Annales de Phil. chréf., oct. 1910, pp
universel qui, nous l’avons vu, est la plus forte preuve de l'existence de Dieu. La religion est donc sentiment, mais non pas, comme l'avait cru Rousseau, sentiment tout intérieur, donnant naissance à des opinions ; elle est un sentiment commun, manifesté extérieurement par des actes, elle n’est pas une opinion ; et les sociétés soi-disant religieuses, comme celles des protestants, qui n ont pas de sacrifice, n’ayant pas le sentiment de Dieu, ne sont pas véritablement religions.
Ce sentiment commun peut être de crainte ou de terreur, comme dans le polythéisme: car l’effroi multiplie son objet; ou d'amour, comme dans la religion de l’unité de Dieu, le christianisme : « La religion en général est sentiment ; la religion de l’unité de Dieu est amour. » Non que l'intelligence: en soit exclue : « Mais si elle doit être amour pour tous, elle ne peut-être intelligence que pour un petit nombre. »
Rousseau n’avait donc pas tort de vouloir que la religion fût universelle : mais il avait tort de croire qu’elle put l'être pour l'intelligence ; ilavait raison de vouloir qu’elle fût d’abord sentiment: mais il avait tort de croire qu’elle fût sentie intérieurement par chaque conscience isolée. On a montré contre lui que la religion doit être envisagée du point de vue social: seule, alors, elle donne une raison au pouvoir de commander, puisqu’en produisant dans l'individu la personne sociale, elle le rend participant de la raison divine, suprême autorité, autorité infaillible de laquelle émane tout pouvoir; et sa raison a devoir d’'obéir, car d’où peut venir cette raison, sinon du principe et de la source de toute Raison. c’est-à-dire de Dieu ? « La religion est la raison de toute société, puisque hors d’elle on ne peut trouver la raison d’aucun pouvoir ni d’aucun devoir. La religion est donc la constitution fondamentale de tout état de société. » Et c’est dire que la religion est aussi la raison de l’homme, qui n’est rien sans la société : elle réprime les passions ou les volontés dépravées qui ne permettraient pas à l’homme social de se développer. Or les passions accompagnent l’homme du berceau à la tombe ; il faudra donc que la religion l'accompagne aussi pendant toute la durée de sa vie, et participe à tous les actes de son existence; quelle autre le fait, que la chrétienne ? et, dans le christianisme, que la religion catholique ! ?