‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 11 sur 504 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

L'ENFANCE ET L'ADOLESCENCE A9 guéri : l'expérience l’a dégoûté de la race excessive et tyran-

le pays des idées. Sans y semer, sans y planter, tout vient à foison; tout y pousse, y croît, y meurt, y renaît avec une facilité, une fécondité effrayante. J'ai plus d’une fois eu l'envie de me fixer dans ce pays-là; mais tout attrayant qu'il est, et surtout productif, jy maigrissais, jy pâlissais, faute d’une nourriture assez substantielle. Je n’y respirais point à l’aise, car Pair y est extrêmement raréfié sous un soleil ardent qui, chose singulière, brûle sans échauffer, ce qui semble confirmer ce qu’on soupçonne en physique, que le feu et la glace, c’est la même chose; de sorte donc qu'entre le froid et le chaud, ne sachant plus bonnement où j’en étais, - nice qui en était, pour sortir de cette incertitude, je sortis du pays des idées!. » [nstruit par les événements, il se méfie de la métaphysique : le défaut des métaphysiciens, c’est . que « dans leurs abstractions, ils croient toujours tenir la vérité; ils affirment toujours, et ils se trompent de la meil- leure foi du monde. Comment pourraient-ils douter de ce qui leur est infailliblement démontré ? Cependant, ces démonstrations infaillibles ne sont souvent que des illusions et des chimères? ». Voilà bien le propos d’un homme que les fêtes de la Raison ont pour jamais dégoûté des excès de la raison : « Oh ! la belle chose, point de raison! Et où que ce soit trouverez-vous autre chose que point de raison ? Point de raison est le commencement de tout et La fin de tout. »

Cette sagesse née de la Terreur inspire les Philo- - sophes. Ce petit écrit, dont j'ai pu retrouver le manuscrit - autographe et inédit de la main de Félicité de La Mennais qui … l'avait soigneusement copié#, n’est pas seulement, comme le

1. Rousse, Lamennais d’après des correspondants inconnus. Rev. des “ Quest, hisi., 1°" avril 1908, p. 586.

2. BLa1zE, Œuvres inédites de F. Lamennais, t. I. Introd.,p. 38. 4 3. RousseL, Lamennais d’après ses correspondants inconnus. Rev. des Quest. hist., 1° juillet 1908, p. 226. Cf. VICTOR Giraud, Nouvelles Etudes sur Chateaubriand, 1 vol. in-16. Paris, Hachette, 1912, pp. 81-100.

4. Communiqué par M. Pearson, libraire, Londres. Ms. de 25 p., in-{, de la main de F. de La Mennais. La préface, de la main de J.-M. de La

Mennais.

nique des gens de pensée : « C’est un étrange pays que

prétendait A. Blaize, « une satire fine et sans amertume des excentricités de la philosophie du dix-huitième siècle !». C’est à toute philosophie qu’ils’en prend?. Amateur éclairé, très au courant par les Gazettes, du mouvement de réaction de l’époque”, l'oncle des Saudrais suit l'impulsion toute puissante qui commence à battre en brèche la philosophie moderne.

Au commencement de l’année 1797, La Harpe, jadis ami des Philosophes et converti par la Révolution, prononçait au Lycée de Paris, devant un nombreux auditoire, une série de leçons contre la Philosophie du dix-huitième siècle. « On pourra juger ici, écrivait-il en 1799, en préparant l’édition de ce cours, quel chemin avait fait l’opinion qui était mon unique force, lorsque je faisais entendre, deux fois la semaine, devant trois ou quatre cents personnes, tout ce qui pouvait inspirer l'horreur et le mépris de la philosophie révolutionnaire sans restriction ni exception. Je dois dire,

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