‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 163 sur 504 · Ibid. Voyez tout le chap. 1v · texte numérisé non relu

Ibid. Voyez tout le chap. 1v

parer des créatures, à les bannir de son imagination, Fe à. se plonger tout entier dans la douceur du divin amour !. » Mais il est un précepte unique, fondamental, sur lequel, à tous les chapitres, à toutes Les pages, insiste le Guide spiriluel ; conseil précieux, et difficile à suivre, dont dépend le progrès de l’âme dans la voie divine : le renoncement complet à toute propriété, l’abnégation complète de soi, Pimplacable mépris du sens propre. L'homme intérieur «sactifiera toujours sa propre volonté,et la règle qu'il s’est prescrite,au bon plaisir de l'Esprit- Saint? »./L’écueil redoutable est là, pour Félicité. Son commen: taire du précepte éclaire profondément son âme, et fait déjà # pressentir son étonnant et douloureux destin : « On aura remarqué, sans doute, éerit-il, combien de fois l’auteur revient sur ce précepte, le plus important peut-être comme le plus difficile à praliquer de tous les préceptes de la vié spirituelle. « Allez », dit Jésus-Christ au jeune homme qui lui demandait par quels moyens il pourrait arriver à la perfection ; « allez, vendez tous vos biens, donnez-en le produit aux pauvres, venez ensuite eb suivez-moi. — Or, ajoute l' Évangile, ce jeune homme ayant entendu ces paroles, 5 ’en alla plein de tristesse, parce qu il possédait de grands biens: » Tout homme est ce jeune homme : tout homme, même le plus pieux, est attaché aux créatures par mille lens secrets dont il ne sent la force que lorsqu'il essaie de les briser : mais surtout il tient à lui-même par un indestructible amour- propre, qui, toujours combattu, se reproduit toujours ; qui se mêle à toutes ses actions, même les plus saintes, qui ternit toutes ses pensées les plus pures. Ce sont là les grands biens auxquels il est si difficile de renoncer : ils sont tellement unis à notre propre substance, que nous ne saurions nous en séparer sans - déchiréement : Pâme, blessée dans son fond le plus intime, . frémit et se resserre en elle-même. Et cependant il n'est point . d’alternative : il faut opérer ce retranchement, ou être soi: même retranché des disciples de Jésus-Christ. » Télle est la redoutable obligation que met en si pure lumière le beau traité de Louis de Blois. Hélas! jamais Félicité ne pourra, hors de fugitifs instants, vivre le précepte sauvêur !

4 1. Le Guide spiriluel, pp. 97-98, chap. v.

Mon 2. Ibid. p.107.

4 3. Ibid., chap. y, pp. 108- 109, ot

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Cette impuissance se révèle à travers leurs plus touchantes effusions dans ses lettres de cette époque. Écrivant à l’abbé Bruté, le 17 février 1809, un mois à peine avant le jour où il recevra la tonsure, il commence par lui exprimer sa reconnaissance de l’amitié qu’il lui témoigne. Ces premières lignes déjà ne sont pas sans quelque affectation et quelque excès d’humilité : l’effort y transparait trop. Il en vient ensuite à s’examiner lui-même : « Surtout, cher ami, priez pour moi, demandez pour moi à Notre-Seigneur les grâces dont j'ai tant besoin; demandez-lui qu'il digne guérir ma faiblesse, {ma froideur, mon aridité, ma langueur. Hélas ! cher Bruté, c’est la misère toute vive, que votre pauvre ami. Quand je réfléchis sur ma vie passée, sur cette vie toute de crimes, que les austérités les plus rigoureuses, la pénitence la plus sévère et la plus longue ne seraient pas suffisantes pour expier, et qu'après cela Je viens à considérer mon état présent, cette tiédeur, cette mollesse, ce poids des sens qui me lasse et qui m’abat, cel amour-propre qui ne se sacrifie jamais qu'à demi et qui renaît sous le couteau même, j'entre dans une frayeur qui n’a que trop de fondement, et je me demande si c’est à un malheureux tel que moi de pénétrer dans le sanctuaire et si je ne devrais pas bien plutôt me tenir prosterné au bas du temple, comme ce pécheur de l’ancienne loi, moins pécheur que moi? »

Je veux bien retrouverici comme un écho des enseignements mystiques dont, ces derniers temps, Félicité de La Mennais s’est nourri : « Descendez en vous-même, dit le Guide, considérez votre ingratitude, vos infidélités, votre tiédeur, votre légèreté, votre misère profonde et votre extrême abjection, et vous parviendrez ainsi à vous élever jusqu’à cet humble abaïssement de l’âme?.» Scrupules sur les misères de la vie passée, sécheresse et mollesse et pesanteur de l’âme, sont pourtant de moins inquiétants symptômes que l’amour-propre toujours

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