‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 164 sur 504 · GOURNERIE, pp · texte numérisé non relu

GOURNERIE, pp

2, Le Guide spirituel, etc., chap. vi, p. 130.

7 “renaissant, leur principe. Si, dans la confession qui précède, on retrouve aisément le cœur hésitant et troublé dont on a compris les douleurs, on y reconnaît aussi, gémissant, mais non vaincu, le disciple de Rousseau dont le moi, sans cesse en révolte, ne sera jamais écrasé. C’est pour avoir obscurément conscience qu'il ne s’agit pas iei de l’amour- propre qu'on retrouve chez tous les re d'Adam, et qu une sévère et pieuse discipline sait toujours à la fin mater, c’est pour sentir dans son tempérament, dans ses fibres les plus secrètes, aux heures même du plus complet ét du plus: apparent triomphe, le rebelle toujours invaincu, qu’à chacun de ses pas en avant, qu’à chacun des anneaux forgés qui viendront consolider sa chaîne, Félieité jettera des cris d'angoisse, des appels inquiets.

Car le malentendu commence : à chaque démarche, comme en un mirage, il verra dans l'étape suivante le bonheur, ou du moins le repos qu’il poursuit toujours sans pouvoir jamais y atteindre. C’est dans le sanctuaire, croit-il, que l'attend aujourd’hui la paix. Et dans ces tristes instants où l’image resplendissante vers laquelle il s’empresse subitement s’évanouit, pour faire place aux pires angoisses, il s'attache en désespéré aux conseils de ceux qui l'entour ent, jusqu’à l'heure où, de nouveau, Le bienheureux et trop flatteur mirage vient le décevoir encore, mais du moins lui rendre l’espoir. Dans l’intervalle, c’est l'autorité des conseils qui seule le rassure un peu. Mais nous, comment pourrions-nous partager les

illusions qui pour un instant l’apaisent, sachant par l’événement et la profondeur du mal, et la faiblesse des motifs dont

il semble se contenter ? Incapable de juger, de vouloir et de décider par lui-même ‘apable seulement de ces brusques sursauts qui, dévoilant le fond de l’âme, subitement emportent tout — il faut bien qu'il obéisse à la suggestion des exemples, et surtout des conseils donnés. Ceux qui souffrent comme il souffre ont besoin — impérieusement — d’un guide

et d’un conseiller dont ils suivent les directions. Rôle délicat

et dangereux : à l'heure où le caractère profond réveillera

brusquement l'énergie éteinte du malade qu’ils conduisaient,

il les fera seuls responsables de ce qu'il jugera douloureux,

parfois même insupportable, dans la situation présente; et

s’il fait retour sur lui-même, il se reprochera seulement sa

confiance et sa faiblesse.

Gardons-nous de perdre de vue ce qui vient d’être rappelé

en lisant la fin des inquiétants aveux de Félicité de La Mennas : « Une chose toutefois, dit-il, me rassure un peu: j’obéis à des conseils que je dois respecter, et ce m’est une raison d'espérer de la miséricorde du bon Dieu les secours qui me sont nécessaires !, » C’est Mgr de Pressigny, c’est aussi Jean-Marie, son frère, à l'autorité desquels, en dernier recours, le pauvre Félhi s’abandonne. Mais l’ancien évêque de Saint- Malo est loin; mais — surtout — le saint abbé Jean n’a pas encore sondé l’âme de son frère en ses dernières profondeurs, Témoin du penchant prononcé qu’il manifeste par instants pour le sacerdoce, il s'attache, aux heures sombres, qui ne tardent jamais beaucoup, à lui rappeler ce penchant: 1] lui semble le signe assuré de la vocation. Ainsi, trompé lui-même par les réveries de la forte imagination de Félicité, dans l'illusion de son cœur, 1l se livre tout à la joie: « Ce pauvre Féli vous Ouvre SON C@Ur; si Je pouvais vous ouvrir le mien, vous le verriez tout rayonnant de joie. Misericordias Domini in ælernum cantabo?. »

C’est comme un reflet de son âme et de ses vertus, c'en est le pur rayonnement qu'à son insu, n’en doutons pas, Jean-Marie admire en son frère. Du moins celui-ci, bercé de la douce illusion, caressé, consolé par elle, fonde ses plus chers espoirs sur la résolution prise. Et puisque le Guide spirituel les entretient tout comme Jean, on ne s’étonnera pas de l’ardeur qu’il met à défendre, contre la froide ironie du siècle, les écrivains ascétiques : ce sont eux, — 1} limagine trop fortement, et l'attend avec trop de sécurité pour en douter, — ce sont eux qui dispensent les biens intérieurs : « Hélas ! s’écrie-t-il dans la Préface, nous le disons avec douleur, ces biens, autrefois si désirés, si recherchés, n'inspirent aux chrétiens de nos jours que le mépris et le dédain, Le nom même de spiritualité, ce nom qui renferme et rappelle tout ce que la religion à de plus sublime et de plus tendre, fait sourire de pitié les esprits superbes de notre siècle, Et nous ne parlons pas ici des sectateurs de lPimpiété : des hommes qui se croient religieux osent traiter de pieuses réveries, eb renvoyer aux âmes faibles et crédules, cette science divine qui a fait des Saints ?,.. » Que dire de ces

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