DeBipour, L'Église el l'État, etc., pp
8. Aucun de ces conseils ne sera perdu : nous en retrouverons la trace dans le premier ouvrage qu’aient publié nos deux voyageurs, dans leurs Réflexions sur l'Etat de l'Eglise en France au dix-huitfième siècle et sur sa siluation actuelle. Ts y préconiseront, entre autres remèdes, les synodes, l'institution des doyens ruraux, et surtout « les conférences doctrinales, l’un des plus puissants moyens de conserver et de ranimer le goût de l'étude parmi les ecclésiastiques ». Comment ne reconnaîtrions-nous pas ici la pensée même de M. Emery? « Si un zèle, d’ailleurs bien louable, vous porte à consacrer tous vos instants aux saints travaux du
httéraire, politique et sociale, voilà done en définitive tout le |
» programme de renaissance et de consolidation religieuse - qu'au début du dix-neuvième siècle, Saint-Sulpice discrète-
ment, mais avec une rare fermeté, applique et dirige en France. Dès 1791, il ne faut pas le perdre de vue, son directeur a dessiné dans ses Principes de Fénelon et de Bossuel! le premier geste de salut religieux et social : il n'avait, pour le faire, qu’à continuer la tradition à laquelle Saint-Sulpice était toujours resté fidèle. Et par conséquent lorsque Fontanes, bientôt après, plus tard Joubert, puis Chateaubriand et Bonald arborent ce drapeau, ils ont pour l’y planter un terrain déjà préparé par les soins de la Compagnie. Celle-ei, retrouvant, en 1800, les premiers fruits, déjà presque mùrs, de ses premiers travaux accomplis, se fait forte à son tour des talents qu’elle a fait éclore. Par l’enseignement, par la plume et par la prédication, Saint-Sulpice provoque non seulement chez les cleres le retour au dix-septième siecle qui doit éclairer, assurer et consolider leur foi, mais encore dans le grand publie il contribue, par les directions qu'il imprime, à ramener bien des esprits au goût intelligent du grand siècle en même temps qu'aux croyances chrétiennes. Il n’est guère douteux que Jean-Marie et Féhicité de La Mennais, au cours de leur voyage de 1806 à Paris, aient subi cet ascendant tout entier. Mais peut-être en auraient-ils moins complètement éprouvé l’efficace, si les Conférences de l'abbé Frayssinous n'avaient achevé de les entraîner.
ministère, écriront les auteurs, s'adressant surtout aux prêtres des campagnes, songez que, pour être utile, ce zèle doit être éclairé. Et les Bossuet aussi, les Fénelon, les Olier, les Chétardie, avaient du zèle ; ils savaient bien néanmoins trouver des moinents pour l'étude, parce qu'ils en sentaient la nécessité ; cette nécessité est plus que jamais pressante. I faut qu'on accorde à vos lumières ainsi qu'à vos vertus, la considération que vous ne pouvez plus obtenir par vos richesses, et dont dépend en grande partie le succès de vos efforts. Ne vous exposez pas à rougir de votre ignorance devant l'ignorance même, et à baisser les yeux devant là présomptueuse impiété. » Sans doute faudra-t-il reconnaître ici un écho des exhortations de M. Emery, de même que tout l'ouvrage accusera, par l'intermédiaire du dix-septième siècle, l'influence de Saint-Sulpice dont nous nous attachons à mettre en lumière ici les tendances.
1. Principes de Messieurs Bossuet el Fénelon sur la souveraineté, 1 vol.
in-8, Paris, 1791.
M. Frayssinous trouvait chez Bossuet Pincomparable modèle de cette éloquence raisonnable, d’une composition si claire, si méthodique et si sage, qui assurait le succès éclatant du conférencier de Saint:Sulpice!. « Les prédicateurs doivent se nourrir de Bossuet, disait-il à M. Le Surre. C’est Bossuet qu’il faut méditer pour se livrer à la prédication?. » Et il appelait « le règne de Louis XIV le plus beau de la monarchie, et qui égale, s’il ne les surpasse, les plus beaux âges de esprit humain # ».
En 1803, l’année même où, dans le Journal des Débats, il avait développé cette idée maîtresse, source et principe de son inspiration #, il avait aussi commencé les conférences qui devaient bientôt attirer et séduire tout Paris. Son auditoire ne dépassait pas alors un cercle des plus restreints : les plus assidus et presque les seuls à l’entendre étaient les membres de cette fameuse Congrégation de la Sainle- Vierge qu'avait fondée deux ans plus tôt le-P. Bourdier-Delpuits?. « Depuis le premier dimanche de Carème jusqu’à celui de la Pentecôte, écrit un de ces auditeurs de la première heure, nous avons eu à Saint-Sulpice des Conférences sublimes, qui ont été suivies avec ardeur par une foule de jeunes gens de seize à vingt-quatre ans, de tout état, et surtout de la première classe. Il y en avait qui croyaient déjà, d’autres qui doutaient, d’autres enfin qui ne croyaient presque à rien. Elles ont dépassé mes espérances. On a attéré (sie) les objections des incrédules qu'on n’a pas déguisées en nous lisant leurs misérables paroles. On a prouvé la divinité de N.-S. Jésus- Christ par une foule de preuves décisives, et enfin on à fini par répondre si spécialement à celles de Rousseau qui, dans son Emile, défie de pouvoir rien alléguer contre elles, que nous avons été dans l'admiration. On nous à donné la vraie doctrine de l'Eglise sur les enfants morts sans le baptème, les hérétiques et les schismatiques de bonne foi, les idolâtres