Leitres, t. XXVI, p. 397. re
2. BEAULAVON, éd. du Contrat social., 1 vol. in-16, Paris, Société Nouvelle de librairie et d'édition, 1903. Introd., p. 69.
3. LANsow, Bossuet, 1 vol. in-16, Paris, Lecène-Oudin, 1891, pp. 367-368,
Rousseau, et d'avance il l’a combattu. Rousseau cherche le bonheur dans l’indépendance, et Bossuet le place dans la soumission à l’ordre ; Rousseau accepte d’être conduit par sa raison individuelle, et Bossuet montre en elle la source de toutes les folies où s’est égaré l’esprit humain avant la venue du Messie, de ces folies où il menace de s’égarer encore ; Rousseau est lirréductible adversaire de toute autorité, et Bossuet oppose à toutes les hérésies passées et futures l’autorité de l'Eglise; Rousseau tient pour indifférentes toutes les prescriptions dogmatiques et cultuelles, il se fait l’apôtre de la tolérance, et tombe par conséquent dans ce socinianisme où Bossuet voit s'achever et se perdre la Réforme. N’en cherchons point d'autre raison : Rousseau est le produit de deux grands courants d'idées, l'esprit calviniste et l'esprit cartésien. Ces deux courants, issus d’une source commune, le rejet de l'autorité, engendrent le même effet, l'indifférence religieuse, avec ses conséquences sociales et politiques, la tyrannie ou l’anarchie. En découvrant l’avenir du protestantisme, Bossuet portait d'avance à l’auteur de l'Émile et du Contrat Social les coups les plus décisifs. Rien de cet enseignement, du moins pour Félicité, ne sera perdu. Mais il y a mieux : aux aspirations humaines par lesquelles Rousseau s’insinue dans l’âme, Bossuet, d'avance encore, offre cette satisfaction que, dans sa voie individualiste, Rousseau n’a pas su rencontrer. Il cherche, comme Jean-Jacques, le bonheur, mais c’est dans l’ordre qu’il le trouve ; comme lui la liberté, mais c’est dans la soumission qu’elle réside ; comme lui la certitude, mais elle n’est pas ailleurs, à ses yeux, que dans l’humble renoncement aux orgueilleuses prétentions de la raison individuelle ; comme lui la paix des États, mais elle s’assure par linébranlable attachement à la religion catholique. Rousseau n’a vu que par fragments la vérité : il a compris que la religion est une pièce essentielle de l'édifice social, et qui commande toutes les autres, mais il a cru qu'on peut décréter une religion civile qu'on imposerait au besoin par la force. I a vu que l’esprit ne trouve point de repos hors la certitude, mais il l’a cherchée dans une évidence intérieure qui ne saurait la procurer, et non dans la soumission à l’autorité qui seule en est dispensatrice ; il a éprouvé l’ardent besoin de liberté, et l'horreur de tout joug humain, mais il n’a pas compris qu'on ne s’affranchit de l’homme qu’en se soumettant à Dieu. Les
aspirations de Rousseau sont celles de l’humanité ; ses solu- tions sont celles où conduit un calvinisme radical. Elles le sont parce qu'il est calviniste de naissance, de milieu, de . race, de tempérament : son déisme est l'achèvement naturel et logique des principes de la Réforme. Il est protestant et rongé par le double mal du protestantisme : l'inquiétude religieuse et l’indifférence en matière de religion; laspiration à la vie complète et lincapacité d'y aféndre parce que son déisme . n’est rien qui le domine et l'enveloppe, mais un je ne sais - quoi susceptible de se plover à tous les caprices de lesprit,
- donnent et le fuient sans retour : ne sont-ils pas indifférents à . ses yeux ? Mais, parce qu'il est homme, il tend, comme tous les hommes, d’une inlassable et furieuse ardeur, à ce que la . seule vraie religion procure à ses seuls fidèles : « L'homme . veut être heureux, c’est-là son but, et Jésus-Christ n’est venu que pour nous en donner le moyen. Mettre le bonheur où il faut est la source de tout le bien, e’est l’ordre; le mettre où il ne faut pas est la source du mal, c’est le désordre. - Le christianisme ne sépare pas le ent de la vertu. » Voilà ce qu'enseigne Bossuet. Le bonheur que Rousseau à si vaine- - ment poursuivi, la certitude, la liberté, la paix intérieure et la … paix sociale sont dans la profession de la foi catholique, dans Ja soumission à l'autorité de PÉ glise: et c'est la leçon de Bossuet.
. du cœur et des sens ; en sorte que tous les dogmes laban-