EPILOGUE
Dans cette première partie, nous avons étudié Grétry pendant l'époque de sa formation musicale, intellectuelle et morale. Nous l'avons vu subir d'abord l'influence de son milieu, de la musique populaire belge et de la musique d'église. Puis nous l'avons suivi à Rome pendant ses années d'étude, où l'influence italienne devient prépondérante. A ces deux influences s'ajoutera celle de la musique française qu'il a fort bien étudiée, puisqu'à Genève déjà, il eut l'occasion d'entendre un certain nombre d'opéras-comiques français.
En attendant la publication de la biographie de Grétry, que les circonstances actuelles ne nous permettent pas, nous résumerons brièvement la carrière de l'illustre musicien belge.
Dès 1768, il est fixé définitivement à Paris, sauf quelques séjours au bord de la mer, ses deux visites à Liège et beaucoup plus tard, son installation d'été à Montmorency. En 1770, après Le Tableau parlant, il donne Sylvain avec Marmontel, L'Amitié à lépreuve avec Favart et Les Deux Avares avec Fenouillot de Falbaire. La même année, le théâtre de Liège joue Lucile et Le Tableau parlant, on a donc dit à tort que sa ville natale ne s'était pas réjouie de ses premiers succès.
En 1771, Grétry épouse une jeune Lyonnaise qui étudiait la peinture à Paris. Lui si prolixe d'ordinaire, parle fort peu de sa femme ; on sait qu'elle peignait, qu'elle avait les }'eux noirs, et que M""" Grandon, sa mère, eut beaucoup de peine à donner son autorisation à leur union; ils s'en passèrent jusqu'à ce qu'un bon prêtre s'interposât pour l'obtenir. Le mariage fut célébré à Saint-Roch le 3 juillet 1771. La même année, malgré ses nouvelles charges de famille, Grétry fait une pension à sa mère, qui
vint s'installer quelques mois plus tard à Paris. Il est vrai qu'il a 1.200 livres d'appointements de la Comédie italienne et une pension du roi.
Le 26 octobre 1771, on donne à Fontainebleau : L Ami de la maison et à Paris, Zéinire et A:^or de Marmontel, le 16 décembre. Grimm entendit cet opéra à son retour de Mannheim, aussi regrette-t-il l'orchestre d'outre-Rhin et juge-t-il sévèrement les « scieurs de cordes qui accompagnent les acteurs de la Comédie italienne sans nuance, sans âme et sans sentiment ». Il reconnaît cependant qu'il y a des passages « d'une grande beauté, d'un grand charme et d'une grande délicatesse ». Le sujet est tiré du conte de La Belle et la Bête. On y trouve l'ariette vieillotte et charmante : Rose chérie, l'air d'Azor : Du moment qu'on aime, d'un sentiment exquis, un air à vocalises, une symphonie exprimant le vol d'un nuage, etc.. Castil Blaxe ('\ assez sévère, d'ordinaire, estime que Zéinire et A:^or est le chef-d'œuvre de Grétry, « l'abondance des mélodies, dit-il, l'importance des morceaux remarquables, leur nombre, assignent à cet opéra une incontestable supériorité sur Richard Cœur de Lion ». La pièce fut reprise en 1842 et en 1846 avec réorchestration de A. Adam.
Il nous est impossible de parler de tous les opéras de Grétry. En 1773, il collabore pour la première fois avec Sedainc dans Le Magnifique et fait un essai de grand opéra avec Marmontel : Céphale et Procris, que VIphigénie en Aulide et VOrphée do Gluck, joués l'année suivante, ont fait oublier. En 1776, Grétry retourne pour la première fois dans son pays de Liège en passant par Bruxelles.il écrit en collaboration avec d'Hèle trois jolis opéras : Le Jugement de Midas, L'Amant jaloux et Les Événements imprévus. La Caravane du Caire, jouée en 1783, remporta un grand succès, elle n'eut en effet pas moins de 506 représentations jusqu'en 1828.
Nous arrivons à l'œuvre la plus célèbre de Grétry : Richard
(1) Grctrj', musicien, Revue de Paris, 1845.