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des philosophes n'existe pas ; jamais, en partant d’une pareille notion, qui justifie tous les caprices et tous les désordres des passions, jamais en partant de l'Homme des philosophes, on ne pourra s'élever jusqu'à la société. Leur erreur est d’avoir méconnu le point de vue chrétien à la base de l’étude de l’homme. L'homme qui n’existe que dans la société, doit être étudié en fonction de la société, et par ses œuvres sociales.
Il faut donc partir de l’homme social, du moi pouvoir, en qui
paraît de la façon la plus éclatante la loi selon laquelle l’homme fut ordonné par la raison divine : l’homme-roi, fondement de la société politique, l’homme-Dieu, fondement de la société religieuse, telle est la double assise inébranlable de la société, la véritable base de l’étude de l’homme. Envisagé d’abord sous ce double aspect de ses deux types les plus accomplis, il apparaît avant tout comme une intelligence, puisque l'intelligence est la fonction des relations, mais une intelligence active, une intelligence-volonté, tout orientée
vers les mouvements déterminés par la pensée, c’est-à-dire
vers les actes qu’elle produit par l’intermédiaire des organes dont elle est inséparable. L'homme social, en qui le corps subit la discipline de l’esprit, est une intelligence servie par dés organes; et lorsque cet ordre est parfaitement réalisé, il produit dans l’homme fait la perfection de l'esprit, qui est la raison, et la perfection de l’action, qui est la vertu; la soumission parfaite à l'ordre expression de la raison divine, produit donc la raison dans l’homme et la vertu dans la société; raison et vertu qui constituent l’homme parfait : homme moral ou social, dont l’'Homme-Dieu vint nous présenter le plus admirable exemplaire !.
L’observance d’une loi morale qui serait innée dans son cœur, n’est pas la voie par laquelle homme réalise l’ordre social en lui-même : l’admettre serait de nouveau l’enfermer, avec les philosophes, dans l’individualité solitaire et superbe à laquelle le catholicisme est seul capable de l’arracher. Les lois sociales sont innées sans doute, mais d’abord à la raison divine; elles le sont ensuite, à la société qui l’exprime; et l'être intelligent n’y participe que dans la mesure où il les reçoit du groupe par l'intermédiaire de la parole orale ou écrite. Le langage, tel est le moyen unique par lequel la
1. Annales de Philosophie chrétienne, septembre 1910, pp. 632-635.
raison suprême ou divine, exprimée dans la société, se communique aux intelligences finies pour produire en elles cet ordre qui est leur raison. L’homme ne peut donc avoir inventé le langage: s’il est vrai que le langage produit la pensée, comme l'invention du langage aurait supposé la pensée même de l'invention, le langage eût été nécessaire à l’invention du langage; et surtout, le langage étant nécessaire à la société qui elle-même est nécessaire, ne saurait être le résultat d’une invention contingente de l’homme. Rien de plus vain par conséquent et de plus stérile que l’introspection d’une certaine idéologie; rien de plus aisé aussi que de concilier l’a priorisme avec l’empirisme : la société, par la parole, dessine et produit en nous, pour ainsi dire, les idées qui s’y trouvent à l’état natif. La pensée est native et la parole acquise ; mais la parole est une acquisition nécessaire, et par conséquent naturelle à l’homme dans la société; car, puisqu'il existe un rapport nécessaire entre le langage et ce qu'il exprime; puisque, fondé en raison, et valeur par lui-même, il exprime la réalité que renferme la raison divine; étant, à ce titre, inné à la société, il est aussi naturel à l’homme social qui, grâce à lui, recoit d'elle l’ensemble des vérités dont elle conserve le dépôt; elles sont nécessaires à son existence. La révélation de la parole l’enfante à la vérité, à la vie de l'esprit, c’est-àdire à la raison qu’elle produit en lui: révélation orale, raison orale; révélation écrite, raison écrite; double nécessité d’existence pour l’homme dans la société.
Toutefois, il advient que cette parole primitive, qui. actualise la raison dans l’homme, subisse des altérations : une révolution du langage a substitué au langage analogue, conforme à l’ordre naturel des êtres, le langage transpositif chez la plupart des peuples : langage faux, propre aux passions, qui n’ordonne plus les expressions dans les rapports normaux des pensées : l'imagination s’y rend maitresse et dominatrice. Comme il marque un effort de la pensée humaine pour s’écarter de la raison divine, il entraîne avec l’affaiblissement de la pensée sociale, la déchéance de la raison dans l’homme.
Celle-ci n’est point innée en ce sens que chacun la trouve en soi-même lorsque s’isolant, il s’enferme, il s’emprisonne en soi. Nulle illusion plus dangereuse, nulle question sur