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pas, n’a fait qu'un bond en politique, jusqu’à la Théorie du Pouvoir, comme il s’est élancé tout d’un coup du Vicaire Savoyard à Pascal. Les deux ouvrages ne sont pas tellement éloignés qu'on pourrait croire : Tonton s’en est bien aperçu : « Du pire des Etats, l'Etat populaire, il ne fait qu’un saut au despotisme pur et le plus absolu. Point d’intermédiaires ; le pouvoir un et puis c’est tout!.» Point d’intermédiaires non plus pour Rousseau : le pouvoir populaire, et c’est tout. Au fond, Bonald accepte tout de Rousseau, en acceptant sa façon de poser le problème politique : ses aspirations passionnées à la liberté et au bonheur, le retour à la nature, à l’invincible nature, l’idée que la volonté générale de la société doit en régler les développements, la conviction très ferme que la religion est étroitement liée à la politique, et jusqu’au dédain vigoureusement accentué pour les soi-disant législateurs qui, semblables aux charlatans du Japon, pensent qu’on fait un Etat de pièces et morceaux rapportés. (C’est Montesquieu qu'on vise ici.) Les fidèles du Contrat Social ne se sentent donc point — comme les amis du philosophe de la Brède — étrangers ni dépaysés dans ses livres. Mais, par le seul fait qu'il replace la société dans la nature, il les ramène, ces égarés — bientôt nous verrons comment — dans la voie catholique. Ainsi s'explique, à cette aube du dix-neuvième siècle, la vogue et le croissant succès de Bonald : tous ses lecteurs, habitués de Rousseau et plus récemment familiarisés avec le dix-septième siècle chrétien, retrouvent confondus en une puissante synthèse Rousseau, d’une part, Bossuet et Malebranche de l’autre, dans l’œuvre du vicomte de Bonald, mais non pas tellement unis et fondus que la maîtrise ne demeure, apparemment et d’une éclatante manière, à la pensée renouvelée du grand siècle. C’est parce qu'il fait, dans ses écrits, rentrer de force le mobile, l’inconstant Jean-Jacques sous la discipline catholique du dix-septième siècle français, qu'il a pu d’une prise si forte conquérir son nouveau disciple.