JANVIER 1809, MARS
#1 Premiers travaux: le Joséphisme et l'abbé Bruté. — II. Jean-Marie Saint-Sulpice : la situation de l’Église de France et les lacunes du cours de M. Boyer. — III. La politique [AISiauae de l'Empereur : progrès ultramontain des deux frères.
Jean-Marie et Félicité de La Mennais connurent plus d’une hésitation avant d'entreprendre la Tradition de l'Eglise sur l’Institution des Evêques. Aussitôt après la tonsure de KFélicité, alors même que les Réflexions sur l’état de l'Église n'étaient pas encore publiées, et le Guide à peine paru, les deux frères s'étaient mis en quête de travaux à entreprendre : ils n'étaient pas de ces esprits qui peuvent rester inactifs.
En janvier 1809, nous les voyons donc projeter une édition annotée des discours de l’abhé Fleury !, et nous surprenons Félicité de La Mennais en quête de l’état des controverses contre les Jansénistes?. Il propose encore à Bruté le projet d’un livre d’édification, les Heures de Marie*; et, dès le 1er avril 1809, l’abbé Jean communiquait au même abbé
1. Rousse, Lamennais d’après des documents inédits, t. 1, p. 87. 2. Cf. p. loin, $ IIE, p. 320 | 3. GOURNERIE, pp. 58-59.
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Bruté un travail qu'il intitulait : « Réponse aux principales objections des athées. Je vous prie de la critiquer bien franchement, lui disait-il, et de corriger mes fautes bien librement, vous ne pouvez pas me faire plus de plaisir. D'ailleurs, comme je compte faire lire ce petit ouvrage à nos jeunes gens, pour qui principalement je lai composé, je serais très fâché qu’il ne füt pas exact. »!
Ce travail, que nous avons étudié en son temps, n’était plus de saison au milieu de 1809. D’autres questions plus actuelles et plus pressantes exigeaient qu’on les traitât. Professeur de théologie au grand séminaire de Rennes depuis la rentrée d'octobre, l'abbé Bruté devait être frappé des lacunes de l’enseignement théologique, et surtout de la faiblesse des autorités qui défendaient la vraie doctrine dans les circonstances présentes. Il dut faire part de ces préoccupations à Jean-Marie et à Félicité de La Mennais, et, par sa réponse, les détourner des spéculations philosophiques vers lesquelles ils semblaient vouloir se diriger. Les circonstances appelaient d’autres œuvres.
Le Église de France entrait en effet dans une période eritique. Napoléon préparait déjà son divorce. Songeant sans doute aux incidents qué pouvaient susciter ses prétentions à ce sujet, Jean-Marie s’occupait au commencement de juillet 1809 « d’une petite dissertation dont l’objet, disait-il, est de prouver que l'Église a le droit d'établir des empêchements dirimants au mariage, et que ces empêchements ne peuvent rendre le sacrement invalide sans rendre nul le contrat naturel même? ». On sent l'importance de pareilles recherches dont les résultats pouvaient armer l’Église du pouvoir d’invalider le futur mariage de l'Empereur et,-s’1l persistait à agir contre les décisions pontificales, de proclamer illégitimes les enfants qui naîtraient du mariage qu'il allait contracter. Aussi Jean-Marie pressait-1l Bruté de lui venir en aide : «Je vous en prie, lui disait-il, faites-moi làdessus des recherches et donnez-moi des indications, avec vos observations, qui me seront fort utiles 3. »
Néanmoins d’autres sujets plus étendus et plus graves encore étaient imposés, par les événements du temps, à
1, GOURNERIE, p. 48. Cf. supra, l°° partie, chap. 1v, p. 90. 2. Ibid., p. 11.