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laquelle les philosophes aient accumulé plus d’erreurs, ni de
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plus redoutables. Ils ont vu dans la raison l’apanage de
l’homme affranchi de toute autorité, ils en ont fait un produit spontané, naturel de l’esprit individuel, de l'intelligence réduite à ses seules forces; et ils ont soumis à la critique de cette raison prétendue, toutes les doctrines reçues et toutes les institutions, appelant vérité ce qu’il lui convient d’affirmer, erreur, ce qu'elle nie.
Ainsi les passions, sous le voile qu’elle leur offrait, se sont donné librement carrière et elles ont tout renversé. L'heure
est veñue de tout reconstruire. La vérité est la connaissance des êtres et de leurs rapports; la réalité est le corps de la
vérité, et la raison est l'esprit en tant que la vérité l’éclaire : est done la connaissance de la vérité qui forme la raison de l’homme. Par suite, il ne découvre pas la vérité — du moins ces premières vérités d’où toutes les autres dérivent — par sa raison; mais il reçoit de la raison d’un autre être,
par la révélation orale ou écrite, la première connaissance de la vérité, ou la connaissance des premières vérités. La
société, qui possède ce dépôt du vrai, est la plus haute autorité ; irréformable et infaillible, elle rend l’homme partici-
‘pant de la raison divine par la connaissance première, ou la
foi dans les vérités dont elle conserve et transmet le dépôt: la soumission est la première attitude qui produit la raison dans l’homme. Elle fonde à la fois le pouvoir et les devoirs ; sans elle, la vérité demeure parmi les hommes comme une étrangère; l’erreur la remplace, et l'erreur dans l’homme est
. inséparable du désordre dans la société. Voilà pourquoi la
société nous imposé les vérités morales qu’elle porte innées
en elle; ces vérités, qui fondent notre raison, dans la mesure
où l’homme y participe, sont en lui des produits sociaux : elles y représentent la raison générale, expression de la raison divine, qui est l’autorité suprême. Aussi l’homme les croit-il de cette foi de sentiment qui est bien supérieure à la foi d'opinion : car les pensées ou opinions sont individuelles
. chez les hommes sociaux ; les sentiments au contraire sont
universels ou généraux; ettandis que les opinions n’expriment que des possibilités, les sentiments expriment des réalités : « Le sentiment général du genre humain est infaillible. »