TITI
Les sources de Félicité de La Mennais n’ont rien qui soit mystérieux : c’est d’abord, etbienentendule Torrent d'idées de son frère Jean-Marie. Nous retrouvons dans les Réflexions, ainsi qu'il fallait s’y attendre, bon nombre de vues indiquées dans l'écrit de novembre 1807. Ce sont ensuite les écrivains dont nous avons vu que Félicité de La Mennais est nourri : Bonald, Bossuet, Pascal, Malcbranche, et même l’abbé Frayssinous. Quoiqu'il les ait pensés de nouveau, et transposés avec habileté, même avec éclat dans son livre, l’auteur n’a pas assez dissimulé ces emprunts pour qu'ils ne soient reconnaissables: Et les signaler, c’est comprendre non seulement exacte portée de l'ouvrage, mais encore la manière dont Félicité travaille, et dont il travaillera toute sa vie. |
Le Torrent d'idées de 1807 a été mis à large contribution. Après avoir rappelé la crise arienne, qui a fixé la foi en Jésus- Christ et sa divinité, la crise protestante qui à fixé la foi eucharistique et la nécessité d’un tribunal interprète de l Écriture sainte, la crise du philosophisme, enfin, qui fixa les vraies notions sur la nécessité de l° Église, autorité infaillible, Jean- Marie avait ajouté : « Il faut de ces grandes crises pour développer toutes les parties de la religion, tout tourne en résultat pour elle ; crescit in augmentum Dei. » Cette idée, d’ailleurs rencontrée déjà chez Bossuet, sert de point de départ au beau développement dans lequel Félicité de La Mennais oppose « ce qui aurait eu lieu, si le christianisme n’eüt rencontré à lorigine que des cœurs soumis, des esprits dociles », à l'autorité qu ‘il acquiert « après tant d'attaques également vaines et furieuses ». Car « la curiosité présomptueuse des hérétiques, en s’efforçant de pénétrer des mystères impénétrables, à donné occasion de fixer avec précision la foi sur les points
contestés… Disons donc avec l’apôtre, 17 faut qu’il y ait des
hérésies!. »
Le {septième paragraphe de l'écrit de 1807 paraît dominer tout l'ouvrage de Félicité de La Mennais : « Remarques sur l’état des études ecclésiastiques avant la révolution et à présent — la tendance à leur donner. » Ces lignes, en particulier, ont inspiré la page dans laquelle Félicité de La Mennais signale le déplorable relâchement de la préparation des cleres à la fin du dix-huitième siècle, et celles qui dessinent à grands traits l’esquisse d’un plan d'éducation renouvelé pour & le clergé?.
Dans le Torrent d'idées, Jean-Marie avait écrit : « Connaissance pour le fonds de l’Ecriture sainte — des textes,
de
nienne — connaissance des langues orientales, etc. 2... » Aussi lisons-nous dans les Réflexions : « Au moment où je parle, toutes les universités protestantes sont en travail pour lui ravir (à l’Eglise) la preuve si frappante des prophéties.
l’'exégétique des protestants et de leur tendance soci-
Quelle voix s’élève pour répondre ? Aucune : et tandis que nos ennemis, s’enfonçant dans les langues orientales, en font comme un champ de bataille où ils nous défient, il ne se trouvera bientôt plus parmi nous personne en état de les Y pour-
suivre et de les y combattre. Qu'on travaille à former des bibliothèques'dans les séminaires... » Les Pères de l'Eglise n’en seront pas bannis : il faut, notait Jean-Marie en 1807, « en revenir après un long état de chicanes et de procédures à cette belle théologie des Pères, à celle de Suarez, Petau, Thomassin». L'auteur des Réflexions est du même avis : « Qu'on se garde bien, s’écrie-t-il, de rejeter les anciens théologiens et les scholastiques aujourd’hui si décriés ; il n’y à que l’ignorance qui méprise, et la véritable science tire parti de tout. | Ces écrivains qu’on nomme barbares, parce que leur style
est sec et rebutant, sont quelquefois pleins de sens ; et comment d’ailleurs formera-t-on la chaîne de la tradition, si l’on
en
retranche les scholastiques, qui remplissent seuls plu-
sieurs siècles 6? »
GS Or BR S ND
. Réflexions, etc., pp. 5-6.
. Cf. 1bid., pp. 138-140.
. Torrent d'idées, K 8.
. Réflexions, etc., p. 141.
. Torrent d'idées, $ 33.
. Réflexions, etc., p. 142.
Bien d’autres rapprochements s imposent entre le Torrent
d'idées et l'ouvrage que nous étudions. La préoecupation
d’unir les sectes séparées, qui dominait les pages de 1807, est encore sensible dans les lignes où Félicité de La Mennais, songeant surtout à l'Angleterre, rappelle que « la masse du Clergé, dispersée dans des contrées étrangères, y déposait des germes de catholicisme qui, fécondés par le temps, se développeront peut-être un jour! ».
Je lis encore dans le manuserit de 1807 : « Avances et insinuations pour le rétablissement des Jésuites? . » Écoutons maintenant l’auteur des Réflexions : « J’ai parlé de dévouement, dit-il, et à ce mot la pensée se reporte avec douleur sur cet ordre, naguères florissant, dont l’existence toute entière ne fut qu’un grand dévouement à l'humanité et à la religion. Ils le savaient, ceux qui Pont détruit ; et c'était pour eux une raison de le détruire, comme c’en est une pour nous de lui payer du moins le tribut de regrets et de reconnaissance qu'il mérita par tant de bienfaits. Eh ! qui pourrait les compter tous ? Longtemps encore on s’apercevra du vide immense qu'ont laissé dans la chrétienté ces hommes avides de sacrifices,
comme les autres le sont de jouissances, et l’on travaillera
longtemps à le combler. Qui les a remplacés dans nos chaires ? Qui les remplacera dans nos collèges * ?... » Ailleurs, Félicité de La Mennais revient longuement sur le même sujet, et les insinuations y sont plus transparentes encore : « Il est bien extraordinaire, écrit-il, qu’on ait pu réussir à inspirer aux souverains, de la défiance et presque de la terreur, pour un ordre nécessairement ami des souverains, puisqu'il ne peut, par sa nature même, exister que dans les monarchies. Mais les gouvernements, saisis de cet esprit d’imprudence et d'erreur, de la chute des rois funeste avant-coureur, étaient alors condamnés à s’aveugler sur les hommes comme sur les évènements, et à méconnaitre leurs plus clairs intérêts. Agités d’une vague inquiétude, et tourmentés, ce semble, par Le pressentiment de leur fin prochaine, tout leur faisait ombrage, comme tout fait peur à ceux qui marchent dans les ténèbres #. » Admirez l'adresse avec la-