II
Les émotions de la Terreur, la mort de Mme des Saudrais ! sont venues jeter un voile de tristesse sur cette heureuse existence. L’oncle des Saudrais, avec les événements, est devenu plus sage, Horace et Montaigne ont en partie du moins supplanté Rousseau ?. La Terreur l’a complètement dégoùté de la philosophie moderne. Les aventures ne sont nullement son fait, et celles dont a souffert Saint-Malo l'ont conduit à une vue plus saine des dangers dont nous menacent les excès de la raison. Est modus in rebus, voilà maintenant et jusqu'à sa mort sa devise favorite. Las des aventures intellectuelles — qui conduisent à d’autres — il adopte désormais pour horizon habituel de pensée une philosophie aimable, indulgente et sensée : il aime Montaigne, il va traduire Horace, son poète favori. Pourquoi? C'est qu'il a du bon sens : « Quand je lis mon poëte, écrira-t-il, je me demande pourquoi est-il tant lu? je remonte à son histoire. Je le vois à Athènes, dans la société des philosophes de tous les partis, de toutes les sectes. Il sait bientôt ce qu’ils savent ou croient savoir. Avec un bon esprit, un jugement sûr, une grande . finesse de tact, il voit le vrai et le faux des opinions, saisit : l’un, rejette l’autre, et puis dans ses odes, dans ses épitres, il répand partout cette philosophie douce, aimable, attachante ; ce bon sens de tous les temps, de tous les lieux, de tout âge; et, en le lisant, à chaque vers, presqu’à chaque mot, on dit : cest vrai. Or rien n’est plus beau que le vraiÿ. » Mais si la modération, le bon sens, la mesure sont la marque du vrai, la condition même du bien-être et de la santé, comment vivre désormais dans le pays des idées sans y perdre repos et bonheur ? Tonton a de l'esprit, il est très intelligent, mais s’il donna dans lerreur intellectuelle, les événements l’en ont