‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 156 sur 504 · GOURNERIE, P · texte numérisé non relu

GOURNERIE, P

2. Roussez, Lamennais d'après des documents inédits, t. I, p. 19.

3, GOURNERIE, p. 9. :

tion de Charlemagne, son auguste prédécesseur, et le mauvais usage qu'en avaient fait les papes, il déclarait les États bic annexés à l’Empire français... » Le 10 juin 1809, le général Miollis fait abattre le drapeau pontifical et le remplace, sur le Château Saint-Ange, par le drapeau français. Le soir même, le pape fait placarder une bulle d’excommunication contre l’ empereur des Français. Le 20 juin, Napoléon écrit à Murat : « Je reçois à l’instant la nouvelle que le pape nous à tous excommuniés. C’est une excommunication qu’il a portée contre lui-même. Plus de ménagements; c’est un fou furieux qu’il faut renfermer. Faites arrêter le cardinal Pacca et autres adhérents du pape. » Les ordres étaient catégoriques : il fallait les exécuter. Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, le général de brigade Radet cerne le Quirinal. A 4 heures du matin, le pape est emmené sous escorte avec son secrétaire d'État, le cardinal Pacca, dans une voiture aux persiennes soigneusement clouées. Le 21 Juillet, il est enfermé à Savons, et Pacca à la forteresse de Fénestrelles 1.

On lit dans la première édition des Réflexions sur l'état de l’Église, pp. 94-95, ce récit de l’emprisonnement du pape Pie VI;sous le Directoire : « Le chrétien eut à gémir sur l’horrible attentat commis contre le chef de l'Eglise, l’immortel Pie VI. Arrêté dans sa capitale, abreuvé d’outrages et d’opprobres, trainé de prisons en prisons comme un vil criminel, ce vénérable pontife, qui plus d’une fois excita le respect et l'admiration de ses bourreaux mêmes, soutint avec un noble courage, Jusqu'au dernier moment, la gloire de la tiare et la dignité de son caractère, et couronna la vie d’un saint par la mort d’un martyr. Grâces soient rendues au gouvernement qui, par des honneurs expiatoires, à réparé ce monstrueux scandale, et justifié la France, aux yeux de l’Europe et de la postérité, d’un forfait dont elle ne fut point complice?! »

Quand les propositions, les conseils, les insinuations de l'ouvrage auraient trouvé grâce devant l'Empereur, cette page, à partir de l° emprisonnement de Pie VIT en juillet-août 1809, n’en aurait pas moins revêtu le caractère d’une satire san-

1. Comte D'HAUSSONvILLE, l'Eglise romaine ef le Premier Empire, X, la prise de Rome, et XI, l'enlèvement du Pape. DEBIDOUR, l'Église et l'Élat, PP: 262-264.

2, Réflexions, etc., pp. 94-95.

glante. M. Emery, toujours bien et rapidement informé des événements religieux, dut avertir en sous-main les deux frères du danger qui les menaçait. Et c’est sans doute pour parer le coup que Jean-Marie, au mois d’août 1809, se décida à entreprendre un nouveau voyage à Paris.

Les Réflexions furent-elles véritablement saisies par la police, comme le déclarera l'Avertissement de l'édition de 1814? Ne furent-elles pas plutôt retirées du commerce et mises en lieu sûr, en attendant l’occasion favorable ? J’inclinerais volontiers pour la seconde hypothèse! ; car il serait bien singulier que la police impériale eût pris soin de conserver, pendant les années qui vont suivre, un ouvrage de cette nature, sur lequel elle aurait effectivement mis la main. La Correspondance, ainsi qu'il fallait s’y attendre, ne porte pas clairement la trace de cet incident : la poste n’était pas sûre, et l’on craignait de lui confier ses impressions sur les événements du jour. On lit néanmoins, dans une lettre de Féli à l'abbé Jean, écrite dans la seconde quinzaine du mois d'août: « Je reçois à ton adresse une lettre fort honnête de Girard (le libraire de la Société lypographique qui avait édité les Réflexions), tu arrangeras tout avec lui?. » Voilà sans doute une allusion discrète à l’objet premier du voyage. Et dans la lettre suivante, le 30 août, je lis : « Nous aurons bien des choses à nous dire à ton retour, que j'attends avec grande impatience#.… » Jean n’a pas confié à la poste l’arrangement qui dut régler provisoirement le destin des Réflexions. Il suffit que nous sachions qu’elles dispa-

rurent brusquement de la circulation : elles ÿ rentreront dans cinq ans.

1. Les recherches faites sur ma demande aux Archives nationales pour retrouver des traces de cette saisie ont donné un résultat négatif. Cette Opération de police dont il ne reste aucune trace a-t-elle bien réellement eu lieu ?

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