ÉPILOGUE
Cœur de Lion, dont la première représentation eut lieu le 21 octobre 1784. On connaît l'histoire de Richard revenant de Palestine, retenu prisonnier en traversant les Etats de Léopold d'Autriche son ennemi, retrouvé par son fidèle troubadour Blondel, qui chante sous la tour où il est enfermé, un lai que le roi avait composé et dont il termine les couplets. Les décors représentaient une sombre forêt et des fortifications romantiques. Les fidèles partisans de Richard assiègent la forteresse et délivrent le roi. Les auteurs firent bien des changements au dénouement ; l'opéra n'eut pas moins de trente-cinq représentations avant d'atteindre sa forme définitive. Le succès fut tel que l'on représenta les principales scènes de Richard sur les tapisseries, les éventails et les tabatières. Certains des airs devinrent comme un signe de fidélité à la royauté. Ainsi, le 2 octobre 1789, les gardes du corps, dans un banquet d'officiers, entonnèrent « O Richard, 6 mon roi », en jurant de mourir pour le trône. Sous la Révolution, il était dangereux de chanter un air de Richard. Napoléon, plus habile, fit reprendre Richard à Saint-Cloud; il va sans dire que sous la Restauration il fut joué avec enthousiasme. On a repris Richard en 1841 et 1845 : en 1880, à Bruxelles, sous la direction de Gevaert et en 1894 à Bruxelles également, avec 3 représentations seulement. La romance : Une fièvre brûlante, chantée par Richard, est le thème principal de la pièce, et comme le remarque très justement M. Camille Bellaigue : « Dans Richard, pour la première fois, un sentiment dominant ou central se cristallise en une mélodie, qui devient ainsi le centre et le sommet. Et la romance de Blondel n'est pas seulement un exemple, peut-être le plus admirable, de motif rappelé. Identique mais changeante, partagée entre l'orchestre et la voix, soit qu'elle pleure de regrets, soit qu'elle tremble d'inquiétude, qu'elle tressaille d'espérance ou qu'elle triomphe de joie, elle est un véritable leit-motiv et, dans ce raccourci d'atomes, on découvre déjà l'infini wagnérien. Ainsi Grétry regarde à la fois vers le passé et vers l'avenir. Je doute si je l'aime davantage pour ce qu'il annonça jadis, ou pour ce qu'il rappellera toujours. »