Ibid
3. Le Guide spirituel, etc., chap. vit, pp. 146-147. 4. GOURNERIE, pp. 50-51.
MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais. 18
qui voudroit aimer, et qui ne trouve en lui que froideur et sécheresse ; encore une fois, priez pour lui, comme il priera lui-même pour vous... » Et il signe : « Votre pauvre frère et fidèle ami !. » Malheureux, en effet, que tous ses fervents désirs ne peuvent arracher à la triste, à l’inquiète et désolée préoccupation de lui-même.
Vainement pour le rapprocher de Dieu, pour lui donner la ferveur sensible, ceux qui le dirigent alors cherchent à ranimer chez lui cette dévotion à Marie dont, enfant, sous l'influence et par la vertu de Mme des Saudrais, le petit orphelin avait été si pénétré. « Humble mère de mon Sauveur, je me mets sous votre protection au pied de la croix ? », écrivait-il le lendemain de sa tonsure, le 17 mars. Et, le 21 mars, l’abbé Jean, suivant son dessein, mandaïit à l’abbé Bruté : « N’oubliez pas, je vous en prie, de m'envoyer la consécration à la Sainte Vierge que Je vous ai demandée et que vous m'avez promise. Je veux que tous les trois, vous, mon frère et moi, nous la récitions, et que nous nous retrouvions ensemble dans le sein de notre bonne mère. Oh ! qu’on doit y être bien! Allons-y, allons-y donc bien vite?! » Ainsi labbé Jean jetait, sous l’invocation de la Sainte Vierge, les fondements d’une congrégation affiliée à la fameuse Congrégation du P. Delpuits, à laquelle il appartenait ; les trois premiers membres en étaient lui-même, son frère et l’abbé Bruté. « Tous les soirs, écrivait-1l à ce dernier le 22 avril 1809, nous réciterons, en union avec vous, l’excellente petite prière à la Sainte Vierge k»; et, peu de jours après, le 1% mai, Félicité de La Mennais encourageait leur correspondant habituel à lexéeution d’une œuvre dont il imaginait le plan: « Ne remarquezvous pas que la dévotion à la auto Vierge s’affaiblit chaque jour, comme tout le reste ? Si l’on pouvait “la ranimer un peu ! Voilà ce que nous désirerions ; (ah! de tout notre cœur! ajoute l'abbé Jean) mais comment ? Croyez-vous qu'un petit volume bien choisi, bien imprimé, püt contribuer à répandre le culte et amour ‘de cette bonne Mère ? Mon cher ami, c’est un bouquet qu'il faut que vous lui présentiez ; cela vous coûera peu, vous êtes si plein d'idées et de sentiments, tous les
GOURNERIE, p. 51.
Ibid., p. 46.
1bid., p. 47.
Ibid., p. 56
LA ere
plus vifs, les plus doux, les plus aimables, les plus tendres !.. Si vous goûtez cette idée, nous pourrions vous fournir une très belle prière de Blosius 1. La consécration dé M. Boudon terminerait très bien l’ouvrage?. » Il revient à la charge quelque temps après : « J’aimerois bien ces heures de Marie, écrit-1l dans une lettre inédite à l'abbé Bruté; vous en déciderez, et en attendant, mettez-moi, cher ami, dins vos prières aux pieds de cette bonne mère commune, que nous n’aimerons, que nous ne bénirons jamais assez. 3 »
Voilà sans doute de l’humilité, de la tendresse, et de loaes ton. Mais prenons garde : Félicité va se charger de nous éclairer sur son cas.
Le Guide spirituel, — jamais certesil n'avait mieux mérité son double titre puisqu’en conduisant par la main Félicité jusqu’à l’autel, il lui avait si souvent présenté comme un fidèle miroir de son âme — le Miroir des âmes religieuses était achevé d'imprimer à la fin de mars 1809. L’abbé Jean envoyait à l'abbé Bruté son exemplaire le 8 avril, et, comme s’il eùt voulu accuser davantage le rôle de Louis de Blois pendant ces mois décisifs, il chargeait son correspondant de remettre un autre exemplaire au jeune homme qui avait pris la tonsure avec Félicité, recommandant les traducteurs à ses prières. « J'espère, mon ami, que vous serez content de Louis de Blois : il est si pieux! si saint! Il parle du bon Dieu avec un amour si vif, avec une onction si pénétrante! Les maximes les plus pures de la vie spirituelle coulent de sa plume, ou plutôt sortent de son cœur, avec une douceur ineffable, comme le lait du sein d’une nourrice. Tenez, j'aime de toute mon âme ce bon Louis de Blois“. » Commentaire honnête, édifiant et sage, tel qu’on pouvait l’attendre de Jean-Marie. Passons maintenant à son frère.
L'abbé Bruté avait, pour satisfaire au vœu des traducteurs, envoyé quelques observations sur la traduction de Louis de Blois. J'imagine que lexcellent prêtre n’attachait pas à ses remarques plus d'importance qu’elles n’en méritaient; qu'il ne se piquait nullement de littérature, et n’avait voulu que montrer son zèle et témoigner de lattention qu’il