‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 12 sur 504 · BLa1ze, t. Î. Introd., p · texte numérisé non relu

BLa1ze, t. Î. Introd., p

2. Sans doute, un fragment célèbre de Rousséau a dû suggérer le déssein de l'ouvrage : « Je vivois alors, écrit Rousseau, avec des philosophes modernes qui ne ressembloient guère aux anciens : au lieu de lever mes doutes et de fixer mes irrésolutions, ils avoient ébranlé toutes les certitudes que je croyois avoir sur les points qu’il m'importoit le plus de connoitre : car, ardens missionnaires d'’athéisme, et très impérieux dogmatiques, ils n’enduroient point sans colère que, sur quelque point que ce püût être, on osât penser autrement qu'eux. Je m'étois défendu souvent assez foiblement, par haine pour la dispute et par peu de talent pour la soutenir; mais Jamais je n'adoptai leur désolante doctrine : et cette résistance à des hommes aussi intolérans, qui d’ailleurs avoient leurs vues, ne fut pas une des moindres cäuses qui attisèrent leur animosité,

« Ils ne m'avoient pas persuadé, mais ils m'avoient inquiété. Leurs argumens m'avoient ébranlé sans m'avoir jamais convaincu; je n'y trouvois point de bonne réponse, mais je sentois qu’il y en devoit avoir. Je m’accusois moins d'erreur que d’ineptie, et mon cœur leur répondoit mieux que ma raison.

« Je me dis enfin : Me laisséroi-je éternellement ballotter par les so-

phismes des mieux disans, dont je ne suis pas même sûr que les opinions qu’ils préchent et qu'il ont tant d'ardeur à faire adopter aux autres soient bien les leurs à eux-mêmes? Leurs passions qui gouvernent leur doctrine, leur intérêt de faire croire ceci ou cela, rendent impossible à pénétrer ce qu'ils croient eux-mêmes. Peut-on chercher de la bonne foi dans des chefs de parti? Leur philosophie est pour les autres ; il m'en faudroit une pour moi. » (J.-J. ROUSSEAU, Emile, liv. IV. Hachette, 1863, t. IL, p. 58.) 3. Il vient d’être établi qu'il avait lu et lu de près le discours : Dé la guerre déclarée par nos derniers lyrans, prononcé en 1794 (31 décembre) par La Harpe à l'ouverture du lycée républicain et publié en 1796 (an IV) à Paris, chez Migneret. Cf. Dune, Lelires inédites de La Mennais, Annales de Bretagne, janvier 1913, p. 199.

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