‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 169 sur 504 · GOURNERIE, P · texte numérisé non relu

GOURNERIE, P

cité reçut la tonsure à Rennes, des mains de Mgr Enoch, le 146 mars 18091. Le lendemain, il éerit à l’abbé Bruté une lettre qui est plutôt une ardente méditation sur son état intérieur ; à travers l’exaltation de ces premières heures troublantes, il n’est guère malaisé de pressentir, avec les af: faissements, les désillusions prochaines. Le renouvellement attendu ne s’est pas produit, et l’on en revient à la résignation qui fait du silence de Dieu, du délaissement et de la sécheresse 1m don. Comme on n’a goûté aucune des douceurs si vainement espérées, c’est à la croix seule qu’on s’attache :

«& Qui vult, etc, lollal crucem suam el sequatur me. Obligation plus étroite aux ministres de J.-C. d’embrasser la croix. — Nihil existimo me scire inter vos, nisi Jesum el hunc crucificum. O Jésus ! Jésus crucifié, je veux n’aimer, ne connaître que vous désormais. Je veux m’attacher à votre croix, y mettre toutes mes pensées, mes affections, mes désirs, tout mon cœur et toute mon âme, en union avec votre sainte Mère, la Mère de douleurs, et le disciple bien-aimé, qui du Cénacle où il venait de reposer sur le cœur de Jésus, passa au Calvaire pour y partager, au pied de la croix, les angoisses de la passion de Jésus?! »

Voilà ce qu’à cette heure qui, pour tant d’autres, est une heure de délices et de fête intérieure, Féli découvre en luimême : l’amertume et la sécheresse et le silence glacé sont encore et toujours son partage. Où trouverons-nous désormais, plus clairement gravé, l'échec de ses espérances ? La croix, ses douleurs, ses angoisses, tels sont les mots qui se pressent sous sa plume — les sentiments qui se pressent en son âme — au lendemain de la tonsure.

Car il faut bien qu'il se rattache à quelque épave, en ce nouveau etsi complet naufrage; Dieu le repousserait-il ? non, l’imagination soutenue, exaltée par la retraite et la cérémonie récente, ne saurait acceptér cette idée. Mais si Dieu l’appelle aujourd’hui, comme il n’en veut point douter, c’est donc par l'épreuve rigoureuse et la privation sensible, c’est, selon les précieux enseignements de Louis de Blois, par la voie épineuse et sèche qu'il veut l’élever jusqu’à lui. C’est à présent

1. BLAIZE, Œuvres inédites de F. Lamnenais, p. 501, note. 2. GOURNERIE, p. 45.

tout son espoir: « Communion du sacré corps de N.-$., encou-

ragement à porter la croix. — Mon Dieu, il me semble que vous m'appelez à vous par la croix. Croix sainte, croix adorable, croix divine, soyez à Jamais mon partage, ma joie, ma olation, mon espérance. J'ai aimé, Ô mon Dieu, oh! j'ai trop aimé les joies amères du monde, les consolations du monde, les espérances du monde; maintenant je ne veux que la croix, la croix seule, la croix fe Jésus, et encore la croix; je vivrai sur le Calvaire en esprit d'amour, de pénitence, de renoncement et de sacrifice absolu. O quelle vie ! quelle douce, quelle heureuse vie!! »

Il faut bien qu'il l'estime telle, puisqu'il n’en connaîtra jamais d'autre. Selon la méthode de Louis de Blois, il conduit sa méditation : & La vie et la passion du Seigneur Jésus, dit le Miroir des Religieux, doivent être le principal sujet de l’oraison mentale ». Il s’efforce donc avec son pieux

guide « de fixer les yeux de l'esprit sur les souffrances et les angoisses de Notre-Seigneur ! »,et d’en rapprocher son état :

C’est le ravissement de mon cœur d’être crucifié avec Jésus, par les souffrances, les contradictions, les mépris, les rebuts, les ingratitudes, les haines, les outrages, les persécutions, et tout ce qui peut le plus crucilier mon orgueil et ma chair, par lesquels je vous ai tant offensé, Ô mon bon, mon divin maître, mon tendre Sauveur, 6 ma vie et mon espoir, ma consolation, mon trésor et tout mon bien. » Ces dernières expressions sont, en particulier, très familières à Louis de Blois : « O mon âme! lit-on dans le Miroir des Religieux, où est ton Dieu ? où est ton amour? où est ton désir, ton trésor et tout ton bien“ ? » Et plus loin : « Comment aije foulé aux pieds votre loi, et transgressé vos préceptes ? à mon Dieu! mon Créateur! mon Sauveur! ma vie et tout mon bien ?! » Et comme le Guide s’écriait: « Quand te sera t-il donné d’habiter avec lui, de jouir de sa vue ravissante et de t’enivrer de ses délices6 ? » Félicité répète aujourd’hui : « Je veux, oui, je veux m’'abreuver à longs traits des saintes

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