‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 165 sur 504 · LS D · texte numérisé non relu

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infortunés ? « S'ils s’éloignent de vous, ô mon Sauveur ! s’ils méprisent les voies où vous vous plaisez à conduire vos brebis fidèles, s’ils dédaignent les faveurs que vous répandez en secret sur elles, c’est qu'ils ignorent et ces faveurs, et ces joies, et vous-même, à mon Sauveur! Ah! s’i/s connaissoient le don de Dieu, s'ils avoient puisé à la source vive le délectable amour dont vous abreuvez vos élus, une seule goutte de cet amour suffiroit pour enflammer, pour ravir leur. âme ; et, déplorant amèrement leurs erreurs passées, ils ne trouveroient en eux-mêmes ni assez de larmes pour les pleurer, ni assez de reconnoissance et de tendresse pour vous rendre grâce de vos bienfaits !. »

Ainsi, l’espoir de quelques dons sensibles est venu à Félicité par le secours de Louis de Blois. Mieux encore que la: tendre mais sévère leçon de l’/Zmitation, le Miroir des religteux a trouvé l’accès de son cœur. Il en porte le témoignage. Nous ne connaissons aucun livre, dit-il, « sans excepter même l’?mitation de Jésus-Christ, si supérieure à d’autres égards, qui réunisse au même degré la douceur, la: tendresse, la vivacité du sentiment, et la naïveté de l'expression. On voit, on sent partout que l’auteur est profondément pénétré des vérités qu'il annonce, et que son cœur instruit sa bouche, et répand des grâces sur ses lèvres?. » Et dans son enthousiaste reconnaissance, le jeune traducteur ne craint pas de rapprocher, au moins pour la « persuasion intime » et « l’attendrissante onction ? », les écrits ascétiques et les livres saints euxmêmes. Sans doute, il n’a garde d'attribuer aux écrivains spirituels une inspiration que l’Église ne reconnaît que dans les écrivains sacrés. Et pourtant leurs auteurs sont pour lui des « anges sur la terret », et « c’est moins encore leur parole qu ‘ils nous font entendre que la parole de Dieu même. Leur pensée, ajoute-t-il, leur langage, tout chez eux décèle une origine céleste ®. » Mesurons à l’éloge la profondeur de l’abime d’où Félicité de La Mennais se croit retiré. C’est parcé que la flamme intérieure sera, croit-1l, ranimée par lui, qu'il célèbre chez Louis de Blois le « mélange divin de naïveté

. Le Guide spirituel, ete., Préface, pp. xvIr-xvnr. Ibid., pp. vi-vir.

Ibid., p. vu.

Ibid., p. 1x.

Ibid.

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et de sublimité, d’ardeur et de quiétude! ». S’il déclare que les seuls auteurs ascétiques « savent toucher, émouvoir profondément l’âme sans lui rien faire perdre de sa paix? », c’est qu'il espère tout à la fois goûter cette paix et cette émotion dont il eut quelques avant-goûts: « Écoutez, dit-il, un pauvre moine parlant du Sauveur Jésus : son front est calme et serein, ses paroles sont simples et douces; et toutefois, à peine a-t-1l dit deux mots, que vous vous sentez tout ému, et que vos larmes coulent délicieusement ?. » Ces larmes, il les à versées; sans le pouvoir dévoiler, il entrevoit maintenant « tout le fond de l’âme pieuse et fervente# »; et, sans entrer dans le secret de la grâce, il croit sentir « par quelles voies cachées, par quels mystérieux canaux elle se communique, et passe d’un cœur dans un autreÿ ». Et c’est pourquoi, « pelit enfant en Jésus-Christô », il voit ici le doigt ‘de Dieu, et se plaît « à adorer en silence sa puissance incompréhensible et sa ravissante bonté? ». Ame empressée, dont l'imagination devance toujours le réel, il se voit déjà consolé, abondant en fruits intérieurs: et que faut-il, pour cela ? Embrasser la vie religieuse. Oui, c’est par ce pieux effort qu’on fera jaillir la source précieuse et cachée des grâces. Le mystique n’a-t-il pas écrit: « Il en est qui, prévenus par la bonté très libérale du Seigneur, se renouvellent en un moments. » S'il pouvait êtré de ceux-là ! Quelle impatience, désormais, d’entrer dans la voie salutaire !

Mieux que tous les documents, cet écrit nous apprend donc quelle conjoncture d'événements extérieurs et intérieurs entraîne maintenant notre héros vers l'autel. La retraite, l'exemple de Jean-Marie, les conseils du vieil évêque, les travaux d’apologétique ont pris tout leur sens profond et, J'oserai dire, mystique, à la lecture de Louis de Blois, dont on a retiré ces premiers fruits intérieurs qui semblent gages de beaucoup d’autres. Mais il faut comprendre aussi que l'attrait des écrits ascétiques se confond pour Félicité avec

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