‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 121 sur 504 · Annales de Phil. chrét., oct. 1910, pp · texte numérisé non relu

Annales de Phil. chrét., oct. 1910, pp

ber sous le poids des croyances sociales, ce système complet, sans fissure, d’une immuable solidité, séduisent son ardente imagination, en quête de certitudes absolues. Mais surtout l’expérience entière du dix-septième siècle chrétien unie à celle du dix-huitième siècle qu’elle domine, a passé dans l’œuvre du philosophe de l'Aveyron. Comme Rousseau, il invoque la liberté, le bonheur, la certitude, la volonté générale, la nature, le sentiment commun, la raison, et comme Montesquieu, l’histoire. Mais il conduit, avec Bossuet, la réforme jusqu'au déisme et, plus loin, jusqu’à l’athéisme; bonheur, liberté, certitude, sont dans la soumission à l’ordre. Avec Malebranche, il découvre la volonté divine dans la

nature, partout agissante et présente, dans cette nature qui n'est pas seulement physique, mais sociale et, dans l’ordre naturel des corps et des sociétés, il montre la main de Dieu. Avec Pascal, il brise la raison individuelle sous cet ordre enfin reconnu. En réunissant dans son œuvre tous les maîtres de sa pensée, Bonald achève et parfait en une formation sociale et catholique la formation religieuse, — intellectuelle — de Félicité.

CONCLUSION

Mais il est une autre vie qui, sous ces fermes assises de l'intelligence gagnée, se continue inquiète et troublée pour le disciple de Bonald : cette raison haute n’atteint pas les régions où s’est égaré son cœur. Le témoin de ses angoisses, de ses affaissements, de ses désolations sans ‘ause, de ses indicibles tortures, labbé Jean, et ce charmant oncle des Saudrais qui s'est institué discrètement son médecin, s'entendent pour lui conseiller le livre ami, confident, consolateur de toutes les misères humaines, l’?mitation. ‘Félicité de La Mennais la lut et la relut avec tant de goût, tant d’attrait, qu'il composa sur elle un petit traité que son oncle l’engagea vivement à développer, parce qu'il pouvait devenir, à son avis, excellent, délicieux !. Tout en décernant ces éloges, fidèle à son habitude d’insinuer adroitement ses avis, M. des Saudrais attirait l’attention du malade « sur l'abnégalion de soi-même, point traité dans des chapitres merveilleux, comme les appelle Fénelon ; et réellement ils renferment ce qui est le plus profond et le plus pur de la vie spirituelle ?, » Félicité comprit-il l’allusion? Voyait-il assez clair en lui pour comprendre qu'après l'effort qu’on lui demandait, toute proche, brillait la récompense attendue,

1. De imitalione Christi, ms. autographe en latin, 115 pages in-4, œuvre de la jeunesse de La Mennais. (Ce ms. avait passé en 1868 dans la vente Michelin et avait été acquis par M. Charavay).

2. Roussez, Lamennais d’après ses corresp. inconnus. Rev. des Quest. hist., avril 1909, p. 544.

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désirée? « Quel plus heureux mélange que celui de l’Évangile et de l’Imitation, C’est tout le cœur humain, c'est la mélaphysique de l'amour'. » A la brûlante, à l’éclatante lumière de ces avis, tentons d'évoquer le dialogue où se condense le drame intérieur que nous racontons. Comme les expériences intellectuelles de Félicité de La Mennais se résument et s’achèvent dans une adhésion sans réserve à la philosophie de Bonald, en laquelle s’assied sa pensée, ses troubles sentimentaux s’éclairent dans ses entretiens intimes avec le livre qu’on n’ouvre point sans y découvrir sa sentence.

« Mon fils, dit le Christ dans l’/mitation, je dois étre votre fin suprême et dernière, si véritablement vous désirez être heureux. Cette vue purifiera vos affections, qui s’abaissent trop souvent jusqu’à vous et aux créatures. Car, si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous tombez dans la langueur et la sécheresse. Celui qui cherchera sa gloire hors . de moi, ou sa jouissance dans un autre bien que moi, sa joie ne sera n1 vraie ni solide, et son cœur, toujours à la gêne, toujours à l’étroit, ne trouvera que des angoisses. » Admirable diagnostic du livre qui répond toujours, sur le mal de Félicité : ce converti par l’intelligence ne s’est pas renoncé lui-même. Rousseau ne l’a pas quitté, Rousseau l’accompagne encore : le moi humain est encore là. « Heureuses, répète-t-il avec ferveur, heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir le souffle divin, et sourdes au bruit du monde! » Il comprend qu'il faut délaisser ce qui passe : choses du temps, séductions vaines, il vous rejette, il vous proscrit — mais, hors de trop courts instants — c’est par la pensée seulement. Il attend la parole de Dieu qui peut seule consoler son âme et réformer sa vie intérieure : mais la vérité qui parle en nous sans bruit de parole, ne dit toujours rien à son cœur. Que sa plainte est pourtant touchante ! « Je ne suis rien, je n'ai rien, je ne puis rien; vous remplissez tout, Ô Puissance! hors le pécheur, que vous laissez vide. Comblez mon cœur de votre grâce! Venez, à mon Sauveur, et visitez mon âme; ne me retirez point votre consolation. Apprenez-moi à mépriser Ce qui passe, à äimer ce qui dure: éternellement. Enseignez-moi surtout à faire votre volonté,

1. Rousse, La Mennais d’après ses corresp. inconnus. Rev. des Quest. hist,, avril 1909, pp. 544-545. |

EE er 1e DR EN ES 2 | 190 . LA CONVERSION | parce que vous êtes mon Dieu. » — Hélas ! il l’ignore encore, à l'heure même où ce cri s'élève en son âme altérée de Dieu, un charme inexprimable l’attache à cette nature qui P enveloppe, et par tant de liens, depuis ses premières années, l’enchaïina; une complaisance orgueilleuse le fixe aux travaux de P esprit, « au charme et à la beauté des discours des hommes » ; une inclination du cœur, de qui Dieu sans doute est absent, le lie d’un lien de tendresse, pour sa faiblesse irrésistible, à ce frère dont il voudrait faire le compagnon, l’inséparable et fort compagnon de ses jours. Comment l’amour divin descendrait- # il en lui ? « L’amour aspire à s’élever, et ne se laisse arrêter

par rien de terrestre. L'amour veut être libre et dégagé de

toute affection du monde, afin que ses regards pénètrent

jusqu’à Dieu sans obstacle. » O sainte et délicieuse, ô cruelle

leçon d'amour ! :

De quel cœur vibrant et jaloux ce chrétien que son Dieu délaisse s’instruit-il des merveilleux effets de l’amour divin : - « O Seigneur, mon Dieu, saint objet de mon amour! quand vous descendrez dans mon cœur, toutes mes entrailles tressailhront de joie! Vous êtes la gloire et la joie de mon cœur. » «Jésus, consolateur de l’âme exilée, mon silence vous parle. Jusqu'à quand mon Seigneur tardera-t-il de venir ? Qu'il vienne à ce pauvre qui est à lui, et qu'il lui rende la joie. Qu'il étende la main pour relever un malheureux plongé dans l'angoisse. Venez, venez, car sans vous tous les | Jours, toutes les rs s boculent dans la tristesse, parce que vous êtes seul ma joie, et que vous pouvez seul remplir le vide de mon cœur. Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier jusqu’à ce que votre grâce revienne et que vous me parliez intérieurement.

Mais tandis qe dans le saint livre le Sauveur accourt à l'appel : « Me voici, je viens à vous parce que vous m'avez invoqué. Vos larmes et le désir de votre âme, le brisement de votre cœur humilié m'ont fléchi et ramené à vous » ; ce n’est pas ainsi qu'il répond aux plaintes de Félicité : guérissez-vous, lui dit-il, guérissez-vous d’abord de vos stRbhenoue au monde ; car un esprit encore malade ne comprend pas que le cœur puisse être détaché de tout, et cependant ; je ne descends qu’en un Cœur ainsi consumé. « Il vous reste encore bien des choses à quitter, età moins que vous n’y renonciez entièrement pour moi, vous n'obtiendrez pas ce que vous demandez. »

Vous aimez ce qui vous entoure d’une amitié passionnée ; “cette maison qui vous est un reluge contre l’importunité des hommes, ces bois, ces prés qui vous connurent, C’est vousmême que vous TR et que vous caressez en eux : « Votre cœur ne peut être à moi et se plaire en même temps à ce qui passe. » Vous rêvez d’une vie paisible auprès de ce frère, votre modèle, objet d’une affection ardente, et tout “otre repos est là. Vaine illusion de l’amour : c’est vous que vous aimez en lui; et vous en serez tourmenté : « Si vous faites dépendre votre paix de quelque personne, à cause de l’habitude de vivre avec elle, et de la conformité de vos sentiments,

vous serez dans l’inquiétude et le trouble. Toute amitié doit

être fondée sur moi. Sans moi, l'amitié est stérile et dure peu. Vous devez être mort à ces affections humaines. » Vous goüûtez encore la vaine science du siècle, et vous vous plaisez, et vous vous admirez en elle; le plus profane des écrivains, le plus souple et le plus habile à plaider la cause honteuse du moi humain et des passions, n’est point banni de votre esprit, ne l’est surtout pas de votre âme. Cette amertume qui déborde en vous, lorsque la vanité de ces choses se révèle à votre fatigue — car tout est amer sans moi —.vous la traduisez en des vers, vous l’épanchez en des épigrammes dont vous êtes satisfait et fier ‘ elles ne vous apaiseront pas. Aimez plutôt, réjouissez-vous que Dieu vous change en amertume toute consolation de la chair, qui vous détourne de l’amour des biens éternels, et vous fascine par le charme mortel du plaisir présent. Car il n’est qu’une science, celle qui vient d’en haut ; Dieu lui-même la répand dans l'âme : « C’est moi qui donne: à l’homme la science, et qui éclaire l'intelligence des petits enfants. » Science qui surpasse infiniment celle où l’homme le plus laborieux parvient par les efforts de son esprit, science du cœur, dont je suis le seul Maitre, science de l'amour, que seul j’enseigne : « Quelques-uns, eu m’aimant, ont appris des choses toutes divines ; » et celles-là, les savez-vous ? L’inquiétude est en vous; une perpétuelle mobilité tantôt vous élève à d’orgueilleuses espérances, tantôt vous déprime en d’affreux affaissements. Mais « que vous revient-il de ces soucis d’un avenir incertain, sinon tristesse sur tristesse » ? Faible et changeant que vous êtes, un rien vous séduit et vous ébranle ; « souvent vos désirs s’enflamment et vous emportent impétueusement » ; mais comme cette

ardeur a pour motif votre intérêt propre, comme quelque secrète recherche de vous-même se cache au fond de votre cœur, un rien vous abat souvent et vous jette dans la tristesse. Vous éprouvez du dégoùt pour cé qui vous avait plu d'abord, et que vous aviez cru le meilleur. Vous êtes de ceux qui au temps de l'épreuve tombent aussitôt dans l’impatience ou Île découragement ; défaut de confiance qui vous livre à ün abattement excessif et n’est qu'un défaut de vertu. A la moindre contrariété, vous laissez là l’œuvre commencée ; vous recherchez trop avidement les consolations : «mais toute consolation humaine est vide et dure peu; et plüt au ciel que vous goûtiez la véritable consolation qu’on trouve à se voir dépourvu de toute consolation des hommes ! »

Méme en vos meilleurs instants, quand vous vous écriez vers moi, vous chérchez moins mon amour que vous n’en désirez les dons. N’étant point détaché des créatures, ni de vous, “vous connaissez l’'amour-propre, mais vous ignorez l’amour.

Apprenez à le connaître : € C’est quelque chose de grand que lPamour, et un bien au-dessus de tous les biens. Seul il rend léger ce qui est pesant, et fait qu’on supporte avec une âme égale toutes les vicissitudes de la vie. » Mais il veut être libre et dégagé de toute affection du monde. C’est d’un cœur ainsi délivré que s'élève cet hymne admirable, le plus beau qu'aient chanté les hommes, le plus désolant aussi pour celui qui vainement aspire au divin banquet de l'amour : « Rien n’est plus doux que l’amour, rien n’est plus fort, plus élevé, plus étendu, plus délicieux ; il n’est rien de plus parfait n1 de meilleur au ciel et sur la terre, parce que l’amour est né de Dieu, et qu'il ne peut se reposer qu’en Dieu, au-dessus de toutes les créatures. »

Mais pour jouir de ce souverain bien, de cet amour qui court, vole, qui est dans la joie, qui est libre et que rien n'arrête, il faut s'être affranchi de vos liens, terrestres amours ! Cet amour qui possède tout en toutes choses, a tout donné pour posséder tout. Cet amour qui veille sans cesse, qui dans le sommeil même ne dort point ; qu'aucune fatigue ne lasse, qu’aucuns liens n’appesantissent, et qu'aucunes frayeurs ne troublent, flamme vive et pénétrante qui jaillit vers le ciel, ne se recherche jamais : « car dès qu'on commence à se rechercher soi-même, à l’instant on cesse d'aimer... Qui n'est pas prêt à tout souffrir et à s’abandonner entièrement

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à la volonté de son bien-aimé, ne sait pas ce que c’est

qu'aimer. » O disciple de Rousseau quand donc saurez-

vous aimer ?

Vous entrevoyez votre mal. L'amour de soi est le plus grand obstacle qui vous empêche d'atteindre au souverain bien : c’est encore s'aimer soi-même que de rechercher avidement et dans l'inquiétude l'amour des créatures, et de ne pouvoir échapper à ce besoin douloureux de tendresse dont tout votre cœur est meurtri. Redites, redites avec le saint livre, quand vous recherchez ces douceurs : « Hélas, je me perds en m'aimant d’un amour déréglé, » Et puisque l’amour de vous- -même, sous cette forme noie du besoin d’être aimé, vous désespère et vous dessèche, «sachez que l’amour de vous-même vous nuit plus qu'aucune chose au monde », et n’oubliez pas que la paix ne sera pour vous qu'en l abnégation de vous-même ; renoncez-vous entièrement, Jusque dans ces affections humaines trop ardemment, trop jalousement exigées, en lesquelles, vous le savez bien, c’est vous-même que vous aimeriez, en la privation desquelles c’est vous-même que vous plaignez. Car « ils vivent en servitude, tous ceux qui s’aiment et qui veulent être à eux-mêmes. On les voit avides,

Curieux, inquiets, cherchant toujours ce qui flatte leurs sens,

et non ce qui me plait, se repaître d'illusions, et former mille projets qui se dissipent, Retenez bien cette courte et profonde parole : Quittez tout et vous trouverez tout. Mon fils, quittezous et vous me retrouverez, » Maisil faut tout quitter, etjusqu'aux espoirs les plus doux et les plus permis ; car ne croyez pas que ] accepte d'entrer pour jamais dans un cœur qui ne soit pas mort à tous les désirs de la terre. N’allez pas, sacrifiant ceci, vouloir conserver cela; n’espérez pas, rejetant la raison humaine, m’acquérir sans briser aussi l’espoir des none humaines. Vous hésitez? Ce sacrifice est trop dur pour vous ? Vous ne vous êtes pas renoncé. « Renoncez à vos désirs, et vous goûterez le repos. Ah ! s’il en était ainsi de

- vous! Si vous en étiez venu à ne plus vous aimer vous-

même, soumis à moi sans réserve! »

Ainsi gourmandé, poursuivi, traqué par les divins con- seils, quelles résolutions pensez-vous qu adoptera Félicité ? + Ses efforts, ses prières, ses désirs n'auront qu’un seul objet: « d’être dépouillé de tout intérêt propre, de suivre nu Jésus- … Christ nu », de mourir à lui-même afin de vivre éternellement,

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Il se fera, autant qu'il pourra, humble et docile comme un petit enfant. En toutes choses il s’appliquera à dire : « Seigneur, qu'il soit ainsi si c'est votre Volonté. Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez, et quand vous le voulez. Seigneur, faites de moi tout ce qu'il vous phura. Si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez béni; et si vous voulez que je sois dans la lumière, soyez encore béni. Si vous daignez me consoler, soyez béni, et si vous voulez que j'éprouve des tribulations, sovez également toujours béni. Je veux recevoir indifféremment de votre main lebien et le mal, les douceurs et les amertumes, la joie et la tristesse, et vous rendre grâce de tout ee qui m'arrivera. » Quels espoirs ces résolutions font naître en Féheité ! « Alors s’évanouiront toutes les pensées vaines, les pénibles inquiétudes, les soins superflus. » Alors surtout Pattente et le pressentiment de l’éternelle paix empliront, son cœur d’une joie sans mélange : « Attends un peu, mon àme, attends la divine promesse, et tu posséderas dans le ciel tous les biens en abondance. Aueun bien temporel ne saurait te rassasier paree que tu n'as pas été créée pour en jouir. Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne pourraient te rendre nt heureuse ni contente ; en Dieu, qui à tout créé, en lui seul est ta félicité et tout ton bonheur. »

Seulement, à ce détour, un danger nouveau, ou plutôt l'unique péril menace encore cette âme si tendre et si facilement troublée : tant le poison de Rousseau, ce délicieux et subtil poison, qui s’'insinue dans le cœur, est mortel à eertaines natures ! Certes il répète avec ardeur, avec foi, les belles paroles de l’Imitation, qui conviennent si bien sur ses lèvres : « Enlevez-moi, détachez-moi de toutes les fugitives consolations des créatures : car nul objet eréé ne peut satisfaire ni rassasier pleinement mon cœur. Donnez-moi de me reposer en vous plus qu'en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu’en tout ce quin’est pas vous, à mon Dieu!» Mais à cette âme qu'assombrit et désole le silence de Dieu,

ui donc fera savoir la volonté divine ? Il ne suffit pas de vouloir être docile, il faut entendre la voix qui, commandant ou conseillant, guidera votre obéissance. Et puisque Dieu ne dit rien à son cœur, puisque sa VOIX ne parle pas en lui, c’est une direction humaine sous laquelle sx docilité se pliera. Soit ! à ce coup, c’est encore l'homme à qui vont aller ses élans.

LE MAL DE LA MENNAIS 195 umission, confiance, affection, abandon sans réserve et complet, se détourneront désormais vers ce directeur par qui Dieu dictera ses lois. Par cet inconscient artifice, l’ardeur des amitiés humaines entretiendra sa flamme en lui. ie : Mais cet ami ne peut être à lui sans réserve : d’autres soins, d’autres obligations, l'occupant, le détournent de lui. Que de jalousies, que de sources de larmes, à ne se croire point aimé! Le directeur, s’il conseïlle, n’est pas infaillible : si quelque douleur, si quélque regret s ’éveille d’avoir marché dans la voie qu'il montrait, VPhomme dissimulera Dieu : que d’impatiences, que de désespoirs, que d’inapaisables regrets ! Rien dès lors ne sera gagné : inquiétude, mobilité, recher- ches humaines, toujours, Tégarant, Je détourneront du seul lieu de son repos et du seulbien véritable.

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