‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 108 sur 504 · BLarze, t. I, Znirod., p · texte numérisé non relu

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suit toujours en gémissant l’objet de ses impuissants désirs. La brusque illumination d’où jaillit le Mystère de Jésus.

n'a pas éclairé sa nuit intérieure, ses ténèbres impénétrables. . Des lèvres il dit: Dieu seul, — mais toute sa vivante tendresse, à son insu sans doute, mais d’un si violent et si passionné désir, est toujours inclinée vers l’homme.

D’autres, avec une parfaite aisance, d’un geste souverain et sûr, ont situé leur pensée en Dieu. Leur esprit soumis et fécondé par sa soumission même, s’est, d’un vol hardi, mais qui les maintenait dans l’ordre, élevé jusqu’au centre d’où l’immuable décret divin développe le dessein des mondes. Le dix-septième siècle a produit Malebranche, enchanteur et poète, interprète harmonieux du Verbe. Chez lui, la raison individuelle apparaît moins encore brisée par la raison divine - quappuyée sur elle, vivant d’elle, et tout exaltée de son souffle. La pensée monte en lui comme un chant, hymne qui

s’élèverait droit au ciel, naturellement et sans effort : on sent que c’est là sa patrie. Peut-être Féli rêva-t-il, en vivant avec lui, de prendre le même niveau, cette exquise facilité d’âme à trouver l’horizon divin et le sens de l'éternité. N’estce pas dans un tel horizon, n’est-ce pas dans une telle lumière que Dieu s’abaissera jusqu’à visiter son cœur ?

Deux mois entiers il l’étudie; deux mois, il vit dans cette atmosphère sereine, où l’esprit, dégagé du corps, chante hymne de la raison; chez Pascal, on sentait l'effort, l’arrachement douloureux à la terre, aux sens rebelles et toujours armés; la lutte, ici, n’est plus sensible, ou plutôt même, exista-t-elle ? Écoutez l'oncle, des Saudrais, ravi — car il suit Féli pas à pas — de revivre cette harmonie divine : « Toute la métaphysique de Malebranche, écrit-il à son neveu, consiste à dégager l’homme de ses sens, à séparer l’âme du corps, à en faire un pur esprit et à l’égaler presque aux anges. C’est dans cet état seulement qu'il peut s'unir à Dieu, communiquer avec le Verbe et entendre sa parole. Il est telle-

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ment convaincu de la possibilité et de la réalité de cet état, qu'il a composé ce magnifique ouvrage qui n’est qu’un long entretien entre lui et le Verbe. Il assure donc que l’homme ainsi disposé peut interroger le Verbe, et qu’il en obtiendra toujours des réponses. Voilà ce que je comptais d’abord discuter, mais je me suis arrêté tout court. C’est que, pour réfuter cette doctrine, il fallait, P’attaquer au fond, et je crois le fond si vrai que je le soutiendrai en toute circonstance et en toute conscience. Tant que je vivrai, je croirai en Dieu; je croirai qu'il peut communiquer avec l’homme, et qu'il y communique en effet. Je croirai aux inspirations divines et que c’est là même un des moyens secrets de la Providence, par lesquels elle opère tant de choses parmi les hommes. Aussi, comme Mme de Sévigné, je la vois partout, cette Providence; je la vois hors de moi, je la sens en dedans. Ce sentiment me console, me fortifie, me rassure; il met dans mon âme la confiance, et l'espérance dans mon cœur!. »

Ah! que je vous comprends bien, excellent oncle des Saudrais, vous, le plus intelligent, le plus délicat, et le plus aimable des oncles ! Vous voulez montrer à Féli quel bénéfice il peut trouver à sa lecture de Malebranche, quelle paix, quel ravissement à sentir, à écouter en lui l’adorable inspiratrice de toutes les actions, de toutes les pensées qui font lhumanité dans l’homme, la Providence de son Dieu ! Il est homme, soyez sans crainte, à vous entendre à demi-mot; ce qu'il cherche dans Malebranche, n'est-ce pas Justement la consolation, la confiance et l'espérance dont vous vous dites pénétré? Mieux que le sombre génie de Pascal, trop favorable à ses tristesses, ce génie ailé, lumineux et facile saura, sil est possible, apaiser, adoucir, enchanter ses douleurs,

Pascal a courbé la raison humaine sous le joug de la raison divine; Malebranche l’unit étroitement à cette raison, et ne la fait vivre que par elle. Ce geste complète le premier. Dans l’homme réduit à son individualité solitaire et méconnaissant la raison divine, tout est contradiction et ténèbres : « Tant que je ne regarder ai que moi, je ne découvrirai jamais ce que Je suis; car je ne vois en moi que ténèbres ?... J'ai un corps Héolnt et rebelle que je ne puis faire taire, et

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