu Huron. Cependant le public s'était montré d'abord défiant, puis il s'était laissé prendre par le charme de la mélodie et par le jeu des acteurs (^', aussi Grétry s'écrie-t-il : « Si j'ai jamais passé une nuit agréable, ce fut celle qui suivit cet heureux jour. »
On trouve de nombreux détails sur cette représentation dans les écrits du temps. Les Mémoires secrds, en date du 20 août 1768, critiquent la pièce, « qui se réduit à une intrigue de mariage.
{ r ) .Vlénioireî, p. 308.
(2) Acteurs de la première représentation du Hnron ;
I.c Huron, Cni/iW. — Giloiii. L.i/(«H<-. — Kerkibon, Xjiiivillt-. — Un officier, Clalriiil. — S.iint Yves. Desha\e. — M"" S.iint-Yves, M'"" iMnutIc. — Le b.iilli, Chainvîlle. — M"" Kerkibon, hV^" DesghitiU et nou DescUiude comme l'indique I.1 Gr.inde Kdition belge.
phiteet triviale, relevée par des accessoires bizarres et des incidents brusques et invraisembLibles », tandis que la musique « contient de fort julis détails, et annonce beaucoup de talent dans l'auteur ». Le Mercure de France '\ après avoir donné l'analyse de la pièce, compare assez curieusement la chanson du Hiiron « Les joncs nesont pas plus droits » à celle de Polyplicme pour Galatée dans Les Métamorphoses d'Ovide, il regrette aussi que le dénouement soit un peu brusqué, mais il fait un éloge intelligent de la musique.
« La musique a paru réunir les suffrages des connaisseurs. C'est un coup d'essai heureux et brillant. M. Grétry, élevé dans les écoles de Rome, paraît y avoir puisé les grands principes des Pergolèse, desRinaldo, des\'inci, sans se laisseraller au genre en quelque sorte épigrammatique, et plus saillant que solide, de la nouvelle musique italienne. Sa composition est facile et riche, son harmonie n'est jamais trop chargée. Il n'étoutle point la partie principale, ni la voix, par un accompagnement tvrannique et bruyant. Son expression est juste et tidèle au sens des paroles, et ses motifs sont toujours distincts pour l'oreille et pour l'âme. Sa musique olfre des contrastes sans confusion. Elle paraît se plier à tous les caractères, mais elle semble laite surtout pour le pathétique. Le réciiatil du second acte, oii M"" de Saint-Yves tremble pour son amant, est admir.ible '•-' . La voix touchante de M™' Laruette et son chant plein d'âme et d'expression ont encore ajouté à l'effet de ce morceau. L'ariette « Dans quel canton est l'Huronie » est pleine de vivacité, et d'une vérité pittoresque. Le récit du coi'nbat est encore au-dessus, et lart du grand acteur qui l'a chanté s'est exercé sans doute a\ec plaisir siu' des morceaux aussi bien faits. Le rôle de (Jilotin a été très bien rendu par M. Laruette <î\ >>
(i) Ociobrc. p liî.
(2) ■ Ah! quels lourmcMts ! pciit-circ Cit-il Hessc 1 »
(]) Dans Le Mercure d'octobre 1768. p;ige 58, Ciuidi.uJ insini Jcs vers ll.itlcurs A M. Grétry, auteur de la musique du liiiion.
'l'a niusii|ue est à toi, simple, r.u'ile, pure.
I;llc est de tous pays, ainsi que la nature.
CIIAP. IV. — LES DliBUTS A PARIS 137
Giimm dans sa Correspondance Utiéraire '■) consacre un long article au Hiiron. 11 nous parle d'abord du succès de la première représentation « au milieu des applaudissements et des acclamations du public », mais il ajoute que Le Huron doit « l'accueil qu'il a reçu principalement au musicien et aux acteurs, et qu'on a dit avec assez de raison beaucoup de mal de l'auteur de la pièce », et il ins'.nue méchamment qu'il faut féliciter Marmontel s'il a trouvé « un compositeur assez excellent, pour l'empêcher de tomber, malgré tout ce qu'il a pu faire pour se casser le cou... » le génie de M. Grétry a soutenu « le poète sur le bord du précipice où sa maussaderie et sa maladresse l'auraient inlailliblement jeté -^ ; grâce à ■ ce charmant compositeur. Le Huron restera même au théâtre. » Tout le succès est dû aux acteurs et surtout « à la musique admirableet délicieuse de M. Grétry. » Il accorde un mérite à Marmontel, « c'est d'avoir bien senti la place de l'air et d'en avoir bien coupé les paroles » quoiqu'il n'ait pas su en varier les caractères aussi heureusement faute d'entente du théâtre, « il a placé, par exemple, au commencement du premier acte deux ou trois airs tendres de suite, pour le Huron, et à la fin du deuxième acte il lui fait chanter de suite deux ou trois airs de grand mouvement et de désespoir ».
Pour montrer l'incompréhension musicale de Marmontel, Grimm raconte qu'à la première représentation, celui-ci se trou-
D'un acco.iipjgneinent au chant subordonne. L'esprit est satisfait, au lieu d'cire ctonné. Tel un ruisseau modeste et sage dans sa course, Laisse briller les fleurs qu'il mouille doucement.... eic.
On lit aussi dans les Auecdotes secièUs :
Grétry, plein d esprit et de grâces.
Et savant sans être profond,
De personne ne suit les tr.tces
Et fait pourtant mieux qu'ils ne font.
(i) Tome VIll, p. i6;.
(2) Palissot, dans des veis médiocre.<. fait les mirmes reproches à Marmontel Tu sentis qu'il fallait, pour le faire un grand nom. En vers bien boursoufflés composer Le Huron .Mais, comme un faible enfant brouchant dans la carriire. Tu fis choix de Grétry, pour tenir la lisière...
vait à côté de lui, et près d'un amateur de musique avec lequel il s'entretenait de la partitiou ; à la fin Marmontel se tournant vers eux leur dit : « Je vous avoue que je ne comprends absolument rien à tout ce que vous venez de dire. »
Le musicologue anglais Burney (" assista à l'une des représentations du Huron. « Ce soir, juste avant de quitter Paris, j'ai été à la Comédie Italienne pour entendre : On ne s'avise jamais de tout et Le Huron. Le Huron est une pièce intéressante empruntée à L'Ingénu de M. de Voltaire. La musique, par M. Grétry, renferme des choses charmantes et ingénieuses, tout à fait dans le « buon gusto » d'Italie, ce qui m'a rappelé que ce compositeur n'avait pas séjourné en vain huit ans i^" dans ce pays Mais je ne pouvais m'empêcher de remarquer que nos jeunes compositeurs qui prétendent s'inspirer de la musique italienne, quoiqu'ils n'aient jamais été en Italie, ne retombent pas moins fréquemment dans la musique anglaise que M. Grétry dans la française, car plusieurs de ses mélodies sont absolument françaises. »
La musique du Huron est assez sévèrement jugée, par Fétis '?). « La mélodie des airs du Huron est agréable et facile, et déjà l'on y remarque le talent naturel de l'auteur pour l'expression des paroles ; mais le peu d'élégance des formes musicales y est d'autant plus frappant que ce musicien arrivait d'Italie, où il avait passé près de dix ans à l'époque où Piccini, Jomelli, Majo et Galuppi produisaient des modèles de perfection en ce genre. On ne vit peut-être pas alors tout ce que Grétry pourrait faire par la suite, mais on put juger de ce qui lui manquerait toujours. »
il' Burney. « The présent sttilf of minic m l'iaitce and lluly. p At night. just before my dep.irture from P.iris. 1 weiil to llie Itali.111 tliealre 10 licar : On ne s'aiise juiiiais île loiil and Lr Huron Tlie Huron is an eiitertaiiiing drama, takcn troni M. Je Vollaice's Ingénu. The nuiNic by M. Grciry, in wliich tliere are many pretiy and ingénions tbings, wholly in ibe buon gusio of Italy; wliicli icrninded me tliat tliis composer had not been eight ycars in tliat country for noihing. But I c< uld not help reniarking tliat our young composets, wlio bave profcsscd imitation of Italian music. though tbcy bave never been to Italy, less fre^uently Jeviaie into absolute I-ngliib Mu^ic, thaii M. Cjretry iiiio Frencb. for several ol bis mélodies are wliolly frencli. »
(2i Six ans. de 1760 à 1766.
(j) Biographie univenrlle âes musi.iens, t. IV.
Au point de vue de l'établissement du texte musical, nous possédons des parties d'orchestre manuscrites à la Bibliothèque Nationale ('), des airs pour violon, chant et basse '^), des ariettes et duos 0) également en manuscrits à la Bibliothèque Nationale, un air dans un recueil d'ariettes du xviii' siècle à la bibliothèque de Marseille (manuscrit), les éditions gravées Beraux et Houbaut (4) dont un exemplaire aux armes de Marie-Antoinette à la Bibliothèque Nationale, l'édition Frey(i83 pages) dont un exemplaire est à Vienne, puis la Grande Edition belge avec une introduction de Fétis et Gevaert. Par Le Mercure d'avril 1776, nous voyons que l'ouverture (>' fut arrangée pour le clavecin avec accompagnement de violon ou violoncelle par le baron de P.
Beaucoup plus tard ont paru : chez Lemoine les mélodies « Ah quel tourment! peut-être est-il blessé », « Toi que j'aime plus que la vie » et « Du jour naissant » chez Choudens.
Le livret de la première édition porte pour titre « Le Hiiron, comédie en deux actes et en vers, mêlée d'ariettes, représentée pour la première fois par les Comédien- Italiens ordinaires du Roy, le 20 août 1768. Le prix est de 30 sols -' ». La même année une édition parut chez D. de Boubers, à Liège. La seconde édition de Paris 1768 présente quelques légères différences avec la première.
En lisant la partition dédiée au comte de Creutz, on remarque :
(1) B. N. Vm, 5 bis. I02, lo;, 104.
(2) B. N. Vmy, 71 j; : recueil 11° 1 .
(5) B. N Recueil i'aiis. t. VII, p. 160.
(4) LeHuron. op. I Comédie deux actes et en vers, dédiée à Son Excellence M. le comte de Creutz, ministre plénipotentûiire du roi de Suéde auprès de Sa Majesté très chrétienne, mise en musique par André Grétry, de l'Académie des .philharmoniques de Bologne, représentée pour la piemiére t'. is par les comédiens italiens, le 20 août 1768, prix 18 livres. .\ Paris chez M. Beraux, niaichand de niu>ique, rue et à côté de la Comédie française, chez M. Houbaut. près de la Comédie italienne, et aux adresses ordinaires. Avec privilège du Roy, imprimé par Montulet. On trouve aussi une édition Beraux, Paris, imprimerie Basset.
fi) Ouveiture du Hiiion, arrangée pour le clavecin ou le forir-piano, avec accompagnement d'un violon et violoncelle ad Hhilum, par M. le baron de P. Pii.x : 2 livies 8 sols, chez le même (Benaut, miitre de clavecin, rue Git-le-Cix-ur;.
'6; Paris, chez .Merlin, libraire, rue de la Harpe, à Saint Joseph, .MUCCLXVIII. avec approbation et permission, sans nom d'auteur ni de compositeur.
L'ouverture, dont le premier mouvement est un presto vit en ré majeur avec une modulation en ré mineur, avant la rentrée du thème, d'un assez joli effet. Le second mouvement est un andantino grazioso 3/8 en sol mineur assez médiocre. Le troisième mouvement est un presto en ré majeur, rythme ternaire rapide, fréquemment employé pour un final avec une jolie modalation en fa, amenée par le changement de mode, ré mineur. L'orchestration de ce motif : deux hautbois et alto, d'une couleur franche, est d'un joli effet parce que bien employée.
L'air de M"" de Saint- Yves, « Ah ! si jamais je prends un époux »,a joui d'une grande vogue à son époque.
l'ariette de Cjilotin : « Conunc il y va ! comme il dét.ile ! >>, a une forme rythmique amusante.
le duo de CJiloiin et de M""" de S.iint-Yves : « Xe vous lebuic/ pas, voil.'i que je vous aime >>
l'ariette du Huron : « Les joncs ne sont pns plus droits »
l'ariette de M""' de Kerknbon : v L'amour naissant n"a pas encore » avec une modulation de la majeur en la mineur;
le fameux air « Dans quel canton est l'Huronie », qui nous paraît assez taible,
la marche bien rythmée empruntée aux Maria<;es saiiinilis.
Charles Burney (") fait remarquer : « La manière d'exécuter la marche dans cette pièce, produit un très bel effet par l'usage très judicieux qu'on fait du crescendo et du diminuendo, en jouant si piano qu'on peut à peine entendre les premiers accords. La troupe s'avance graduellement sur la scène, tandis que la musique augmente pour atteindre au dernier degré de force, puis elle se retire de la même manière à pas lents, en diminuant insensiblement jusqu'au dernier degré possible du piano, » Ce même effet de piano, crescendo, forte, decrescendo, fut emplové
(i) Tht pmenl Slats 0/ music in Gerni.iny, the Nflh.-.hiiils and United Pioiinces,
plus tard dans la marche de La Flûte cnch.vilée, celle des Ruines d'Athènes, et beaucoup d'autres..
L'air de M"'' de Saint-Yves : « Toi que j'aime plus que ma vie ».
le grand air : « Ah ! quel tourment >', un des meilleurs et des plus dramatiques de Grétry, emprunté, d'après Grimm, à la partition des Mariages samnites
le duo de M"' de Saint-Yves et du Huron, très harmonieux mais un peu faible,
fi . :ill pal-
enfin l'air du Huron, énergique mais traité surtout pour l'effet.
Les parties séparées du Hiiron n'ont pas été gravées. Gevaert dans le Coinnienlaire critique de la Grande Edition belge (■! note un joli effet harmonique, l'emploi de deux cors, de deux tons différents, sol et ré (page 121), pour réaliser l'effet d'un appel lointain.
Les quinze premières représentations avaient marqué pour Gréiry un succès inaccoutumé; nul ouvrage jusqu'ici n'en a fait ressortir l'importance et la signification. Le Huroii '^i fut joué dixsept fois, avant la fin de l'année 1768. Les représentations produisirent 38.756 livres. C'était là un gros succès d'argent, car les autres pièces en août 1768 réalisaient de 97 à 1.69e livres. Les auteurs eurent à se partager, pour cette période, 1.926 livres de droits d'auteurs, et à la fermeture du théâtre, mars 1769, Grétrj'
(i; On peut remarquer, sur la m.inicre d'éditer dans la Grande Edition belge, la charmante phrase écrite à propos du passade de basses page go, mesure 2 de l.i partition du Huron : • CXuoique l'on ne s'attende pas chez Grétry à beaucoup de correction, cette mauvaise basse ne peut lui être imputée, et il est charitable de supposer qu'il aura suivi la marche simple ei régulière de la progression. » Cette phrase : « Il est charitable de supposer -i reviendra souvent à l'esprit en comparant les partitions manuscrites ou gravées de Grétry avec celles de la Grande Edition belge ou même les parties séparées de cette édition avec la transcription pour piano qui se trouve au-dessous.
(2) D'après les Registres inédits de la Comédie italienne, on voit que Le Huum fut )oué en 1768, les 20, 22, 25, 27 et 29 août. Pour ces cinq représentations, ies auteurs du Huron ont touché le 1/12 des recettes, soit 65 j livres 8 sols 4 deniers. Les 1, 3, S, 10, 12, I), 17, 19, 22 et 24 septembre. « Payé à M. Grétry la somme de 93 livres 2 sols pour copie de la musique du Huron suivant le mandement des sieurs Semainiers du 3 septembre. >i Payé aux auteurs du Huron, pour dis fois le douzième : 1002 livres, 12 sols 11 deniers. A noter que Duni et Anseaunie pour Les Snhoti ne touchèrent que 1/18 de la recette brute. En décembre : le 5 pour le roi de- Danemark et le 29. En 1769, Le Huron fut donné le i" janvier puis vint une interruption jusqu'au mois de juillet pendant laquelle on donne Lncile 23 fois. En juillet les 20, 29 et 51, en août les 19 et 30, en octobre le 28.
En 1770, le 25 avril, les 18 et 23 juin, le 28 juillet, les 11, 25 et 27 août, le 3 septembre et le 5 octobre
1771, le ) janvier, 10 et 23 février, 17 et 21 avril, 8 juin, 6 juillet, 11 août, 6 octobre et 27 novembre.
1772, le 16 février, 22 mars, 4 mai, les 6, 15. 19 et 30 juillet, les 17 et 31 août, les 8, II, 19 et 22 novembre, les 3, 5, 16 et 20 décembre.
1773, le 10 janvier, le 15 à la Cour, les 3, 7, 20 février, le 17 mars, le 31 mai, le 26 juin, le II juillet, les il et 23 août, le 25 septembre, les lo et 31 octobre, le 21 novembre, les I*' et 16 décembre.
1774, le 2 janvier, les 9 et 13 février, le 18 février à Versailles, le 21 avril, le 17 juillet, les 3 et 27 août, le 22 septembre, les 22 et 23 octobre, le 31 décembre.
1775, le 18 février, les i" et 11 mars, les i'' et 2S ni.ii, 7 juin, 13 juillet, 3 septembre, le 12 octobie à Fontainebleau et les 15 et 30 décembre.
1776, 22 janvier, 18 février et le 17 mars, loo' représentation du Huron.
144 ^-^ JEUNESSE DE GRETRY
recevait une gratification de 1.200 livres. Voilà qui établit nettement combien les Comédiens italiens avaient lieu de se réjouir de la venue de Grétry, dont le talent nouveau attir.àt la foule au spectacle.
Le Hiiron, pendant longtemps, fut joué chaque année ■''"', puis il fut repris d'abord en 1785, puis en 1807 avec des coupures; à cette époque on lit dans le Journal de l'Empire, après quelques détails sur l'auteur et ses débuts au théâtre : « On a fait à la pièce tant de coupures, ou plutôt tant de blessures, que rien n'y est plus motivé par les entrées et les sorties, elle ressemble à un opéra bouffe italien. Parmi les morceaux conservés on distingue : le joli duo « Ne vous rebutez pas », la marche du second acte et « Dans quel canton est l'Huronie ».
C'est en 1768 que Grétry fit paraître à Paris six sonates pour clavecin que nous n'avons pu retrouver ni à la bibliothèque du Conservatoire, ni à celle de l'Opéra, ni dans le fonds musical très riche de la Bibliothèque Nationale. Le clavecin n'était pas très goûté en Italie, les clavecinistes italiens émigrèrent, ce furent d'abord : Paradisi, Galuppi, Scarlatti, puis démenti. .\ Naples, en 1770 Burney cite M'"= Hamilton et Carlo Cotumacci. En France au contraire, les pièces descriptives n'étant plus de mode, même celles de Rameau, on leur préfère la sonate. En 1765 Le Grand, organiste de Saint-Germain, écrit une première suite de sonates pour clavecin. En 1764, Charpentier de Lyon fait paraître six sonates pour clavecin. De la même époque sont les sonates d'Eckard et de Honnauer. Ces dernières, à la bibliothèque du Conservatoire de Paris, sont en trois parties : allegro, andante, allegro, sauf la troisième, où 1 andante est remplacé par un minuetto. Scho'ocrt '^' est le maître incontesté et trop peu connu de la sonate au XVIII' siècle, son influence sur Mozart fut considérable, il est très probable qu'elle le fut également sur Grétry.
(l; I;ii 1768, 17 représeiiLiiioiis ; 1769, 6; 1770, 9; 1771, 10; 1772, 17; 177). K' ; 1774, 10; 177s, 10; 1776, le 17 in.irs, 100^ rcpréscnLitlon ; 178;, 2.
(2) Né X Strasbourg en 1720, mort à l'.iris le 28 août 1767, cmpoiionné p.ir des clianipignoiis. Griinni dit qu'il contposa un opéra comique : Le (iiirtit-chaase et If Braconnier, dont Bachaumont parle sans nommer le compositeur et qui fut silHé.
Les principaux biographes de Grétry et les dictionnaires de musique indiquent comme étant ses premières oeuvres instrumentales : deux quatuors pour clavecin, flûte, violon et basse, opui /(■', gravés à Paris en 1768 et Offcnbach; fopus II serait les sonates pour clavecin dont nous venons de parler, et l'opusIII (^.' les six quatuors composés à Rome, dont nous avons donné le début dans le chapitre précédent. Un journal de musique de l'époque. Le Journal de musique par une société d'amateurs (î), qui donnait à la fois des notes sur les ouvrages de musique, des anecdotes sur les musiciens, des comptes rendus de concerts et de spectacles, des adresses de maîtres et de facteurs d'instruments, nous donne le titre des quatuors, accompagné dequelques mots flatteurs. « Sei quartetti per duo violini, alto e basso di Andréa Grêlry, composli a Roma, opus III, prix 9 livres, à Paris chez le même Borelli, rue Saint-Victor, vis-à-vis la Ferme de l'Abbaye. » « L'empressement du public pour toutes les productions de M. Grétry et le succès que ses quatuors ont eu à Rome, sont de sûrs garants de l'accueil qu'on leur fera en France. C'est un des recueils les plus précieux qui aient paru depuis longtemps. » C'est la seule mention que nous ayons trouvée des quatuors de Grétry, il ne semble pas que les critiques musicaux les aient jamais examinés ; ainsi on trouve à Dresde '■») un terzetto et un
(il Ser.-iit-ce les deux son.ites pour le clavecin avec accompagnement de la flûte traversière, du violon et de la basse, annoncées dans le Musikalisctier Atmanach fur DeutsMandaUf das ]ahr 1784? La bibliothèque de Dresde possède deux sonates pour le clavecin, accompagnées de la flûte traversière, du violon et de la basse, tirées de L'^milié â VÉprcuve, de la composition de M .\ndré Grétry, œuvre I, Offenb.ach, parties séparées, et ces deux sonates arrangées pour deux pianos. Ce litre est curieux, s'il n'y avait pas l'indication très nette de L'Amilii à l'Épreuve, il semblerait que nous soyons en présence de la première oeuvre de Grétrv.
(2) Voir le 9* Supplément du catalogue Breiikopl" et Haertel, Leipzig, 1774.
()) N" 72 de l'année 1775.
(4) La bibliothèque de Dresde possède en manuscrit : 1° un terzetto pour i' et 2° violon, flûte, hautbois, clarinette, basson, i" et 2° viola, 1" et 2* cor, violoncelle et basse. Le premier mouvement est un largo en sol mineur, le second mouvement un allegro en do mineur ; 2° un quanetto pour flûte, hautbois, clarinette, basson, 1'' et 2' violon, alto, 1'' et 2* cor et basse ; le premier mouvement est un allegro en si majeur, le second mouvement un presto en si majeur. Ces deux oeuvres ne semblent pas appartenir à de la musique de chambre, ce sont probablement des arrangements des opéras de Grétry. tel est du moins l'avis du bibliothécaire, les parties séparées ne sont pas mises en partition.
quartette et à Carpentras ") des quartetti que nous n'avons pas pu collationner avec ia partition du Conservatoire de Paris.
Le bruit de la renommée du Huron s'en vint jusqu'à Ferney. Voltaire écrit alors à Chabanon à la date du 9 septembre 1768 : « Est-il vrai que celle [la musique] du Huron soit charmante ? Elle est d'un petit Liégeois que vous avez peut-être vu à Ferney.» Et là-dessus, le vieillard tire de son conte U Education d'un prince, le libretto du Baron d'Oiranle, qu'il envoju à Grétry (2). Celui-ci le présenta aux comédiens italiens comme l'ouvrage d'un jeune homme de province. Les comédiens le refusèrent tout en lui reconnaissant des qualités, et engagèrent Grétry à faire venir l'auteur à Paris. Il pourrait ainsi taire les changements nécessaires et obtenir la mise à l'étude de sa pièce. Il faut regretter ce contretemps, car il eût été piquant d'avoir un opéra-comique dû à la collaboration de Voltaire et de Grétry.
Les poètes sollicités naguère par le musicien, et qui avaient refusé leurs poèmes, venaient maintenant les lui proposer, mais il pensa devoir accorder la préférence à Marmontel, puisqu'il avait bien voulu se hasarder avec lui, et voici la façon dont l'écrivain témoigna sa reconnaissance dans ses Mémoires.
(i) Carpentr.is, quartetti pour 2 violons, viole et violoncelle, musique tirée de Grétry. D.nis un recueil contenant des morceaux de musique de divers compositeurs. Quartetti de Haydn. Mozart. Grétry, 27 cahiers, collection Barjavel. n» 105S.
(2) Lettre de Voltaire à M"" de Saint-Julien, 12 septembre 1768. « Daignez-vous, M.adame, vous souvenir de ce vieux solitaire qui prenait la liberté de vous appeler son papillon philosophe? Vous souvenez-vous que vous lui parl.'itcs d'un musicien que vous protégiez beaucoup et dont vous disiez des choses merveilleuses ? Continuez-vous i le proléger et fait-il toujours de bonne musique > Faites-moi la gr.ace, Madame, de répondre à cette question. Faites-moi encore une autre grâce, c'est de me garder le plus profond secret, le jcii papillon pourrait bien le laisser échapper, mais le philosophe le gardera. •
A la même, ;o septembre. « Si Madame papillon philosophe garde les secrets aussi bien que les paquets, je me confesserai à elle à Pâques.... Voici le secret dont il s'.igit. M"" Denis m'a mandé qu'un jeune homme a tourné en opéra-comique un certain conte intitulé L'Èdncalion d'un prince. Je n'ai point vu cette facétie, mais elle prétend qu'elle prête beaucoup à la musique. J'ai songé alors à votre protégé et j'ai cru que je vous ferai la cour, en priant M*"' Denis d'avoir l'honneur de vous en parler. Tout ce que je crains c'est qu'elle ne se soit déjà engagée. Ne connaissant ni U pièce ni les talents des musiciens, j'ai saisi seulement cette occasion pour vous renouveler mes hommages. L'état triste où je suis ne me permet guère de m'amuser d'un opéra-comique. »
« Grétry, plus modeste et plus reconnaissant qu'il ne Ta été dans la suite, ne trouvant pas sa réputation assez bien établie encore, me supplia de ne pas l'abandonner, c'est alors que je fis Lucile. Par le succès encore plus grand qu'eut celle-ci, je m'aperçus que le public était disposé à goûter un spectacle analogue à celui de mes contes ; et avec un musicien et des acteurs en état de répondre à mes intentions, voyant que je pouvais former des tableaux dont les couleurs et les nuances seraient fidèlement rendues, je pris moi-même un goût très vif pour cette espèce de création ; car je puis dire qu'en relevant le caractère de l'opéracomique, j'en créai un génie nouveau. »
C'est M"'^ Laruette qui réunissait chez elle le poète et le musicien dont les premiers essais étaient approuvés par son petit cercle avant les répétitions.
Grétry avait dédié son premier opéra au comte de Creutz, il dédia le second au comte d'Oultremont (■', premier ministre du Prince Evêque de Liège.
Voici le. libretto de Lucile tel que nous le décrit Grimm dans sa Correspondance (2' :
« Le sujet de cette pièce est simple et extrêmement touchant. Deux amants s'amient de la passion la plus tendre ; ils ont la parole de leurs parents, ils vont être unis. Le jour de la noce, le père nourricier de la jeune mariée arrive, et lui déclare qu'elle n'est pas la fille de la maison où elle a été élevée, qu'elle a été substituée dans son enfance à cette fille, qui est morte en
M™" de Saint-Julien, donl Grétry ne parle nulle part, était née coniteàse de La Tour du Pin. Elle rît de fréquents séjouri à Ferney, eu 1766, I772et 177). Lorsqu'elle quitta Ferney, Voltaire la chargea de négocier raffranchissement du pays de Gex. Elle est morte en 1820.
(i) A Son Excellence Mgr le comte d'Oultremont, etc.
Monseigneur, Vous faites le bonheur du pays qui m'a vu naitre et que je chérirai toute ma vie; vous encouragez et aimez les arts et particulièrement celui que je cultive, voilà, Monseigneur, les titres qui m'ont fait désirer de mettre votre illustre nom a \a tête d'un ouvrage qu'une nation éclairée a honoré de quelques applaudissements. Vous avez daigné agréer mon hommage, puisse-t-il n'être pas indigne de vos suffrages et de votre protection. Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de votre Révérence, le très humble et très obéissant serviteur Grétry.
(2) Correspondance, t. VIII, p. 244.
nourrice, et qu'elle ne peut prétendre ni à la tnain ni à la fortune qu'on lui destine. Voilà le sujet en deux mots, voyons-le un peu en détail. Timante, riche financier.... Premièrement, monsieur Marmontel, c'est vous qui êtes l'auteur de la pièce ; vous vous en défendez comme de meurtre, vous gardez l'incognito impitoyablement malgré votre succès ; mais, ne vous en déplaise, je vous reconnais à chaque ligne, et si je vous avais vu écrire la pièce d'un bout à l'autre je ne serais pas plus sûr de mon fliit ou plutôt du vôtre. «
. Grimm reproche à Marmontellenomdes personnages: « faitesmoi le plaisir de trouver une autre fois des noms d'un meilleur goût ou, si vous ne le pouvez, adressez-vous à Sedaine », le manque de sentiment et de naturel, le mauvais enchaînement des scènes, la difficulté qu'il a de mener le sujet jusqu'au bout, la froideur du dialogue, la fausseté des images, et jusqu'aux costumes des filles du village « aussi pomponées qu'à l'opéra dans les jardins d'Armide, lorsque la modeste Lucile, son bon père Biaise et moi, nous étions en droit de nous attendre à toute la simplicité villageoise » et puis, et puis si Sedaine eût fait la pièce elle eût été bien meilleure. Quant à la musique, il critique ces petits opéras, moitié parlés, moitié chantés, ce mélange barbare de deux manières d'imiter la nature, né de la dureté de nos oreilles, qui n'a encore permis à aucun de nos compositeurs de créer ou d'essayer du moins, sur nos théâtres, un vrai récitatif, une simple déclamation notée.
« Il y a dans Lucile neuf morceaux de musique ; le quatuor du déjeuner et l'air de Biaise ont été jugés avec raison et sans comparaison supérieurs à tout le reste. La musique de Lucile est très digne de l'auteur de celle du Huron. On a demandé lequel des deux ouvrages valait mieux. Question oiseuse : il y a sans doute un plus grand fond de musique dins Le Huron, parce que la pièce est plus longue, et que les tableaux en sont plus variés. Four faire preuve de talent, j'aimerais mieux sans doute avoir fait Le Huron, parce que mes preuves seraient plus complètes; mais qu'importe si Lucile est aussi bien travaillée qu'elle peut l'être, et
LES DKBUTS A PARIS I49
si le musicien a été partout au niveau de la besogne que le poète lui a taillée ! On pourrait lui reprocher de fiiire la plupart de ses airs en rondeau, dont le premier et principal couplet est repris deux ou trois fois ; mais je crois cette espèce de chant symétrique et circulaire inévitable, quand on veut écrire sur des paroles françaises dont l'idiome ne permet jamais au musicien ni de phraser ni de s'étendre. »
La première représentation '' de Lucile eut lieu le 5 janvier 1769, ce fut un succès de larmes. Dorât écrit en effet :
« Vous étiez à la première représentation de Lucile, vous avez été témoin de l'effet général ; les larmes d'étiquette tombaient des premières loges, et vous en avez versé dans la vôtre sans songer à les cacher ni à les f;iire voir. Le fond de la pièce est pathétique, et je ne regrette point que l'harmonie prête ses charmes à l'expression de la douleur... Mes larmes ont coulé et j'ai rendu grâces à celui qui me procurait cette douleur voluptueuse, un des plus grands plaisirs de la vie. L'air qu'il [Caillot] chante, ne vous a-t-il pas transporté ? N'admirez-vous pas le respect de la musique pour les paroles, des intruments pour la voix ? Harmonie, mélodie, dessins, motifs, jours ménagés dans les parties accessoires, pour faire ressortir la partie principale, tout s'y trouve. »
Les Mémoires secrets '^.' sont élogieux (5 janvier 1769) :
« Cette pièce romanesque a produit à ce théâtre le rare spectacle d'un auditoire fondant en larmes. Le musicien a secondé le poète à merveille, et a brisé les cœurs par ses ariettes passionnées ; chacun est sorti pleurant et enchanté, en sorte qu'on regarde la pièce comme couronnée par le plus grand succès » et quelques jours plus tard, le 18 janvier ''s) : « Le public est partagé sur Lucile, nouveauté qui fait grand bruit, que les uns proscrivent
(1) .\cteurs de la première reprcsemalion de I.ucile.
lim.mte, léiior, Laritelte. — Bl.iise, b.isse, Ctiliol. — Dorv.il père, b.isse, .Vniiniffe. — ' Lucile, sopr.uio, A/'"' Lnruclle. — Dorval fils, tciior, Claiival. Julie, soprano,
(2) T. IV, p 182.
(5) T, IV. p. 190.
comme un roman mal tissu, froid, triste, et ne roulant que sur une intrigue remaniée dans plusieurs autres et dans diverses pièces de théâtre; d'autres en sont enchantés, y trouvent un intérêt pressant, en admirent le dialogue et les détails, où ils croient reconnaître le talent du courtisan le plus aimable. On s'intrigue, au reste, pour en constater l'origine, et il paraît que cet ouvrage appartient décidément à M. de Marmontel et au duc de Nivernais; que le premier en a f;tit la charpente, qui n'est pas ce qu'on y trouve de plus merveilleux, et que le second Ta décoré de toutes les beautés qu'il sait prodiguer avec un goût et des grâces qui n'appartiennent qu'à lui. Ce n'est que comme cela qu'on peut expliquer la modestie des auteurs d'un drame qui, malgré son succès le plus décidé, s'obstinent à garder l'anonymat. » Cette supposition ne semble pas exacte, Jules Mancini, duc de Nivernais, ambassadeur à Rome, à Berlin et à Londres, ne fut pas le collaborateur de Marmontel.
Le Mercure de France de janvier 1769 (') constate simplement le succès de la pièce, celui de février contient des vers de Guichard t^) et une longue analyse de la pièce (î^ avec quelques vers, l'éloge du quatuor, « morceau admirable pour l'expression, et dont l'effet ne peut se peindre ni se deviner » et celui du libretto : « Il y a de l'intérêt .dans cette comédie. Si on ne le trouve pas aussi développé, aussi approfondi à la lecture qu'à la représentation, c'est qu'il faut se souvenir que le poète, asservi au musicien, doit lui laisser beaucoup à faire, et atténuer ses propres forces, pour mettre en jeu les siennes. L'ouvrage est en général écrit avec autant de facilité que de nuurel. Il n'v a point d'affectation d'esprit, ce qui est le plus grand défaut après la platitude, il y a des vers très iieurcux, et surtout il règne d'un bout
1) Page 152,
(3) On p.irvient lenienient .ui Temple de Mémoire,
A pas Je géant, loi, lu nur,:)ics vers la gloire. De Ion nouveau succès lu me vois cnchanié, Quel goi'il! quel sentiment ! quel feu ! quelle harmonie ! De ton magique cl dominant génie, J'admire le pouvoir, il est illimité, etc.
()) l'agc 179.
de la pièce à l'autre une sorte d'enthousiasme de bonté et de vertu qui se communique au spectateur, et qui lui fait éprouver le sentiment le plus doux pour les âmes honnêtes, celui de voir exprimer ce qu'elles ressentent ; mais il faut absolument la voir représenter pour connaître tout ce qui résulte de l'accord heureux de la musique et des paroles, et du jeu d'acteurs tels que M. Caillot et M""" Laruette, qui ont reçu de la nature tous les dons nécessaires pour concevoir fortement un ouvrage, et exécuter ce qu'ils ont conçu. »
Le Mercure de mars''' dit qu'on a continué les représentations de Lucile. « ce drame honnête et intéressant, embelli encore et animé par la musique éloquente, pleine d'expression, de vérité et de cette simplicité sublime qui parle au cœur et peint à l'imaginatio;,. M. Grétry paraît avoir étudié le style du célèbre Pergolèse, il a sa même sensibilité et son génie, pour rendre les tons du sentiment et le langage de la passion >>.
Voyons maintenant la critique de La Harpe sur MarmonteH^', auquel il reproche des fautes de goût : « elles n'y sont pas communes, mais elles sont remarquables. »
Il en donne pour exemple :
Mais Lucile est éblouissante, La trouvez-vous appétissante r
« C'est son père qui s'exprime ainsi en parlant à un autre vieillard, au père de son gendre ; cela serait à peine supportable dans la bouche d'un jeune amoureux, et le ton de la pièce est généralement noble, c'est là du mauvais goût. Voici dans la même s-"ène une impropriété de terme qui fait un énorme contresens.
le voudrais que lu mollesse
Fût le piix des travaux guerriers, Et je respecte la vieillesse Qui repose sur des lauriers.
(i) Page 155.
(2) La Harpt, Couri Je littér.uure, t. .\1I, p.
« Les deux derniers vers sont bien, quoiqu'en rappelant ceux de Voltaire :
Courtisans de la gloire, écrivains et guerriers, Le sommeil est permis, mais c"cst sur des lauriers.
« Mais qui jamais a fait de la mollesse le prix des travaux guerriers ? Ce qui est partout un vice ne peut être nulle part un prix. Il a voulu dire le repos ; mais la mollesse est ici un étrange synonyme. On trouve dans cette même pièce une faute d'une espèce plus grave, un mouvement faux, absolument faux. Dans le premier instant où Lucile apprend de Biaise qu'elle 3, été changée en nourrice, son premier mot, son premier cri est : « Ali ! mon père ! » en se jetant dans les bras de Biaise. Voilà encore cette nature exaltée qui trompe Marmontel dans un opéra-comique comme dans la tragédie. Qu'on se rappelle la situation, et l'on sentira que, dans une révolution aussi terrible qu'imprévue, le premier mouvement est d'être atterrée, le second de se jeter dans les bras de l'autre père qu'elle retrouve en perdant celui qu'elle avait auparavant ; mais du premier mouvement au second, il y a loin dans la nature et c'est ce qu'il fallait marquer. >>
Gevaert dans le commentaire critique de la Grande Edition belge, parue en 1884, nousdit : « Le charmant opéra-comique de Liicile, est au nombre des opéras de Grétry pour lesquels les éléments de reconstitution critique manquent à peu près complètement. De toute l'œuvre du musicien, la p.irtition gravée seule est parvenue jusqu'à nous. » Il a coiiiui cependant les parties séparées manuscrites ') du théâtre de la Monnaie à Bruxelles, mais ne semble pas avoir consulté les paiiie^ d'orchestre manuscrites '2' in folio, à la Bibliothèque Nationale, ni le quatuor " mis en symphonie, ni les airs t jiour violon, chant et bas^e, ni les ariettes et duos >' à la Bibliothèque Nationale, pas plus que
(l'i 1" violon. 2' violon, tt b.isse.
(2) Mns. iii-4, B. N. Vni. 5 Wj, 105, 106.
(;1 2 violons, li;)utbois, f.igoIti. cors et b.is e, H. X. \'n). s ''". Ii'ft-
(4) B. N. Vm, 7. 7154. Rrciial n» 2.
(î) Recueil d'ans, 1 VII, p. 148 167. Kiservc Vni. 7, 4K2.
l'ouverture de Lucile arrangée pour le clavecin (')et la belle partition manuscrite '^) ornée de peintures et reliée avec luxe, conservée à la bibliothèque de Troyes. La bibliothèque de Berlin (5> possède une partition manuscrite en allemand.
La première édition gravée par Dezauche (■»' n'est pas rare ; la Bibliothèque Nationale en possède un exemplaire aux armes de France, une autre édition, sans numéro d'œuvre, fut imprimée chez Montulay, dont un exemplaire au British et un autre à la bibliothèque de la Cour à Vienne.
Les éditeurs modernes ont repris quelques airs : Lemoine « Ah ! ma femme qu'avez-vous fait » pour basse, Choudens « Chantons deux époux », Breitkopf la danse villageoise des compagnes de la mariée. Quant au fameux quatuor « Où peuton être mieux », il a paru chez Durand pour chant seul, soprano, contralto, ténor et basse, pour quatuor avec accompagnement de piano chez Schott, en flamand chez Cranz à Leipzig, enfin Kreutzer l'a arrangé dans Les Theniiopyles.
Le libretto a eu plusieurs éditions : deux en 1769 chez Merlin (i' à Paris et une à Amsterdam et la Haye chez Constapel et Lefébure, une 3' édition en 1770 avec la musique.
(i) .\rrangèe pour le clavecin avec un violon ad lihiluw, par .\I.M. Cément, Paris, MM. Le Menu et Boyer. sans date, in-foL oblong, B. N, Vm. 7, ^895.
(2) Bibliothèque de Troyes, n« 2452. Lucile^ comédie en un acte et en vers par Marmontel. dédiée à S. E. Mgr le comte d'Oultremont, frère et premier ministre de S. \ Mgr le prince èvéque de Liège, mise en musique par André Grétry de l'Académie des philliarmoniques de Boulogne, représentée pour la première fois par les comédiens italiens ordinaires du roi le 5 janvier 1769. Très bel exemplaire de présentation, copié par J.-J. Monnier. f8 feuillets 170 X 115 mil., reliure de maroquin rongea petits fers avec broderie au centre, et charmante peinture avec légende, i, »■ Quel bien peut valoir le plaisir de vous voir -, 2. • Pouvez-vous, charmante Iris, n'avoir pour moi que du mépris 0. Le conservateur de la bibliothèque de Troyes, M. Morel-Payen, nous écrit que ce manuscrit n'a jamais été étudié, et encore moins publié, il serait intéressant de savoir si la copie est contemporaine de Grétry.
(j'i Bibliothèque de Berlin, Mns. 8500.
(41 Œuvre II, Lucile, comédie en un acte et en vers, dédiée à S. E. Mgr le comte d'Oultremont frère et premier ministre de S. \. Mgr le Prince Êvéque de Liège, mise en musique par André Grétry, de l'Académie des philharmoniques de Boulogne, représentée pour la première fois par les comédiens italiens ordinaires du Roi. le 5 janvier Ï769, gravé par Dezauche. Prix : ij livres \ Paris, aux adresses ordinaires- avec privilège du Uoi, à Lyon, chez NL Castaud, vis-à-vis la Comédie.
(ç> Litciïe. comédie en un acte, mêlée d'ariettes, représentée pour la première fois le . 5 janvier 1769. Le prix est de 24 suis, â Paris, chez .Merlin, libraire, rue de la flarpe.
L'ouverture de Lucile, à vrai dire, n'est pas très intéressante, les thèmes en sont médiocres. Elle comporte un allegro et un andante. Le premier mouvement vif, en forme de lied en trois parties, dont la troisième répète la première.
L'air de Dorval : « Quel réveil ! Quel enchantement ! »
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c]iut»».c^*^*L. C-e
est un excellent exemple de terminaison masculine sur un rythme féminin, vei-1. men-t, faute que l'on rencontre quelquefois chez Gluck mais jamais chez Rameau.
Le fameux quatuor : « Où peut-on être mieux qu'au sein de sa flxmille »
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.sans être, comme le dit Castil Blaze, « d'une faiblesse extrême », est plus connu pour avoir été chanté par les fidèles de Louis XVI et célébré le retour des Bourbons à la Restauration, que par sa propre valeur musicale. L'air est entraînant certes, mais que dire de la première phiMse nu point de vue de l'euphonie ?
.\ Saint-Josepli, MDCCLXIX. Avec .\pprobatioii et permission; seconde cilition, chez Merlin, 24 sols avec la musique.
Le monologue de Biaise, « Ah ! ma femme, qu'avcz-vous lait »
Vtcnc ^a tir tU B£a ù
est analysé en détail par Grétry dans "ses Mémoires, c'était là faire beaucoup d'honneur aux vers de Marmontel.
L'air de Lucih : « Au bien suprême, hélas! je touchais de si près » est dramatique et expressif.
L'entrée des paysans est assez amusante à comparer au thème de la cloche dans Parsival.
La première partie de l'air de danse est bien rythmée, elle rappelle Rameau, moins sa richesse.
La ronde des jeunes villageoises ; « Chantons deux époux »
est sur le même thème que l'entrée des paysans. Enfin le chreur final a de la gaieté.
fit. ÙA. fê.U. ^^^cw- ^^ o^ . -v,^. te ■Ca.Ju.„^t.
Martine (■) est un admirateur des opéras de Grétry. L'opéra de Lucilf, dit-il, « est rempli de chants frais, aimables et gracieux, entre lesquels tient sans doute la première place le quatuor enchanteur que chacun a retenu et qui a été si souvent chanté ». Il remarque très justement que le monologue de Biaise ne produit pas actuellement autant d'effet qu'à l'origine, ce qu'il faut attribuer non seulement à l'exécution mais aussi à la différence des époques. En 1769 les morceaux de ce genre « étaient si rares que celui-ci dut causer une vive impression qui s'est affaiblie par l'habitude d'en entendre ».
A l'étude des registres de la Comédie Italienne ^-\ on constate
(i) De U musique diamatiqnc en France.
Il) Registres de la Comédie italienne aux Archives de l'Opéra. LucUe fut donnée en 1769 les 5, 7, 9. 12, 14, 16, 19, 21, 2\, 26, 28 et 30 janvier. Ce même mois, « payé pour la copie des rôles et partition de LucUe, suivant le mémoire arrêté par les sieurs Semainiers le lo janvier 1769, 77 livres », aux auteurs de Lucilc pour douze fois le 1/18, 112; livres 12 sols; les i", 4, 6, 9, il, i;, 16, et 18 février, le 2 mars, 17 et 19 juillet, 21. 24 et 28 août (le 18 octobre à Foutainehleau), le ij novembre et 4 décembre.
En 1770, le 14 janvier. 10 février, 25 mars, 28 avril. 10, 14 et 28 mai, 10 et 28 juin,
9 et 26 juillet, 18 août, r', 10 et 27 septembre, 11 et 15 octobre, 4 et 11 novembre, 16 et 30 décembre.
En 1771, 9 el 21 janvier, i;, 20, 21 février, 6 mars, 10 avril, 5 et 29 mai, les 12, 26 et ;o juin « Pour la 3° fois de Lucilc, on n'a point tiré les Honoraires, la recette ayant été au-de<sous de éoolivres a, les 11 et 21 juillet, le 7 août, les 16 et .'j septembre, les 2, 17 et 27 octobre, 11 et 24 novembre, 12, 18 et 28 décembre.
En 1772, le ;o janvier, 8, 12 et 26 février, 30 mars, 10 et 17 mai, i" août, i6, 23 et 30 septembre, 11 et 29 octobre, 16 et 18 novembre. 10 décembre (le 11 à la cour à Versailles) et 30 décembre. Depuis octobre 1771, Grétry touche 100 livres de pension par mois.
Eu 1773, les 6 et 27 janvier, le 2; février, les 1" et 7 mars (le vendredi, j6 mars, i Versailles, avec le Magnifique , les 1", 12, 25 mai, le 8 juillet 100' représentation de Lucile, ;ivec La Fée Uigèle, le 17 juilllet, les 7 et 18 .loût, les 5 et 15 septembre (le 1" octobre dans l'appattement de M. le dauphin, à Versailles, après le souper), les 9 et 28 octobre, les 10 et 14 novembre, les 5, 13 et 22 décembre;
En 1774, le 1"' janvier, le 13 mars, le 13 avril; m.ii, ohscrfulion. « la n\ort du Koi Louis XV, arrivée le 10 de ce mois, et sa maladie qui avait obligé de fermer les spectacles dés le 30 d'avril dernier, fait qu'il n'y a auc ine recette journalière .i employer a présent compte », le 22 juin, le 7 août, le 12 septembre, 31 octobre, les 7 et 27 novembre et 14 décembre.
En 1775, le II janvier, les 9 et 22 février le ; mars, à la cour, avec Le l'oiliail J'Ailetjuin), le 15 mars, en août, Grétry et Marmontcl reçoivent chacun, aux pans d'auteurs, 18 livres i denier 9 sols, ce qui prouve que les droits d'auteurs étaient partagés de moitié, le I" juin, le 12 *|uillet, le 3 août, les 5 et 26 novembre.
l'n 1776, les 7 et 21 janvier, le 7 février.
lin résumé Lucile a été jouée en 1769 de janvier à décembre 29 fois, en 1770 de janvier à septembre 14 fois, en 1771 de janvier à décembre 25 fois, en 1772 de janvier ;\ décembre 16 fois, en 1773 de janvier.! décembre 2( fois, en 1774 de janvier à décembre
10 fois, en 1778 de janvier à novembre 9 fois, en 1776 de janvier à février 3 fois.
que Litcile eut un succès '■) au moins égal sinon supérieur à celui du Huron. En 26 représentations du 5 janvier 1769 au 28 août de la même an née, le théâtre encaisse, grâce à cette pièce, 61.122 livres, ce qui donne une moyenne de 3.820 livres par soirée, somme qu'atteignent bien rarement les spectacles des aines de Grétry. Dans ce laps de temps, les deux auteurs touchèrent 2.124 livres de droits, et Grétry reçut 77 livres pour la copie de la musique, partition et rôles, qu'il s'astreignit à faire lui-même, comme il l'avait fait pour Le Huron, qui lui avait été payé davantage, 93 livres 2 sols. A la réouverture de la salle, en juillet 1769 Lufile et Le //î<;o« continuent à tenir l'afHche assez fréquemment; la centième deLucile a lieu le 8 juillet 1773 ; en septembre 1774, Grétry est allé retenir une loge de quatre places ; il voulait se rendre compte sans doute de l'effet de l'orchestre renforcé d'un basson extraordinaire, de deux trompettes et d'une timbale, et d'une musique des gardes de vingt hommes et un caporal. D'autre part, en consultant Le Mercure de France, nous trouvons que Lucile fut reprise en 1780 : 5 représentations, 1785 : 4 représentations, 1786 : 2 représentations et en 1787, 88, 89, et 1793 une représentation par année. Enfin, Lucile a été jouée cette année même (1920) au théâtre Royal de Liège le 17 avril, lors de la visite du prince Léopold de Belgique.
Certains critiques, après le succès de Lucile, reprochèrent à
(i) Marmontel, dans son fragment de poème sur la musique Potymnie, nous raconte l'anecdote suivante.
Un amateur nommé Trigaud, témoin du succès éclatant de Grétry. l'engagea À le venir voir et a suivre ses conseils. Le lendemain il l'attend, non sans inquiétude, il l'attendit en vain. Furieux il alla voir Duni.
0 Eh bien I dit-il, votre règne est fini,
Grétry s'élève et sur vous il l'emporte,
Dans la coulisse on vous a vu pleurer.
C'était de rage ? — .\h non ! c'était de joie.
Au doux repos mon âge me renvoie.
Un autre vient, je l'entends célébrer.
De ma retraite au moins il me console.
Et les talents iront à son école.
— Quoi, dit Trigaud. sans vous désespérer. Vous avez vu le succès de Lucih .
— J'en ai joui. — C'en est trop, l'imbécile, Il aime à voir ses rivaux prospérer. »
Grétry « de faire pleurer à l'Opéra-Comique », à quoi il répondit en écrivant la parade du Tableau parlant en collaboration avec Anseaume, souffleur de l'Opéra-Comique. Anseaume ('' avait débuté par un prologue, La Vengeance de Melpomène, puis il écrivit une série de petites pièces tirées de contes ou de fables : Cenârillon d'après Perrault, L'ivrogne corrigé, Ma::et, Les deux Chasseurs et la Laitière, d'après La Fontaine, Le peintre amoureux de son modèle (^.', etc. Avant d'être auteur dramatique, Anseaume avait été successivement frère de la doctrine chrétienne, maître de pension, attaché au théâtre de la foire, et souffleur à la Comédie Italienne. Il était l'aide attitré des compliments de clôturent des prologues et collaborait avec les auteurs et les compositeurs, qu'il ne gênait pas comme Marmontel par son outrecuidance.
« Deux succès de suite, dit Grétry ''', m'avaient rendu ma gaieté naturelle, que j'aurais eu bien de la peine à exciter dans le temps que je fis Le Huron. C'est dans les beaux jours du printemps que je composai Le Tableau parlant, et je puis dire que pendant deux mois, chanter et rire fut toute mon occupation ; j'étais si plein de mon sujet, qu'un jour après le dîner je fis, chez l'ambassadeur de Suède, quatre morceaux de musique!-») sans interruption... Je finis cet opéra à Croix-Fontaine, on y fit la
(i) Anseaume, né vers 1720, mort à P.-irisen 1784.
(2) Ses principaux livrets sont : Le Peintre amoureux de ion modèle, musique de Duni, joué au thè.itre de la foire Saint-Laurent, en 1757; Lu Faune avenluriht, avec Marcouville, musique de Laruette, 1757; Le Docteur Sangrado, musique de Duni et Laruette, 1758; Le Médecin de V Amour, avec Marcouville et Laruette, 1758; Cendrillon, d'après Perrault, avec Laruette, 1759; Lt' Chinois poli en France, L'Iurogne lorrigè d'après le conte de La Fontaine, avec Laruette, 1759; Les Epreuves de l'Amour, avec Laborde, 1759; Le Dépit généreux, avec Quêtant et Liructte, 1761; Ij Procès des ariettes et des vaudevilles, avec Favart, 1761 ; La Clochette, avec Duni, 1766; L'École de la jeulusse ou le Barnevell français, d'après la tragédie de Thompson, avec Duni, 1765 ; Le M>7iVi>H, joué i Versailles en décembre i-jbz ; Les Deux Chasseurs et la Laitière, avec Duni ; Le Tableau parlant, avec Grétry, 1769; La Ressource comique ou la Pièce à deux acteurs, avec Méreaux, 1772; Zèmire et Mèlinde, 1775 ; Le Rendexrvous bien employé, avec Monsigny, 1774 ; Le Retour de Tendresse, avec Méreaux, 1777. Son théâtre a été publié en 1766 en trois volumes in-8°.
(5) .Mémoires, t. 1, p. 181. — A propos du Tableau parlant Grétry fait une dissertation sur l'homme de génie, sur l'importance de la n)élodie et celle de l'harmonie, sur le comte de Creutz etc.; dans ces 14 pages des .Mémoires il ne parle guère de l'opéra.
(4) L'ariette de Cassandre « Pour tromper un pauvre vieillard • le duo » Vous étiez ce que vous n'êtes plus », le récit de la tempête, par Pierrot, le duo de Pierrot et Colombine » Je brûlerai d'une ardeur éternelle ".
lecture du Tableau parlant, et l'on y plaignit le malheureux musicien. Le duc de N. y fit de légers changements que je communiquai ensuite à Anseaume, et qu'il adopta. »
Croix-Fontaine était une maison de campagne près de Corbeil dans la Seine-et-Oise, propriété du fermier général Bouret, ce fut probablement le duc de Noailles qui fit les corrections dont parle Grétry. Quant au sujet du Tableau parlant c'est l'histoire chère au xviii' siècle d'un vieux tuteur amoureux de sa pupille, et joué par son neveu. La jeune Isabelle n'a guère envie d'épouser le vieillard, mais Colombine, sa servante, lui conseille plutôt d'avoir un vieil époux que de n'en point avoir. Cassandre prétexte une course en ville et revient bien vite pour épier ce qui se passe dans sa maison. Pendant son absence arrivent le beau Léandre, amant d'Isabelle, et son fidèle Pierrot, amant de Colombine. On leur offre à souper. M. Cassandre, pour y assister, découpe la tête de son portrait et se met à la place. La scène est très gaie, les amoureux lui demandent en plaisantant la permission de se marier. En répondant par un oui formidable, Cassandre sort de derrière sa toile, mais il se laisse toucher par l'amour des jeunes gens épouvantés, et consent à leur mariage. Il ne faut pas avoir un démon familier, disait Grimm, pour faire ces choses-là, sans doute, cependant ce serait une des pièces de Grétry les plus faciles à reprendre dans un théâtre de société, il n'y a que cinq personnages, et le décor est simple.
La première représentation eut lieu le 20 septembre 1769 (", le duc de Choiseul y mena toute sa société, le compositeur Duni y assistait et remarqua le duo, qu'il déclara bon, c'est peu pour un opéra charmant, mais c'est beaucoup de la part d'un autre artiste. Grimm enregistre le succès >-'.
« Le succès de la parade du Tableau parlant, qui, grâce à la charmante musique de M. Grétry, se soutient au théâtre de la
(l) Acteurs de la première représent.ition du Tablrau parUiiil :
Cass.indre, ténor, Laruette . — Isabelle, soprano. M ' Trial. — Léandre, ténor, Triol. — Colonïbine, soprano, .V/""' Laructte, — Pierrot, ténor, Clairval. ^2) Correspondance, t. VIII, p. 559. ■
l6o tA JEUNESSE DE GRÉTRY
Comédie-Italienne, dans tout son brillant, a excité la bile de M. Palissot », qui dans une longue épître en vers va raillant les
librettistes, et il y a de quoi, il raille Marmontel, Sedaine, et même Voltaire, et débute par Anseaume, et son TabUiiu parlant :
D'une tète à perruque, on a fait un tableau,
Le parterre se pâme et crie : « Ah ! que c'est beau ! » etc.
Le Tableau parlant est une parade. Qu'est-ce qu'une parade ? D'après Grinim ''), « la parade est un mélange de bouffonnerie et de noblesse ; les acteurs sont choisis dans le bas peuple, et cherchent à nous faire rire en contrefaisant la déclamation tragique, et en corrompant la prononciation des mots d'une façon burlesque. Les auteurs classiques en ce genre mettent ordinairement leur esprit et leur art à farcir le dialogue d'équivoques, dont le double sens a presque toujours quelque sottise en vue. Ce n'est pas le premier des genres assurément, il marche cependant avant le genre ennuyeux, qui, suivant M. de Voltaire, n'est pas bon... Les personnages essentiels de la parade sont : M. le vieux père Cassandre, la belle Isabelle, ou par corruption Zirzabelle, sa fille, ou sa pupille, M. le beau Léandre qui foit l'amoureux, il est d'extraction soldat aux gardes, enfin Pierrot et Colombine ». Après l'analyse delà pièce, Grimm ajoute : « Ce succès est très grand et ira encore en augmentant, grâce à la musique charmante et délicieuse de M. Gréir\". Il n'y a rien à dire de cet ouvrage, c'est un chef-d'œuvre d"ur x)ut à l'autre; il n'y a que le premier air que chante Cassandre, qui soit faible et commun, tous les autres sont charmants, et il n'y a pasi du reste un seul morceau médiocre. C'est une musique absolument neuve et dont il n'y avait point de modèle en France, cela est à tourner la tête... Il [Grétry] joint au génie et à la science une grande facilité de travail ; un style clair et tacile foit que le succès de ses pièces n'est jamais douteux un instant, il se fait entendre des ignorants comme des connaisseurs », et, à moins qu'il ne s'adresse à des poètes sans nulle espèce de ressource, il est sûr de réussir
(i) Correspondance, t. VIII, p. 547.
CIÎAP. IV. LES DÉBUTS A PARIS l6 1
autant Je fois qu'il mettra de pièces au théâtre. Le Mercure de France, 1769 f'), donne l'analyse de la nouvelle pièce « tenant le milieu entre la comédie et la parade », remarque qu'elle rappelle La Tête à perruque de Collé, grand faiseur de parades, et l'anecdocte connue tirée de la vie des peintres : Un portraitiste, impatienté des remarques qu'on faisait sur sa peinture, creva sa toile et se mit à la place de son portrait. « De quelque endroit que M. Anseaume ait tiré son sujet, il Ta traité d'une manière très plaisante sans se permettre rien qui blesse le bon goût, qui n'est que trop souvent outragé dans ces sortes d'ouvrages. Le musicien n'a reçu que des éloges ; que de gaieté, de grâces et de variété dans ses airs! M. Grérry semble créer un genre nouveau, pour chaque nouvelle production, ne s'écartant jamais du sens de ses paroles, il trouve le moyen d'ajouter encore à leur expression, son génie abondant et facile se prête à tout sans effort et l'on voit que les compositions lui coûtent aussi peu de peine qu'elles procurent de plaisir à les entendre. » En décembre, Le Mercure constate la continuation du succès du Tableau parlant, « dont la gaieté cause toujours le même plaisir, et dont la musique est toujours applaudie avec le même transport », enfin en janvier 1770 il annonce que Irf" musique gravée est en vente au prix de 15 livres. En avril 177 1 on reprend Le Tableau parlant à la Comédie italienne avec M™" Trial et Colombe, Clairval, Trial et Laruette. « Rien de si délicieux que ce spectacle quand il est soutenu par des talents aussi distingués. L'Italie même adopte plusieurs de ses intermèdes, tels que ceux de M. Grétry, dont elle admire la musique et le génie aussi riche que fécond. » Nouveaux éloges à la reprise d'avril 1772. La pièce est « ingénieuse et amusante », la musique « charmante, pittoresque de pantomime » et les acteurs ont chanté avec autant d'art que de goût.
Le succès de la nouvelle partition de Grétry ne fut pas sans lui attirer la jalousie d'un certain nombre de musiciens, un Italien entre autres qui l'accusa, taudis qu'ils étaient tous deux en
(i) Page 176.
l62 LA JEUNESSE DE GRÉTRY
séjour au château de Montigni, chez M™" de Trudaine, d'avoir parodié des airs italiens de compositeurs aussi connus que Pergolèse et Galuppi ; c'était lui, au contraire, qui avait mis des paroles de Métastase sur les airs du Tableau parlant.
Grétry dédia son opéra (') au Ministre duc de Choiseul, chez qui il fréquentait et qui le protégeait. Mais cela parait avoir été fait sur le conseil du comte de Rohan Chabot ''-), à qui Grétry avait offert en premier lieu la dédicace de sa nouvelle œuvre, ainsi qu'en témoigne la lettre (3) qu'il lui écrivait le vendredi 27 octobre 1769 après la huitième représentation du Tableau parlant. Quoi qu'il en soit le ministre fut aimable.
« M. le duc de Choiseul à qui j'avais dédié mon opéra intitulé : Le Tableau parlant m'envoya jadis un présent, mais il choisit un
(1) " Monseigneur. En me permett.int de pl.icer votre illustre nom à I.-1 tête de cet ouvrage, vous honorez un art que vous avez toujours chéri et dont les charmes sont toujours bien dignes de contribuer à vos délassements. La bonté avec laquelle vous avez daigné. Monseigneur, accueillir mon dernier ouvrage, est pour moi un nouveau motif d'émulation et de zèle. Je croirais être sûr de mériter le sulTr.tge de la nation aimable à qui j'ai consacré mes veilles, si j'ai le bonheur d'obtenir le vôtre, et si vous agréez les témoignages du profond respect avec lequel je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur, Grétry. »
(2) Le comte de Chabot était alors maréchal de camp. Colonel à seize ans. Bellc- Isle l'avait surnommé le Jeune Héros, pour sa belle conduite pendant la guerre de Sep« Ans.
(5) • Monsieur. Il y a longtempsque j'aurais dû vous remercier de la lettre que M. le duc de Choiseul a eu la bonté d'écrire au Prince de Liège ; j'en attends des nouvelles et j'espère qu'elles seront bonnes. M™ la comtesse de Chabot m'a fait l'honneur de m'écrire, à son retour de Fontainebleau, pour s'informer de ma santé. LUe m'a dit deux mots de votre part pour le voyage de la Rochegion {sic). Vous jugerez de moi. Monsieur, à votre retour â Paris, et si je vous conviens tel que ma santé me permettra d'être, je serai bien â votre service. Je ne vous écris jamais. Monsieur le comte, sans vous demander une chose ou l'autre; c'est encore où j'en suis aujourd'hui. Je voudrais bien savoir. Monsieur, â qui il faut que je dédie la musique de ma parade qui va paraître dans huit ou dix jours. Je ne connais personne qui en soit plus digne que vous, et je me charge de le prouver dans ma lettre dédicatoire. On dit que la musique de cette pièce est immortelle. Jugez, Monsieur, que si elle paraît sous les auspices du nom de Kohm-Chabol, ma parade sera une espèce de Père litcrnel, qui aura été de tout temps. Rohan peut être très ancien, et ma pièce très moderne. Si vous daignez m'accorder ce que je vous demande. Monsieur, je vous prie de me dire, en me répondant, si vous voulez que je fasse mettre d'autre titre que monsieur le comte de Rohan- Chabot. Je vous prie aussi de me refuser sans façon, si vous en avez des raisons, telle que celle d'éviter une foule d'auteurs importuns, qui cherchent sans doute à vous dédier leurs ouvrages. J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur^ Grétry. P.-S. Il me reste de mon incommodité une petite toux, et de la faiblesse qui diminue chaque jour. Paris, ce vendredi 27 octobre 1769. »
(Musée Grèiry, à Liège. Pièce publiée par M. de Schryver, .i Bruxelles, en 1891.)
artiste, un confrère, son architecte, pour me !e faire tenir. Celui-ci me dit que Monseigneur l'avait chargé de me donner une tabatière, mais que ne sachant pas si je la voulais ronde ou carrée, il me priait de l'acheter moi-même, et il me remit 50 louis. J'étais jeune, j'étais pauvre, M. de Choiseul ne pouvait faire un présent de meilleure grâce ni plus à propos ('). »
Voyons maintenant la relation du succès de l'opéra, donnée par les Mémoires secrets en date du 27 septembre 1769 : « Les Italiens donnent depuis peu une parade intitulée Le Portrait parlant, les paroles sont d'Anseaume, et la musique de Grétry. La pièce a réussi, elle est plaisante, parfois graveleuse, l'éventail y est d'un grand secours aux femmes. La musique en est excellente. En général ce genre piait plus à ce théâtre et y est mieux adapté que l'héroïque sur lequel on a voulu la monter depuis quelque temps. » Et le 25 octobre : « Le Tableau parlant qu'on joue aux Italiens avec tant de succès, a allumé la bile d'un auteur satirique anonyme ; il vient de s'exhaler dans une épître qu'il adresse à son digne ami M. Nicolet. »
Et puis, voici le jugement de la Harpe (^) : « Le Tableau parlant, l'un des premiers ouvrages de M. Grétry, est, je crois, ce que nous avons de plus voisin de Pergolèse, non pas tout à fait pour la richesse, mais pour l'esprit et les grâces du chant. C'est le véritable pendant de ce chef-d'œuvre fameux, La Serva Padrona, et peut-être encore celui de notre Pergolèse français, qui com'pte tant d'ouvrages d'un mérite supérieur. »
Dans ce même Cours de littérature, on trouve encore : « C'est un chef-d'œuvre, au moins de musique, quel« Tableau parlant, farce divertissante, la meilleure de ce genre, celui du bas comique, qui ne laisse pas de plaire aussi sur la scène quand il y a quelque naturel et point de grossièreté. Ce fut le mérite d'Anseaume, homme modeste et laborieux, qui rendit beaucoup de services au théâtre italien, dont il était souffleur : il avait con-
(l) Réflexion! d'un Solitaire, 4' vol.. chap. XIV. (J) Cours de lilléralure, t. XII, p. 169.
tribué à la renaissance de l'opéra-comique de la Foire par le succès de son Peintre amoureux, joli petit acte qui est resté. Ces deux pièces d'Anseaume valent mieux que toutes celles de Poinsinet, qu'a fait vivre la musique de Philidor ('). »
Quoique Grétry ait copié lui-même ses trois premières partitions, comme nous le voyons par les registres de la Comédie italienne i-), nous ne les possédons malheureusement pas. Comme manuscrits, nous avons : à la Bibliothèque Nationale des parties d'orchestre (5), airs pour violon, chant et basse M, airs et duo pour violon, chant et basse (5); à la bibliothèque de Darmstadt et celle de Schwerin des parties séparées de chœurs, à Vienne (*' et à Berlin (7) une partition manuscrite allemande.
La première édition gravée par Dezauche (**), imprimée par Montulay se trouve dans les principales bibliothèques, la Nationale en possède un exemplaire aux armes de Marie-Antoinette et un autre aux armes de France. Nous avons en outre une édition gravée également par Dezauche, mais imprimée par Basset (^), une édition parue chez Béreaux ('"), une chez Frey (-''\ enfin la Grande Edition belge 1890, avec une introduction de Fétis et Gevaert.
L'ouverture fut arrangée pour le clavecin avec accompagne-
(i) Cours de lillf rature, t. XII, p, 555.
(2) 3 septembre 1768, Grétry reçoit 95 livres 2 sols pour copie de la musique du Huroti, le 20 janvier 1769, 77 livres pour copie des rôles et partition de Lueile, le 28 décembre 1769, 128 livres pour copie de la pièce du Tableau parlant.
(5) B. N. Vm. " l>i>, 107.
(4) B. N. Vm. '. 7161 recueil n" 9.
(5) B. N. Vm. '. 7169.
(6) Das Rciende Gcnu'lde, Mus. 16159, Hofbibliotek, Vienne.
(7) Das Redtnde Gemâldt, Mns. 8502, bibliothèque de Berlin.
(8) Le Tableau Parlant, œuvre III, comédie parade en un .acte et en vers, dédiée à Mgr le duc de Choiseul, mise en musique par M. Grétry de l'Académie de Boulogne, représentée pour la première fois le 20 septembre 1769 par les comédiens italiens du Koy. Prix : 15 livres, gravé par le sieur Dezauche, à Paris, anx adresses ordin-iires de musique, â Lyon, M. Castaud, vis-à-vis la Comédie; avec privilège du Roy, de l'imprimerie de Montulay.
(9) Partition de 69 feuillets, au Royal Collège of Music à Londres, à Vienne et à Munich.
(10) Paris, Bibliothèque Nationale et Bibliothèque du Conservatoire, Milan, Biblio. thèque du Conservatoire.
(n) 155 pages. Vienne, Hofbibliotek.
ment de violon, par Benaut (') et par Clément (»). Les airs suivants ont paru chez les éditeurs modernes : c II est certains barbons » et « Vous étiez ce que vous n'êtes plus » chez Lemoine, « Cet aveu charmant » chez Eveillard, « Je brûlerai d'une ardeur éternelle » chez Durand, « Notre vaisseau », air, duo et septuor, chez Le Boulch, un trio avec accompagnement de piano chez Pinatel, enfin « Je suis jeune, je suis fille » chez Choudens, Eveillard et chez Heugel, arrangé par Bizet. Le livret a paru chez la veuve Duchesne à Paris en 1780.
Voyons maintenant la partition.
L'ouverture n'est pas remarquable, le second thème est donné d'abord par les alti et repris par les flûtes. A remarquer que La Servante Maîtresse, de Pergolèse, n'a pas d'ouverture, du moins dans l'édition française.
L'air d'Isabelle : « Je suis jeune, je suis fille » a 'du charme et de la mélodie, mais il n'est pas aussi gracieux que l'air de Zerbine de La Servante Maîtresse : « Je suis jolie, des plus jolies, douce, polie ».
(1) Ouverture du Tableau parlant, arrangée pour le clavecin ou le forte-piano, avec accompagnement d'un violon ou d'un violoncelle ad libitum, par M. Benautj maître de clavecin de l'abbaye royale de Montmartre, dames de la Croix, etc.; abonnement pour le mois de juin, prix : ; livres. A Paris,«che2 l'auteur, rue Dauphine, la première porte cocliére à gauche après la rue Christine; annoncé dans Le Mercure de France de janvier
(2) Ouverture du Tableau parlant, tiTiaogée pour le clavecin avec un violon ad libitum par M. Clément, Paris, MM. Le Menu et Boyer, sans date, iii-fol. oblong. B. N Vm', 5892.
L'air de Colombine : « Il est certains barbons », est tout à fait dans le style de Pergolèse; la phrase « et ne vaut-il pas mieux » a une tenue au chant pendant un dessin de l'orchestre.
Pour amadouer le vieillard, Zerbine, dans La Servante Maîtresse, chante un air en deux mouvements très opposés, la première phrase destinée à le toucher : « A Zerbine laissez par grâce, laissez par grâce, quelque trace dans votre souvenir » et la seconde phrase très vive 3/8 pour le railler : « Il est, ma foi, dupe de ma grimace, je le vois déjà s'attendrir ».
De même Isabelle chante une première phrase lente, imitant le vieillard : « Tiens, ma reine, tiens, ma reine, je soupire ». et une phrase 6/8, où elle se moque de lui : « Quelquefois d'un pas incertain ».
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L'air de Cassandre « Cet aveu charmant répand dans mon âme » rappelle un menuet de Mozart,
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et la phrase d'Isabelle : « Pouvez-vous me quitter ainsi » rappelle à la fois la mélodie bien connue de Schulz « Ihr Kindelein
kommel, 0 kommet doch ail » et l'ouverture de Glinka Kamarinskaja.
ti-i'tu (nuu^Ut„)
L'air de Cassandre « Pour tromper un pauvre vieillard » gagnerait, au jugement de Castil Blaze ('), à être transposé pour voix de basse.
Voici ce que dit Martine de la description de la tempête par Pierrot :
« La description de la tempête ne présente pas sans doute les beautés d'expression qu'on admire dans plusieurs morceaux du même genre, mais il est à observer qu'elle est dans la bouche de Pierrot, il ne fallait pas que la couleur sombre y dominât trop, et le compositeur y a montré son goût en saisissant cette différence. »
Cette description est intéressante parce qu'on y trouve des oppositions de mouvement, d'abord une phrase au rythme lent et régulier : « Notre vaisseau dans une paix profonde »
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«•t»^i»««ow» ./»» . sa.
(i) Grctry musicien. Revue de Paris, 1845.
puis quelque chose de haletant dans la phrase : « Chacun de nous tremble et pâlit »
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une suite de doubles croches sur les mots : « Une cascade menaçante ')
et une très belle phrase musicale : « Tout à la fois la mort et le tombeau »
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puis la reprise 6/8 : « Mais enfin, après l'orage on voit venir le bea u temps »
Le duo de Pierrot et de Colombine: « Je brûlerai d'une ardeur éternelle »
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est charmant, mais pèche par la modulation, ce qui fait que Fétis admire tout en faisant des réserves :
« Rien de plus gracieux que lecantabile du duo de Colombine et de Pierrot. Ce morceau serait un chef-d'œuvre, si la modulation en était plus variée, et si Grétry n'avait maladroitement parcouru deux fois la même série de tons, au lieu de transposer la réponse du thème principal à la dominante. »
Martine se contente d'admirer et de le considérer comme un « chef-d'œuvre d'expression et de mélodie qui, par le contraste le plus heureux et le plus habilement ménagé, offre tour à tour un style noble et comique, la gaieté la plus piquante et le chant le plus suave ».
b UtuCô ttit
Cet air, 'd'après Grétry i'K est dans le' mode mineur, il marche souvent par syncopes et par mouvements contraires, c'est presque du vieux contre-point, « la musique ne plaisante que dans peu d'endroits, comme
Tantôt c'est une main friponne Qu'on lui passe sous le menton...
mais le genre sévère reprend sur l'autre vers : Le bonhomme enchanté s'écrie...
Ce n'est pas le bonhomme que j'ai mis en musique, c'est la dupe », ajoute Grétry.
Le duetto d'Isabelle et Léandre est charmant.
L'opéra se termine par l'air d'Isabelle,
■Ce 2i:tti-a.t-e.a Ui<.-ajeJi3c ioti.-'u.t ^ u.
et celui de Cassandre.
(i) Essais lur la musique, r. III. p. 57.
lyO LA JEUNESSE DE GRETRY
Castil Blaze prétend qu'en 1813, après la retraite de Russie, Le Tableau Parlant fut proscrit du répertoire à cause de la phrase de Colombine : « Vous étiez ce que vous n'êtes plus » qu'on aurait appliquée à la puissance de Napoléon. Pour Grétry W, ce couplet veut dire simplement : « Vous étiez beau et vous êtes laid, vous regardiez le ciel et maintenant vous regardez la terre, en un mot vous étiez droit et vous êtes courbé. Remarquez aussi que le chant de cet air (^' ironique veut toujours s'élever et s'abaisse effectivement à la fin de chaque phrase de musique. » C'est un curieux essai de faire suivre par la ligne graphique de l'écriture musicale, celle de la mélodie et de l'idée morale. A noter qu'il débute à peu près comme la mélodie bien connue Ich weiss nicht zvas soll es bedenten, et qu'il présente un certain rapport avec le rondo grazioso de la sonate pour piano, opus 7, de Beethoven.
Ilil^iiip^&'É^il
l'oui ê- tîe\ ce que iviis u'é - Us plus
Les critiques musicaux ont été favorables au Tableau parlant. Martine remarque naturellement que Grétry « a pris habilement la manière » de La Servante-Maîtresse de Pergolèse « pour lequel il a toujours prolessé une vive admiration ». Cette composition charmante a eu de nos jours le plus grand succès. Je terminerai par deux jugements, celui de Rongé (5) : « Il faut convenir que tout y est vivant, gracieux, adorable, et que la plupart des morceaux sont considérés comme des modèles du genre » et celui de Grimm : « C'est un modèle de musique comique et bouffonne, cela est à tourner la tête » ; en tous cas, comme le dit Fétis, « cet ouvrage charmant a survécu aux diverses révolutions que la musique a éprouvées ». Malgré l'instrumentation faible et les formes vieillies de cette pièce, on l'écoute encore avec plaisir parce
(i) Essais sur la musique, t. Il, p. JJI.
(2) Grétry prétend que J.-J Rousseau r.i copié plus de dix fois avec plaisir,
(5) Biographie nationale.
que les mélodies en sont charmantes, naturelles, expressives. « C'est un bijou charmant que Le Tableau parlant, dit Tardieu ('). Le Tableau parlant n'est guère qu'un scénario de la commedia dell' arte, piqué de quelques chansonnettes et voilà le hic, pour jouer cela, pour galvaniser cette parade rococo, il faut des artistes qui aient fait leurs clisses avec la double ambition de faire carrière à la Comédie française et à l'Opéra-comique. De sorte que si par hasard on y songeait, on ferait sagement de ne pas frapper à aucune de ces deux portes, pour s'adresser à quelque bouiboui d'audace et de fantaisie... » L'avenir de Grétry est peut-être là, l'avenir du Grétry des pochades, s'entend.
C'est sans doute après la représentation du Tableau parlant que Grétry écrivit au Père Martini (^) :
« Mon très Révérend Père. Je ne comprends pas comment il se fait que vous n'ayez pas encore reçu l'ouvrage de Rousseau. Il y a trois mois, ayant appris par vous que ce livre n'était pas arrivé à Bologne, je me rendis chez le marchand auquel je l'avais commandé. Il me dit qu'il était resté très longtemps à Lyon, attendant une occasion d'aller à Turin, mais qu'il était parti et qu'il serait à Turin avant un mois. 'Vous devriez avoir lu ce livre douze fois. Je vous assure que je suis pétrifié de constater que le premier service que j'ai voulu vous rendre de tout mon cœur ait si mal réussi. Mais voici comment je ferai pour que vous ayez enfin ce livre en voyage depuis si longtemps. J'espère que vous
(i) Académiciens d'autrefois. L'Arl, 1907, p. 97.
(2) L'original en italien est au Liceo Musicale de Bologne.
Reverendissimo Padre, Non capisco niente corne non abbia ancora ricevuto il libre di Rousseau tre mesi sono avendo saputo da lei clie il libro non era arivato in Bologna andai dalmercante a chi ho dato l'incombenza ; mi disse ch'era restato molto tempo in Lione aspettando occasione di andare in Torino^ e mi disse che era partito e che sartbbe in Torino avanti un mese, doverebbe aver letto quel libre duodici volte e gli assicuro che resto petrificato vedendo che il primo servizio che ho volsuto fargli con tanto cuorc sia cosi mal riuscito ma ecco come faro per non mandar. Questo libro che è in viaggio da tutto tempo spero che lo ricevervi al fine. Ma siccome non ei è sicurtzza alcuna, il Signore Barone di Maclire che parte questo prima vera per l'italia gli portera un alto e amico mio intrinseco e gli diro che quanto mi preme che lo ricevi subito. La pregodi conservami sempre la sua bona grazia e di credere che saro sempre disposto a ricevere i suoi comandi. P. S. Ho dato quindici giorni sono un opéra butfa in Parigi che a incontrato assai. Umilissimo e Devotissimo serve Grétry. A M. Grétry, rue de Richelieu, à côté du café de Foy.
finirez par le recevoir, mais comme rien ne nous en assure, M. le baron de Maclire qui part ce printemps pour l'Italie, vous en portera un autre. C'est un de mes amis très attaché, et il vous dira combien j'ai à cœur que vous receviez tout de suite ce volume. Je vous prie de me conserver vos bonnes grâces, et de croire que je serai toujours disposé à recevoir vos ordres. Votre très humble et très obéissant serviteur. Grétry.
« P.-S. — J'ai donné à Paris il y a quinze jours un opéra bouffe qui a eu du succès.
« A M. Grétry, rue de Richelieu, à côté du café de Foi. » A en juger par l'étude des Registres de la Comédie italienne t'î. Le Tableau parlant fut une belle acquisition faite par la troupe de l'Hôtel de Bourgogne. Les recettes des vingt premières représentations produisirent un total de 48.028 livres, ce qui donne une moyenne de 2.401 livres par représentation, un peu inférieure, il est vrai, à celles fournies par Lucile. En décembre, Grétry touchait 128 livres pour la copie de la musique de sa pièce. Les vingt premières représentations rapportaient à leurs auteurs 1.632 livres 7 sols 4 deniers de droits. Enfin, à la clôture de la saison théâtrale en mars 1770, Grétry reçoit encore 1.200 livres
(i) Registres de I.i Comédie italienne aux .archives de l'Opéra. Mercredi 20 septembre 1769. Grétrj' et .\nseaume. Première du Tableau parUnt^ comédie parade nicléc d'ariettes, suivie du ballet des Pierrots, précédée des Intrigues d'Arlequin. Recette : 2.36) livres. Le Tableau parlant fut joué les 25, 25 et 28 septembre, 14, 16, 21 et 22 octobre. i<P.iyé un mémoire pour copie de musique de la pièce du Tableau parlant, quittancé de M. Grétry et arrêté par les sieurs Semainiers, le 28 décembre 1769 : 12S livres 11; les 2, II, 13, 16, j8, 20, 25, 2), 27 et 30 novembre, les 2 et 4 décembre; soit un total de 20 représentations.
En 1770, les 20 et 3t janvier, 12. 15, 25 février, 21 mars, 5 et 26 mai, 29 septembre, 31 décembre. Total 12 représentations.
En 1771, le 3 janvier, 6 février, 4 mars, 6 mai, 15 juin et les 5,7 et 2; octobre. Total 8 représentations.
En 1772, le 22 février, 30 mars, 4 et 30 avril, 29 juin et 4 juillet. Total 6 représentations.
En 1775. le 9 janvier (mardi 19, à la Cour, avec Les Intrigues d'Atlequin). Le 27 février, 5 mai, 4 septembre, 29 novembre [vendredi, 3 décembre, à Versailles). Total 5 représentations.
En 1774, les 10 et 20 janvier, 4 et 8 août, 11 septembre, 2, 7, 15 et 14 novembre. Total 9 représentations.
En 177s, le 30 janvier (vendredi 17 à la Cour), 13 et 29 mars, 24 mai, 14, 19 et 18 juin, :6et 51 juillet, 6 août, 20 octobre, 10 décembre. Total 12 représentations.
de gratification ('.' qui vont se transformer à la réouverture en une pension mensuelle de loo livres ( = ) qui figurera régulièrement sur les registres. Et comme ses premiers ouvrages étaient joués fréquemment, on se rend compte que la situation pécuniaire du musicien n'était pas mauvaise, surtout si l'on tient compte de la valeur qu'avait l'argent sous Louis XV, quatre fois supérieure au moins à celle de notre argent moderne.
Le Tableau parlant, joué d'abord chaque année, est repris en 1782, 1785 et jusqu'en 1802 comme nous levoyonspar Le Mercure de France ('). D'autre part, par l'ouvrage de Soubies '■*', on voit qu'il fut joué presque chaque année de 1825 à 1838 avec un total de 55 représentations, puis il fut abandonné jusqu'en 185 1, où il est repris chaque année jusqu'en 1856 avec un total de 55 représentations également. Abandonné de nouveau, il est repris en 1863-1864 et 1865 avec un total de 38 représentations. Ceci ne
(1) Archives nationales O' 847. 1771, 18 septembre. Délibération des comédiens approuvée par M. le duc de Duras, pour accorder 1.200 livres d'appointements â conrmencer du 1" octobre au sieur Grétry pour reconnaître ses services journaliers et qu'il ne travaillera que pour leur spectacle, et veillera à tout ce qui concerne ce genre de musique, le chant et l'orchestre.
(2) Archives Nationales, ancien régime, pensions. Maison du Roi, O', 677.
Sieur André •Ernest-Modeste Grétry 10 novembre 1771 1.200 livres { 2.400 livres gratification annuelle extraordinaire I" juillet 1778 I 800 — ( des Menus plaisirs.
Sieur André-Erncst-.Modeste Brevet d'une pension de 2.400 livres en faveur du sieur Grétry André-Ernest-Modeste Grétry, né à Liège le 11 février
Extraordinaire I74i. baptisé le même jour dans la paroisse Notre-Dame
des de la dite ville.
Menus Plaisirs Gratification annuelle de 2.40c livres.
Pour lui tenir lieu de la gratification annuelle de pareille somme, qui lui a été accordée sur les dépenses extraordinaires des Menus Plaisirs sans retenue, par décision des 10 novembre 1771 et I" juillet 1778. Cy, 2.400 livres.
Nota. — Cette gratification annuelle lui a été payée par le Trésorier général des Menus Plaisirs jusqu'au i^' janvier 1779. 1" avril 1780.
(5) Mercure de France : 1782, 2 représentations; 178;, 9; 1786, 7; 1787, 6; 1789, 6; 1795, 6; 1794, 2; 1796, 1 ; 1802, 2.
(4) Soixante-neuf ans à l'Opéra-Comique de 182; à 1894 : 1825, 5 représentations 1826, 5 ; 1S27, 8 ; 1828, 2 ; 1829, 2; 1850, 2; 18; I, 2 ; i8j2, o ; 1S53, 2 ; 1834, o 1835, 2; 1836, I ; 1837, 22; 1838, 4; total, 55 représentations. 1851, 19; 1852, 22 1855, 2; 1854, o; 1855, 7; 1856, 15 ; total 55. 1863, 13; 1864, 23; 1865, a total : 38.
regarde que l'Opéra-Comique. Au Théâtre Lyrique il fut repris en 1854, et nous ne pouvons faire la liste de toutes les reprises qui en furent faites ; qu'il nous suffise de dire que l'an passé on l'a monté à Paris, au Trianon lyrique, et à Genève sous l'habile direction de M. A. Paychère.
On peut considérer Grétry de même que Gluck comme un des fondateurs du genre de l'opérette. Le terme d'opérette semble avoir été employé pour la première fois par Mattheson ('). L'origine de ce spectacle est dans le théâtre de la Foire. Vénus justifia, de Dufresn'y, Télémaque, de Lesage, et Les Caprices de Proserpine, de Pujoulx, sont les ancêtres de La belle Hélène d'Offenbach et des Travaux d' Hercule de Claude Terrasse. Quanta Gluck, qu'on n'a pas l'habitude de compter parmi les fondateurs de l'opéra comique en France, si l'on étudie le style de ses opérettes : Les amours champêtres, de Favart, Le Chinois poli en France, d'Anseaume, Le Diable à quatre, de Sedaine (1756) i^\ on constate que sa musique est du style le plus léger, le plus bouffon, le plus moderne. Il emploie une grande variété de tons, des refrains en forme de vaudevilles, des airs populaires, des valses, des polkas et jusqu'à des airs tziganes.
De même, Grétry peut se rattacher au théâtre de la Foire par son Tableau parlant. Il a su obtenir les effets les plus bouffons, tout en gardant de la grâce et de la légèreté, et il est regrettable qu'il n'ait pas continué à cultiver le genre bouffon.
(l) Dat Neueroffiiele Orchalre 1715, page 169. Aùf die Opern, folgeii die Pastorals, Schàferspiele, Operetchen und Ballets.
{2) V'oir aussi L'Arbre enchanté, d'après Le Poirier de Vadc, le plus bouffon de ses opéras-comiques, L'Ivrogne corrigé avec Anseaume 1760, et Les Filles de Lit Borde. Dans Le Cadi dupé il y a moins de bouffonnerie et plus de tendresse et de sentiment. Il serait bien à souhaiter qu'on reprit quelques opéras-comiques de Gluck.