‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 153 sur 504 · RoPARTZ, p · texte numérisé non relu

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M. Emery qu’un bref accusé de réception. Mais le 12 mars 1809, le supérieur de Saint-Sulpice lui écrivait : « Le mémoire est très bien écrit et plein de bonnes vues. Il est des endroits qui pourraient déplaire au gouvernement, et il en est d’autres dont il ne pourrait qu'être content. Si La Réveillère-Lépaux vivait encore, je crois qu'il faudrait adoucir ou supprimer son article. Si J'avais eu le temps, j'aurais pu faire quelques observations. On voit bien que l’auteur est un ecclésiastique !. » Le mot de M. Emery laissait clairement pressentir des difficultés de la part du gouvernement en cas d'impression. Placé au centre, et bien informé, il ne pouvait s'y tromper : l'ouvrage ne s’accordait guère avec les vues actuelles de l'Empereur. Les deux frères ne l’entendirent pas ainsi; ils espérèrent que quelques corrections, quelques adoucissements de détail, suffiraient à écarter l’obstacle qu’ils croyaient avoir tourné, et qu’on leur faisait entrevoir de nouveau; l’article sur La Réveillère, dont nous ne possédons pas la première leçon, fut arrêté en cestermes : « Un membre du Directoire voulut fonder un culte nouveau, une Religion simple, et composée seulement d’une couple de dogmes, comme il s’exprimait lui-même, et il se flatta de l'établir sur les ruines du christianisme. Ce projet, dans un autre temps, eût pu n'être qu'extravagant; mais alors il eut toutes les suites que pouvoit faire craindre la déraison armée du pouvoir ?. » Sans doute est-ce alors qu'on glissa des formules de soumission : « Loin d’être exclusivement attaché à mes propres idées, je prie qu’on les considère uniquement comme des doutes que je propose et que je soumets sans réserve au jugement de l'autorité? »; ou bien : « Que s’il m’étoit échappé, contre mon gré, des choses dont quelqu’ un sepütcroire offensé, je les désavoue de tout mon cœur, et je prie qu'on me les pardonne, car mon intention n’est pas de blesser, mais de guérir. » Enfin, une courte introduction fut alors ajoutée à l'ouvrage pour en résumer les intentions et en expliquer l’esprit : après avoir montré que le tableau des persécutions de l'Eglise était nécessaire à l’intelligence de sa situation présente et à la justification des moyens proposés pour lui rendre son ancien lustre, l’auteur ajoute prudemment : « J’ai

1. RousseL, Lamennais d'après des documents inédits, t. I, p. 19. 2. Réflexions, etc., p. 94.

4, Ibid., p. 150.

dit ce qui m'a paru bon et vrai, mais sans attacher à mon opinion plus d'importance qu’elle n’en peut avoir. Que si on rejetoit toutes mes idées, pourvu qu'elles servissent à en faire naître de meilleures, je n’en aurois pas moins atteint mon but!. » Toute la suite est de ce ton. Aussi Jean-Marie pouvait-il répondre, le Ler avril 1809, à l'abbé Bruté qui lui avait communiqué la lettre de M. Emery en lui renvoyant son mémoire : « Nous avons reçu le mémoire avec la lettre de M. Emery. Nous regrettons bien de n'avoir pas eu toutes les observations qu'il aurait pu faire. Nous en aurions profité avec reconnaissance. L'article de la Réveillère est changé, quelques autres passages sont adoucis, et un avertissement, très humble assurément, prévient une partie des objections qu'on pourrait faire. Nous verrons ce que cela deviendra. Tout, absolument tout pour la plus grande gloire du grand Ro1i?. »

Les deux frères étaient fermement résolus à publier louvrage ainsi amendé. Le manuscrit corrigé fut envoyé à la Société typographique, place Saint-Sulpice, à Paris, et l’impression eut lieu en avril et mai 1809. En juin, les exemphures, revenus du brochage, étaient prêts : ils portaient la date de 1808, qui était celle de la composition. Sans doute était-ce aussi, dans l’esprit des auteurs, une mesure de prudence : les événements avaient marché, depuis un an, et les conseils pouvaient déjà paraitre des leçons, les insinuations, des reproches. Les envois d'auteur eurent lieu dans la seconde quinzaine de juin; le 22 juin 1809, Jean-Marie écrivait à Bruté qui venait de recevoir ses exemplaires : € Mon cher Bruté, disposez comme il vous plaira des exemplaires que vous avez reçus. Soyez, du moins, un homme discret, et ne nous nommez à personne. Féli qui, comme je vous l'ai déjà dit, a dans tout ceci la principale part, se joint à moi pour vous recommander le silence, et ne veut point absolument être connu. Laissez-nous dans nos chères ténèbres, et, encore une. fois, sous aucun prétexte et dans aucun cas, ne dites de qui vous tenez cette petite brochure. M. Emery et M. Duelaux en ont reçu chacun un exemplaire; pourriez-vous obtenir du premier les observations qu’il vous à en quelque sorte pro-

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