I7§ LA JEUNESSE DE GRÉTRY
C'est certainement l'essai le plus intéressant d'une nouvelle écriture musicale.
L'année 1784 peut être considérée comme l'apogée de la gloire de Grétry. Au début de 1785, on joue à l'Académie royale : Panurge dans l'île des Lanternes, inspiré de Rabelais, par Morel de Chefdeville et le comte de Provence. Cet opéra souleva un grand enthousiasme. Morel de Chefdeville,. encouragé par les succès de La Caravane et de Panurge, écrivit un stupide livret encore inédit, intitulé : Aspasie. Ce fut le soir d'une représentation de cet opéra, le 12 juillet 1789, que le peuple fit fermer les portes de l'Opéra à cause de la retraite de Necker. Puis vint Guillaume Tell, de Sedaine, qui resta au répertoire pendant toute la période révolutionnaire, disparut sous l'Empire, pour reparaître en 1828, quelques mois avant celui de Rossini.
Sous la Révolution, non seulement on appliqua de nouvelles paroles à quelques mélodies de Grétry, mais il fut obligé de composer la musique de plusieurs pièces révolutionnaires qui lui furent « ordonnées par les terribles autorités de ce temps (') ». La Rosière républicaine de Maréchal, jouée le 16 fructidor an II, est la plus choquante de ces pièces. On y voit la déesse Raison, placée sur l'autel d'une église, et les religieuses dansant la carmagnole.
Grétry revient à son genre naturel avec Lisbeth de Favières (21 nivôse an V), dont la scène se passe en Suisse. Nous arrivons maintenant aux dernières pièces de Grétry : Elisca ou V Habitante de Madagascar (12 nivôse an VII), Le Casque et les colombes et Delphis et Mopsa (26 pluviôse an XI, 15 février 1803), encore en manuscrit.
C'est à la musique dramatique qu'il s'est consacré complètement. Son premier opéra, Isabelle et Gerlrude, fut joué à Genève en 1767, et le dernier, Delphis et Mopsa, donné à Paris en 1803, pendant cette longue période, Grétry avait composé plus de 50 opéras de valeur très inégale.
(l) Ri/lexiom d'un Solitaire, loiiic 2, cli.ipitrc XXIX.