‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 16 sur 504 · Inédit. Zbid · texte numérisé non relu

Inédit. Zbid

.6. Inédit. Zbid., p. 2.

OS got

Après avoir en vain fatigué ma tête sur ce point, j'ai interrogé mon cœur; je ny ai rien trouvé, et je ne sais lequel des deux n’a laissé le plus calme et le plus froid ». L’athée finit son discours en invoquant la Nature: « O douce et bonne Nature, Mère éternelle de tous les Étres, c’est à toi que je rends hommage, que jé consacre mes offrandes, que je me voue et dévoue tout entier! ! Que ne puis-je marcher sur les traces de ce Philosophe inimitable qui, ton ami et plus encore ton amant, du sommet du Mont Etna, se précipita dans ton sein, et soudain se sentit amoureusement consumé de tes feux ? — Eh! qui vous en empêche, lui dit un des sages, qui peut vous retenir ? Vous voici, le volcan estencore là, la Philosophie va vous y conduire; oubliés vos pantoufles sur le bord du cratère, et reposés-vous sur nous de votre immortalité?. »

On a le ton ; le sens est clair: lathée n’est qu'un sot, sans intelligence etsans cœur. Son enthousiasme pour la nature est faux, déclamatoire et ridicule. Enfin, il s’est coiffé « d’un bonnet couleur de rubis ». Ce dernier méfait crie vengeance. Si Robert des Saudrais persifleles philosophes, c’est en haine des Jacobins.

Il fait parler ensuite « un Philosophe du Nord, une tête froide, forte et vraiment philosophique“ ». Celui-ci nie délibérément toute existence: « Vous ne serez point étonné de l’heureuse découverte dont j'ai à vous faire part. C’est quenon seulement il n’y à point de Dieu, mais qu'il n’y a pas même de Nature ; que tous les objets qui paraissent affecter nos sens

ne sont que des fantômes, des chimères, et n'existent point;

en un mot qu'il n’y a rien. En vain croirions-nous être nousmême quelque chose; hélas! nous ne sommes rien! Je les connais tous ces ouvrages immortels sortis de vos mains où vous avés prodigué l’esprit en y ménageant avec art le génie, et où le goût aussi rare peut-être, se fait partout sentir et charme tous vos lecteurs : eh bien! tout cela, ce n’est encore rien! Et quand je vous regarde et que je vous écoute, sont-ce des Philosophes, des sages que je vois et que j'entends ? Non,

1. D'Holbach, qui termine son Syslème de la Nalure par une fervente prière à la Nature divinisée, paraît visé ici. Cf. Système de la Naïure, par M. Mirabaud, nouvelle édition, Londres, 1771, in-16, t. IT, pp. 453-454.

Page 1