‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 146 sur 504 · bid., p · texte numérisé non relu

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quelle le jeune écrivain met l'expulsion des Jésuites: sur le compte de la faiblesse, de la peur, des craintes chimériques, pressentiment de la fin prochaine, afin d’intéresser l'amourpropre de Napoléon au rappel de l’ordre proserit. S'il signale l'unité que les Jésuites mettaient dans l’éducation publique !, c'est qu'il connaît la préoccupation maitresse de l'Empereur qui veut, « qui cherche en tout l’unité ». Comment se méprendre d’ailleurs sur la portée de l’insinuant éloge de « cette Société fameuse » qui ne sera jamais, dit M. de Bonald, remplacée que par elle-même?; et cette conclusion du morceau n’en résume-t-elle pas l'intention ?

L'écrit de 1807 avait esquissé ce projet, comme il avait posé, discrètement d’ailleurs, les premières assises de l'édifice ultramontain : « Vues et avances, y lisons-nous, pour conserver, maintenir l'autorité du Saint-Siège. Son admirable influence sur tout l'univers dans les temps passés, actuellement et en core plus dans l’avenir?. » Si le caractère ombrageux de l'Empereur oblige Félicité de La Mennais à glisser rapidement sur cet article, il ne l’introduit pas moins, à l'abri d’une charge à fond contre les Jansénistes que Napoléon détestait : « Toute dépendance leur pesait, dit-il de La secle, et surtout celle du Saint-Siège, dont on put reconnaître alors plus que Jamais l'extrême utilité même politique, puisque, s’il n’étouffa pas entièrement l'erreur par ses décrets, du moins il l'empécha de s'étendre, et préserva l'Eglise et l'Etat des grandes divisions qui les auraient infailliblement déchirés, si les questions débattues alors avec tant de chaleur étaient demeurées indécises jusqu'à la convocation toujours tardive et souvent impossible d’un concile général #. »

Immédiatement après avoir résumé ses vues sur l'autorité du Saint-Siège, Jean-Marie dans son Torrent d'idées avait indiqué ses ambitions pour les ordres religieux : « Vues et avances, notait-il, pour la conservation et l'extension des ordres religieux. Aucun bien durable ne s'étend et ne peut s’entreprendre sans ces institutions — souvenirs historiques et appréciation des biens procurés par eux?. » Plusieurs pages

. Réflexions, pp. 63-64.

. Ibid., p. 66.

. Torrent d'idées, ete., $ 12.

. Réflexions, etc., pp. 60-61.

Torrent d'idées, ete., $ 13.

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des Réflexions développent cet aperçu : après avoir rappelé Ja suppression des ordres religieux par la Révolution, et les théories philosophiques qui en ivaieut été le prétexte, Félicité en vient à marquer la fonction sociale des couvents et des monastères : « Tout ce qui demande le concours constant de plusieurs volontés, l’unité d’esprit, de vues et d'efforts, ne peut être exécuté que par un ordre religieux, car si la politique rapproche les hommes, la religion seule les unit!. » Services précieux pour la civilisation, services pour l'éducation, services pour les sciences, autant d’ inappréciables offices que ces établissements rendaient à la societé : « Il est, dans les sciences comme dans les arts, des monuments qu’une seule main ne sauroit élever ... Mais dans un ordre qui ne meurt point, rien ne se perd : ce que l’un à commencé, un autre l’achève...? » Les cloîtres étaient aussi des lieux d’asile où « la Religion réparoit.…. les torts de la société3 ». L’indication sommaire de 1807 est le plan même de ces pages.

Les vues sur la marche d'ensemble et l’immense développement du christianisme à travers les épreuves et les temps#, ont aussi leur origine dans le Torrent d’idées ; et lorsque F al cité, montrant la nécessité présente d’embrasser dans son ensemble le système entier du christianisme, ajoute, désignant Bonald : « Déjà un écrivain de génie a pénétré avec succès dans cette nouvelle route, rie aux défenseurs du christianisme, et ses ouvrages immortels, que la postérité appréciera, feront un jour révolution dans la philosophie comme dans la

… politique?» ; il remplit à moitié — Chateaubriand ne pouvait alors dans un semblable plaidover être ni nommé ni même seulement désigné — cette partie du programme de novembre 1807 : « Hommage favorable au zèle de Chateaubriand, à la politique supérieure de M. de Bonaldt6. »

On trouverait sans peine ailleurs que dans ce petit écrit — par exemple dans la correspondance — des preuves que les idées maitresses des Réflexions sur l’état de l'Eglise sont, pour la plupart, inspirées par Jean-Marie, ou du moins

Réflexions, etc., p. 79.

. Ibid., p. 80.

. Ibid., pp. 1 et sq. et pp. 100 et sq., et Torrent d'idées, $ 24. | Réflexions, etc., p. 103.

Torrent d'idées, etc., $ 29.

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communes aux deux frères. C’est ainsi qu’une lettre du 2 février 1808 nous montre, sous la plume de l’abbé Jean, un appel à l’apôtre attendu, dont la parole arrachera les chrétiens au « sommeil de l'indifférence ! ». Dans une autre lettre, Jean-Marie ne s’entend pas avec l'abbé Bruté sur les effets des missions protestantes. L'abbé Bruté les considère comme des pionniers du catholicisme. Moins naïvement, et plus justement aussi, Je crois, l’abbé Jean les croit capables, si elles réussissaient, de « corrompre les nations infidèles. Je dis, ajoute-t-il, les corrompre,et les corrompre par principe; car c’est là où mène l’indifférence des religions, et l'indifférence des religions n'est-elle pas tout l’évangile de ces nouveaux apôtres ? Les sauvages cesseroient donc d’être idolâtres sans devenir chrétiens ?. » On trouve dans ces préoccupations une des sources du passage dans lequel l’auteur des Réflexions sur l'état de l'Eglise flétrit le nouveau mal du siècle, « un profond mépris des vérités intellectuelles, et une indifférence glacée pour tout ce qui ne frappe pas les sens 3 ». Maladie mortelle, dont le principe est le matérialisme, et qui menace f’humanité?.

L'influence de Bonald est aussi très fortement marquée dans l’ouvrage. On reconnait aisément sa pensée dans le tableau des effets dela Réforme : « Les réformateurs du seizième siècle, écrit Félicité de La Mennais, sapèrent à la fois les fondemens de l’ordre religieux et de l’ordre social. Ils élablirent l'anarchie en principe dans l'Eglise et dans l'Etat, en attribuant la souveraineté au peuple, et à chaque particulier le droit de juger de la foi. Aussi la dernière conséquence et le résultat nécessaire de leurs maximes a-t-il été la destruction la plus complète de la religion, et le plus effroyable bouleversement de la société#. » Félicité ne se contente pas de marquer avec Bonald « la secrète conformité de la Réforme avec la philosophie® »,maisil signale encore avec l’auteur de la Théorie

- GOURNERIE, p. 18.

. Ibid., p. 32, 18 févr. 1809.

. Réflexions, etc., p. 108.

+ 1bid pr:

. Ibid., p. 33. Cf. BoxaLn, Théorie du Pouvoir (Œuv., Nlle éd., Paris,, Le Clerc, in-8, s. d.) t. II, 1. VI, Chap. v,.p. 229, et Législation primitive Paris, Le Clerc, in-8, an XI (1802), &. III, p.153. -

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